Métal / Industriel Archives - Page 3 sur 28 - Le Canal Auditif

Critique : Gone Is Gone – Echolocation

Echolocation est le premier disque complet de Gone Is Gone, une formation composée de membres d’At The Drive-In (Tony Hajjar), Mastodon (Troy Sanders), Queens Of The Stone Age (Troy Van Leeuwen) et du compositeur de musique de film Mike Zarin. Pour ceux qui seraient tentés de référer à Gone Is Gone comme un super-groupe, libre à vous. Si la définition que vous vous faites de l’exercice vous pousse à vous attendre à des chansons fédératrices et ultras accrocheuses à la Velvet Revolver, alors vous n’êtes peut-être pas à la bonne place.

Car Echolocation est un premier effort dense, pesant et brumeux à souhait. Et même si ses propositions stratifiées ne négligent pas la mélodie, il n’en demeure pas moins qu’Echolocation, comme l’EP qui l’a précédé en 2016, est un album complexe. Sans être inaccessible, c’est un album que l’on doit apprivoiser tout de même pour en déceler toutes les subtilités. Pour le dire de manière plus directe : contrairement à plusieurs œuvres de super-groupes, Echolocation semble guidé par une vraie démarche d’auteurs. Surtout, on sent que la livraison en studio n’a pas été bouclée rapidement en raison des horaires trop chargés des membres du groupe. Ce dernier point était d’ailleurs une critique que j’adressais à un autre projet du bassiste de Mastodon, Killer Be Killed.

Vous voulez une formule encore plus claire? OK. Gone Is Gone est pour les fans de Mastodon, l’équivalent d’A Perfect Circle dans l’histoire de Tool : un chapitre exploratoire. Et quelle drôle de coïncidence, Troy Van Leeuwen a été membre d’APC. Une fois ces considérations énoncées, est-il bon Echolocation? Oui, très bon.

Les Slow Awakening, Colourfade, Road et Resurge sont les moments d’ombre de ce disque. On diminue le tempo, on lève la tête vers le ciel et on plonge dans un firmament trouble. Resolve est aussi du nombre des chansons plus introspectives, mais accroche par sa mélodie qui n’aurait pas fait rougir le bon Ken Andrews de Failure (qui signe d’ailleurs le mixage, toute est dans toute). Pawns, Ornament, Gift et Fast Awakening exploitent davantage la force de frappe pure, de ces musiciens d’expérience et mettent en valeur les talents de compositeur de Troy Sanders. On est aussi ravi sur ces titres de se prendre en pleine gueule la guitare si caractéristique de Troy Van Leeuwen, jouée dans les aigus.

Ma pièce préférée est un élégant mélange de ces deux niveaux d’intensité. La pièce qui ouvre Echolocation, Sentient, est un long déploiement d’ambiances et d’atmosphères avant l’atteinte d’un sommet d’intensité : le refrain qui culminant enfin vers un chrono de deux minutes quarante. La batterie est lente et lourde, les guitares sont d’abord tranchantes puis écrasantes le tout est orné de l’incroyable étendue vocale de Sanders. La pièce connaîtra plusieurs moments de détente avant de déployer son climax final. Un morceau hypnotique, je vous le dis.

En conclusion, Echolocation est une bonne production, un effort honnête. J’aurais aimé que les parts d’ombres et les moments plus bruts s’harmonisent mieux à l’intérieur des chansons, mais l’album est tout de même d’une grande cohérence et d’une intrigante complexité. En un mot, c’est un « grower ». Bonne écoute.

Ma note: 7,5/10

Gone Is Gone
Echolocation
Rise Records
55 minutes

http://goneisgoneofficial.com/

Korn – The Serenity Of Suffering

KornAh Korn! Quand j’avais 14 ans, ce band-là était le centre de mon univers. Mon pote Alex et moi, on en a brisé des cassettes enregistrées de l’album éponyme et de Life Is Peachy dans nos walkmans jaunes. Quand on allait dans des partys et que le monde nous disait de changer de musique, on arrêtait de faire jouer le premier album…uniquement pour mettre le 2e. Y avait rien qui sonnait comme ça. C’était le mix parfait de tous les éléments nécessaires au défoulement. Pis c’était encore meilleur après avoir fumé du weed. Je t’en passe un papier!

