Pop Archives - Page 3 sur 79 - Le Canal Auditif

Critique : Un Blonde – Good Will Come to You

Le montréalais Jean-Sébastien Audet (Un Blonde) nous livre une réédition de son disque Good Will Come to You, paru sous l’étiquette Flemish Eye le 22 septembre dernier. Jusqu’à maintenant, notons que le disque n’avait pas été encore accessible au grand public.

À travers ce disque lumineux (c’est le cas de le dire avec la pochette jaune), Un Blonde réexplore ses (21!) chansons selon une diversité musicale assez enrichie. Les environnements créés par Audet plongent l’auditeur dans une introspection profonde et hautement à fleur de peau. En passant par le RnB, la pop, le folk, le gospel ou le blues, Good Will Come to You regorge de pépites d’or auditives qui nous incitent à les écouter en boucle. Ce n’est pas compliqué. De sa voix chaude, Un Blonde fascine. Avec des arrangements musicaux transcendants, nous avons résolument droit à un produit de qualité.

Sur A Level Playing Field, les harmonies vocales sont d’une douceur à faire bercer tous les maux de l’âme. Tandis que sur On My Grind, courte chanson, où l’on met l’accent sur la couleur de différents timbres de voix. Sur I’m Free, le piano guide la voix. On se concentre sur chaque touche qui permet de balancer la présence vocale. Un travail complexe… mais qui prend tout son sens après écoute. Cette même situation se retrouve sur Rain Will Not Change, où on a cette impression d’entendre quelques gouttelettes. La guitare occupe une belle place aussi sur I Felt the Evening Come Through the Window. Plutôt agréable à entendre. En plus d’être orné par un naturel étonnant, il va sans dire que la production musicale y est pour beaucoup et demeure impeccable en terme de minimaliste.

Good Will Come to You est un travail intime. Vous savez, écouter Un Blonde… c’est s’éloigner des titres de la pop trop commerciale grand public. C’est de nous faire remettre les idées en place pour justement se faire rappeler qu’il y a autre chose qui se fait. Un Blonde fait partie de cette catégorie. Suivez la lueur douce et calme… la musique de Jean-Sébastien Audet vous trouvera. À découvrir dès maintenant, si ce n’est pas déjà fait.

Ma note: 7,5/10

Un Blonde
Good will come to you
Flemish Eye
47 mins

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Critique : Wolf Alice – Visions Of A Life

En 2015, quand le premier album du quatuor pop-rock-alterno Wolf Alice fut révélé, tout ce qui existe en matière de presse musicale britannique s’est entiché de ce groupe, les propulsant au rang de « révolutionnaires » d’un genre en nette perte de vitesse. Nommés aux Grammy, aux Brit Awards et encensés par ces chauvins du NME, la bande menée par Ellie Roswell avait, en effet, conçu un disque populaire et pertinent à la fois. De là à crier au génie, il y a une marge que je ne franchirai pas. Ça m’en prend un peu plus.

Vous dire à quel point nos amis européens attendaient le nouvel album de Wolf Alice est une vérité de La Palice. Les Britanniques avaient de la pression, c’est le cas de le dire. Le sacro-saint deuxième album fait souvent foi de tout, du moins en ce qui concerne la transcendance et la possible longévité d’un artiste. À la toute fin du mois de septembre, Visions Of A Life était lancé; une production réalisée par Justin Meldal-Johnsen (The Mars Volta, Garbage, Pete Yorn, etc.). Je ne vous ferai pas languir plus longtemps. C’est supérieur à My Love Is Cool. Aussi simple que ça.

Si le pop-rock se meurt, eh bien, Wolf Alice lui procure une sacrée cure de jouvence. Pigeant dans l’univers du shoegaze tout en durcissant son identité sonore, la formation ne perd rien de son accessibilité. Pour une rare fois, les mémères britanniques ont raison. Wolf Alice pourrait aller très loin ! Rares sont les musiciens capables d’un grand écart aussi réussi entre un rock, flirtant parfois avec un punk distingué, et une facture pop radiophonique qui ne flirte jamais avec le racolage.

