Punk/Hardcore Archives - Page 19 sur 22 - Le Canal Auditif

No Age – An Object

bedbLe nouvel album du duo californien No Age arrive avec du bagage. Randy Randall et Dean Spunt se sont sentis en panne d’inspiration après Everything In Between il y a trois ans et ont eu besoin de changer quelques habitudes et de concocter un gros concept bien juteux avant de se lancer dans la composition de ce qui allait devenir An Object. Le concept en question était de mettre la main à la pâte dans le plus d’aspects possible de la création d’un objet musical. En plus de composer, de jouer et d’enregistrer eux-mêmes leur album, Randall et Spunt ont donc cette fois conçu, fabriqué, découpé et plié les pochettes des 5000 premiers exemplaires du CD et du disque vinyle d’An Object. La musique aurait été composée avec ce concept en tête.

Bien que le concept puisse lancer une discussion intéressante sur la disparition graduelle du concret et du physique dans la culture underground et sur les limites des aspirations DIY du punk rock, à peu près rien dans la musique présentée sur An Object ne reflète clairement ce concept. Sa seule importance concrète est donc d’avoir stimulé No Age suffisamment pour qu’il ait envie d’explorer à nouveau ses sonorités fétiches: le punk aux dynamiques simples et dépouillées et ses aventures en territoires ambiants lo-fi.

Les changements les plus intéressants cette fois ne proviennent pas du concept, mais bien des tics du batteur Dean Spunt qui, fatigué de la batterie, a trouvé de nouvelles sources sonores pour donner vie à ses idées percussives. Il ajoute à son arsenal une basse et des microphones de contact appliqués à toutes sortes de surfaces, de chocs et de vibrations. Ça apporte une belle panoplie de nouvelles textures aux chansons les plus ambiantes de No Age, dont dans la captivante première chanson No Ground, mais même à des pièces plus énergiques comme Defector/Ed.

Depuis Weirdo Rippers en 2007, No Age s’attire des éloges pour l’équilibre qu’il arrive à trouver entre un punk tendu et l’exploration d’ambiances, et fait particulièrement mouche avec la première partie de l’équation. C’est le cas ici avec C’Mon Stimmung et Lock Box, entre autres. Tout compte fait, la recette n’a pas changé pour An Object. No Age fait ce qu’il sait faire, avec assez de fougue et de passion pour ne pas avoir l’air essoufflé.

Ma Note : 7,5/10

No Age
An Object
Sub Pop
30 minutes

noagela.org/

Melt Yourself Down – Melt Yourself Down

MeltYourselfDownSur papier, peu de genres musicaux devraient faire aussi bon ménage que le punk et l’afrobeat. Tous deux sont en théorie animés d’une grande énergie; Fela Kuti incarne la rébellion aussi bien que n’importe quelle icone du punk; et certains groupes de la première vague du punk se sont tournés vers des influences africaines (et autres musiques du monde) quand ils ont senti que le mouvement s’essoufflait à la fin des années 1970.

Une idée sur papier ne se traduit cependant pas forcément par des résultats probants. Plus de trente ans après l’âge d’or de ces deux styles, la référence en terme de fusion reste Bow Wow Wow, groupe qui occupe les pensées d’à peu près personne ces temps-ci. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’un groupe «reparcoure» ces styles et trouve le moyen de les réénergiser et de leur donner quelque chose de vital, dans une forme simple et entraînante. C’est arrivé à l’automne 2012, quand des musiciens de divers groupes jazz, punk et fusion worldbeat londoniens (dont Polar Bear et Zun Zun Egui) se sont réunis au sein du groupe Melt Yourself Down.

Composé d’un batteur, d’un percussionniste, de deux saxophonistes, d’un bassiste et d’un chanteur, Melt Yourself Down combine souplesse et force de frappe, tel un jeune Roy Jones Jr. Le groupe a lancé trois chansons depuis octobre dernier, We Are Enough, Fix My Life et Release!, qui sont un peu comme des exercices de renforcement positif, conçus pour faire danser, remonter le moral et rager contre la machine.

Arrive donc enfin ce mois-ci le premier long-jeu. J’ai d’abord remarqué que les trois simples étaient placés dans la première moitié de l’album, ce qui m’a fait craindre du remplissage dans la deuxième moitié. C’était une crainte injustifiée. Même si rien ne vient surclasser l’attrait des premiers simples, rien ne vient non plus ternir le hype qui s’est établi autour du groupe. Sur tout l’album, les rythmes d’influence nigérienne et les mélodies nord-africaines sont combinés à l’énergie débridée du punk. Le tout est agrémenté des incantations mystiques du chanteur Kushal Gaya et de quelques textures électroniques, courtoisie du réalisateur Leafcutter John.

