Pop Archives - Page 2 sur 72 - Le Canal Auditif

Critique : Lana Del Rey – Lust For Life

Chère Lana,

Bon, pour commencer, réglons l’éléphant dans la pièce.

Lust. For. Life.

What? J’ai bien lu et entendu? Lust For Life. Really? Si le rock était une race, tu te ferais solidement accuser d’appropriation culturelle, Lana. Est-ce que Rihanna va appeler son prochain disque Dark Side of The Moon? Iggy Pop devrait faire un dernier album et l’appeler Born to Die.

Au moins ton album mérite-t-il le titre que tu lui as donné? On va bien voir.

Love est le premier simple sorti de l’album et c’est également la première chanson. La première écoute il y a quelques mois m’avait laissé totalement indifférent et en la réécoutant elle me fait un peu le même feeling. Plate passation de flambeau des histoires d’amour compliquées aux générations futures, qui n’arrive pas du tout à m’accrocher ou me donner une émotion. Même chose pour la chanson-titre en duo avec The Weeknd. Vraiment pas ton meilleur simple. D’ailleurs, je me permets ici de te dire que les collaborations, que tu ne faisais jadis jamais sur tes propres albums, sont toutes décevantes ici. Summer Bummer aurait pu être bonne en raison de son beat trap intéressant. Mais A$AP Rocky vient tout gâcher avec son verse sur le fait qu’il veut juste te sauter, mais qu’il a quand même peur de s’attacher et de vouloir domper la « bitch » qu’il voit en ce moment. Bref, si tes fans trouvent ce genre de pseudo-rimes là trippantes, tant mieux pour eux. De mon côté, je trouve ça tellement endormant. EN PLUS, la chanson qui suit celle-là, Groupie Love, est un 2e duo avec Rocky encore plus faible, ou sa présence est davantage accessoire. Ugh.

Les choses ne s’arrangent guère avec le duo avec Stevie Nicks, tout droit sortie des boules à mites. Ça s’appelle Beautiful People, Beautiful Problems et ça parle de la misère des riches. Sans jokes. Pire, après ça tu fais un dernier duo avec Sean Lennon et tu es tellement en admiration, que tu le « namedrop » direct dans la chanson. Je sais que c’est méta et que c’est comme un Tweet inséré dans une chanson, mais bon. Quant à moi, le petit Lennon a pas mal plus besoin de toi que le contraire. Ton personnage est assez trippant pour laisser faire les autres.

D’ailleurs, c’est surtout lorsque tu es seule que les choses marchent pour le mieux. 13 Beaches est de loin ma chanson favorite sur ton disque et White Mustang est assez bien roulée aussi. On retrouve quelques perles dans le lot et le contraire aurait été très troublant, puisque tu restes quand même une des vedettes pop les plus intéressantes du moment, et de loin. Par contre, la passivité politique de When The World Was at War We Kept Dancing énerve un brin et le niveau de « cringe » de Coachella-Woodstock in my Mind (et ses références à Stairway to Heaven) donne un peu le frisson de la honte.

Faque non! Ce long patchwork inégal ne devrait pas porter le nom du meilleur album solo d’Iggy. Quant à ça, Honeymoon est ton Lust For Life à toi. Envoie-moi une copie d’avance de ton prochain disque avant de l’appeler OK Computer, ok?

MA NOTE: 5,5/10

Lana Del Rey
Lust For Life
Interscope
72 minutes

https://store.universalmusic.com/lanadelreyCA/

Critique : Kelly Lee Owens – Kelly Lee Owens

C’est au printemps dernier que le premier album de la Londonienne d’adoption Kelly Lee Owens était révélé. Âgée de 27 ans, née au Pays de Galles, cette jeune férue de musique s’est expatriée à Londres afin de s’immerger dans un milieu culturel plus stimulant. Embauchée chez un disquaire renommé, Owens a fait sur place la rencontre de plusieurs créateurs issus de la scène électro de la capitale anglaise. Les Daniel Avery, Gold Panda et Ghost Culture sont ainsi devenus les mentors et amis de la jeune dame.

Sous les bons conseils de ces musiciens, elle a pu travailler librement sa musique dans un relatif anonymat, lançant quelques simples sur la plateforme Soundcloud. C’est grâce à la pièce Lucid qu’Owens a pris réellement conscience du talent qui l’habitait; elle qui ne possède aucune formation musicale et qui est une adepte du DIY. Tout ce qui gravite autour de la scène électro, journalistes, « journaleux », blogueurs et blaireaux, s’est entiché immédiatement pour le travail de Kelly Lee Owens. C’est ainsi, en fouillant sur le Web, que je me suis intéressé à elle.