Les trois premières pièces de ce Visions Of Life constituent une magnifique montagne russe sonore. Si Heavenward remémore un groupe comme Lush, Yunk Foo met en vedette une Ellie Roswell en mode brutal et cette ouverture se termine avec un probable succès : Beautifully Unconventional.

Côté textes, j’y décèle une certaine anxiété, une crainte justifiée de l’avenir, celles-ci probablement liées au contexte politique et social défavorable à la jeunesse… qui devra sans aucun doute réparer tous ces ravages environnementaux; ces « doux » vestiges de la révolution industrielle. Bref, ce croisement entre un rock accostable et une esthétique dite « alternative » est une totale réussite.

Aucune chanson ne fait office de remplissage. Et tout ça se termine en apothéose avec la pièce titre qui constitue un superbe patchwork de tout ce peut créer Wolf Alice : une introduction pop-rock mystique et menaçante qui se transmute à la mi-parcours en un post-punk langoureux pour se terminer tout en lourdeur, solo de guitare salopée à l’appui. Un morceau de bravoure comme peu de groupes rock peuvent en faire.

Oui, Wolf Alice est actuellement la meilleure formation de pop-rock sur la planète et haut la main à part de ça. J’hésite encore à les qualifier de « messies du rock britannique », mais ce groupe a vraiment du talent.

Ma note: 8/10

Wolf Alice
Visions Of A Life
RCA Records
46 minutes

http://wolfalice.co.uk/

Critique : St Vincent – MASSEDUCTION

C’est un secret de Polichinelle pour ceux qui me côtoient dans la « vraie vie » – pas celle scénarisée et patentée sur les réseaux sociaux – que j’adore le travail d’Annie Clark, alias St Vincent. En 2011, j’ai côtoyé pour la première fois l’œuvre de cette surdouée. Strange Mercy est un disque qui m’avait renversé autant par ses prouesses techniques que ce foisonnement stylistique si caractéristique de l’artiste. Trois ans plus tard, elle revenait avec un album homonyme aussi touffu, quoique mélodiquement bonifié, où elle incarnait un personnage de scène lisse, robotique et quasi autoritaire.

La semaine dernière, voilà que paraissait le 5e album en carrière de Clark : MASSEDUCTION, en majuscules, pour bien nous faire comprendre que le QI collectif, en cette époque de « fake news » et de superficialités de toutes sortes, est en net déclin (coup de chapeau senti à l’ami Laplante pour cette pertinente observation). Et dame Clark ne s’est pas entourée de pied de céleri pour concevoir ce nouvel album : l’habituel John Congleton, Jack Antonoff, Lars Stalfors, le génial Kamasi Washington (saxophone), Jenny Lewis (voix) ainsi que le producteur attitré de Kendrick Lamar, Sounwave.

Ayant colligé une abondance de messages vocaux, de textos et de fragments mélodiques disparates, lorsqu’elle était en tournée mondiale, Clark a synthétisé toutes ces informations pour créer ce MASSEDUCTION : l’album le plus senti et le plus intimiste de sa carrière. St Vincent aborde les thèmes du suicide, de la consommation de drogues dures, des relations toxiques et de la solitude de manière sincère. On n’a qu’à écouter l’extrait Pills – un hymne pop pratiquement publicitaire – pour bien comprendre de quoi il en retourne : « Pills to wake / pills to sleep / pills, pills, pills, every day of the week / Pills to walk, pills to think / pills, pills, pills, for the family ».

Fidèle à son habitude, Clark plonge avec confiance dans une armada de styles musicaux (pop futuriste, new wave, rock, electropop, techno, etc.) et réussit l’exploit de conserver une certaine cohérence dans tout ce bouillonnement. C’est toujours aussi bourratif, mais à la différence de ses productions précédentes, elle nous propose quelques ballades bouleversantes qui permettent à l’auditeur de prendre une pause bien méritée. Je vous mets au défi de ne pas frissonner au son des Happy Birthday, Johnny (superbe pedal steel de Greg Leisz) New York et l’orchestral Slow Disco; trois pièces sobres qui font contraste avec « l’excitation » coutumière des chansons de Clark.

