Punk/Hardcore Archives - Page 20 sur 23 - Le Canal Auditif

Melt Yourself Down – Melt Yourself Down

MeltYourselfDownSur papier, peu de genres musicaux devraient faire aussi bon ménage que le punk et l’afrobeat. Tous deux sont en théorie animés d’une grande énergie; Fela Kuti incarne la rébellion aussi bien que n’importe quelle icone du punk; et certains groupes de la première vague du punk se sont tournés vers des influences africaines (et autres musiques du monde) quand ils ont senti que le mouvement s’essoufflait à la fin des années 1970.

Une idée sur papier ne se traduit cependant pas forcément par des résultats probants. Plus de trente ans après l’âge d’or de ces deux styles, la référence en terme de fusion reste Bow Wow Wow, groupe qui occupe les pensées d’à peu près personne ces temps-ci. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’un groupe «reparcoure» ces styles et trouve le moyen de les réénergiser et de leur donner quelque chose de vital, dans une forme simple et entraînante. C’est arrivé à l’automne 2012, quand des musiciens de divers groupes jazz, punk et fusion worldbeat londoniens (dont Polar Bear et Zun Zun Egui) se sont réunis au sein du groupe Melt Yourself Down.

Composé d’un batteur, d’un percussionniste, de deux saxophonistes, d’un bassiste et d’un chanteur, Melt Yourself Down combine souplesse et force de frappe, tel un jeune Roy Jones Jr. Le groupe a lancé trois chansons depuis octobre dernier, We Are Enough, Fix My Life et Release!, qui sont un peu comme des exercices de renforcement positif, conçus pour faire danser, remonter le moral et rager contre la machine.

Arrive donc enfin ce mois-ci le premier long-jeu. J’ai d’abord remarqué que les trois simples étaient placés dans la première moitié de l’album, ce qui m’a fait craindre du remplissage dans la deuxième moitié. C’était une crainte injustifiée. Même si rien ne vient surclasser l’attrait des premiers simples, rien ne vient non plus ternir le hype qui s’est établi autour du groupe. Sur tout l’album, les rythmes d’influence nigérienne et les mélodies nord-africaines sont combinés à l’énergie débridée du punk. Le tout est agrémenté des incantations mystiques du chanteur Kushal Gaya et de quelques textures électroniques, courtoisie du réalisateur Leafcutter John.

Le rythme frénétique n’est pas maintenu pendant tout l’album, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Il faut bien que l’album respire un peu, et c’est ce qui arrive avec Free Walk, qui apporte un peu de sensualité sans s’étirer en longueur. L’album se termine par Mouth To Mouth et Camel, deux pièces un brin plus ténébreuses que ce qui a précédé, et qui sonneraient comme quelque chose de plutôt rock si les saxophones étaient remplacés par des guitares.

Bref, un album entraînant et intense, qui ne se prend pas trop au sérieux et qui accroche un sourire sur le visage. Je sais maintenant ce qui sera ma trame sonore estivale cette année.

Ma note : 8,5/10

Melt Yourself Down
Melt Yourself Down
The Leaf Label
40 minutes

meltyourselfdown.com/

The Brains – The Monster Within

The-Brains-The-Monster-Within-artworkDepuis quelques années, il existe sur la scène montréalaise un groupe pour le moins surprenant. The Brains fait dans le psychobilly aux accents franchement punk-rock. C’est un peu comme si Reverend Horton Heat rencontrait Green Day. Constitué de René D La Muerte (guitare et voix), Colin The Dead (basse et voix, qui fait aussi partie de Heroes Don’t Die, dont je vous avais parlé dans ma chronique de maxis de février) et Pat Kadaver (batterie). Voici leur cinquième album studio.

Que dire de ce cinquième effort? Bien qu’on y découvre quelques petites pierres précieuses, l’ensemble manque un peu de variété. Le trio semble avoir trouvé une recette, ce qui est loin d’être mauvais. Le groupe sait composer des mélodies fédératrices qui savent faire danser les foules. D’ailleurs, leur succès en tournée est indéniable. Par contre, la réalisation parfois trop léchée de l’album ne sert pas le genre et le rend plus bonbon; surtout que le jeu frénétique de Colin à la basse est impressionnant. Par contre, en mettant la voix de René D La Muerte à l’avant-plan, la bande perd un peu du côté abrasif qu’elle détenait jadis.

N’en reste pas moins que The Brains part en feu sur les premières notes de la chanson titre de l’album. Le côté punk-rock du trio les amène à créer des mélodies qui restent en tête. Parfois, c’est dans les couplets, et à d’autres occasions, c’est dans les refrains que la force du groupe s’estompe. Misery est un excellent exemple. L’introduction nous promet un son innovateur et le solo de guitare est de toute beauté, mais lors des passages chantés, The Brains tombe dans une construction chansonnière plus simple, parfois trop! Bleed représente un des beaux moments de la galette avec son côté rock’n’roll et sa section rythmique qui s’affirme dans toute sa splendeur. Lies vient aussi briser l’ensemble, parfois trop homogène, alors que René semble soudainement avoir plus de gueule derrière le micro.

