Métal / Industriel Archives - Page 3 sur 30 - Le Canal Auditif

Critique : Crystal Fairy – Crystal Fairy

Crystal Fairy est un premier album sorti un peu de nulle part pour le quatuor improbable du même nom. Il est composé de Dale Crover et Buzz Osborne des Melvins, de la charismatique Teri Gender Bender (Le Butcherettes) et d’Omar Rodriguez-Lopez (At The Drive-In, Mars Volta) qui officie ici à titre de bassiste de luxe.

Un premier effort qui, comme on l’attend de ces musiciens d’exception, ne laisse rien au hasard. C’est gras, punché et groovy, mais sans réprimer pour autant une intention punk certaine. L’expéditive Chiseler s’occupe justement de nous le faire comprendre en lever de rideau. On reconnaît bien sûr la signature des Melvins sur l’ensemble des titres grâce à ce son si distinctif de la guitare du bon Buzz qui, il faut le mentionner, s’exerce ici à la six cordes comme dans les beaux jours de Houdini et Stoner Witch.

Le jeu de basse de Rodriguez-Lopez n’est pas juste impeccable, il est omniprésent et contribue à donner de la texture aux compositions tout en ajoutant une rondeur, ou un côté sucré, à l’assemblage de Crystal Fairy. Et par-dessus le jeu des gars, on découvre une Teri Gender Bender qui connecte avec sa PJ Harvey intérieure et qui prend le plancher avec une séduisante confiance. Les amateurs de Le Butcherettes la découvriront donc moins rageuse et plus sexy dans sa livraison. Mais attention, un charme invitant, parce que dangereux : Gender Bender montre les dents à plusieurs reprises aussi sur l’album et cet élément de danger n’est jamais loin lorsqu’on lit les paroles qu’elle a concoctées pour l’exercice. Fine parolière, sa plume est aiguisée tout juste comme le jeu du bon Dale, toujours impérialement précis derrière les tambours.

Les meilleurs moments sur ce premier album, ou du moins, ceux qui se démarquent le plus de l’ensemble cohérent, sont probablement Moth Tongue pour son lent groove suave et les cris plaintifs de Gender Bender, Necklace Divorce et Secret Agent Rat pour leurs costauds riffs melvinsesques, Vampire X-Mas et sa charge heavy métal ou encore la pièce titre sur laquelle tous les membres brillent par leur performance.

Dans l’ensemble, Crystal Fairy est un disque furieusement réjouissant dans la région. Voilà donc un « super-groupe » qui ne se contente pas que de livrer un produit rock satisfaisant et qui étonne plutôt en ratissant large à l’intérieur de ce que les membres font de mieux : un stoner rock protéiné, intelligent et accrocheur. C’est toujours mieux que d’exploiter peu d’idées dans un large spectre de sonorités que vous me direz? Eh bien, vous aurez parfaitement raison.

Crystal Fairy est peut-être qu’un « one shot deal », mais contrairement à trop d’albums de « super-groupes », le quatuor a réussi à pondre un disque qui nous garde sur le rebord de notre siège (quand on n’est pas carrément debout à faire de l’air guitare) et plus important encore, un album auquel on reviendra souvent pour ses qualités beaucoup plus que par nostalgie de cette improbable association de musiciens-chouchous.

Ma note: 8/10

Crystal Fairy
Crystal Fairy
Ipecac Records
44 minutes

https://crystalfairy.bandcamp.com/

Critique : Code Orange – Forever

Le nouveau Code Orange, Forever, est l’album le plus épatant à être paru en ce début d’année. Et il devrait le rester pour un bout! Le successeur d’I Am King établit un nouveau standard de brutalité, tout en intégrant à la formule du groupe de nouvelles sonorités. C’est une chose de composer un album qui tapissera vos murs avec le sang de vos oreilles, mais c’en est une autre que de créer des ambiances et des atmosphères dans un chaos de rage et un brouillard de mort.

Car, oui, le pain et le beurre du metalcore de Code Orange a beau être les guitares titanesques, la basse au son de rouleau compresseur, la batterie sauvage et la voix infernale, gutturale, mais ce n’est justement pas votre groupe moyen de metalcore ordinaire avec son lot de breakdowns prévisibles et de paroles tirées de conversations de chums de gym. Code Orange prend le genre au sérieux. Il lui insuffle une bonne dose de fuck toute, d’éléments industriels, d’ambiances bizarroïdes, de textures inquiétantes et… le chant de Reba Meyers, la guitariste. Oui, une fille! Sacrilège que diraient les bros de Beartooth.

