Pop Archives - Page 3 sur 72 - Le Canal Auditif

Critique : Phoenix – Ti Amo

Phoenix a décidé d’offrir un album rempli de soleil pour les belles journées de l’été qui sont de retour avec le solstice d’été qui approche à grands pas. Avec son dernier album, Bankrupt! le groupe avait fait la démonstration qu’il n’était pas un feu de paille. Le succès monstre de Wolfgang Amadeus Phoenix mettait la barre haute, ce qui n’a pas empêché la formation française de conquérir encore plus de cœurs avec leurs rythmes contagieux et leur mélange de style musical populaire.

Ti Amo continue dans la même veine et débarque avec une bonne dose de soleil. Le groupe a affirmé s’être inspiré de l’Italie et de ses journées ensoleillées qui semblent durer éternellement ainsi que les discothèques romaines. Malgré la légèreté de ses thèmes : l’amour, le désir et les journées d’insouciances, Ti Amo n’a pas été composé à la va-vite. Phoenix a commencé le processus de création en 2014. Le perfectionnisme que cela trahit s’entend un peu partout sur la galette qui malgré son approche pop et facile d’écoute recèle une foule de variations et de petits bijoux sonores.

La pièce-titre de l’album est une excellente représentante de ce qui se trame sur ce nouvel opus. On y entend des bongos (au grand plaisir de certains fans du dernier d’Arcade Fire), des guitares soft-rock efficaces et une mélodie intoxicante. Thomas Mars passe de l’anglais, au français, à l’espagnol en passant par l’italien pour nous chanter son amour. C’est le genre de chansons qui donnent l’impression d’être dans une discothèque à ciel ouvert sur la plage par une chaude journée de juillet, là où tout est possible et où la frivolité l’emporte sur le bon jugement.

Les claviers prennent beaucoup de place sur Ti Amo et J-Boy, premier simple à être paru, évoque les années 80. Fleur de Lys est tout aussi éloquente sur l’influence que la pop de la décennie de Michael Jackson a eue sur le groupe. Role Model propose une autre facette plus intime et moins joyeuse de Phoenix qui fonctionne tout aussi bien. Si cet album possède un défaut, c’est le choix de l’enchaînement des chansons qui n’est pas toujours très conséquent. On se promène allègrement entre la fête et les moments qui suggèrent l’introspection.

Dans l’ensemble, Phoenix réussit avec Ti Amo à créer une trame qui colle magnifiquement aux journées chaudes à nos portes. C’est un album qui fera danser bien des mélomanes et festivaliers cet été. Ti Amo nous transporte immédiatement sur une plage ensoleillée avec ses claviers chauds et enveloppants. Ça donne envie de se faire un petit mojito et de profiter du beau temps.

Ma note: 7,5/10

Phoenix
Ti Amo
Loyauté / Glassnote
37 minutes

http://wearephoenix.com/

Critique: Hoops – Routines

La formation Hoops originaire d’Indiana nous dévoile Routines, une nouvelle galette qui est parue sous l’excellente étiquette américaine Fat Possum Records. Quelque temps après la sortie d’un EP homonyme, Hoops rapplique avec un côté un peu plus slacker tout en rajoutant des envolées de guitares lousses dans chacune des pièces de la proposition. Analyse.

Dès les premières minutes de Sun’s Out, on note instantanément ces ambiances qui rappellent les années 70. On y trouve quelques synthés par ci, quelques batteries par là. En plus d’avoir des guitares aux motifs bien exécutés, les voix des trois garçons de Hoops (Drew Ausherman, Kevin Krauter, Keagan Beresford) scintillent par leur symbiose et leur précision vocale. On a les deux pieds dans une pop lo-fi psychédélique ensoleillée. Ajoutons le titre Benjals qui propose une production concise de guitares et de synthétiseurs colorés pendant 2 minutes 20. Planant à souhait. Quant à Burden, la bande revient sur les différentes conséquences que peut donner un changement dans une routine constante : It took me away from all my comfortable routines.