Le rythme frénétique n’est pas maintenu pendant tout l’album, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Il faut bien que l’album respire un peu, et c’est ce qui arrive avec Free Walk, qui apporte un peu de sensualité sans s’étirer en longueur. L’album se termine par Mouth To Mouth et Camel, deux pièces un brin plus ténébreuses que ce qui a précédé, et qui sonneraient comme quelque chose de plutôt rock si les saxophones étaient remplacés par des guitares.

Bref, un album entraînant et intense, qui ne se prend pas trop au sérieux et qui accroche un sourire sur le visage. Je sais maintenant ce qui sera ma trame sonore estivale cette année.

Ma note : 8,5/10

Melt Yourself Down
Melt Yourself Down
The Leaf Label
40 minutes

meltyourselfdown.com/

The Brains – The Monster Within

The-Brains-The-Monster-Within-artworkDepuis quelques années, il existe sur la scène montréalaise un groupe pour le moins surprenant. The Brains fait dans le psychobilly aux accents franchement punk-rock. C’est un peu comme si Reverend Horton Heat rencontrait Green Day. Constitué de René D La Muerte (guitare et voix), Colin The Dead (basse et voix, qui fait aussi partie de Heroes Don’t Die, dont je vous avais parlé dans ma chronique de maxis de février) et Pat Kadaver (batterie). Voici leur cinquième album studio.

Que dire de ce cinquième effort? Bien qu’on y découvre quelques petites pierres précieuses, l’ensemble manque un peu de variété. Le trio semble avoir trouvé une recette, ce qui est loin d’être mauvais. Le groupe sait composer des mélodies fédératrices qui savent faire danser les foules. D’ailleurs, leur succès en tournée est indéniable. Par contre, la réalisation parfois trop léchée de l’album ne sert pas le genre et le rend plus bonbon; surtout que le jeu frénétique de Colin à la basse est impressionnant. Par contre, en mettant la voix de René D La Muerte à l’avant-plan, la bande perd un peu du côté abrasif qu’elle détenait jadis.

N’en reste pas moins que The Brains part en feu sur les premières notes de la chanson titre de l’album. Le côté punk-rock du trio les amène à créer des mélodies qui restent en tête. Parfois, c’est dans les couplets, et à d’autres occasions, c’est dans les refrains que la force du groupe s’estompe. Misery est un excellent exemple. L’introduction nous promet un son innovateur et le solo de guitare est de toute beauté, mais lors des passages chantés, The Brains tombe dans une construction chansonnière plus simple, parfois trop! Bleed représente un des beaux moments de la galette avec son côté rock’n’roll et sa section rythmique qui s’affirme dans toute sa splendeur. Lies vient aussi briser l’ensemble, parfois trop homogène, alors que René semble soudainement avoir plus de gueule derrière le micro.

Bref, The Monster Within nous offre quelques beaux moments qui réjouiront les fans de psychobilly et de punk. Par contre, à certains moments, les chansons se suivent et se ressemblent à un point tel qu’on ne se rend plus compte qu’on a changé de pièce. Malgré tout, la bande sait donner un spectacle mémorable sur scène, affublée de leur maquillage et de leur esthétique bien à eux!

Ma note : 6,5/10

The Brains
The Monster Within
Stomp Records
35 minutes

www.unionlabelgroup.com/bands/7/brains/

Iceage – You’re Nothing

130602-iceageLa formation punk danoise originaire de Copenhague, nommée Iceage, lançait dans les bacs sa deuxième offrande titrée caustiquement You’re Nothing. En juin 2011, le quatuor formé en 2008, alors que les membres n’avaient que 17 ans, avait fait paraître New Brigade; une création qui avait obtenu plus que sa part de critiques élogieuses. Conséquemment, les voilà de retour avec un album entièrement realisé et produit par eux-mêmes. Donc, un veritable opus indépendant; au sens noble du terme!

Quelle est l’esthétique sonore prescrite par Iceage? Bien entendu, les danois présentent un punk rock puisant autant dans la belle époque du hardcore américain issue des eighties, que dans les inclinaisons mélodiques accessibles que les précurseurs britanniques offraient à la fin des années 70. De bien belles influences, mais est-ce que ces ascendants sont habilement entassés afin d’offrir une mixture punk de haut niveau?

