Pop Archives - Page 2 sur 69 - Le Canal Auditif

Critique : Vincent Vallières – Le temps des vivants

« Ça l’air que c’est pas à soir qu’on va changer le monde.
Mais tant qu’à être là, call une autre ronde. »
– De bord en bord

 

Pour son septième disque en carrière, Vincent Vallières continue de nous faire marcher au rythme de ses mélodies cadencées. Parfois, le synthétiseur se tait pour laisser place au piano qui nous berce lentement.

L’auteur-compositeur et interprète a fait appel au talentueux multi-instrumentiste et réalisateur François Plante (Plaster) pour fabriquer ces sons et ces trames uniques, ainsi que George Donoso III. L’album ne dure que 32 minutes dans son ensemble, mais est empreint d’authenticité. Les fans de Vallières, retrouveront certains sons et quelques thématiques de son album (selon moi) le plus puissant, Le Repère Tranquille lancé en 2006 tel que l’amitié et l’amour.

C’est dans la chanson Le Pays du Nord que nous retrouvons le titre de l’album. Une description grise de la grande ville froide avec ses passants qui marchent à travers le vide nous donne froid dans le dos. Le refrain de Bad Luck, nous fait chantonner et plier des genoux à répétition avec plaisir. Mon coup de cœur: De bord en bord. Cette chanson un brin souverainiste nous donne envie de faire une longue marche dans notre quartier avec un désir de lever le poing en l’air. Une mélodie entrainante dans les oreilles et un désir de changer le monde.

À notre plus grand bonheur, Vincent Vallières fait encore appel à son acolyte de toujours André Papanicolaou (Into the woods, out of the woods, 2012). Leur voix et leur musique semblent liées pour bien des années encore. Leur solidité musicale ne fait que grandir! La talentueuse Amélie Mandeville prête sa voix à quelques reprises, mais nous ensorcelle dans Au Matin du Lendemain. Il termine son album avec une merveilleuse collaboration de Gilles Vigneault, Loin dans le bleu. Un piano émouvant et des souvenirs fracassés contre un mur. Une courte pièce qui termine son album sur un fil d’Ariane.

L’album est composé de 11 courtes chansons qui nous rappellent que Vallières est un parolier moderne et nous séduit toujours un peu plus avec sa simplicité et son charisme incroyable.

Ma note: 7/10

Vincent Vallières
Le temps des Vivants
Spectra Musique
32 minutes

http://www.vincentvallieres.com/

Critique : Tei Shi – Crawl Space

On attendait le premier album de Tei Shi avec impatience. L’Argentolienne nous avait déjà livré deux EP savoureux : Verde et Saudade. Valerie Teicher, de son vrai nom, n’a que rarement pu s’enraciner. Pendant son adolescence, elle a vécu à Bogotá, à Vancouver et à Montréal. Finalement, elle s’est exilée à Boston pour étudier à Berklee en musique. Par la suite, elle s’est installée à Brooklyn. Tei Shi fait de la pop sensuelle qui flirte avec le R&B et l’indie-rock sur laquelle elle chante avec une voix sur le souffle, comme si elle nous chuchotait ses ritournelles aux oreilles.

Crawl Space est son premier album et sort via une maison de disque alors que ses sorties précédentes étaient entièrement indépendantes. Le nom de l’album est une référence à un endroit l’on se cache en petite boule. Teicher a souvent dû s’adapter à un nouveau milieu et c’est un thème récurrent sur l’album. Le tout est couché sur des trames variées et intéressantes pour la plupart.

Tei Shi possède une voix assez unique. Par moment, elle se rapproche un peu du timbre de voix d’Emily Haines particulièrement sur Baby qui ressemble à s’y méprendre à certaines chansons de Metric. La mélodie vocale et l’instrumentation sont calquées sur le groupe canadien. Say You Do pour sa part ressemble un peu plus à ce que font Chvrches, Grimes ou encore Jessie Ware. Même si Teicher chante avec panache, ces quelques chansons donnent l’impression qu’elle n’a pas encore complètement trouvé sa voix.

Par contre, elle nous livre aussi quelques pièces assez solides, merci! L’intoxicante Keep Running montre à quel point elle maîtrise l’organe vocal. Elle passe d’une voix veloutée et fantomatique à une puissance contrôlée pendant le refrain. Sur Justify, avec beaucoup de simplicité elle livre ces paroles à l’ascendant féministe :

« Justify me now
Just, justify me now
Justify me now
Just what I need now
Just define me now
Just, just define me now
Just define me now
Just what I need now »
— Justify

Des paroles simples, mais qui portent le poids de la situation des femmes dans le monde de la pop, alors qu’elles sont souvent prises sous le grappin d’un vieux business man qui cherche à faire de l’argent en profitant de sa beauté. Year 3K pour sa part approche la vie avec beaucoup plus de simplicité avec une touche de néo-soul et c’est très réussi.

