Punk/Hardcore Archives - Page 2 sur 22 - Le Canal Auditif

Critique : Dasher – Sodium

Dasher est l’un des rares groupes qui sont menés par un batteur. Dans le cas qui nous concerne, il s’agit de Kylee Kimbrough qui est capable de manier les baguettes en même temps que ses cordes vocales. Celui-ci a quitté Atlanta pour la ville de Bloomington en Indiana. C’est là qu’il a recruté Gary Marra à la basse et Derek McCain à la guitare. Le trio se spécialise dans un rock garage qui emprunte beaucoup au punk. Ça fait légèrement penser à DFA 1979 et Thee Oh Sees dans leurs moments les plus violents.

Sodium est un premier album réussi qui rentre au poste pour le groupe. Kylee Kimbrough gueule d’un bout à l’autre tout en tapochant sans vergogne sur ses tambours. Le résultat est bruyant, mais n’écarte pas non plus tout sens de la mélodie. Un peu comme DFA 1979, c’est une égale partie de mélodie et de bruits. Par contre, Dasher est beaucoup plus bruyant dans le sens de noisy. Et le style de basse de Jessy F. Keeler est tout simplement inimitable.

Le premier simple paru est représentatif de ce qu’offre le groupe. We Know So est un feu roulant qui compte autant sur une batterie violente qu’une guitare bruyante. Le refrain, malgré sa brutalité, conserve un côté mélodieux et risque même de rester en tête après l’écoute. C’est un peu la même chose qui se passe avec Go Rambo, une chanson construite sur un modèle plus près du punk, avec ses 2 minutes 20.

Ce n’est pas tout le temps hyper rapide comme le démontre la lourde Teeth, mais pour pallier à ce ralentissement dans le rythme, le groupe s’arrange pour faire plus de bruit. La voix de Kimbrough est perdue dans la distorsion alors que l’excellent riff de guitare de Derek McCain fait la job. No Guilt est une composition qui se démarque par son côté un peu plus rock’n’roll, mais dissonant à souhait.

C’est un très bon premier album que nous propose le trio Dasher avec Sodium. Un peu comme le sel en lui-même, ce record risque de vous faire faire de l’hypertension si vous êtes généralement fan de Natasha St-Pier. Par contre, si les guitares bruyantes ne vous effraient point, que les chanteurs qui crient leurs tripes vous excitent et que le garage-punk vous ravit, vous aurez beaucoup de plaisir en compagnie de Dasher.

Ma note: 7,5/10

Dasher
Sodium
Jagjaguwar
33 minutes

https://dasher.bandcamp.com/

Critique : Dead Cross – Dead Cross

En 2015, Gabe Serbian, Mike Crain et Justin Pearson – tous des musiciens associés aux formations Retox et The Locust – s’unissent à « Mr. Double Bass Drum », Dave Lombardo (Slayer, Fantômas), afin de former Dead Cross. Malheureusement, le règne de Serbian fut de courte durée puisqu’il a quitté le groupe aussi vite qu’il l’a mis sur pied, le temps de vociférer sur un seul extrait. Dead Cross s’est donc retrouvé le bec à l’eau, sans chanteur… avec les chansons d’un nouvel album déjà enregistrées en quasi-totalité.

J’imagine alors aisément que le bon Lombardo ait pu saisir l’opportunité d’entrer en contact avec l’un de ses bons amis : le prolifique et prodigieux Mike Patton. Et j’imagine encore plus les sourires radieux de Crain et Pearson lorsque le même Lombardo leur a annoncé que ce chanteur de génie se joignait à Dead Cross. Ça ne s’est probablement pas passé comme ça, mais j’aime bien parfois, comme la vaste majorité de mes semblables, me rassurer dans mes fausses certitudes…

Cela dit, ce « supergroupe » de punk hardcore lançait la semaine dernière un premier album homonyme réalisé par Ross Robinson (Red Fang, Korn, The Blood Brothers). Et je ne passerai pas par quatre chemins. Les vétérans y vont d’un effort surhumain réussissant à garder intact le côté « old-school » de ce genre musical tout en y insufflant une petite cure de jouvence, gracieuseté encore une fois de ce merveilleux fou qu’est Mike Patton. En voilà un qui se contre-torche depuis des lustres des convenances de l’industrie du disque.