Tandis que sur All my Life, on défie un peu les modèles des précédentes chansons avec une voix un peu plus assumée. Moins de reverb, plus de clarté dans les arrangements musicaux. Chouette. On aime particulièrement On Top qui est la pièce de résistance du disque. Le meneur de jeu Drew Ausherman chante :

Keep your head up, you’re doing fine
I know it’s hard but you’ll be alright
Don’t think twice when it all goes wrong
Put in time, you’ll come out on top.
– On Top

La piste nous offre un vent d’optimiste qui fait du bien à la tête. En vérité, il n’y a pas de raisons de se sentir lourd après l’écoute de cette chanson. Tout est aéré. On ne fait qu’avancer et c’est tout. Si vous connaissez bien la bande d’Indiana, vous saurez que cette manière de travailler revient souvent dans la démarche artistique de Hoops. Par contre, l’aspect lo-fi qui occupe une place imposante dans le disque peut achaler certains. Les arrangements ne sont pas assez aboutis à leur plein potentiel comme sur On Letting Go. On reste un peu coincé dans certains modèles musicaux de création. Ce qui donne l’impression de faire du surplace. Quoi qu’il en soit, Routines ne réinvente pas nécessairement la roue, mais fait tout de même le travail.

Tenez, voici un conseil.

Vous irez prendre la route avec Routines dans votre radio. Soyez spontanés. Ouvrez vos fenêtres. Sortez vos mains du véhicule et laissez vous aller au gré du vent. Un brin de folie… gracieuseté de Hoops.

Ma note: 7/10

Hoops
Routines
Fat Possum Records
30 minutes

https://hoops.bandcamp.com/album/routines

Critique : Depeche Mode – Spirit

Le groupe britannique Depeche Mode fait partie de l’évolution de la musique électronique depuis bientôt quarante ans avec ses quatorze albums studio ainsi qu’une quantité indécente de simples, de best-of, de vidéoclips et d’albums live. Leurs débuts synthpop des années 80 n’auraient sans doute pas survécu à la vague grunge des années 90 sans l’influence d’éléments blues, country, folk et rock ajoutés à leurs fondations électroniques. Le départ d’Alan Wilder allait accélérer cette transition en laissant Martin Gore seul aux commandes des albums subséquents, confiant la production entière au réalisateur, tout cela pour le meilleur et pour le moins bon (DM ne fait pas de pire).

Après l’implosion annulée du groupe à la mi-90s, le quatuor devenu trio nous offrait Ultra (1997), une sorte de prière satirique en remerciement au fait d’avoir survécu à leur égo. Il faudra Exciter (2001) et Mark Bell (producteur de Björk) pour ramener DM au sommet de leur forme, au point de se démarquer du point de vue de l’audiophile. La trilogie de Playing the Angel (2005), Sounds of the Universe (2009) et Delta Machine (2013), produits par Ben Hillier, avaient une première moitié d’album très solide, mais se dégonflaient généralement à mi-chemin en suite de contes pour s’endormir. Le trio était de retour en mars dernier avec leur quatorzième album, intitulé Spirit (2017), avec James Ford (Simian Mobile Disco) à la production, de la politique dans les textes et une approche musicale quelque part entre Construction Time Again et Ultra.

Going Backwards ouvre en forme de Personal Jesus au ralenti, excellente jusqu’à ce que le texte darwinien un peu moralisateur prenne le dessus. On ressent un mélange de malaise et d’excitation de type « j’écoute le nouvel album de DM. Where’s The Revolution démarre l’album pour vrai avec un rythme alourdi, Gahan clame avec plus de conviction, les harmonies vocales en deuxième partie jouent à un niveau d’hymne rassembleur. The Worst Crime marque (déjà) une première pause, plus lente, avec une guitare rockabilly qui accompagne bien la trame dramatique. Scum joue sur les contretemps avec sa forme hip-hop et Gahan qui fait de l’attitude comme s’il venait de la rue; très bien joué même s’il n’est pas fâché pour vrai.

You Move ressuscite le DM sensuel à la rythmique qui fait déhancher le bassin de façon suggestive, avec un homme de 55 ans qui chante «I like the way you move for me tonight»; pas le même genre de sexy que sur Songs of Faith and Devotion. Cover Me nous fait oublier ça avec une atmosphère planante dont la deuxième moitié fait évoluer le rythme avec ingéniosité. On retrouve la complainte de Gore (un thème récurrent) sur Eternal, accompagné d’une trame à la teinte circassienne et au clown triste; très cute. Le rockabilly revient sur Poison Heart, version chanson d’amour des années 50, avec Gore en accompagnement vocal.

