Punk/Hardcore Archives - Page 20 sur 21 - Le Canal Auditif

Trash Talk – 119

Parmi les nouvelles surprenantes de l’année, une qui a scié les jambes à plusieurs est la signature de Trash Talk par le label Odd Future. Pour vous mettre en perspective, Odd Future est un collectif de rap très en vogue en Californie. Trash Talk est un groupe de punk ultra-hardcore du même état. Les deux partis ont évoqué leur amour mutuel du skateboard, de la marijuana et de leur agressivité comme autant de raisons de s’associer. De plus, Tyler, The Creator serait un ami personnel de la bande. Bref, le groupe nous arrive avec son premier album sous la bannière Odd Future titré 119; l’adresse de leur local de répétition.

Voilà un album typiquement punk; les chansons durent en moyenne une minute trente, la plus longue atteignant tout juste les deux minutes et demie. On se retrouve face à un feu roulant de vingt-deux minutes qui nous bombardent de rythmes agressifs et de paroles abrasives. Avec des titres tels qu’Apathy, Fuck Nostalgia et Uncivil Disobedience, vous comprendrez que Trash Talk penche plutôt du côté de l’anarchie. À côté d’eux, les éléments les plus radicaux des méchants carrés rouges ressemblent à une bande de chatons dociles. Bref, de quoi donner de l’urticaire au SPVM en prévision de leur visite à Montréal le 14 novembre prochain.

Et 119? Un bon album de punk avec toute la force nécessaire à ce genre musical. Eat The Cycle part le bal en force, donnant le ton à la galette. Apathy, Reasons et Exile On Broadway vous plongeront dans un univers punk plus classique. Thanks, But No Thanks laissera cours à un semblant d’anarchie musicale qui est non sans rappeler des groupes comme Converge et Dillinger Escape Plan, quoi que Trash Talk ne possède pas la même dextérité musicale que les deux autres formations. F.E.B.N est de loin la pièce plus développée musicalement parlant, avec sa progression intéressante, la voix de Lee Spielman prêt à tout détruire, la voix gutturale du bassiste Spencer Pollard qui appuie et la batterie de Sam Bosson en feu. De plus, notons la participation de Tyler, The Creator et Hodgy Beats sur Blossom & Burn, où le rap et le hardcore se mélange avec une homogénéité impressionnante. Finalement, Dogman ferme le tout avec la ritournelle la plus lourde de l’album.

Bref, un très bon album de punk hardcore, qui ne révolutionne pas le genre mais qui le fait certainement briller d’une lumière différente. Si jamais 119 vous séduit, sachez qu’ils seront au Il Motore en compagnie de Mellowhype le 14 novembre prochain!

Ma note : 7/10

Trash Talk
119
Odd Future
22 minutes

www.trashtalkhc.com/

Metz – Metz

À la dernière édition de Pop Montréal, j’ai assisté avec quelques chanceux à un spectacle gratuit dans le sous-sol de l’église Mission Santa-Cruz. Le gros nom ce soir là : Hot Snakes. Mais c’est le groupe qui ouvrait pour eux qui a fait décrocher ma mâchoire, et ce, après seulement quatre mesures : Metz. Ce trio de Toronto composé d’Alex Edkins, Hayden Menzies et Chris Slorach, arrive avec son premier album après avoir assumé la première partie pour des groupes tels que Death From Above 1979 et Mudhoney.

Il est facile de distinguer l’influence des Pixies, Jesus Lizard et Shellac dans leur musique. C’est bruyant, c’est grinçant, la batterie est coupée au couteau et la voix est juste assez désespérée, ce qui donne un mélange sauvage et dynamique. D’ailleurs, la prestation offerte par Metz, ce soir-là, fût un véritable feu roulant d’une durée maximale de trente minutes… Décoiffant! Je ne le recommande pas aux gens qui portent des moumoutes; elles risquent de sauter et ainsi dévoiler le subterfuge au monde entier, vous serez avertis. Blague à part, après avoir roulé leur bosse plus de quatre ans, ils nous arrivent enfin avec un premier album éponyme.