Des pièces comme Hurt Goes On, Real, The Mud et Dream2 exploitent ce côté glacial typique de l’industriel, ce qui ajoute à l’intention purement apocalyptique de Forever. Bleeding In The Blur et Ugly, pour leur part, ralentissent la cadence et permettent à l’ensemble de respirer avec leurs énormes refrains « alternatifs » et leur puissance « deftonnienne ». Mais ces transitions de genres et d’ambiances n’affectent en rien la cohérence de l’album. Ça demeure colossalement écrasant du début à la fin. Ah oui, j’oubliais, Forever est une production de Kurt Ballou.

Au final, Forever est un album authentiquement viscéral, singulièrement innovant et déconcertant d’agressivité. Comme si le quatuor de Pittsburgh avait répondu «challenge accepted» au titre du dernier album de Nails, You Will Never Be One Of Us. Bref, Forever n’est pas que le meilleur album à ce jour de de Code Orange, il démolit en une trentaine de minutes tout le penchant macho-douche-redneck du metalcore des 10 dernières années. Rien que ça.

Ma note: 8/10

Code Orange
Forever
Roadrunner Records
35 minutes

codeorangetoth.com/

Critique : King Woman – Created in the Image of Suffering

Voilà bien trois ans que nous avons à l’œil sur King Woman, le projet de la chanteuse américaine Kristina Esfandiari. En fait, depuis la sortie de l’excellent EP Doubt. Voici qu’elle nous fait enfin le plaisir de faire paraître un album complet. Elle est accompagnée dans cette aventure par Colin Gallagher, Joey Raygoza et Peter Arensdorf. De plus, son album a été réalisé par le talentueux Jack Shirley qui a travaillé dans les dernières années avec Deafheaven, Oathbreaker et Wreck & Reference.

Alors, qu’est-ce que ça donne Created in the Image of Suffering? À l’instar de la souffrance, il nous donne envie d’y revenir, de faire de nous des masochistes. Parce que cet album est tout simplement génial. King Woman se hisse parmi l’élite du Doom métal contemporain à même titre que Pallbearer et Electric Wizard.

Dès les premières notes d’Utopia, King Woman nous balance de la lourdeur alors que la voix d’Esfandiari est perdue dans la brume d’une réverbération efficace. Tout au long de la galette, elle va alterner entre ces atmosphères vocales psychédéliques et la fragilité de sa voix nue. C’est totalement réussi. Deny ralentit la cadence et nous enfonce de plus en plus dans un doom ésotérique. Comme le démontre aussi Worn, King Woman excelle lors qu’il est temps de ralentir le tempo pour laisser le temps aux notes de pleinement se déployer.

Created in the Image of Suffering est bon dans son ensemble, mais… il y a un gros, mais. La pièce centrale titrée Hierophant. Celle-ci nous transporte ailleurs, nous donne envie de prier de nouvelles divinités inconnues. Elle donne envie de tourner le regard vers les cieux et d’essayer de comprendre ce qui régit nos vies. C’est excessivement simple. La pièce est une répétition sur un modèle qui varie quelque peu :

«If you’re a sacred script
I am the hierophant
If you’re a holy church I wanna worship
I’ve gotta be the one I’ve gotta be
I’ve gotta be the one I’ve gotta»
– Hierophant

Lorsque la musique s’arrête et qu’on reste seul avec une guitare légèrement distorsionnée et la voix d’Esfandiari qui nous chante avec toute la fragilité dont une âme est capable ces quelques lignes en boucle. On atteint un autre niveau. C’est touchant, déchirant et inspirant. Le tout en traitant du plus vieux sujet du monde : l’amour. Cependant, l’Américaine le fait avec goût, ingéniosité, authenticité et intensité.

On a attendu longtemps pour ce premier album de King Woman, mais l’attente valait le coup. Created in the Image of Suffering est un magnifique album de doom métal, un incontournable pour les amateurs du genre lourd en ce début d’année 2017.

Ma note: 8/10

King Woman
Created in the Image of Suffering
Relapse Records
39 minutes

http://kristinaesfandiari.tumblr.com/

Critique : Sepultura – Machine Messiah

Rares sont les groupes qui continuent de faire autant de bruits que Sepultura. La formation l’avait prouvé avec son dernier album, The Mediator Between Head and Hands Must Be the Heart, paru en 2013. Trois ans et demi, c’est le plus long laps de temps entre deux albums que Sepultura. On peut les comprendre, entre la vie de tournée et leurs corps qui ne rajeunissent pas, il est normal que la bande doive prendre des vacances ici et là. L’influence des deux frères Cavalera est maintenant bien révolue. Tout comme le côté tribal qui avait fait les beaux jours de Roots. Aujourd’hui, la formation fait un métal hyperactif, mélodieux dans ses guitares et tout simplement brutale vocalement avec le gentil géant Derrick Green au micro.