Bref, The Monster Within nous offre quelques beaux moments qui réjouiront les fans de psychobilly et de punk. Par contre, à certains moments, les chansons se suivent et se ressemblent à un point tel qu’on ne se rend plus compte qu’on a changé de pièce. Malgré tout, la bande sait donner un spectacle mémorable sur scène, affublée de leur maquillage et de leur esthétique bien à eux!

Ma note : 6,5/10

The Brains
The Monster Within
Stomp Records
35 minutes

www.unionlabelgroup.com/bands/7/brains/

Iceage – You’re Nothing

130602-iceageLa formation punk danoise originaire de Copenhague, nommée Iceage, lançait dans les bacs sa deuxième offrande titrée caustiquement You’re Nothing. En juin 2011, le quatuor formé en 2008, alors que les membres n’avaient que 17 ans, avait fait paraître New Brigade; une création qui avait obtenu plus que sa part de critiques élogieuses. Conséquemment, les voilà de retour avec un album entièrement realisé et produit par eux-mêmes. Donc, un veritable opus indépendant; au sens noble du terme!

Quelle est l’esthétique sonore prescrite par Iceage? Bien entendu, les danois présentent un punk rock puisant autant dans la belle époque du hardcore américain issue des eighties, que dans les inclinaisons mélodiques accessibles que les précurseurs britanniques offraient à la fin des années 70. De bien belles influences, mais est-ce que ces ascendants sont habilement entassés afin d’offrir une mixture punk de haut niveau?

En tous points, ce You’re Nothing comble les expectatives. Un conception sonore qui amalgame une écriture chansonnière punk intelligible, et ce, sans perdre une seule once de sa force de frappe; comme si Black Flag, Turbonegro et les Clash habitaient sous le même toit. Si New Brigade mettait en évidence un déficit de maturité musicale flagrant, ce You’re Nothing constitue un grand pas en avant. Iceage passe vraiment à l’âge adulte!

Évidemment, les guitares décapantes, les rythmes vifs et martiaux sont à l’honneur, mais ce qui fixe la signature sonore du groupe est sans contredit les inflexions vocales du chanteur/guitariste Elias Bender Ronnenfelt. En effet, cette voix imprécise (remémorant un Robert Smith en mode vociférateur), parfois carrément fausse, constitue l’identité principale de Iceage. À défaut d’être juste, le jeune homme beugle avec l’énergie du désespoir… et c’est tout ce qu’on exige d’un leader punk!

Comme le veut la tradition, pratiquement aucun morceau ne dépasse les trois minutes règlementaires; standard de base pour toute formation punk qui se respecte. Un paquet de brulôts sonores surexcite ce You’re Nothing: la lourdaude Ecstasy, l’aggressive Coalition, l’excellent riff de guitare et la voix fausse dans In Haze, la captivante Wounded Hearts, les très hardcore vieilles écoles It Might Hit First et Rodfaestet de meme que l’hymne revancheur You’re Nothing.

Certaines oreilles avides d’harmonie et de paix d’esprit pourraient être franchement repoussées par les modulations proférées par Ronnenfelt, mais en ce qui nous concerne, il nous semble préférable de rugir son punk rock avec ferveur que de l’interpréter avec une perfection ennuyante et conservatrice… Un disque authentique et vrai, qui ne révolutionne pas le genre, mais qui possède un charme que tout amateur de punk saura facilement déceler! Du bon travail!

Ma note : 7/10

Iceage
You’re Nothing
Matador Records
28 minutes

iceagecopenhagen.blogspot.ca

The Bronx – The Bronx IV

The_Bronx_IVLa semaine dernière, The Bronx arrivait avec leur sixième album (en comptant les deux parus sous le pseudonyme Mariachi El Bronx) en dix ans d’existence. Et quelle est la meilleure façon de fêter cette première décennie autrement qu’en lançant une galette de punk solide? Le groupe a flirté avec un autre style de musique dans les dernières années en faisant paraître deux opus sous le nom Mariachi El Bronx. Et non, le nom n’est pas trompeur, ces punks font aussi dans la musique traditionnelle mexicaine. Et cela, a laissé des traces! Moins enragées, plus mélodiques, la maturité fait tranquillement son chemin dans les compositions offertes par le quintet.

IV est largement la galette la plus accessible du groupe et cela risque d’ouvrir des portes qui jusque-là étaient closes. L’agression est beaucoup moins probante, bien qu’on soit loin de Taylor Swift! Le punk qu’offre The Bronx est très mélodique, quitte à osciller vers le pop-punk par endroit. Voilà un album solide mais qui compte deux ou trois épines dans son pied.

