Pop Archives - Page 72 sur 77 - Le Canal Auditif

Caravane Palace – Panic

Le 5 mars dernier, le groupe français Caravan Palace lançait son deuxième album : Panic. La formation aux influences jazz manouche et électro swing est issue de la rencontre de trois compositeurs qui partageaient une même passion pour le jazz: Arnaud Vial, Charles Delaporte et Hugues Payen. Au trio s’est ajouté: Antoine Toustou (synthétiseurs), Colotis Zoé (chant), Camille Chappelière (clarinette) et Paul-Marie Barbier (percussions et vibraphone).

Alors que le premier opus était surtout issu de l’effort des trois compositeurs originaux, le plus récent représente l’œuvre de toute la bande et cela s’entend. Les rythmiques manouches sont appuyées par un son plus riche et complexe. Les ambiances sonores sont plus enveloppantes et cajolent le swing des chansons. Il faut l’avouer, difficile de ne pas taper du pied en écoutant Rock It For Me ou The Dirty Side Of The Street.

D’ailleurs le groupe s’appuie sur une solide base de jazz pour ensuite utiliser un arsenal d’instruments pour construire des mélodies indéniablement contemporaines. 12 juin 3049 et Cotton Heads représentent cet efficace mélange: une batterie très jazzée, une contrebasse à mi-chemin entre le passé et le présent appuyée par un synthétiseur très clair et un univers sonore omniprésent. Une dose de respect est commandée par la jolie chanteuse Colotis Zoé qui fait preuve d’une virtuosité vocale surprenante. Le groupe se permet aussi de pousser un peu plus loin les sonorités sur Panic; Glory of Nelly étant un exemple musical flirtant avec le hip-hop sans jamais quitter le jazz. Là réside la force de la formation qui s’inspire d’un large éventail de styles tout en créant une galette qui, tout au long, suit un enchaînement logique.

Pour ceux qui craignent le terme manouche depuis les Lost Fingers, réjouissez-vous! Caravan Palace vous réconciliera avec le genre. Pour les fans de jazz pur et dur, le groupe réussira à vous faire aimer la musique électro. Un très bon album made in France!

Ma note : 7,5/10

Caravan Palace
Panic
Wagram
51 minutes

www.myspace.com/caravanpalace

Of Monsters And Men – My Head Is An Animal

Premier tour de piste pour Of Monsters and Men, avec ce My Head is an Animal, sorti il y a quelques semaines. Alors, allons-y des présentations : groupe originaire de l’Islande, gagnant du Músíktilraunir en 2010, une compétition musicale importante dans ce pays, et menés par la chanteuse et guitariste Nanna Bryndís Hilmarsdóttir et le chanteur-guitariste Ragnar «Raggi» Þórhallsson.

La formation fait dans le rock scandinave (évidemment!), mais inclut des éléments de folk américain à sa base musicale. Aux premières écoutes, on pense à un mélange Sigur RósArcade Fire (un peu), mais surtout, pour ceux qui connaissent, on pense à Edward Sharpe And the Magnetic Zeros, ce groupe américain monté de toutes pièces qui avait cartonné avec la chanson Home il y un an.

Sur la pièce d’ouverture de My Head is an Animal, au titre de Dirty Paws, on retrouve les mêmes éléments: mélange des voix féminine-masculine, accords de guitares en retenu, envolée lyrique, chœur festif et changement de tempo. Intéressant…

L’album se poursuit avec King And Lionheart. Battement cardiaque de la batterie en ouverture, ajout des baguettes claquant sur le rebord du caisson, doublage des voix de Nanna et Raggi, un petit coup d’accordéon, et hop! Voilà un travail bien fait!

C’est à l’écoute de la troisième pièce du disque que l’intérêt diminue… gravement. Première pièce chantée en grande partie par Þórhallsson sans la complicité de miss Hilmarsdóttir (sauf dans les refrains), on perd une superposition auditive importante de ce qui rendait jusque-là le travail de Of Monsters And Men intéressant. Le groupe refait le coup sur la pièce Your Bones, et s’enfonce encore davantage sur Slow and Steady, une ballade tellement stéréotypée qu’on aime mieux ne pas s’y attarder (on a droit à des faux bruits d’oiseaux en fond sonore!).