Tei Shi nous offre un premier album bien plaisant à classer dans la même catégorie de pop qu’un Chairlift. C’est de la pop légèrement marginale portée par une chanteuse plus que capable. Teicher nous livre plusieurs chansons fortes et malgré les quelques moments où l’on doute de sa direction artistique, c’est tout de même du bonbon pour les oreilles.

Ma note: 7/10

Tei Shi
Crawl Space
Downtown Records
47 minutes

http://www.tei-shi.com/

Critique : François and the Atlas Mountains : Solide Mirage

La formation française pop indie François and the Atlas Mountains (menée par le Charentais François Marry) nous présente un tout nouveau projet titré Solide Mirage sous Domino Records. Un disque probablement plus engagé que les offrandes précédentes.

L’album s’ouvre sur la très efficace Grand Dérèglement. Une sorte de cocktail qui croise un groove du Moyen-Orient avec une distorsion bien aiguisée. Le timbre doux de François Marry apaise la proposition globale de la pièce. Quoiqu’elle en soit, la chanson n’est pas déplaisante du tout. Même qu’elle entre dans la tête assez facilement.

On poursuit avec Apocalypse à Ipsos où le chanteur chante qu’il rêve de voir « La France débarrassée de tous les irascibles ». Est-ce que ça fait référence au contexte politique actuel? Oui, sans hésiter. Tandis que sur 1982, l’auditeur se fait enjoliver les oreilles par des airs nostalgiques transmis par les textes vibrants de François Marry. Planant. Ce qui frappe à l’écoute est la variété des rythmes dans chacune des chansons. Nous avons donc droit à un disque éclectique et dynamique. On ne perd rien à l’écoute. Sur 100 000 000, les arrangements musicaux baignent dans une pop (qui se veut non commerciale). Elle est rafistolée, encadrée… et surtout structurée. Les échos « hey you/hey you » font voyage le public et allège encore plus la production finale de la chanson. Intéressant.

Pour ceux qui aiment quand ça brasse, rassurez-vous, nous ne baignons pas toujours dans les tons mignons. On troque les beaux minois, on devient brute et hirsute sur Bête Morcelée. Du gros rock fougueux, avec de la distorsion à souhait. Ça colle très bien à l’album. La batterie se déchaîne et il y a quelque chose de fort qui est transmis par les textes. Cette épopée musicale se termine sur Rentes Écloses. Une chanson pleine de douceur où ces motifs de guitares deviennent réconfortants et lancinants. Jolie.

Sans nécessairement réinventer la roue d’un point de vue musical, François and The Atlas Mountains propose un disque d’actualité, qui derrière chaque mot se cache un énorme fond de vérité. À découvrir!

Ma note: 7/10

François & The Atlas Mountains
Solide Mirage
Domino Records
42 minutes

http://www.francoisandtheatlasmountains.com/

Critique : Julien Sagot – Bleu Jane

Après avoir été un idéateur sonore de grande importance au sein de la formation Karkwa, Julien Sagot a entamé une intéressante carrière solo. L’aventure a débuté en 2012 avec l’excellent Piano Mal. Déjà à l’époque, Sagot nous proposait une pop résolument champ gauche et sincère qui détenait une signature forte, et ce, malgré les ascendants spectraux à la Patrick Watson qui caractérisaient ce premier effort. Avec Valse 333, disque paru l’année suivante, le multi-instrumentiste confirmait d’une éloquente manière qu’il était bel et bien là pour durer.

Ce que j’aime par-dessus tout chez Sagot, c’est cette mixture de références musicales françaises (Bashung, Murat, Arthur H, etc.) et de pop expérimentale qui n’a rien à envier aux meilleurs du genre. Bref, l’artiste est une magnifique bébitte dans le paysage sonore québécois souvent si consensuel…

C’est aujourd’hui même que paraît Bleu Jane, une nouvelle offrande attendue de la part de Sagot. Coréalisé avec l’aide de l’arrangeur et ingénieur de son Antoine Binette Mercier, l’excentrique créateur nous présente encore un disque hors norme qui épouse une panoplie de styles, souvent au sein d’une seule et même chanson, et qui conserve une cohérence exemplaire. Un exploit en ce qui me concerne.

