Pop Archives - Page 72 sur 79 - Le Canal Auditif

Dirty Projectors – Swing Lo Magellan

Mardi dernier paraissait le très attendu Swing Lo Magellan de la formation rock Dirty Projectors menée de main de maître par le compositeur émérite Dave Longstreth. La musique de Dirty Projectors constitue un brillant mélange de rock alternatif, de jazz-rock et de musique expérimentale, l’ensemble auréolé des chœurs célestes concoctés par Amber Coffman et Angel Deradoorian de même que la voix distincte et hantée de Longstreth. En 2009, la formation américaine avait mis sur le marché un album chouchouté par la critique et qui avait valu aux Dirty Projectors une certaine reconnaissance internationale: l’excellent Bitte Orca.

Aux premières écoutes de Swing Lo Magellan, trois évidences frappent l’auditeur: la voix de Longstreth est définitivement à l’avant-plan dans le mix, le groupe inclut des sonorités folk issues des sixties et les structures chansonnières sont sans l’ombre d’un doute, beaucoup plus intelligibles et moins labyrinthiques que les précédentes productions. Une création qui délaisse quelque peu la virtuosité afin de laisser respirer les chansons, ce qui confère aux compositions de Dirty Projectors une accessibilité accrue, et ce, sans laisser en plan l’inventivité. Tout simplement, moins désordonné et plus rassembleur, comme si Longstreth avait voulu nous montrer sa vulnérabilité… mais pas exagérément.

Mais le petit génie, âgé de 29 ans seulement, reste un incorrigible perfectionniste et les morceaux offerts sur cette galette demeurent sinueux malgré le flagrant désir d’authenticité et d’honnêteté qui a habité le créateur lors de l’enregistrement. Swing Lo Magellan contient très peu de moments anémiques et renferme plus que sa part de chansons lumineuses. Le refrain rock de Offspring Are Black, la pièce titre Swing Lo Magellan, le motif de guitare acoustique purement démentiel de Just For Chevron, la dissonante et déstructurée Maybe That Was It, la désarmante simplicité musicale de Impregnable Question, les magnifiques cordes alliées aux rythmes électros de See What You Seeing, la fédératrice Unto Ceasar et la folk jazzée, dépouillée, quasi Fleet Foxes, titrée Irresponsible Tune représentent les morceaux significatifs de cette œuvre.

Swing Lo Magellan est un périple musical anormalement déchiffrable, plus ramassé, demandant quand même un effort auditif important, car la musique de Longstreth demeure somme toute complexe… Ce disque se veut un pas de plus vers une reconnaissance universelle pour les Dirty Projectors, et avant tout, vient confirmer hors de tout questionnement, le talent démesuré et indéniable de Dave Longstreth en tant que compositeur de génie. Un exceptionnel! Si vous aimez être dérouté génialement, voilà probablement l’un des albums gastronomiques, les plus délectables de 2012. Audacieux sans être rebutant!

Ma note : 8/10

Dirty Projectors
Swing Lo Magellan
Domino Records
42 minutes

dirtyprojectors.net/home

Fiona Apple – The Idler Wheel

La semaine dernière Fiona Apple a mis sur le marché son quatrième album titré The Idler Wheel Is Wiser Than The Driver Of The Screw And Whipping Chords Will Serve You More Than Ropes Will Ever Do. Voilà! C’est écrit! Cette création fait suite au respecté Extraordinary Machine paru il y de cela sept ans. L’auteure-compositrice-interprète à la personnalité trouble, marquée par une enfance laborieuse (la jeune femme fut victime d’un viol à l’âge de 12 ans), revient à la charge avec un album de chansons désarticulées, claustrophobes, inquiétantes et minimalistes.

Je ne prendrai aucun détour, cette œuvre frise la perfection. Toujours pianistique, envolées jazzy à la Thelonius Monk, vocalises menaçantes, Fiona Apple y va de ses meilleures intentions artistiques. Dépouillées sans être soporifiques, ces ritournelles animées de percussions discrètes et inventives sont en parfaites symbioses avec un jeu de piano saccadé et surtout, avec cette voix hantée par une émotion franche et authentique. Fiona Apple possède une signature musicale unique et singulière et la musicienne âgée de 34 ans est parvenue à atteindre l’échelon supérieur.

Tous les morceaux regroupés dans ce The Idler Wheel sont à classer dans un registre créatif de haut niveau. Les Daredevil, Valentine, le piano dissonant de Jonathan, la superbe Left Alone et son imparable refrain, l’émouvante ballade et la plus accessible de l’album nommée Werewolf et la quasi comptine typiquement Fiona Apple titrée Periphery, forment un ensemble chansonnier homogène et percutant. L’opus se conclut avec Regret, à faire pleurer le plus insensible des mélomanes, avec Anything We Want, un vibrant plaidoyer en faveur d’être réellement soi-même dans la vie, et en compagnie des voix superposées de Hot Knife; chanson construite comme un fabuleux chant de travail… et le souffle coupé devant tant de talent et d’intégrité!