En plus des des trois ballades mentionnées ci-dessus, j’ai eu un faible pour le techno enivrant proposé dans Sugarboy, pour la pop « Nintendo » Fear The Future, pour l’inclinaison new wave entendue dans Young Lover de même que pour l’incendiaire Masseducation. Le meilleur album de St Vincent ? Oui, c’est le meilleur album de St Vincent, assurément le plus maîtrisé.

Que dire de plus qui n’a pas déjà été dit sur ce prodige musical ? Quiconque aurait créé un disque aussi fou, sans posséder le talent d’Annie Clark, se péterait la margoulette pas à peu près. C’est vous dire à quel point que rien n’est impossible avec elle. De la haute voltige musicale.

Ma note: 8,5/10

St Vincent
MASSEDUCTION
Loma Vista Recordings
41 minutes

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Critique : Beck – Colors

Beck est un artiste qui a fait très peu de faux pas dans sa carrière. Dès son premier album, il arrivait avec une bonne dose d’attitude qui sublimait les faiblesses qu’il aurait pu avoir. En 2014, il a fait paraître Morning Phase, un album universellement acclamé par la critique tout comme le public. C’était aussi pour Beck un retour sur album après une pause de 6 ans depuis la sortie de Modern Guilt. Mais parlons plutôt de son plus récent, Colors.

Pour avoir des couleurs… j’imagine qu’on pourrait affubler ce terme à l’album. Surtout des couleurs de types flash et bonbons. Parce que sur Colors, Beck se lance dans une tangente beaucoup plus convenue que dans ses précédents opus. Les pièces font pour la plupart dans la pop bonbon taillée sur mesure pour les radios commerciales. Est-ce que c’est un désastre? Non, pas particulièrement. Est-ce que c’est loin en deçà des attentes qu’on entretient à l’endroit de Beck? Oui. Totalement.

Beck nous a habitués à de la qualité. Sa pop alternative a toujours trouvé le moyen de nous surprendre. Une surprise que vous aurez sur No Distraction… mais pas exactement dans le même sens. Il semblerait que Beck veut jouer à la radio commerciale et c’est ce qui arrivera. No Distraction est une chanson pop générique et sans saveur qui malgré un rythme entraînant nous sert tellement de réchauffé que ça donne envie de rappeler Foreigner pour savoir s’ils font toujours de la musique. Ce n’est pas vrai. (Quoi? Foreigner est toujours actif? Mais où va le monde?) Bref, revenons à nos moutons. L’album s’entame sur la chanson-titre qui jette les bases de ce qui attend l’auditeur pour le reste du chemin. Des structures chansonnières simples où s’enchaînent les éternels couplet/refrain/couplet/refrain/pont/refrain.

On connaît le goût prononcé de Beck pour les esthétiques du passé. À date, il choisissait toujours le meilleur. Seventh Heaven prend au contraire tout ce qui est de plus ennuyant des années 80 du drum machine hop la vie, mais terriblement entraînant pour l’oreille qui écoute distraitement aux chœurs un peu vaporeux des refrains. Dreams pour sa part semble tout droit sortie d’un album de Foster the People. On se demande rapidement, mais que se passe-t-il… puis, on regarde les crédits de réalisation et on comprend tout de suite.

Greg Kurstin.

Qui est Greg Kurstin, demandez-vous? Le même génie qui est derrière l’ennuyant Concrete and Gold des Foo Fighters. Celui-ci n’a pas que des taches à son dossier. Il était derrière l’excellent 1000 Forms of Fear de SIA. Par contre, il possède des moments moins glorieux dans sa discographie comme le dernier Tegan and Sara, Foster the People et plus.

Que Beck ait fait confiance à la direction de Kurstin explique une grande part du manque de saveur de l’album. Un peu à la manière des Foo Fighters, il manque d’urgence. On dirait de la musique créée dans le confort d’un Lazy-e boy, ça ne fonctionne pas. Et surtout, Beck nous a habitués à beaucoup mieux.