La galette s’amorce sur une Headache qui joue franc jeu. Le groupe dévoile ses couleurs sans détours. Get Off et Sad Pricks abondent dans le même sens avec des rythmes à tout casser et un son gargantuesque pour un trio. Il faut s’attendre à des riffs répétitifs qui s’étendent sur deux minutes où sont parsemés de petites variations qui titilleront l’amateur de rock. La pièce Wet Blanket nous offre des guitares stridentes et surtout un passage de batterie où la grosse cymbale prend toute la place. Un mur de son qui vous hantera pendant quelques jours assurément. Les amateurs de punk sauront apprécier The Mule, très efficace en son genre.

Bref, l’album du trio torontois est décapant, excessif et absolument succulent. Leur énergie sur scène se retrouve sur la galette et ce n’est pas étranger au duo qui a enregistré l’album : Graham Walsh de Holy Fuck et Alexandre Bonenfant, qui se sont enfermés avec la formation pendant une semaine dans une vieille grange. Le résultat, un opus texturé, énergique et électrisant au plus haut point. Est-ce que je vous ai dit que j’aimais ça?

Ma note : 8,5/10

Metz
Metz
Sub Pop
30 minutes

www.subpop.com/artists/metz

NOFX – Self-Entitled

L’année prochaine la formation punk originaire de Californie NOFX fêtera ses trente ans de carrière. Un exploit que bien peu de groupes peuvent revendiquer. Et malgré l’âge, les enfants et les abus, le quatuor est toujours aussi vivant, acide dans son propos et capable de jouer de leur instrument respectif à une vitesse effrénée. Self-Entitled est le douzième album studio de la clique à Fat Mike.

Que dire du nouvel opus? Plus punk que jamais. Alors que dans les dernières années, ils avaient frayé quelque fois avec le jazz, le métal et même le folk, cette fois-ci, on retrouve du punk mélodique d’un bout à l’autre. Les textes sont toujours aussi piquants et décapants. Fat Mike écorche à la fois les kamikazes jihadistes et la promiscuité de la jeunesse occidentale dans 72 Hookers. Sa conclusion: “72 virgins can never stop a war /But 100,000 hookers can beat the Marine Corp /And stopping hatred, fighting will cease /When everyone is getting blowjobs / That’s when we’ll finally have world peace.” Les guitares sont rapides et acérées pour I Believe In Goddess et She Didn’t Lose Her Baby. Le combo récidive côté politique en attaquant leur cible préférée, Ronald Reagan, sur Ronnie & Mags, tout ça sur fond de relation sado-masochiste entre l’ancien président américain et la Dame de Fer.

La formation, et particulièrement Fat Mike, n’a rien perdu de l’autodérision qui a toujours caractérisé NOFX. Ils se permettent de rire de tout, eux inclus. I, Fatty et Cell Out sont de dignes exemples. Autre pièce notable: I’ve Got One Jealous Again, Again qui fait référence à la pièce We Got Two Jealous Again sur l’album War On Errorism, mais surtout à son divorce en 2010.

Bref, les vieux routiers ne ramollissent pas avec le temps, ce qu’on ne peut pas dire de l’ensemble des formations à la durée de vie si longue. Bien que l’album n’apporte rien de révolutionnaire, c’est tout de même un bon album punk mélodique qui réjouira certainement les fans du groupe.

Ma note : 7/10

NOFX
Self-Entitled
Fat Wreck Chords
30 minutes

www.nofxofficialwebsite.com/

http://www.youtube.com/watch?v=FcSnKeelLWg

Turbonegro – Sexual Harassment

Aujourd’hui, je vous propose une critique de la dernière offrande, de la quasi légendaire formation originaire de Norvège nommée Turbonegro, et intitulée carrément Sexual Harassment. Toujours cette mixture de métal, de rock et de punk que les journalistes musicaux spécialisés aiment désigner comme étant du deathpunk. Après dix ans de galère, le groupe s’est reformé en 2002, sauf que cette fois-ci, un départ important est à souligner; celui du charismatique chanteur Hank Von Helvete, depuis lors remplacé par l’ancien président du fan-club anglais du quintet, Tony Sylvester. Ne vous en faites pas, les mouvements de personnel sont fréquents chez Turbonegro!