Je comprends totalement les gens qui crachent là-dessus. Fallait vivre dans une parfaite conjoncture pour triper autant là-dessus en 1996. 14 ans, pas tant d’amis, une mère malade du cancer et hop! Jonathan Davis, Head, Munky et Fieldy sont tes nouveaux meilleurs amis et en moins de deux, tu portes un «tracksuit» adidas et t’as des tresses/dreads su’a tête.

Le temps a passé, Korn a lancé l’insupportable Follow The Leader qui a été copié 100 000 fois par des bands qui se maquillaient en clowns et le mouvement appelé Nü-Metal est mort de sa belle mort. De mon côté, j’ai découvert les Deftones. Alex, lui, est viré plus peace avec Jane’s Addiction et on a finalement changé de trip totalement. Reste que j’ai toujours continué à prêter une oreille curieuse à chaque album de Korn. Ç’a toujours été le running gag avec mes potes. Je suis un peu comme c’te gars qui a tripé en malade sur les Rolling Stones dans les années 1970 et qui a hâte d’entendre le nouvel album en 2017. Un brin pathétique, nul doute.

Mais bon. Pour la première fois depuis Issues en 1999, j’ose avancer que le nouvel album de Korn est pas si pire que ça. Après avoir tout essayé en matière de mauvais goût (du dubstep à la grosse pop), le groupe revient avec des gros riffs qui tiennent la route et délaisse les beats à la Skrillex pour donner plus de liberté à Ray Luzier (le batteur qui a remplacé David Silveria). Excellente décision, puisque son jeu est l’élément le plus divertissant de leur son moderne. On se rappellera que Silveria était devenu un empoté paresseux avec le temps et que les subtilités des deux premiers albums ont été éradiquées de son jeu dès l’infâme 3e album. Aussi, la rage patentée de Davis est un brin plus crédible que d’habitude. Mais bon assez de «geek talk». Je me contenterai de dire que je me suis surpris à passer un bon moment (quelque fois) et que j’ai même trouvé correct le duo avec Corey Taylor de Slipknot.

Cela dit, je suis conscient que l’existence de Korn en 2016 relève de l’anachronisme et qu’il fallait être là en 1996 pour trouver ça bon. Je vous rassure en vous disant que je ne les écoute plus assidûment depuis belle lurette. Sauf que des fois, j’ai des rechutes nostalgiques. Comme la fois où, un peu éméché, j’ai quitté un show de Neurosis pour aller voir les gars de Bakersfield, Californie, jouer leur premier album sur l’autre scène à Heavy Montreal. J’étais pas trop fier de moi le lendemain.

Mais quand même. Merci de m’avoir aidé à passer à travers l’adolescence gang. Cheers!

Ma note: 6/10

Korn
The Serenity Of Suffering
40 minutes
Roadrunner

www.korn.com

Metallica – Hardwired… To Self-Destruct

MetallicaVendredi dernier, la formation mastodonte Metallica lançait un 10e album studio: Hardwired… To Self-Destruct. Réglons tout de suite une chose. Tout ce que Metallica a mis sur le marché, après le populaire Black Album, m’a ennuyé au plus haut point… même la supposée cure de jouvence intitulée Death Magnetic, parue il y a 8 ans déjà, m’a laissé totalement de marbre.