Quoi dire de Machine Messiah. Ce n’est pas l’album le plus inspirant de la formation. Alors que les percussions ont toujours été un élément central de la formation, cette fois-ci les pièces vraiment intéressantes se font rares. Sepultura n’offre pas un navet non plus, mais disons que les fans du groupe n’y trouveront pas un album marquant. Le son des Brésiliens semble au neutre et n’évolue pas. Le groupe nous offre des compositions qui sentent un peu le pilote automatique.

La prémisse de l’album était pourtant prometteuse : la robotisation de notre société et la venue d’un messie robotique qui fermera la boucle. En tenant pour acquis que l’humain vient d’une machine à la base. Bon. OK. C’est un peu intense, mais c’est une avenue intéressante et riche thématiquement parlant. Malheureusement, la musique ne possède aucunement les stigmates de la robotisation. Les rythmes ne sont pas soudainement hachurés ou inspirés du métal industriel. Alethea est sans doute ce qui se rapproche le plus de la mécanisation, mais ça reste du Sepultura comme on en a déjà entendu des centaines de fois. Si au moins le groupe nous envoyait ses meilleures compositions! Non, ça sent un peu le réchauffé.

Green se débrouille quand même bien au micro faisant preuve de nuance et de polyvalence, comme le démontre la pièce-titre. On peut aussi dire qu’Andreas Kisser offre quelques bons moments dont l’intéressante Cyber God. S’il est toujours capable de nous pondre des riffs brutaux, il nous laisse quand même un peu sur notre faim. Ça manque cruellement de renouveau. Resistant Parasites, c’est comme enfiler des pantoufles. C’est confortable et chaud, mais ça ne nous donne pas envie d’aller les flasher en public.

Est-ce que Sepultura est dépassé? Absolument pas! Cependant, Machine Messiah manque un peu de nouveauté. Ce sont de bons musiciens qui même sur le pilote automatique frappent plus fort que la plupart des groupes. On reste tout de même sur sa faim.

Ma note: 6/10

Sepultura
Machine Messiah
Nuclear Blast
51 minutes

http://www.sepultura.com.br/

Critique : The DRX – Throughout Within

The DRX est un projet musical mené par Dan Romans. Celui-ci fait partie depuis un bon bout de temps de la scène underground new-yorkaise et son projet à travers les années a compté sur des collaborateurs actifs dans différentes formations en vues : Kayo Dot, Buke & Gase et Psalm Zero. The DRX propose du rock/métal d’avant-garde où la musique classique se frotte sans arrêt au Black et au Death Metal. C’est un alliage qui se fait assez facilement, le métal ayant toujours été le cousin le plus près de la musique orchestrale.

Dans Throughout Within, Romans nous envoie plusieurs pièces épiques sur lesquelles il chante avec une fragilité émotionnelle claire et limpide. On y retrouve une panoplie d’instruments traditionnellement réservés aux orchestres : la clarinette, le bugle, le violoncelle et autres. Ces instruments ne sont pas là pour accompagner la trame principale, mais prennent part active dans la construction des chansons.

Un bon exemple est la chanson The End of Avoiding Consequence. La guitare électrique et les saxophones sont également présents dans le tapis sonore du refrain. Cela crée une base solide et puissante pour les chœurs qui font exploser le tout avec des envolées contrôlées entrecoupées de la voix de Romans. Ce dernier semble soudain seul et d’autant plus vulnérable. C’est très réussi. Monsters Wearing Nice Ties qui ouvre Throughout Within s’entame sur une simple guitare, des synthétiseurs et la voix du chanteur. Le tout est très beau et se termine dans une orgie de son lorsque les instruments se multiplient et que le chœur vient faire son tour.

Par moment, les trames de The DRX ont cette même portée que les psaumes catholiques lors de la messe. Ils sont puissants, entraînants et invoquent le mystique. En contrepartie, on trouve aussi des pièces à la brutalité sans équivoque comme la sombre Ancient Life et ses chants gutturaux. Il réitère sur la magnifique Eyes of Myself qui possède une mélodie de saxophone très réussie. Les chansons excèdent presque toutes la marque des cinq minutes, ce qui n’est pas très habituel non plus.

The DRX fait belle figure avec son particulier, mais ô combien appréciable Throughout Within. Le fan de métal aventureux y trouvera un album intéressant qui flirte avec les codes de la musique baroque comme ceux du Death et du Black Métal. Ça demande une certaine ouverture d’esprit et un investissement de soi, mais ça vaut le coup.

Ma note: 7,5/10

The DRX
Throughout Within
Nefarious Industries
58 minutes

http://danromans.com/