Ceux qui me lisent (réellement ou en diagonale) savent pertinemment que je me méfie toujours du fameux « buzz » autour d’un premier album. Je suis un fervent défenseur de l’artiste qui dure et j’exècre souverainement la saveur du moment. Dans le cas de Kelly Lee Owens, le battage médiatique est justifié. En plus de nous offrir un disque mélodiquement accrocheur, elle amalgame une abondance d’influences qui, de prime abord, aurait pu sombrer dans une incohérence totale, mais qui coule magnifiquement de source. Les chansons d’Owens sont d’une fluidité déconcertante.

Des ascendants technos d’outre-tombe, de la pop orchestrale, de la « cold-wave » et même du krautrock – la conclusive 8 est sublime – se côtoient comme si de rien n’était. Même si les chansons sont construites de façon élémentaire, bizarrement, elles ne manquent pas d’ambition, particulièrement en ce qui concerne les sonorités explorées. Elle se plaît entre autres à mixer sa voix folk-pop haute perchée avec une musique électronique viscérale et ténébreuse. Le contraste est aussi singulier que prenant. Et même si certaines mélodies peuvent paraître enfantines, il y a quelque chose d’indicible qui fait que l’on reste scotché à sa musique. C’est ce fond de techno cérébral et sa voix angélique qui confèrent à ce premier album un indescriptible charme.

C’est bon du début à la fin avec quelques pointes qui m’ont particulièrement plu. Je pense à cette sorte d’électro pop, à la Anne Clark, intitulée Anxi et qui met en vedette l’invitée Jenny Hval. L’hypnotique Bird – pièce qui porte bien son nom – est parfaite pour conclure une nuit endiablée sur un « dancefloor ». Cbm est du même acabit, détenant un je-ne-sais-quoi de karautrock. Et que dire de l’émouvante Keep Walking; chanson dans laquelle participe Daniel Avery. Frissons garantis.

Honnêtement, ce premier essai est une totale réussite. Voyons voir si elle saura se renouveler afin de ne pas terminer sa trajectoire dans le cimetière des « trois petits tours et puis s’en vont »… mais la suite des choses augure bien. Si vous aimez ces artistes de haut calibre que sont les Beach House, Björk, Grimes et autres, vous serez en pâmoison à l’écoute de Kelly Lee Owens.

Ma note: 8/10

Kelly Lee Owens
Kelly Lee Owens
Smalltown Supersound
46 minutes

https://kellyleeowens.bandcamp.com/album/kelly-lee-owens

Critique : Avey Tare – Eucalyptus

L’image qui nous vient en tête à l’écoute d’Eucalyptus, deuxième album solo d’Avey Tare (alias Dave Portner, un des membres fondateurs d’Animal Collective) est celle d’un homme perché dans un arbre, grattant sa guitare au milieu d’une forêt peuplée de créatures étranges. Musicalement, le résultat est intrigant, parfois exigeant, même si on s’y sent un peu perdu, comme si on s’était égaré du sentier…

Ceux et celles qui s’attendent à retrouver la pop psychédélique un peu clinquante du dernier album d’Animal Collective (Painting With, paru en 2016) risquent de tomber des nues. En effet, on est davantage ici dans une esthétique qui rappelle les débuts du groupe, en commençant par Spirit They’re Gone, Spirit They’ve Vanished, sorti il y a 17 ans déjà. On y retrouve aussi un petit quelque chose du génial Merriweather Post Pavilion (2009) dans les sonorités sous-marines et cette impression d’une musique artisanale patentée avec papier et ciseaux à la façon d’un collage.