Soulignons les bons moments du disque car, oui, il y en a! Outre les deux premières pièces, on pense à Six Weeks, qui a quelque chose de The Killers dans le nez, ou encore à Little Talks, chanson de type Arcade Fire et premier extrait officiel de l’album. C’est d’ailleurs grâce à cette chanson tout en trompette que le groupe a maintenant un public en Amérique et est actuellement en tournée de ce côté-ci de l’Atlantique. Of Monsters And Men sera à Osheaga au début août. Occasion de voir si le groupe rock plus sur scène que dans nos écouteurs!

Ma note : 6/10

Of Monsters And Men
My Head Is An Animal
Universal Republic
54 minutes

ofmonstersandmen.is/

M. Ward – A Wasteland Companion

La semaine dernière le troubadour Matthew Stephen Ward mettait sur le marché sa huitième offrande intitulée A Wasteland Companion. M. Ward est né en 1973 à Portland, ville située dans l’état de l’Oregon. L’auteur-compositeur-interprête crée des chansons qui se catégorisent dans un registre nettement folk, ornementées de guitares rock et qui demeurent assez saisissables pour les mélomanes épris de musique pop. En 2011, il avait fait paraître l’album A Very She & Him Christmas, en duo avec la comédienne Zooey Deschanel; disque qui avait reçu sa part de critiques élogieuses.

Qu’en est-il de ce A Wasteland Companion? Ce qui frappe aux premières auditions, c’est le penchant plus accentué et assumé de M. Ward pour un univers musical plus intelligible autant au niveau des arrangements que des constructions chansonnières. Plus simples, moins labyrinthiques, les chansons gagnent en efficacité comparativement aux réalisations précédentes du musicien. Primitive Girl, Me And My Shadow, Sweetheart (les deux dernières en duo avec Miss Deschanel) et le country rock de I Get Ideas en sont de parfaits modèles.

Mais notre homme n’a pas complètement mis au rancart, ce folk à la Nick Drake, astucieusement rehaussé d’orchestrations tortueuses, et à d’autres moments somptueuses. Les sonorités issues de la plus pure tradition folk et rock combinées à certaines expériences musicales sont toujours en vigueur dans les ritournelles de M. Ward. Clean State, la folk bleusy qui se transporte dans une atmosphère austère nommée A Wasteland Companion, le dépouillement de There’s A Key, la pianistique Crawl After You et Wild Goose constituent d’excellents exemples.

Malgré le virage lumineux que M. Ward emprunte sur cet opus, l’ensemble demeure dégarni, opaque et mystérieux. Ceux qui connaissent bien l’artiste ne seront pas stupéfaits. Le songwriter reste stable, pertinent et conséquent dans sa démarche et conserve sa signature musicale intacte. Même si cette création manque à l’occasion de mordant mélodique, il n’en demeure pas moins que A Wasteland Companion est un disque satisfaisant. Les amateurs d’un Beck ou encore d’un Eels en format folk-rock auront un faible pour cet opus. Sans bavure!

Ma note : 7/10

M. Ward
A Wasteland Companion
Merge Records
39 minutes

//mwardmusic.com/

Bear In Heaven – I Love You, It’s Cool

La formation basée à Brooklyn répondant au nom de Bear In Heaven faisait paraître récemment son troisième album intitulé I Love You, It’s Cool. Formé de Jon Philpot (chant, guitares, claviers), Joe Stickney (batterie), Adam Wills (guitares et basse) et de Sadek Bazaara (basse et claviers), Bear In Heaven crée une musique qui concilie le rock, le psychédélisme, la musique électronique et le krautrock. L’ensemble revendique, entre autres, le groupe Talk Talk comme ascendant musical.