So Much Love nous ramène au post-punk, au rythme industriel et au refrain en chœur, simple et efficace. Poorman fait penser à un « work song » de bluesman, avec un clin d’œil à un album sur le temps de la construction (encore). La balade de stade No More (This Is The Last Time) revisite le passage de DM du côté obscur du synthpop et sonne comme un last call de soirée au Passeport. Gore conclut tout en trémolo sur Fail, fidèle à sa poésie teintée de mélancolie.

Quand ça fait trente ans que tu écoutes un groupe, il y a un niveau d’appréciation qui n’a pas le choix de se rendre jusque dans les plus petits détails de chaque pièce, de chaque album. DM conserve ce souci du détail sur Spirit, et bien que le mixage n’accote pas Exciter, c’est probablement l’album le plus homogène et équilibré depuis, avec une deuxième moitié qui réveille les sens au lieu de les endormir.

Ma note: 7/10

Depeche Mode
Spirit
Columbia Records
50 minutes

http://www.depechemode.com

Critique : The Charlatans – Different Days

Ici, en Amérique, on les connaît sous l’appellation The Charlatans UK puisque chez nos voisins du sud, un groupe psychédélique originaire de San Francisco et qui a œuvré à la fin des années 60, se nommait aussi The Charlatans. Si ma mémoire ne me fait pas faux bond, à l’époque, le groupe mené par Tim Burgess avait préféré ajouter UK à la fin de son nom plutôt que d’encourir d’interminables poursuites judiciaires. Au-delà de ces considérations sémantiques, The Charlatans existe aujourd’hui sans le UK et sont surtout bien connus de vieux fans de pop-rock alterno grâce à leur imparable succès The Only One I Know, paru sur leur premier album titré Some Friendly (1990).

C’était la période où tout ce qui grouillait de rockeurs britanniques portait la coupe champignon, arborait des chandails de marin et flirtait avec la « dance music ». Originaire de la ville de Manchester en Angleterre, The Charlatans faisait partie de toutes ces formations qui ont émergé de la vague Madchester, mouvement musical dont les principales têtes d’affiche étaient alors les Happy Mondays, les Stone Roses, New Order, James, etc. Mais The Charlatans, contrairement à la vaste majorité de leurs compagnons, a poursuivi sa route, produisant régulièrement de bons disques et qui ont reçu leur bonne part d’approbation.

Vendredi dernier, Burgess et ses acolytes étaient de retour avec un 13e album studio intitulé Different Days sur lequel apparaît une panoplie d’invités de renom : Paul Weller, Kurt Wagner (Lambchop), Stephen Morris (New Order, Joy Division), Anton Newcombe (The Brian Jonestown Massacre), Johnny Marr (The Smiths), pour ne nommer que ceux-là… et Burgess qui porte toujours la coupe champignon !

Musicalement, ce groupe en a fait du chemin. Après avoir été considéré longtemps comme un vulgaire « one hit wonder », The Charlatans y va d’un autre bon album. Ce qui vous happera d’entrée de jeu, c’est la réalisation, celle-ci est d’une éclatante limpidité, gracieuseté du groupe lui-même. Chaque son, chaque instrument et chacune des voix sont parfaitement répartis dans le spectre sonore. Du travail éloquent !

Et ce qui aurait pu tomber dans un interminable alignement d’invités spéciaux se lançant la balle inutilement se transforme finalement en une sorte d’album-concept où chacun des protagonistes intervient de manière discrète. Par exemple, Kurt Wagner nous offre un court « spoken-word » en introduction de The Forgotten One et Anton Newcombe pousse la note de façon subtile dans Not Forgotten. Idem pour Paul Weller dans Spinning Out. Bref, malgré les innombrables invités, ça demeure un véritable disque des Charlatans.

Voilà un bon disque de pop alternative dite « adulte » et dans ce genre où l’ennui est la norme, la bande à Burgess tire très bien son épingle du jeu. Dans la foulée de l’attentat insensé qui a eu lieu la semaine dernière à Manchester, ce disque sera un paisible baume sur les plaies ouvertes de tous les Mancuniens. Il s’agit d’écouter l’excellente Let’s Go Together pour comprendre de quoi il en retourne.