Avey Tare a déjà confié que l’essentiel de l’album a été composé dans sa chambre à coucher en 2014, entre des tournées avec Animal Collective et son projet parallèle Slasher Flicks. Il s’en dégage d’ailleurs un ton très intimiste, avec Tare qui fait aller ses doigts de façon approximative sur sa guitare acoustique en murmurant des textes qui parlent de nature, de relations amoureuses et du passage du temps, et parfois tout ça en même temps. Le bruitage y occupe aussi une place importante, avec un florilège de bizarreries électroacoustiques qui agrémentent chaque pièce…

Là où Eucalyptus touche la cible, c’est en installant une atmosphère enveloppante qui traverse tout l’album. Dès la première chanson, Season High, on se sent transporté dans un lieu à la fois invitant et inquiétant, comme peut l’être la nature. Les pièces sont longues (certaines auraient mérité d’être resserrées), mais elles contribuent à ce climat hypnotique qui tient presque du rêve éveillé. Parmi les moments forts, on note Jackson 5, la chanson la plus entraînante du lot, avec sa mélodie accrocheuse et ses percussions tribales. Sur la courte Roamer, on reconnaît un petit quelque chose des Beach Boys, dont les harmonies vocales ont exercé une si grande influence sur le travail d’Animal Collective. Quant à l’inquiétante Coral Lords, elle aurait très bien pu figurer sur Merriweather Post Pavilion, du moins pour le refrain.

Dommage que l’album se perde parfois en de longues séquences dont on cherche en vain le point d’ancrage. Avec ses 15 titres répartis sur plus d’une heure de musique, Eucalyptus se révèle touffu et même un brin ennuyeux par moments, un peu comme si Tare se faisait un long monologue à lui-même. Certes, les gars d’Animal Collective n’ont plus rien à prouver, mais leur imagination débordante les empêche peut-être de faire le tri de leurs idées. Il n’est d’ailleurs pas innocent de noter que le disque a été réalisé par Josh Dibb, alias Deakin, lui aussi de la constellation à géométrie variable du groupe américain, alors qu’un regard extérieur aurait pu aider.

En entrevue avec Stereogum, Tare a expliqué qu’il avait voulu créer un album qui se voudrait le reflet des paysages californiens, des déserts, des montagnes et de l’océan, dans le but de « créer un cycle de musique qui évoquerait le cycle de la Californie en une journée ». Le voyage comporte son lot de très bons moments, même si le chemin pour y arriver est un peu tortueux. Attention de ne pas se perdre!

MA NOTE: 6,5/10

Avey Tare
Eucalyptus
Domino
62 minutes

http://www.aveytare.com/

Critique: Lorde – Melodrama

En 2013, Lorde (de son vrai nom Ella Yelich-O’Connor), âgée de 17 ans, lançait Pure Heroine, un album qui a été acclamé par la critique. Depuis, quatre années se sont écoulées et la Néo-Zélandaise revient à la charge avec un second projet qui s’intitule Melodrama… Qu’en est-il de ce nouvel opus?

En s’alliant avec Jack Antonoff (Bleachers, Fun) comme producteur, Lorde propose une galette intime qui soulève les dessous écorchés du passage à l’âge adulte après une rupture douloureuse. Avec des thématiques comme la solitude, la quête de soi et la déception amoureuse, la voix chaude de l’auteure-compositrice-interprète demeure toujours un outil important à l’écoute. Elle chante en accentuant les diverses sonorités de son timbre vocal. Sur Homemade Dynamite, elle entrecoupe ses souffles, elle les divise, elle les rend saccadés. Le tout est efficace. Tandis que sur Green Light, on découvre une Lorde rageuse qui fait défiler des mots tranchants sous des lignes de pianos dynamiques et des rythmes house . Ça bouge, ça brasse. Une pièce synthpop puissante et libératrice. Puis, la très nocturne Sober exulte les émotions, les apparences et les défauts de la jeune génération qui fête sans cesse dans les bars . Même que Lorde s’interroge sur les identités réelles de ces fêtards si ceux-ci n’auraient plus recours à la boisson: « But what will do when we’re sober? », chante t-elle.

On arrive avec la ballade Liability qui est une sorte de mise à nue. Le titre permet d’accéder de plus près au ressenti sentimental de l’artiste. Avec seulement un piano et quelques cordes, Lorde étonne avec une belle maturité dans les textes. Le refrain est dévastateur:

« They say
You’re a little much for me
You’re a liability
You’re a little much for me
So they pull back, make other plans
I understand, I’m a liability. »
-Liability

D’une grande intensité. Plus loin, elle ose même se comparer à un jouet que les gens prennent plaisir à utiliser jusqu’à épuisement de ses capacités:

« The truth is I am a toy
That people enjoy
‘Til all of the tricks don’t work anymore
And then they are bored of me »
– Liability

L’image est percutante.

Concernant Writer In The Dark, cette pièce décrit les questionnements de la chanteuse face à la célébrité qui l’entoure.