En tous points, ce You’re Nothing comble les expectatives. Un conception sonore qui amalgame une écriture chansonnière punk intelligible, et ce, sans perdre une seule once de sa force de frappe; comme si Black Flag, Turbonegro et les Clash habitaient sous le même toit. Si New Brigade mettait en évidence un déficit de maturité musicale flagrant, ce You’re Nothing constitue un grand pas en avant. Iceage passe vraiment à l’âge adulte!

Évidemment, les guitares décapantes, les rythmes vifs et martiaux sont à l’honneur, mais ce qui fixe la signature sonore du groupe est sans contredit les inflexions vocales du chanteur/guitariste Elias Bender Ronnenfelt. En effet, cette voix imprécise (remémorant un Robert Smith en mode vociférateur), parfois carrément fausse, constitue l’identité principale de Iceage. À défaut d’être juste, le jeune homme beugle avec l’énergie du désespoir… et c’est tout ce qu’on exige d’un leader punk!

Comme le veut la tradition, pratiquement aucun morceau ne dépasse les trois minutes règlementaires; standard de base pour toute formation punk qui se respecte. Un paquet de brulôts sonores surexcite ce You’re Nothing: la lourdaude Ecstasy, l’aggressive Coalition, l’excellent riff de guitare et la voix fausse dans In Haze, la captivante Wounded Hearts, les très hardcore vieilles écoles It Might Hit First et Rodfaestet de meme que l’hymne revancheur You’re Nothing.

Certaines oreilles avides d’harmonie et de paix d’esprit pourraient être franchement repoussées par les modulations proférées par Ronnenfelt, mais en ce qui nous concerne, il nous semble préférable de rugir son punk rock avec ferveur que de l’interpréter avec une perfection ennuyante et conservatrice… Un disque authentique et vrai, qui ne révolutionne pas le genre, mais qui possède un charme que tout amateur de punk saura facilement déceler! Du bon travail!

Ma note : 7/10

Iceage
You’re Nothing
Matador Records
28 minutes

iceagecopenhagen.blogspot.ca

The Bronx – The Bronx IV

The_Bronx_IVLa semaine dernière, The Bronx arrivait avec leur sixième album (en comptant les deux parus sous le pseudonyme Mariachi El Bronx) en dix ans d’existence. Et quelle est la meilleure façon de fêter cette première décennie autrement qu’en lançant une galette de punk solide? Le groupe a flirté avec un autre style de musique dans les dernières années en faisant paraître deux opus sous le nom Mariachi El Bronx. Et non, le nom n’est pas trompeur, ces punks font aussi dans la musique traditionnelle mexicaine. Et cela, a laissé des traces! Moins enragées, plus mélodiques, la maturité fait tranquillement son chemin dans les compositions offertes par le quintet.

IV est largement la galette la plus accessible du groupe et cela risque d’ouvrir des portes qui jusque-là étaient closes. L’agression est beaucoup moins probante, bien qu’on soit loin de Taylor Swift! Le punk qu’offre The Bronx est très mélodique, quitte à osciller vers le pop-punk par endroit. Voilà un album solide mais qui compte deux ou trois épines dans son pied.

Entamant la danse avec The Holy Hand, la formation fait savoir rapidement aux oreilles de l’auditeur que la distorsion sera décapante, que la batterie fera du bruit et que la voix du chanteur, Matt Caughthran, sera parfois criarde, parfois mélodique. Puis, la bande enchaîne avec Along For The Ride qui, loin de représenter un chef-d’œuvre d’écriture, reste quand même très accrocheuse. Les deux suivantes, Style Over Everything et Youth Wasted finissent par séduire avec leurs mélodies respectives qui demeurent longtemps en tête. The Bronx démontrent aussi qu’ils sont toujours capables d’être agressifs avec Too Many Devils et Under The Rabbit avec le feu roulant de guitare électrique et la voix de Caughthran un peu plus violente. Le groupe offre aussi une superbe balade : Life Less Ordinary qui a de quoi vous arracher le cœur avec sa guitare lourde uniquement accompagnée par la voix; pièce qui montre tout l’apport du projet Mariachi El Bronx à la musique de The Bronx. Quelques écueils font partie de l’ensemble dont la quasi Blink 182 titrée Torches qui franchement, sonne le déjà-vu.

IV est un excellent album de punk mais qui possède la qualité d’ouvrir ses horizons à un plus grand public et soyez certains qu’on entendra davantage parler de The Bronx dans la prochaine année. Par contre, les fans commenceront à s’inquiéter de la prochaine offrande, même s’il est tôt pour s’en faire, car le danger de tomber dans la facilité et le «rassembleur facile» commence à laisser voir le bout de son nez.

Ma note : 7,5/10

The Bronx
The Bronx IV
ATO
37 minutes

thebronxxx.com/bx4/