Fait à noter, les membres de Bear In Heaven sont particulièrement familiers avec les expérimentations sonores. En effet, l’album était disponible sur le site web du groupe en version «drone» (ralentie à 400 000 pour cent) quelques jours avant sa sortie officielle. Ce disque, qui dans sa mouture standard dure environ 45 minutes, pouvait perdurer autour de 2700 heures en version hyper lente. Beaucoup de temps perdu mais bon…

Même si ces new-yorkais adorent brouiller les pistes, il n’en demeure pas moins que I Love You, It’s Cool est une création franchement pop qui rappelle parfois The Cure, souvent Animal Collective, mais en beaucoup moins rythmé, le tout chapeauté d’une voix évoquant Ian Brown des Stone Roses. Parmi les morceaux pop aboutis, il y a la très New Order nommée Idle Heart et l’entraînante ritournelle aux claviers hardiment eighties titrée The Reflection Of You.

Mais c’est lorsque Bear In Heaven emprunte des sentiers musicaux inexplorés que la création prend du galon; surtout au niveau de l’originalité des compositions offertes sur cet opus. Je pense à la pièce maîtresse de ce disque, la captivante Sinful Nature qui se conclut dans un vacarme électronique tonitruant. Fort intéressant! Je pense également à la cadencée aux rythmes tribaux nommée Space Remains et à l’expérimentale à l’ambiance éthérée intitulée Sweetness & Sickness.

Sans être un chef-d’œuvre incendiaire, cette création a eu le mérite de m’avoir transporté dans un univers irréaliste, amalgamant habilement la pop et la musique électronique au psychédélisme affirmé. Malgré les chansons quelconques qui habitent ça et là cette oeuvre, je suis demeuré captif du début à la fin. Cette réalisation a constitué une surprise assez sympathique pour mes oreilles. Les fanatiques de pop psychédélique aux accents post new-wave sauront sans doute reconnaître l’ours se révélant dans ce firmament flou!

Ma note : 6,5/10

Bear In Heaven
I Love You, It’s Cool
Hometapes
42 minutes

bearinheaven.com/

Half Moon Run – Dark Eyes

Le trio montréalais d’adoption nommé Half Moon Run, qui a fait sensation lors de la plus récente édition du très prisé festival South By Southwest, faisait paraître ces jours-ci, son premier album intitulé Dark Eyes. Formé de Dylan Phllips (pianiste et percussionniste), Devon Partielje (guitariste et claviériste) et Conner Molander (guitariste et multi-instrumentiste), Half Moon Run malaxe le folk, le rock, le pop et saupoudre sa recette musicale de pincées de soul et de rythmes électroniques.

Les mélomanes avertis y décèleront des prépondérances sonores allant de la plus prédominante en Radiohead, en passant par Patrick Watson et Jeff Buckley. Il va s’en dire que les friands d’harmonies vocales fédératrices seront servis à souhait, car ces jeunes musiciens possèdent une force de frappe exemplaire lorsqu’ils s’appliquent à unir avec élégance leurs trois voix. Les constructions chansonnières, semblent juste assez audacieuses pour être considérées comme inventives.

L’opus renferme sa part de morceaux de choix. Je fais référence à la piste d’ouverture Full Circle, à la très Jeff Buckley intitulée No More Losing The War, à Drug You qui fait modérément penser à Animal Collective et à l’émouvante Fire Escape. En contrepartie, Dark Eyes contient d’irritants pastiches de la bande à Thom Yorke représentés par Give Up et 21 Gun Salute; la première évoquant la pièce Reckoner tirée de l’album In Rainbows, la deuxième remémorant le maniérisme vocale du leader de la légendaire formation britannique… et finalement, Half Moon Run nous présente deux ritournelles insipides aux intonations soul titrées Judgment et Nerve.

La réalisation conservatrice, lustrée et linéaire empêche ces chansons de s’élever au-dessus de la mêlée. Un brin de folie musicale, quelques fioritures sonores imparfaites et un mixage anticonformiste auraient amené ce Dark Eyes à un niveau créatif supérieur. Qu’à cela ne tienne, Half Moon Run est une formation remplie de promesses, possédant un potentiel flagrant, qui aura pour tâche de se distancier de ses influences musicales trop évidentes et qui devra trouver le moyen de colorer singulièrement la réalisation de leur prochaine offrande. Un groupe qu’il faudra garder à l’œil!

Ma note : 6/10

Half Moon Run
Dark Eyes
Indica Records
40 minutes

halfmoonrun.indica.mu/fr/