Pop Archives - Page 2 sur 76 - Le Canal Auditif

Critique : Mount Kimbie – Love What Survives

Le diable est dans les détails dits l’adage. On peut très bien l’appliquer à la musique de Mount Kimbie qui lance Love What Survives. Le groupe revient quatre ans après la sortie du réussi Cold Spring Fault Less Youth. Kai Campos et Dom Maker se sont donné le temps d’accoucher d’un album qui est travaillé, poli et recouvert d’un petit verni juste assez lustré.

Cold Spring Fault Less Youth démontrait déjà les qualités de compositeurs et d’arrangeurs du duo. Voici qu’avec Love What Survives, ils prouvent qu’ils sont en plein contrôle de leur démarche. Love What Survives est rempli de petits détails de composition qui font plaisir à entendre. C’est lorsqu’ils font appel à des collaborateurs que le plaisir devient encore plus évident.

On ne peut passer à côté de la trépidante Blue Train Lines sur laquelle chante King Krule. La batterie nous garde en haleine tout au long alors qu’elle se décide à embrayer pour vrai au deuxième refrain accompagné d’une basse simple et mélodieuse. Avec la voix de King Krule qui semble sur point de casser de désespoir, le résultat est réussi et poignant. Ce n’est pas la seule collaboration qui sourit à Mount Kimbie. James Blake les accompagne sur l’émotive We Go Home Together. Ses échantillons vocaux atypiques nourrissent la chanson et l’orgue de Blake nous fait entendre ses souffles qui deviennent une partie intégrale de la rythmique. Ce dernier signe une deuxième collaboration, la mélancolique How We Got By qui est typiquement Blake, mais avec un ajout non négligeable de jazz. Andrea Balency signe pour sa part les voix sur la plutôt rock You Look Certain (I’m Not So Sure) et Micachu la plus excentrique et groovy Marilyn.

Malgré le brio de ces collaborations, Mount Kimbie est aussi capable de se débrouiller par eux-mêmes, Four Years and One Day qui ouvre Love What Survives, nous attire progressivement dans la musique. Un peu à la manière d’Orion de Metallica et son fade in entouré de sons synthétiques. Balency revient sur T.A.M.E.D. où cette fois, ce sont les deux garçons de Mount Kimbie qui se mouillent. Avec une mélodie qui évoque sans détour Damon Albarn, ils nous chantent la mélancolie d’un amour à distance à coup de répétitions de paroles incessantes.

Dark cloud, that came as some surprise
Here now, so take your own advice
Eat alone and care about, we really should
But my, my, my, you made me so unkind

Think about me every day
I’m alone forever
Think about me every day
I’m alone forever
T.A.M.E.D.

Mount Kimbie faisait déjà bien les choses sur Cold Spring Fault Less Youth, mais ils se surpassent sur Love What Survives. On y retrouve de savantes compositions qui sont remplies de petits détails qui charment les oreilles. Ces compositions sont riches et après plusieurs écoutes, on se surprend à découvrir de nouveaux sons ou une nouvelle tournure.

Ma note: 8/10

Mount Kimbie
Love What Survives
Warp Records
40 minutes

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Critique : Alvvays – Antisocialites

Alvvays revient avec Antisocialites, trois ans après le succès inattendu de son premier album. Malheureusement sur ce nouvel effort on assiste à une séance de brainstorm de 33 minutes durant laquelle les membres du groupe se demandent s’ils veulent être Slowdive, eux-mêmes ou un groupe générique d’indie-rock.

Sur la première moitié d’Antisocialites, on comprend certes que la bande de la jolie Molly Rankin a choisi son camp. En s’éloignant de son pop rock ensoleillé des débuts au profit d’un son plus vaporeux laissant davantage de place aux atmosphères synthétiques et aux strates de guitares, l’intention dream-pop est claire.