Il y a quelques moments lumineux à travers Colors. Dear Life, malgré son côté déposé, possède quelques détours intéressants et une mélodie moins convenue. Square One, malgré quelques défauts dans le traitement sonore, n’est pas une mauvaise composition. Mais bon… c’est trop peu trop tard.

Greg Kurstin est en train de laver à l’eau de javel certains artistes qui étaient appréciés tout au long de leur carrière. Ceux-ci font le virage pop maladroitement. Beck qui est un excellent compositeur livre ici un album racoleur et cliché dans sa réalisation. Mais comme énoncé plus haut, Beck possède une discographie béton, alors, on va lui pardonner.

Ma note: 5/10

Beck
Colors
Capitol Records
45 minutes

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Critique : Liam Gallagher – As You Were

Pour moi, les frères Gallagher sont les « Dodo et Denise » du rock britannique. Toujours en brouille ou en train de se déprécier l’un et l’autre, nos deux intimidateurs de pacotille aiment bien faire la promotion de leurs petites personnes respectives en utilisant ce stratagème depuis des lustres. Et ça fonctionne. Et je ne suis pas surpris.

Les albums du père Noel – avec les High Flying Birds – me laissent parfaitement indifférent. J’attendais donc avec une brique et un fanal l’album solo de Liam. Réalisé par Greg Kurstin (l’homme derrière le « magnifique » Concrete and Gold des Foo Fighters), avec l’aide d’Andrew Wyatt et Don Grech-Marguerat, As You Were n’est pas le fruit d’un auteur-compositeur en mode solo. En effet, le chanteur emblématique, âgé de 45 ans, a étroitement collaboré avec Kurstin pour l’écriture des textes et avec quelques compositeurs pour le peaufinage de ses chansons. Une très bonne idée.

Et ça donne quoi ce disque ? Eh bien, contre toute attente, l’album de Liam est supérieur au travail de son frère. Bien sûr, il n’y a rien d’inventif dans la musique du frérot qui loge dans un conservatisme coutumier. Les emprunts aux légendaires années 60 sont légion. On ne s’en sort pas. C’est « The Beatles and The Stones » à l’infini. Ceux qui détestaient les inflexions « lennoniennes » du bonhomme ne changeront pas d’avis.

Cela dit, Liam n’a jamais aussi bien chanté que sur ce disque et on peut chigner, chialer et pleurer dans les bras de sa maman, mais notre « adulescent » est un mélodiste hors pair. Point. Musicalement, il demeure dans sa zone de confort, mis à part la réalisation lustrée et l’inclinaison pop-rock de ses chansons. Et vous savez quoi ? Ça lui va à ravir ! Ne vous en faites pas, l’empreinte Oasis est toujours présente. Une évidence. Cependant, c’est l’envie d’en découdre et de compétitionner avec son frère qui lui a permis de se surpasser.

Après autant d’années à glander, à se faire niaiser par son frère et à faire des conneries dignes d’un bébé gâté, Liam Gallagher mérite cette fois-ci le respect. Il nous propose un bon disque de pop-rock radiophonique totalement assumé. Liam a bien compris qu’il n’a pas le talent, ni les capacités, de « faire de l’art » et c’est tout ce qu’on attend d’un Gallagher. Ce qu’un Dave Grohl n’a manifestement pas compris…

L’extrait Wall Of Glass, le penchant Black Rebel Motorcycle Club dans Greedy Soul, la beatlesque For What It’s Worth, la valse folk rock orchestral When I’m In Need, la locomotive You Better Run et la très Oasis titrée Come Back To Me sont les petits joyaux de cette production.

Si on enlève les inutiles ballades qui complètent le topo, As You Were tient la route ! Liam Gallagher ne s’est pas enfargé dans les fleurs du tapis. Il a conçu un disque qui respecte ses limites, tout en propulsant à l’avant-plan son indéniable talent de mélodiste qui l’habite. Mon plaisir coupable de l’année.

Ma note: 7/10

Liam Gallagher
As You Were
Warner Brothers
42 minutes

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