Sans que ce soit un grand disque de la part des vétérans de la pop britannique, je dois avouer qu’après 13 albums au compteur, d’entendre The Charlatans être en mesure de présenter autant de chansons de qualité, dans un enrobage aussi impeccable, eh bien, ça mérite le plus grand des respects. Les vieux de la vieille seront vraiment aux oiseaux.

Ma note: 7/10

The Charlatans
Different Days
BMG
45 minutes

http://www.thecharlatans.net/

Critique : Todd Rundgren – White Knight

Cette semaine, je vous amène dans l’univers d’un des plus inclassables musiciens de l’histoire de la musique états-unienne : Todd Rundgren. Pour bien saisir l’éclectisme qui a caractérisé l’ensemble de la carrière de Rundgren, je vous invite à prêter l’oreille à ce que plusieurs historiens du rock considèrent comme ses deux œuvres phares: Something/Anything et A Wizard, A True Star. Le premier, paru en 1972, est un album pop-rock d’une originalité sans équivoque; probablement la création la plus envoûtante de la carrière de Rundgren.

À la sortie de ce disque, rien n’indiquait que l’artiste récidiverait un an plus tard avec un disque complexe, bourré de chansons qui partent dans tous les sens, foisonnant d’expérimentations, autant vocales que synthétiques : l’atypique A Wizard, A True Star. Si je fais référence à ces deux vieilleries, c’est qu’elles sont révélatrices de la trajectoire artistique de Rundgren; un artiste totalement imprévisible, capable du meilleur comme du pire.

Aujourd’hui âgé de 68 ans, le Philadelphien d’origine n’a jamais cessé de produire, que ce soit en mode songwriter ou encore en tant que réalisateur. Même si ça faisait un bail que je n’avais pas prêté l’oreille à une création de Rundgren, j’étais quand même curieux d’entendre le nouveau matériel du vétéran. La semaine dernière paraissait White Knight, disque qui fait suite à State et Global, tous deux parus en 2013 et 2015 respectivement.

Sur White Knight, il est clair que Rundgren s’est payé la traite en invitant une panoplie d’amis et d’artistes qu’il affectionne. Daryl Hall, Joe Walsh, Trent Reznor (qui fait équipe avec son bon ami Atticus Ross), Robyn, Joe Satriani, pour ne nommer que ceux-là, ont tous participé à l’aventure.

Ça donne quoi ? Eh bien, mes amis, après une écoute, je rigolais. Après deux, je flirtais avec le sommeil profond et, de penser que je devais me taper une troisième audition de ce navet, j’ai ressenti une certaine impatience… car il n’y a rien de pire que d’écouter un disque qui nous rebute, qui nous emmerde au plus haut point et être dans l’obligation d’en faire un compte-rendu objectif.

White Knight est d’une inconstance totale et manque de direction claire. J’ai eu l’impression d’entendre un fourre-tout incohérent rempli de claviers « cheap » et de chansons souvent minables, de temps à autre correctes. Chance For Us, mettant en vedette Daryl Hall (l’un des deux zigotos de Hall & Oates… vous vous souvenez du blond et du moustachu?), sonne comme du rock périmé, tiré tout droit des années 80. Let’s Do This sonne comme un rock FM très seventies. That Could Have Been Me met de l’avant l’apport vocal de Robyn… qui elle, sonne comme une pâle copie de Cyndi Lauper. En contrepartie, Deaf Ears, comptant sur la contribution de Trent Reznor et Atticus Ross, et le solide « flow » de Michael Holman dans Look At Me prouvent que Rundgren est encore capable de pertinence.

J’aurais aimé vous dire que le dernier Rundgren est une excellente entrée en matière afin de vous inciter à entrer en contact avec son oeuvre. J’aurais aimé vous faire découvrir cet important musicien par l’entremise de ce White Knight, mais j’ai dû oublier ça rapidement. Si vous me le permettez, je vais même oublier le doyen pour un bon bout de temps. J’ai des choses plus intéressantes à faire que de gaspiller quelques heures de mon précieux samedi après-midi à écouter un artiste qui a invité ses amis à nettoyer ses fonds de tiroirs…

Ma note: 4/10

Todd Rundgren
White Knight
Cleopatra Records
52 minutes

http://www.todd-rundgren.com/tr-tour.html