Voilà le monument d’une artiste qui remplit ses promesses. Une voix, un piano… et pas grand chose d’autre. Tout simplement magistral! Oui, une autre création dont le sujet principal est l’amour, mais avant tout, un disque portant sur la conviction et l’urgence d’aimer sans ménagement, même si de nos jours, aimer avec intrépidité peut sembler à contre-courant… Une œuvre anti superficielle, d’une vérité à faire rougir 90% des musiciens pataugeant dans cette industrie carburant à la saveur du moment. Voulez-vous entendre une véritable artiste au sommet de son art? C’est ce disque qu’il faut écouter! Impératif!

Ma note : 9/10

Fiona Apple
The Idler Wheel Is Wiser Than The Driver
Of The Screw And Whipping Chords Will
Serve You More Than The Ropes Will Ever
Do
Epic Records
43 minutes

www.fiona-apple.com/

Patti Smith – Banga

Lundi dernier, une légende de la musique lançait son onzième album studio. Effectivement, la musicienne, chanteuse, poétesse, peintre et photographe, âgé de 66 ans, nommée Patti Smith nous offrait Banga, son quatrième album depuis l’an 2000. L’icône punk de la fin des années 70 est de retour avec une création, qui, fidèle à son habitude, rend hommage aux grands disparus et aux amitiés qui ont jalonné sa vie d’artiste… car il faut bien avouer que la vie de Patti Smith fut marqué au fer rouge, par la perte de plusieurs personnes décédées au cours de sa carrière. Entre autres, le guitariste Fred «Sonic» Smith (MC5), qui fut son époux et qui inspira son retour à la chanson en 1994.

Sur Banga, la grande dame s’est entourée de ses fidèles collaborateurs qui l’accompagnent depuis de nombreuses années: Tony Shanahan, l’incontournable Lenny Kaye et le batteur Jay Dee Dougherty. S’ajoutent à l’équipe, le légendaire Tom Verlaine, le fils de la poétesse Jackson Smith, de même que l’acteur Johnny Depp, qui s’exécute à la guitare, sur la chanson Nine. Avis aux mélomanes, cette création est absolument à classer dans le registre «adulte»; une mixture de rock issu des années 70, d’incantations poétiques dont Patti Smith possède à elle seule le secret et de musiques qui s’incrustent parfois dans le free-jazz.

Banga est une œuvre empreinte d’une mélancolie déchirante dont la matière première évoquée est la mort; plus spécifiquement le deuil qui s’ensuit et qui contraint à la transformation personnelle. C’est une création lourde mais curieusement lumineuse. Plusieurs morceaux se veulent des hommages sentis à des personnalités artistiques de première importance. Parmi les plus touchantes, il y a Maria (en respect à la comédienne Maria Schneider qui jouait dans Le dernier tango à Paris) et l’improvisation psychédélique dédiée à Johnny Depp titrée Nine. Je passe outre la déférence quelconque offerte à Amy Winehouse intitulée This Is The Girl

Les cinq premières pièces, aux accents pop rock conservateurs, m’ont laissé de marbre et avec une impression de résider en territoire «adulte contemporain»; ce qui diminue l’ardeur lyrique de la poésie de Smith. À partir de Banga, le disque prend finalement son envol vers des atmosphères sonores plus audacieuses. J’en veux pour preuve la folk métissée nommée Mosaic, la free-jazz incantatoire Tarkovsky (The Second Stop Is Jupiter), la ballade acoustique, hypnotique et orchestrale intitulée Seneca et la magnifique Constantine’s Dream, animée par une récitation épique de Patti Smith et une finale digne de Nick Cave & The Bad Seeds. L’album se conclut avec une reprise convenable de After The Gold Rush de Neil Young.

Banga, sans être un grand album, prouve hors de tout doute que Patti Smith est une grande dame de l’histoire du rock. Pertinent, émouvant, d’une écriture poétique juste et chanté magnifiquement, ce Banga, malgré quelques pièces pop inintéressantes, est un disque qui saura plaire aux adeptes de l’artiste, de même qu’aux friands de rock mature! À mettre dans vos oreilles si vous appréciez le combo rock/poésie. Approprié!

Ma note : 7/10

Patti Smith
Banga
Columbia Records
59 minutes

www.pattismith.net/intro.html

Gabriella Hook – Build A Storm

Je suis la carrière de Gabriella Hook depuis maintenant près de deux ans. La première fois que je l’ai rencontrée, elle officiait en première partie d’une formation que je connais très bien: Les Chics Clochards. J’ai vu la petite fille aux allures punk monter sur scène et sortir… un accordéon. À ce moment, elle et ses musiciens, ont cassé la baraque avec cinq ou six chansons. La fougue qui se dégageait d’elle m’a fortement frappé. En deux ans, elle a mis sur pied Build A Storm, son premier album signé Godfrey Diamond, un réalisateur qui a notamment a donné du corps à des albums de Cream, Lou Reed, Kool & The Gang et Aerosmith.