Mais ce virage ne se fait pas sans heurts. La candeur d’Alvvays ne colle pas à 100 % à une facture sonore ombragée comme celle qui fait la marque de Slowdive notamment. Ça fonctionne certainement sur In Undertow, pièce d’ouverture de l’album et probablement la meilleure chanson du groupe. Mais on s’ennuie beaucoup par la suite sur Dreams Tonite, Not My Baby et Your Type, pièces sur lesquelles on sent Alvvays essayer d’essayer des affaires. Le tout est livré par une Molly ennuyée, amorphe.

Et c’est à croire que les membres du groupe se sont rendu compte qu’ils piétinaient, car à la mi-parcours ils nous balancent Hey et Lolipop, deux chansons up tempo qui auraient pu se retrouver sur le premier album. Mais c’est de courte durée. Sur Already Gone qui suit, Molly gratouille paresseusement sa guitare en chantant sans conviction par dessus des strates d’instruments dissonants. A contrario sur Slomo, pièce qui ouvre le dernier Slowdive, il n’y a pas plus d’instruments, mais ceux-ci ont davantage d’amplitude ce qui crée un effet hypnotique de mélancolie. Bref, on comprend ce que veut faire Alvvays avec ses pièces dépouillées, mais il manque d’outils dans le coffre du groupe.

Parlant de limitation… la voix de Molly affiche de sérieuses lacunes sur Antisocialites. On ne peut pas dire que la chanteuse a le registre le plus vaste, mais on est tombé amoureux de sa voix grave et chaude qu’elle a utilisée jusqu’ici à l’intérieur de ses limites. Sur ce nouvel effort, elle tente la voix de tête à plusieurs reprises sans grand succès. En plus, le procédé n’amène rien d’intéressant à la mélodie. Pourquoi ne pas avoir gardé ça simple? La deuxième moitié d’Antisocialites se clôt sans qu’on en ait vraiment retenu quoi que ce soit avec Forget About Life, une décevante pièce morne qui ne pourrait même pas être un intermède sur un album récent de Metric.

À trop vouloir chercher la nouveauté, on s’égare. Et c’est bien dommage pour Alvvays parce que les critiques contenues dans ce texte sont majoritairement d’ordre cosmétique. Avec une direction artistique plus cohérente et un habillage sonore moins ambitieux, peut-être que ces compositions auraient fait mouche. Mais là c’est rigoureusement plate.

MA NOTE: 5/10

Alvvays
Antisocialites
Polyvinyle Record Co.
33 minutes

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Critique : Sunfields – Mono Mono

Même si l’été semble nous avoir désertés, il reste encore de belles balades à faire pour admirer les couleurs de l’automne ou faire la tournée des vignobles. Ça tombe bien, puisque Sunfields vient de nous offrir l’album idéal pour accompagner nos virées en char. Avec Mono Mono, le groupe montréalais signe un disque riche et honnête, aux couleurs americana, malgré la référence un peu trop appuyée à Wilco.

Il s’agit d’un troisième album depuis 2010 pour la bande menée par le chanteur et guitariste Jason Kent (The Dears, Kandle & The Krooks). Le premier, Palace in the Sun, était marqué par des couleurs psychédéliques, alors que le second, Habitat, lancé en 2014, assumait davantage son versant folk-rock. En entrevue avec le journal The Gazette à l’époque, Kent avait comparé ce virage à une sorte de retour en arrière, un peu comme si les Beatles passaient de « Sgt. Pepper à Rubber Soul ».

Cette fois, Sunfields assume entièrement son côté rétro-folk-country-rock et ne se gêne pas pour clamer haut et fort ses influences : Wilco, Tom Petty, Neil Young et The Byrds. Des noms auxquels on pourrait en ajouter bien d’autres, comme les Beatles ou The Eagles… Ça pourrait agacer et donner l’impression d’un simple pot-pourri du grand catalogue de la chanson anglo-américaine, mais les pièces de Mono Mono sont bien construites et l’album témoigne d’une belle cohérence qui lui confère une personnalité propre qui va au-delà de ses sources d’inspiration…

Ça commence très fort avec Wheel In You, qui rappelle le Wilco de l’époque Being There avec un riff solide et un refrain diablement efficace qui reste dans la tête longtemps. C’est sans doute la plus rock de l’ensemble, suivie de près par Dead End Woman, une autre pièce costaude à laquelle Brad Barr prête sa voix.