Cordes, claviers, percussions, rythmes électros se marient à la perfection et donnent l’impression d’entendre un Angelo Badalamenti sous amphétamines ou encore un Alain Bashung en format électronique. Original, étrange, éclectique, et tout de même harmonieux, le parisien d’origine, qui a passé la majeure partie de son existence à Montréal, fait ici la preuve par mille qu’il est un artiste de calibre international, rien de moins. Ce gars-là mérite amplement de sortir du minuscule Québec et d’exploser à la face du monde tant son art est différent, certes, mais totalement incarné. Sagot ne sonne comme personne et sur la durée, ce talent finira par payer, croyez-moi.

Tout au long des 30 minutes que vous passerez en compagnie de ce Bleu Jane, vous alternerez entre des atmosphères post-surf, post-punk, caribéennes, latinos, rock et orchestrales. Les ruptures rythmiques sont aussi nombreuses que déstabilisantes et Sagot trouve toujours le moyen de nous garder captifs. C’est grâce à son travail mélodique subtil que ce disque maintient un bon degré d’intelligibilité.

Impossible de ne pas être charmé par le groove hypnotique qui caractérise Ombres portées, par les incursions caribéennes/latinos évoquées dans Bleu corail électrique, par la voix trafiquée de Sagot et le piano jazzistique de cinglé dans Vacille, par les percussions tribales en introduction de la chanson Les racines du mal ainsi que par la galopante pièce titre.

Compte tenu de la foisonnante production musicale à laquelle on assiste depuis quelques années, je ne saurais trop vous conseiller de tenter votre chance avec la pop atypique de Julien Sagot. D’album en album, cet avant-gardiste met à profit son immense talent afin de nous emmener ailleurs. Sincèrement, ce musicien m’impressionne au plus haut point. Concevoir une pop aussi singulière dans un marché comme le nôtre, c’est une prouesse. Bleu Jane est une œuvre prodigieuse créée sans aucune prétention… et ça, c’est très rare !

Ma note: 8,5/10

Julien Sagot
Bleu Jane
Simone Records
30 minutes

http://sagot.ca/

Critique : Barbagallo – Grand Chien

La première fois qu’on a entendu parler de Barbagallo, c’est via les mélomanes avertis de La Souterraine. Tu ne les connais pas? Il est temps que tu découvres ces plus cool que cool qui connaissent leur musique et qui organisent des événements des deux côtés de l’Atlantique. Ce sont des éclaireurs musicaux internationaux. Rien de moins! Revenons à Barbagallo qui avait trouvé sa place sur la quatrième compilation de La Souterraine et qui est… le batteur de Tame Impala. Oui, je le sais, vous venez de vous dire, hein? Un français qui joue du drum pour Tame Impala? Ben oui…

Barbagallo fait dans la pop saupoudrée de psychédélique avec une délicatesse et une sensibilité bien intéressantes. C’est mélodieux du début à la fin de Grand chien et ses pièces, bien que généralement plutôt conventionnelles dans leur construction, le sont beaucoup moins dans la facture auditive. Des sonorités de toute sorte se font entendre sur la galette et nous transportent dans un univers aérien et onirique.

Le chant délicat de Julien Barbagallo y est pour beaucoup. Sa voix est toujours d’une douceur rassurante, Pas grand monde en est bon exemple alors qu’il chante ce qu’on s’imagine être la dichotomie entre les amis toujours en France et lui qui habitait l’Australie avec Tame Impala.

« Il n’y avait pas grand monde qui voulait venir
Trop loin, trop cher, trop chaud
Il n’y avait pas grand monde qui voulait venir
L’hiver à l’envers l’été »
— Pas grand monde

Les sonorités psychédéliques sont à l’honneur un peu partout sur Grand chien. Nouveau sidobre qui ouvre l’album donne le ton dès ses premières notes avec les sonorités de guitare espagnole claires et séduisantes. Puis, au refrain, on se perd dans les nuages en compagnie de la voix de Barbagallo, aspirée vers le ciel. Le Français est doué pour les mélodies et le prouve à maintes reprises, Mungibeddu étant un excellent exemple de sa facilité à charmer les oreilles. Même dans ses moments les plus déposés, il trouve le moyen d’ensorceler les tympans comme le démontre habilement Le carquois tchadien.

Julien Barbagallo démontre avec ce deuxième album qu’il sait quelle genre de musique pop il veut créer. C’est une musique qui garde une construction plutôt traditionnelle, mais qui explore beaucoup dans les sonorités. C’est réussi et il nous offre plusieurs chansons qui languissent dans les neurones après l’écoute. C’est un album qui demande quelques écoutes avant de bien entrer dans son univers, mais qui récompenses par la suite. Il se bonifie un peu à chaque écoute et devient rapidement un plaisir auditif vaporeux et réconfortant.

Ma note: 7/10

Barbagallo
Grand Chien
Audiogram
41 minutes

https://www.facebook.com/Julien-Barbagallo-150241748351887/