Comme d’habitude, Patton y va d’une performance vocale à couper le souffle : cri de chaton égorgé, mélodies fédératrices, humour champ gauche (le mot « tampax » répété à la toute fin de Gag Reflex), tout y passe. Du Patton à son meilleur ! Et Lombardo maltraite sa batterie à une vitesse folle qui rappelle sa performance démentielle offerte sur l’album Reign In Blood de ces vieux salopards de Slayer… ce qui fait que Crain et Pearson n’ont qu’à être eux-mêmes : efficaces et chirurgicaux.

Brutale, intense et fiévreuse, cette première purée de Dead Cross fait honneur au genre tout en faisant preuve d’une certaine originalité. Curieusement, ce sont les courts moments mélodiques qui bonifient la pertinence de ce disque. Le « gueulage » habituel est d’autant plus puissant, car il est compensé par ces instants harmonieux.

Rien de superflu au programme. Juste du bon. J’ai adoré le refrain atypique de Seizure And Desist qui vient contraster le jeu de batterie de fou furieux de Lombardo. La reprise de Bela Lugosi Is Dead, de ce grand groupe « goth rock » qu’est Bauhaus, est sublime. Vraiment. Les hurlements de Patton dans Grave Slave sont extraordinairement enivrants et Church Of The Motherfuckers conclut ce Dead Cross en apothéose.

Voilà le meilleur disque de punk hardcore paru en 2017 tout simplement. Attachez vos tuques, vous allez en prendre plein la gueule. Un « supergroupe » qui remplit ses promesses de la sorte, c’est rare !

Ma note: 8,5/10

Dead Cross
Dead Cross
Ipecac Recordings
27 minutes

https://deadcross.bandcamp.com/

Critique : USA Nails – Shame Spiral

Il y a quelques semaines déjà, j’étais confortablement effoiré dans un divan de cuirette, d’un brun douteux, appartenant à cette chère Brute du Rock. Dans une de ces soirées bien arrosées, dont elle seule détient le secret, cette vieille ordure aime toujours que l’on plonge ensemble dans une grosse flaque de punk, de métal et de rock, aux sonorités bien crasseuses.

C’est donc dans un état éthylique/narcotique assez avancé que la Brute m’a garroché dans l’univers d’un groupe punk britannique bruyant à souhait : USA Nails. Ce soir-là, on a donc épluché de long en large l’excellent No Pressure, deuxième album du quatuor paru en 2015. La Brute en a fait par ailleurs un excellent compte-rendu dans le cadre de sa chronique. Et ce fut le choc, la révélation. C’est donc avec un enthousiasme juvénile que j’attendais impatiemment de prêter l’oreille à ce Shame Spiral (nouvel album de la formation). C’est paru la semaine dernière sur une étiquette de disques française totalement anonyme : Bigoût Records.

Sombre, primitive, insoumise, d’une lourdeur colossale, cette nouvelle création, enregistrée « live » en studio, est une totale réussite. Si sur No Pressure, la mixture de post-punk, de no wave et de noise rock présentée m’avait renversé, eh bien, cette fois-ci, c’est cette pesanteur inexplicable qui me décroche la mâchoire à chacune des écoutes. Dès les premières auditions, vous serez confrontés à un mur de son sans précédent et, si vous acceptez d’être brassé sans ménagement, vous découvrirez des guitares crasseuses certes, mais étonnamment subtiles. Oui, vous avez bien lu ! Chaque feedback est maîtrisé à la perfection, les sonorités extirpées sont d’une totale originalité et toute cette lave décapante est appuyée par une section rythmique béton. Un train qui ne déraille jamais !