« Stood on my chest and kept me down
Hated hearing my name on the lips of a crowd
Did my best to exist just for you. »
– Writer In The Dark

Il ne va sans dire, Lorde assume la vie de star. Par contre, elle trouve difficile le fait d’être constamment scrutée à la loupe sur la scène et sous les projecteurs. Rappelons qu’en entrevue, la Néo-Zélandaise a même avoué qu’elle était retournée dans ses terres natales, après sa rupture amoureuse, histoire de retrouver les siens et de se retrouver elle-même. Une belle façon de se recentrer.

Quoi qu’il en soit, après plusieurs écoutes, Melodrama est une véritable réussite. Lorde se dévoile en écrivant de manière juste et réaliste sur des sujets qui ne sont pas toujours roses. Elle décrit ses tribulations et ses principales leçons tirées de sa propre vie de jeune femme avec profondeur, sincérité et authenticité.

Les attentes étaient hautes pour ce disque. Les voici maintenant comblées. Melodrama est extrêmement pertinent et fait du bien… pour toute personne qui a besoin de lumière.

Ma note: 8,5/10

Lorde
Melodrama
Republic Records
41 minutes

https://lorde.co.nz/

Critique: Amber Coffman – City of No Reply

La séparation tumultueuse d’Amber Coffman et David Longstreth a fait couler beaucoup d’encre, particulièrement lors de la sortie de l’album homonyme de Dirty Projectors un peu plus tôt. Longstreth envoyait quelques salves à peine masquées à Coffman dont la dure Keep Your Name. On sentait qu’un ressentiment prononcé habitait toujours le chanteur new-yorkais. Qu’en est-il de Coffman qui fait paraître l’ironiquement titré City of No Reply? Un album qu’il faut dire a été produit par Longstreth… oui c’est compliqué… D’ailleurs, après l’enregistrement de l’album, les deux ne se sont plus parlé.

Coffman a beau dire que ce n’est pas qu’un album de rupture, City of No Reply, en plus de son titre, traite de cœurs déchirés. Cependant, tout comme le processus de deuil qu’on fait d’une relation, Coffman partir d’une loque qui se morfond à une colombe qui étire ses ailes et prend son envol. City of No Reply est un témoin privilégié du deuil d’une relation romantique.

«Baby, I need you in a serious way
Can’t give you all this love when you push me away
I’m at the mountain and I’m strong enough
I’m gonna run till I fall down in your love»
– No Coffee

L’un des premiers simples à paraître donnait déjà un bon indice de ce qui s’en venait sur l’album. Coffman offre une pop assez légère malgré ses thèmes arrache-cœurs qui flirtent avec le R&B et parfois se rapproche du son qu’elle a développé en compagnie de Longstreth chez Dirty Projectors. Par contre, dans son ensemble City of No Reply est beaucoup plus pop et verse parfois même dans le banal. Under the Sun est d’une banalité marquante. Dark Night est aussi à classer dans les pièces qui laissent sur leur faim. Bien que certains effets électroniques distorsionnés se mettent de la partie et quelques chœurs percent la mélodie à la toute fin, ça reste nettement trop ordinaire.

All to Myself, une pièce idéale pour danser un slow collé à ton prochain bal, est une des pièces qui offrent une mélodie déjà entendue, mais traitée différemment. Le résultat est plutôt convaincant. Même son de cloche du côté de la chanson-titre qui emprunte le chemin du semi-reggae, mais qui est étonnement très bien réussi.

«I get to stop around noon, I’m done with you
Oh, it’s my turn, that’s for sure
From now on I’m gonna live for me
Do I regret the time I wasted?
I wanna thank you for setting me free»
– Brand New

Une des pièces les plus R&B est la convaincante Brand New qui reprend une mélodie qu’on a l’impression d’avoir déjà entendu, mais la traite magnifiquement. Elle évite avec habileté les pièges du conventionnel et de la banalité en rajoutant une touche un peu plus inventive. Coffman est une créatrice de talent et bien qu’elle semble avoir pris le chemin de la facilité mélodique, elle ne lésine pas sur l’instrumentation.

City of No Reply est un album en dent de scie qui possède certains moments très efficaces tout comme quelques creux. Une montagne russe qui suit l’évolution du deuil d’une relation amoureuse. Entre le sentiment de liberté et l’impression de pouvoir d’être soi, il y a ces moments sombres où l’on cherche désespérément du réconfort pour émerger de la noirceur.

Ma note: 6,5/10

Amber Coffman
City of No Reply
Columbia Records
46 minutes

https://www.ambercoffmanmusic.com/