L’influence de Wilco se fait également sentir dans les ballades, dont la très jolie Half Words, qui évoque même la poésie de Jeff Tweedy et sa capacité de dépeindre la solitude de manière à la fois ironique et touchante : « I’ve been thinking about you/I’ve been drinking without you/’Cause I miss you ». D’autres titres abordent les thèmes des racines familiales ou la quête de l’amour, en général de façon assez simple, mais avec une petite touche sombre qui leur évite de tomber dans la facilité. Mais Sunfields abuse clairement des allusions au soleil (dans au moins quatre chansons sur onze). On comprend le concept, mais quand même!

Le jeu des références se poursuit sur Everyone You Know, dont les harmonies vocales (une des forces de l’album) rappellent celles des Eagles de la belle époque, tandis que Kid In Me emprunte presque littéralement la ligne de piano électrique de Don’t Let Me Down des Beatles, en lui donnant une tournure plus dramatique. Les amateurs de six-cordes seront aussi bien servis par les textures de guitares, qui se démarquent par leur richesse et leur savant dosage entre sonorités acoustiques et électriques. C’est ce qui fait d’une pièce comme Little Love une des meilleures du lot.

On pourra certes reprocher à Sunfields son côté un peu trop référentiel, mais il est difficile de faire un album simple et honnête, mais pas simpliste ou racoleur. Or, le groupe montréalais y arrive avec brio, sans non plus qu’il soit justifié de crier au chef-d’œuvre. Dommage, quand même, que Mono Mono ne soit pas sorti plus tôt cet été, car j’ai l’impression qu’il aurait accumulé bien du kilométrage…

MA NOTE: 7,5/10

Sunfields
Mono Mono
Exit Sign Music
41 minutes

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Critique : Torres – Three Futures

Paru en 2015, l’excellent Sprinter de MacKenzie Scott, alias Torres, s’est hissé parmi mes disques préférés de ce millésime. Un disque assez rock qui voyait l’auteure-compositrice états-unienne flirter avec la sensibilité d’une Sharon Van Etten tout en plongeant dans un son assez abrasif à la PJ Harvey (on ne s’en sort pas, PJ c’est PJ !). Un immense pas en avant comparativement à son premier album homonyme révélé en 2013.

Voilà que Torres récidivait vendredi dernier avec une nouvelle création intitulée Three Futures. Réalisée une nouvelle fois par Rob Ellis (un très proche de PJ…) et enregistrée en Angleterre, cette production se tourne résolument vers les synthés et autres boîtes à rythmes, tout en gardant dans sa manche quelques salves de guitares inventives; une sorte d’électro sophistiqué et accessible, frayant parfois avec le krautrock et la musique industrielle. Pas de doute, l’approche est originale, même si le format chansonnier demeure somme toute assez conservateur. Certains y entendront de forts liens de filiation avec la musique de St.Vincent, quoique Torres me semble plus « torturée ».

Côté textes, l’artiste aborde une thématique rarement exploitée dans la musique pop : l’utilisation du corps comme un engin austère où le plaisir, le désir et l’absolution sexuels sont abordés de front, sans aucune pudeur. Et c’est parfait comme ça ! Que celui ou celle qui n’a pas vécu de ratage sexuel dans son existence lève la main ? Voilà. C’est ce que je me disais ! Cette prise de risque « littéraire » suscite mon admiration, surtout de la part d’une femme qui subira assurément sa large part de jugement quant à l’intégrité de sa démarche. Oui, l’humanité évolue à pas de tortue.