Réalisé par un ingénieur de son qui en connaît un bon petit bout en frais de métal, Greg Fieldman (un proche de Rick Rubin), Hardwired… To Self-Destruct est le premier album de Metallica qui voit le jour sous l’étiquette de disques appartenant au quatuor: Blackened Recordings. Fait à noter, aucun crédit de songwriting n’est attribué au guitariste soliste Kirk Hammett puisque celui-ci a égaré, en cours de création, son téléphone intelligent, perdant ainsi toutes les maquettes sur lesquelles il avait travaillé. Donc, Hammett se contente d’y aller de ses habituels solos à l’emporte-pièce.

Puis ce Hardwired? Pas pire? Imbuvable? Ça tient la route? Eh bien, je vais vous étonner. Ce groupe à l’ego démesuré et exponentiellement désuni s’en sort correctement, contre toute attente. Oui, le métal marketisé à l’os de Metallica est franchement périmé et n’arrive pas à la cheville de ces bons vieux salopards de Slayer, mais j’ai quand même ressenti un certain effort de la part du groupe afin de concevoir un disque «honnête». La maîtrise et l’efficacité sont au rendez-vous. Est-ce que je nivelle par le bas? Bien sûr. Mais il fallait être un peu déphasé pour croire une seule seconde que Metallica pourrait se réinventer après avoir autant perdu le nord au cours de sa carrière.

Et pour une rare fois dans l’histoire des Four Horsemen, le jeu bancal de Lars Ulrich (l’un des batteurs parmi les plus surestimés de ce genre musical) n’est pas démesurément à l’avant-plan dans le mix. Bonus? On entend un peu de basse! Oui, mes amis, les membres de Metallica commencent à peine à se remettre (musicalement parlant) du décès de Cliff Burton… Et la performance vocale de James Hetfield est tout à fait à la hauteur, même si je préfère le vétéran en mode hargneux plutôt qu’en mode rassembleur. La réalisation est bien sûr tonitruante servant parfaitement le métal boursouflé de Metallica.

Quelques bonnes chansons m’ont fait taper du pied. Les très «Kill’ Em All» Hardwired, Atlas, Rise! et la conclusive Spit Out The Bone m’ont réjoui au plus haut point. Moth In Flame est du Metallica pur jus. Le riff principal de Murder One fait le travail. Par contre, en mode hard rock, ce groupe me tape royalement sur le gros nerf. Pas besoin de vous dire que j’ai failli sombrer dans les bras de Morphée à l’écoute des Now That You’re Dead, Dream No More (du sous Alice In Chains) et Halo On Fire.

Vais-je écouter ce disque à répétition? Absolument pas. J’ai autre chose à faire que de perdre mon temps pendant 77 minutes, croyez-moi. Cependant, je salue ce souci de plaire aux fans en présentant un pot-pourri de tous les styles épousés durant la carrière du groupe, car c’est ce que Metallica propose avec Hardwired… To Self-Destruct, rien de plus, rien de moins.

Ma note: 6/10

Metallica
Hardwired… To Self-Destruct
Blackened Recordings
77 minutes

https://metallica.com/

Goblin Cock – Necronomidonkeykongimicon

Gonlin CockGoblin Cock est de retour avec Necronomidonkeykongimicon, un album que l’on attendait plus après le très convaincant Come With Me If You Want To Live, paru en 2008. C’est que le cerveau derrière Goblin Cock a annoncé en 2010 qu’il mettait un terme à l’ensemble de ses projets musicaux.

Rob Crow, ou de son nom de scène Lord Phallus, tablettait son groupe Pinback, ses nombreuses collaborations ainsi que son projet de satyre des codes et des thèmes du métal, Goblin Cock.

Car si vous n’aviez pas encore compris, oui, Goblin Cock est un groupe parodique pastichant le canon métal avec des textes tirés de films pour enfants ou de la culture populaire, des tuniques noires à capuches et des gros refrains fédérateurs.

Musicalement, le groupe de Rob Crow fait dans le doom metal démocratisé. Ça l’air un peu con dit comme ça, mais la démarche de Goblin Cock pourrait être comparée à celle de Queens Of The Stone Age qui, à ses débuts, pratiquait un intéressant alliage de desert rock, de stoner et de rock n’ roll «populaire».