Et USA Nails ne niaise pas avec la puck. Les salopards nous proposent 10 chansons pour un total de 25 minutes. Côté texte, les Nails donnent toujours dans le sarcasme, ridiculisant sans vergogne de grands pans de la culture populaire de masse dans tout ce qu’elle a de plus hypocrite et médiocre : les rêves de célébrité facile, la téléréalité, le prix exorbitant des maisons londoniennes, etc. Tout ce magnifique chaos contrôlé se conclut en apothéose avec une reprise d’une chanson de la formation allemande Grauzone (premier groupe du chanteur suisse Stephan Eicher) : Eisbaer. Un excellent remake. Aucune chanson ne fait office de remplissage. C’est vraiment, mais vraiment tout bon.

Lors de cette soirée de haute voltige intellectuelle (ouf !), la Brute et moi étions d’accord sur un point : USA Nails représente, pour nous, l’avenir du punk. Rien de moins. Eh bien, ce Shame Spiral confirme de nouveau les convictions émises lors de cette mémorable veillée. Si vous aimez des groupes comme Future Of The Left, Pissed Jeans, Blacklisters et le bon vieux Sonic Youth, il n’y a aucun doute dans mon esprit que vous allez adhérer à 100% à l’offre sonore de USA Nails. Un grand groupe punk en devenir, si ce n’est pas déjà fait.

Ma note: 8,5/10

USA Nails
Shame Spiral
Bigoût Records
30 minutes

https://usanails.bandcamp.com/


 

Critique: Ho99o9 – United States Of Horror

C’est suite à un passage remarqué à l’édition 2014 de SXSW que l’on s’est d’abord intéressé au duo hip-hop ascendant punk formé par theOGM et Eaddy, deux MC’s originaires du New Jersey. S’ils ont réussi à participer à la féria des gens branchés, c’est surtout grâce à la rumeur concernant leurs deux EP, leurs prestations incendiaires et leurs vidéos dérangeants. C’était apparemment très marginal et c’était le fun, pour un peu qu’on soit capable d’en prendre.

D’ailleurs, je vous ai déjà parlé de leur mixtape de 2015.

Fast-forward et nous voilà en 2017 alors que les boys nous proposent enfin un premier véritable album. Ce que l’on remarque juste en feuilletant la pochette de l’album, c’est qu’une dimension très politique semble s’être immiscée dans la musique du duo infernal. On y retrouve des slogans éloquents (YOU ARE NOT BORN A RACIST, YOU ARE TAUGHT TO BE ONE ou encore YOUR CHILD WILL DIE BECAUSE YOU LET IT HAPPEN) et on peut comprendre facilement que la virée qui s’en vient ne sera pas de tout repos.

« I pledge allegeance to the burning flag of the united states of horror and to the deathkult for which it stands».
– U.S.H.

Cette phrase est le début d’un paragraphe récité par une voix de gamine un brin troublante qui laisse rapidement sa place au riff principal de War is Hell, pièce qui nous rappelle Prodigy dans ses moments les plus mordants. Ensuite, c’est Street Power et son habile mélange de trap music et de punk hardcore qui prend la relève. Si vous pensiez pouvoir vous reposer un peu après ce combo brutal, vous rêvez en couleur. L’album est fort probablement à l’image de leur réputation sur scène et on enchaîne avec Face Tatt sur un beat techno jungle produit par le Dave Sitek de TV On the Radio, qui s’avère en connaître un rayon en matière de sonorités bien rugueuses et qui est ici responsable de 4 chansons sur 13. Après un interlude inconfortable, c’est au tour de Bleed War et sa vision dystopienne de l’avenir de la guerre qui vient nous plomber le tympan. Jusqu’à maintenant, disons que le hip-hop n’est pas très dominant. Money Machine et Splash viendront changer la donne avec leurs rimes incendiaires livrées avec hargne et rapidité. La trap est bien présente dans les beats de celles-ci. Elle reviendra sporadiquement tout au long du disque (Hydrolics, la chanson titre), de même que les attaques de guitares et les beats technos tonitruants (Knuckle Up, Dekay, City Rejects, etc.).