L’album s’entame avec la timide San Francisco, aux accents jazz, qui rappelle l’ambiance feutrée d’une Cat Power. L’opus nous offre une fenêtre ouverte sur plusieurs tranches de vie de la chanteuse. Hook nous montre qu’elle peut tout aussi bien se débrouiller en français qu’en anglais, avec Moon Thirty et La Fille Aux Bas Rouges qui sont des ritournelles bilingues. Le premier extrait de l’album, Don’t Put Your Hands Down est de loin le plus pop. On y entend le travail de Diamond qui polit efficacement les chansons de Mlle Hook. Cependant, le réalisateur ne dénature en rien l’œuvre de la jeune auteure-compositrice-interprète. Cela a de bons effets, la voix est plus posée et les points forts des pièces ressortent de façon plus prononcés. Par contre, on a parfois l’impression que la théâtralité de la chanteuse en concert est quelque diluée dans le processus d’enregistrement studio.

Cool, Calm, Collected, Barrels & Bears et Save The World constituent un excellent reflet du côté plus rock’n’roll de Hook. Il faut noter la déchirante Silly Thoughts, où le fiel guide la voix de Gabriella Hook. Et bien que moins vindicative qu’en concert, No More est tout aussi lourde et chargée. Une pièce qui illustre très bien la personnalité de la chanteuse: «You wanted me to explain / You wanted me to justify why / Oh I don’t need to justify / To anyone but I»

Bref, Gabriella Hook fait partie de ces jeunes artistes québécoises qui connaîtront sans doute le succès très prochainement. Un cheminement artistique approfondi sera de mise, mais la lancée est très bonne. Un petit détail à noter, l’album est produit par Hook elle-même. Je vous le conseille vivement. La voix de la chanteuse saura vous captiver. Une mention spéciale aux musiciens de studio qui ont contribué à l’album: Christian David, François-Michel Beauchamps et Alexandre Pépin.

Ma note : 7,5/10

Gabriella Hook
Build A Storm
Indépendant
32 minutes

gabriellahook.bandcamp.com/

Garbage – Not Your Kind Of People

J’ai toujours affirmé haut et fort que ma génération ne sombrerait jamais dans la nostalgie musicale. Aujourd’hui, je paie le prix de mon arrogance, et ce, à observer la multitude de groupes et d’artistes qui effectuent un retour au jeu afin de se remplir les poches, ou encore, dans le but d’assouvir les envies «de bon vieux temps» qui stimulent une partie de mes semblables… Voilà qu’après six ans d’absence, la formation américaine Garbage ressuscite avec leur sixième opus intitulé Not Your Kind Of People. Formé de la sensuelle chanteuse Shirley Manson et des musiciens réalisateurs Butch Vig, Duke Erikson et Steve Marker, Garbage nous revient avec cet électro-rock amalgamant quelques accents de grunge et de dub. Bref, rien n’a vraiment changé dans l’univers de Garbage.

Toujours cette réalisation tonitruante, ces guitares acérées, ces rythmes électroniques décalées de même que ces mélodies linéaires mais captivantes chantées suavement par Shirley Manson. Not Your Kind Of People est un disque crée pour plaire aux fanatiques du quatuor. D’entrée de jeu, les quatre premiers morceaux de cette galette sont absolument imbuvables; que ce soit Automatic Systematic Habit, Big Bright World, le simple Blood For Poppies et Control. Tous des pièces où Garbage tente maladroitement de moderniser ses sonorités, entre autres, en bourrant la voix de Shirley Manson d’effets inefficaces et inutiles, qui eux, servent à masquer la faiblesse de ces chansons. Un ratage complet!

Par la suite, survient la soporifique ballade Not Your Kind Of People et son illusion de refrain opérant. À bailler aux corneilles! À partir de la chanson Felt, et ce, jusqu’à la conclusion de cette création, Garbage reprend, sans surprise, la recette qui lui a valu le succès; du rock bondissant et dansant aux ambiances parfois éthérées et à l’occasion grinçantes. Sans être originales et inventives, il y a quand même quelques ritournelles dignes de mention. Je fais référence à l’entraînante I Hate Love, l’excellent riff coupé de Battle In Me et la très rock, faisant penser à Metric, intitulée Man On A Wire, et ça se termine dans le sommeil avec Beloved Freak!

Je suis sorti indemne de l’écoute de cet album, mais avec la sempiternelle impression, qu’il faut, malheureusement, et dans certains cas, savoir tourner la page, et mettre fin à des projets musicaux qui stagnent au niveau créatif; et c’est ce que Garbage aurait dû comprendre. Cette musique dite «alternative», incontestablement ancrée dans le passé, saura sûrement plaire aux nostalgiques et aux purs et durs du groupe mais lassera assurément les mélomanes insatiables de créativité musicale. Pour ma part, je ne peux qualifier cette œuvre de déception car je m’y attendais! On passe à un autre appel!

Ma note : 4,5/10

Garbage
Not Your Kind Of People
Stunvolume
43 minutes

garbage.com/