Le son de Goblin Cock est incroyablement pesant et très saturé, mais ça n’empêche pas Crow de chanter de puissantes mélodies avec sa voix aiguë.

C’est encore le cas sur cet étonnant Necronomidonkeykongimicon et dès l’entrée en matière, Something Haunted, on retrouve la formule et le sens du hook de Lord Phallus. Et les titres défilent les uns après les autres et c’est tout à fait satisfaisant.

Goblin Cock n’explore cependant moins sur ce nouveau disque qu’il ne l’a fait sur son précédent. Les morceaux sont plus courts ici et ne sortent pas du tracé, ce qui peut créer une impression monotone de répétition. Des chansons comme Your Watch, The Undeer ou World Is Moving nous entraînent toutefois ailleurs même si elles ne dérogent que très peu à la formule.

Au final, il s’agit d’un bon album pour la troupe de Lord Phallus. Un disque auquel on retournera de temps à autre pour apprécier l’humour et le flaire mélodique de Crow.

MA NOTE: 7/10

Goblin Cock
Necronomidonkeykongimicon
Joyful Noise Recordings (2016)
37 minutes

https://goblincock.bandcamp.com/

Oathbreaker – Rheia

OathbreakerOathbreaker poursuit sa mutation. Du hardcore écorché des débuts, le groupe belge revient sur Rheia avec un chaos post-black-métal volatile et émotif. Volatile parce tout est en suspension sur ce complexe nouvel effort.

Et c’est la première grande surprise à laquelle on est confronté sur Rheia. Le groupe délaisse les lourdes sonorités «terrestres», les gros riffs joués sur les grosses cordes et les variations typiquement hardcore qui étaient mis de l’avant sur Eros/Anteros, le précédent disque du quatuor.

Ici, on est plutôt dans les nuages – ou dans les turbulences du courant jet – de la même manière que chez Deafheaven par exemple, mais avec la précision chirurgicale de Liturgy en prime. Car oui, c’est terriblement bien exécuté.

Mais Oathbreaker se détache toutefois de ces groupes associés généralement à la vague du USBM* avec sa grande habileté à jongler avec les genres. Avoir une voix féminine aide certainement à varier les procédés d’attaques, les ambiances et les transitions. Ça, Caro Tanghe le fait à merveille. Même si les longs intermèdes atmosphériques s’imbriquent parfois mal au chaos généralisé des pièces de Rheia.

Oui, les membres d’Oathbreaker deviennent de meilleurs techniciens à chaque album qu’ils produisent, mais on sent toutefois que leurs qualités de songwriter plafonnent par moments sur Rheia… plafonnent ou plutôt qu’elles ne parviennent pas à atteindre leur niveau d’exécution. Joué à la perfection, des idées mal ficelées ce n’est pas suffisant.

En gros, c’est plus laborieux pour Oathbreaker de captiver autrement que par l’agression. Mais quand ils sont en mode chaos, c’est d’une grande réussite.

La finale épique de Where I Leave tend à me faire mentir sur ce dernier point, mais ça ne compte pas, c’est sur ce titre que le groupe est le plus convaincant, mais est aussi le plus loin de son tournant post-black. Sur cet avant-dernier titre Oathbreaker sonne comme Cult Of Luna ou Rosetta et, pour ma part, c’est vers ce genre de sonorités et de crescendo que les musiciens devraient se diriger.

Oathbreaker accouche d’un disque audacieux, surprenant pour ceux qui suivent le groupe depuis les débuts, mais un disque au final assez épars. C’est dommage parce que voilà justement un groupe qui prend des risques et se submerge dans l’exercice de sa création.

*USBM est un acronyme pour l’étiquette controversée United States Black Metal.

MA NOTE: 7/10

Oathbreaker
Rheia
Deathwish Inc (30 septembre 2016)
61 minutes


https://oathbreakerband.bandcamp.com/album/rheia