Au final, le son des Ho99o9 a évolué pour devenir un habile mélange d’Atari Teenage Riot, DMX, Bad Brains et Prodigy qui conserve une saveur unique. Leur album est oppressant, agressif et addictif. La comparaison avec Death Grips tient de moins en moins la route. Si les deux groupes œuvrent clairement dans le rap champ gauche, les attaques de Ho99o9 sont moins expérimentales et noise mais plus focalisées et moins cryptiques.

*Le duo sera en spectacle pour la toute première fois à Montréal ce mercredi 31 mai. Ça se passe au Turbohaus (5011 Notre-Dame Ouest) avec les crinqués de Injury Reserve en première partie. Faut absolument pas que tu manques ça!

Ma note: 8/10

Ho99o9
United States of Horror
Toys Have Powers
44 Minutes

www.ho99o9.com

Critique : Black Lips – Satan’s Graffiti or God’s Art?

Les Black Lips étaient dus. Le groupe américain a une tendance à la régularité lorsqu’il s’agit de sortir des albums. Voilà bien trois ans qu’est paru l’appréciable Underneath the Rainbow. Le groupe qui s’était fait connaître pour ses frasques scéniques a beaucoup changé avec les années. De meilleurs musiciens, ils ne restent pas dans leur zone de confort très longtemps. Et ça continue avec Satan’s Graffiti or God’s Art?

Le titre de l’album qui nous vient sous forme de question est déjà en lui-même une déclaration. À la manière de « le génie est proche de la folie », la formation d’Atlanta nous pose un peu en défi son nouveau titre. Est-ce qu’ils sont des méchants garçons ou des apôtres qui font avancer l’humanité? Rien n’est moins clair. Tout comme la réussite de ce nouvel album. On a l’impression d’être spectateur de deux Black Lips. La première est une formation qui tente de nouvelles approches à leur musique avec des instrumentations intéressantes, l’ajout d’une saxophoniste (Zumi Rosow) et des influences diversifiées. La deuxième formation nous propose des pièces qui sonnent le réchauffé et le déjà vu.

Évidemment, on préfère le groupe lorsqu’il met de l’avant un son plus audacieux. Avec une mélodie fédératrice, Occidental Front est sans doute la pièce qui représente le meilleur des deux mondes. Son air est accrocheur, son saxophone est grinçant, ses guitares bruyantes et l’ensemble fort séduisant. Can’t Hold On poursuit sur la même lancée avec une autre mélodie convaincante. Ce n’est pas inusité, mais ça marche à merveille. Interlude : Got Me All Alone, une sorte de blues franchement crasseux est assez délicieux.

Mais pour toutes ces pièces qui séduisent l’oreille, il y a plusieurs moments ordinaires sur Satan’s Graffiti or God’s Art? En tête de file, The Last Cul de Sac est une pièce à la tiédeur proéminente. Oubliez les sonorités punk, on nous propose plutôt un bon vieux morceau de pop-rock assez pépère. On peut en dire autant de la pop-rock Crystal Night qui aurait pu être réussie avec un peu plus de piquant. Outre les voix qui sont un peu décalées, la pièce est une balade rock assez standard, entendue des milliers de fois auparavant et honnêtement, mieux exécutée par des groupes comme les Beach Boys. On peut en dire tout autant de la langoureuse Wayne qui ne convainc pas plus l’oreille malgré son utilisation abusive de la pédale de wah-wah.

Les Black Lips font quand même quelques bons coups sur ce nouvel album. Surtout avec l’ajout de la saxophoniste Rosow qui amène de nouvelles possibilités sonores. Ça fonctionne très bien. Les Américains sont aussi très convaincants lorsqu’ils osent aller hors des sentiers battus. C’est du punk mélodieux et grinçant à souhait. Le problème, c’est lorsqu’ils se mettent à faire de la pop-rock que le résultat est la plupart du temps décevant.

Ma note: 6,5/10

Black Lips
Satan’s Graffiti or God’s Art?
Vice Records
56 minutes

http://black-lips.com/