Entamant la danse avec The Holy Hand, la formation fait savoir rapidement aux oreilles de l’auditeur que la distorsion sera décapante, que la batterie fera du bruit et que la voix du chanteur, Matt Caughthran, sera parfois criarde, parfois mélodique. Puis, la bande enchaîne avec Along For The Ride qui, loin de représenter un chef-d’œuvre d’écriture, reste quand même très accrocheuse. Les deux suivantes, Style Over Everything et Youth Wasted finissent par séduire avec leurs mélodies respectives qui demeurent longtemps en tête. The Bronx démontrent aussi qu’ils sont toujours capables d’être agressifs avec Too Many Devils et Under The Rabbit avec le feu roulant de guitare électrique et la voix de Caughthran un peu plus violente. Le groupe offre aussi une superbe balade : Life Less Ordinary qui a de quoi vous arracher le cœur avec sa guitare lourde uniquement accompagnée par la voix; pièce qui montre tout l’apport du projet Mariachi El Bronx à la musique de The Bronx. Quelques écueils font partie de l’ensemble dont la quasi Blink 182 titrée Torches qui franchement, sonne le déjà-vu.

IV est un excellent album de punk mais qui possède la qualité d’ouvrir ses horizons à un plus grand public et soyez certains qu’on entendra davantage parler de The Bronx dans la prochaine année. Par contre, les fans commenceront à s’inquiéter de la prochaine offrande, même s’il est tôt pour s’en faire, car le danger de tomber dans la facilité et le «rassembleur facile» commence à laisser voir le bout de son nez.

Ma note : 7,5/10

The Bronx
The Bronx IV
ATO
37 minutes

thebronxxx.com/bx4/

Pissed Jeans – Honeys

121127-pissed-jeans-honeys-162489_250x250Pissed Jeans est un quatuor de Pennsylvanie qui préserve la saine impression de danger que devrait dégager toute bonne musique punk. Sans réinventer quoi que ce soit, le groupe s’inspire de poids lourds du post-punk, du hardcore et du noise rock (Black Flag, The Birthday Party, Flipper, les vieux groupes pigfuck, notamment Killdozer) et nous sert des morceaux dégoulinants de sueur, avec une furie si débordante que les chansons elles-mêmes menacent de s’effondrer à tout moment.

Leur album King of Jeans, lancé en 2009, était déjà une solide réussite. Honeys surpasse son prédécesseur à tous les niveaux. Quand la troupe prend un rythme rapide, elle atteint un niveau d’intensité rivalisant avec le meilleur de Black Flag et de Dead Kennedys. Quand le rythme ralentit, l’intensité devient menaçante, suffocante, et digne de Flipper et des débuts de Melvins.

Je ne voudrais pas avoir l’air d’apprécier l’album simplement pour la pureté de ses influences. Un groupe punk peut être musicalement irréprochable, mais il ne sera rien sans une personnalité forte. Et Pissed Jeans a de la personnalité à revendre. Si vous avez une affinité pour l’humour bête et méchant, vous serez servis à outrance. La chanson Cafeteria Food, notamment, pourrait bien détrôner Prayer To God de Shellac comme hymne officiel des misanthropes. Le chanteur Matt Kosloff énonce avec un calme plat le plaisir qu’il aura à apprendre le décès de deux collègues de travail (“You’re dead, you died, and I’m wishing I had my tap shoes on”). Et dans Romanticize Me, notre rossignol incite sa douce moitié à imaginer un bon côté à ses pires défauts (“See I’m really kind of wonderful / it’s all about the way you choose to view it / So you should be really thankful / when I say “come on, let’s do it”).

Si cet humour vous laisse tiède et que vous avez tout simplement envie d’un album punk qui rocke férocement, vous y trouverez aussi votre compte. Honeys est solide d’un bout à l’autre, sans grave faux pas, et sans longueurs au cours de ses 35 courtes minutes. La majorité de ces chansons pourraient être considérées comme un moment fort qui représente bien le reste de l’album. La réalisation d’Alex Newport, qui avait aussi réalisé King Of Jeans, sert le groupe à merveille, Newport étant particulièrement doué pour enregistrer avec une grande clarté des textures sonores repoussantes.

Il n’existe pas beaucoup de jeunes groupes de premier plan portant le flambeau de la sonorité noise rock qu’on associait à Touch & Go et à Amphetamine Reptile au tournant des années 1990. Pissed Jeans était déjà le plus sérieux prétendant au titre; il nous offre ici le premier quasi chef-d’œuvre du genre depuis des années.

Ma note: 9/10

Pissed Jeans
Honeys
Sub Pop
35 minutes

www.subpop.com/artists/pissed_jeans