Donc, les voilà de retour avec ce qu’ils savent faire de mieux; du bon punk rock crasseux, sans garnitures ostentatoires, qui va droit au but. Les gars de Oslo reviennent en force en se contentant d’exécuter de manière efficace ces chansons élémentaires, qui donnent envie aux amateurs de dépravations musicales, de hurler sans gêne leur perversité! Évidemment, il faut prendre le propos au deuxième degré, car vous pourriez être tentés de présenter votre candidature, dans un comté quelconque, sous la bannière du Parti Conservateur du Canada…

Aucune chanson médiocre, juste de la bonne marchandise, et surtout un paquet de bons riffs qui feront indubitablement taper du pied le plus réfractaire des voyous! Voici les titres qui fulminent tout au long de la galette: le brûlot titré I Got A Knife, l’incandescente Hello Darkness, la glam rock Shake Your Shit Machine, l’excellent riff dans TNA (The Nihilistic Army), l’opérante Buried Alive, la très AC/DC-Motorhead intitulée finement Tight Jeans, Loose Leash, la racoleuse Rise Below et la monumentale You Give Me Worms. Du matériel sonore à écouter lors d’une virée nocturne avec de bons vieux potes!

La réussite de ce disque réside dans le fait que, malgré le départ de l’adulé Von Helvete, le nouveau venu Tony Sylvester fait un excellent travail derrière le microphone. Possédant une voix plus rauque que son prédécesseur, Sylvester apporte une dose de testostérone supplémentaire à une musique qui n’en manquait déjà pas beaucoup! Donc, rien de vraiment imaginatif, mais ce Sexual Harassment est d’une redoutable adéquation. Turbonegro effectue un retour aux sources rédempteur, concupiscent et malsain à souhait… et ça m’a rudement plu! Les amateurs d’insalubrités et d’excès rock’n’roll de toutes sortes seront euphoriques!

Ma note : 7,5/10

Turbonegro
Sexual Harassment
Volcom Entertainement
33 minutes

www.turbonegro.com/

Future Of The Left – The Plot Against Common Sense

Le groupe gallois Future Of The Left parachute cette semaine une bombe. Je connais très bien la formation pour avoir adoré et écouté abusivement les deux prédécesseurs: Curses et Travel With Myself And Another. La bande à Andy Falkous, auteur, guitariste et chanteur, a fait paraître le EP Polymers Are Forever au mois novembre 2011 qui ne m’a pas rassuré sur l’album à venir. Celui-ci avait déjà vu sa sortie être reportée deux fois et un nouveau membre, Julia Ruzicka, s’est ajoutée au mix, au cours de la dernière année. Tout cela sentait très mauvais. Puis, The Plot Against Common Sense est arrivé et mes inquiétudes, doutes, angoisses se sont envolés en fumée. Le groupe arrive avec son album le plus complet, le plus inventif et le plus mature à vie.

La galette s’entame sur la sulfureuse Sheena Is A T-shirt SalesmanFalkous est agressif à souhait, les guitares sont saturées de distorsions, la batterie de Jack Egglestone est carrée et surprenante et la basse grasse est présente comme dans toute bonne pièce du groupe. L’opus peut grosso modo se diviser en deux grandes lignes parallèles: le son classique et les mélodies audacieuses. Alors que Failed Olympic Bid, Camp Cappuccino et I Am The Least Of Your Problems sont de fières représentations du son traditionnel du groupe, quelques pièces ressortent du lot par leur originalité. Future Of The Left a porté une attention minutieuse à tout sur cet album et les procédés vocaux n’y ont pas échappé; ainsi on retrouve un superbe canon vocal à la fin de la chanson City Of Exploded Children. Deux autres pièces, quant à elles, empruntent un son plus indie: Beneath The Waves Of An Ocean et Sorry Dad, I Was Late For The Riots. Les mantras de Polymers Are Forever vous colleront dans les synapses également: « Old stones collected in plastic bags on a bloody isle / then placed in rows on the ocean floor / your friend – polymers ». Et l’album se termine sur une surprenante Notes On Achieving Orbit.

Bref, The Plot Against Common Sense est un excellent album, qui montre l’intelligence et la maturité musicale du groupe. Donnez une chance à Future Of The Left, vous ne serez certainement pas déçu, le groupe fait le pont entre le post-hardcore et la mélodie, créant des amalgames percutants. Enfin, c’est bon, très bon.

Ma note : 8/10

Future Of The Left
The Plot Against Common Sense
Xtra Mile Recordings
50 minutes

futureoftheleft.net/