Cela dit, si les mots sont « libérés », la musique, elle, aurait gagné en pertinence si on avait pu lui insuffler un peu plus de hargne et de folie… compte tenu du sujet traité. Three Futures est plus paisible, moins « drette dans ta face » que Sprinter. J’aurais préféré un peu plus de Concrete Ganesha – meilleure pièce de l’album – et un peu moins de Marble Focus, une chanson un peu trop linéaire.

En plus du remarquable morceau évoqué dans le paragraphe précédent, j’ai pris plaisir à écouter le « I’m more of an ass man » proféré dans Righteous Woman, la mélodie émouvante et le penchant « synthpop vintage » dans Greener Stretch, le venin vocal de Torres dans Helen in the Woods ainsi que la conclusive To Be Given a Body dont le mix propulse la voix de Scott à l’avant-plan.

Verdict ? C’est un autre excellent disque de la part d’une artiste qui ose aborder des thèmes « dérangeants ». J’aurais aimé une musique encore plus audacieuse, malgré l’évident virage synthétique, et assez réussi, tenté par Torres. Pas de doute, les fervents de musique pop aventureuse y trouveront leur compte.

Ma note: 7,5/10

Torres
Three Futures
4AD
46 minutes

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Critique : Hundred Waters – Communicating

Hundred Waters nous avait offert l’excellent The Moon Rang Like A Bell en 2014. Le groupe n’arrivait pas avec une proposition qui révolutionnait la musique, mais son mélange d’électro-pop mélodieuse, de chant pop mais légèrement chant gauche et d’un peu d’emo à la The XX était franchement réussi. L’ensemble caresse les tympans et berce les cœurs écorchés.

Que dire de Communicating? Eh bien, le groupe poursuit dans la même veine et fait encore de la pop de grande qualité qui sort parfois des sentiers battus. Il y a quelques belles petites trouvailles qui sont toujours bien accompagnées par Nicole Miglis qui semble toujours trouver le ton juste. D’ailleurs, une bonne partie du succès du groupe repose sur sa voix qui est capable de faire le pont entre pop et interprétation juste et authentique qui évite toujours de tomber dans le mielleux.

Pour illustrer sa capacité à faire des ponts, prenons la sublime Prison Guard, l’une des chansons les mieux réussies de Communicating. La trame est composée d’un piano simple, sobre, mais terriblement efficace et d’un roulement de caisse claire qui se tient toujours à la limite de l’emportement. On a constamment l’impression que ça va exploser… mais non. Ça reste en retenue. Par-dessus le tout vient s’ajouter la magnifique voix de Nicole Miglis qui est juste assez plongée dans un « ressentis » pour nous faire comprendre sa peine.

Le côté plus dansant du groupe n’est pas évacué du tout sur Communicating. Au contraire, il est célébré en beauté avec Particle et la disco Wave to Anchor. Son rythme disco n’est pas réchauffé, c’est réellement réussi et ça donne envie de se déhancher à plusieurs occasions. At Home & In My Head adopte plutôt une montée épique qui nous entraîne dans son sillon avant que tout nous abandonne aux lèvres de Miglis avant que ça reparte de plus belle.

Plus l’album avance et plus il semble que la communication se résorbe et qu’on tombe dans les pensées intimes de Miglis. La principale raison est le nombre élevé de répétitions. Better la voit se demander si elle a bien traité le sujet de la chanson. Blanket Me finit sur une répétition du titre sur une musique qui s’emporte de plus en plus. La chanson-titre de son côté se termine dans une mer de bruit bien calibrée.

C’est un successeur réussi à The Moon Rang Like A Bell pour Hundred Waters. C’est réussi du début à la fin et le groupe nous propose des compositions qui évitent les pièges du convenu et de la mièvrerie. C’est tout simplement touchant et d’une beauté bien appréciable.

Ma note: 7,5/10

Hundred Waters
Communicating
OWSLA
48 minutes

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