Métal / Industriel Archives - Page 3 sur 29 - Le Canal Auditif

Critique : Sepultura – Machine Messiah

Rares sont les groupes qui continuent de faire autant de bruits que Sepultura. La formation l’avait prouvé avec son dernier album, The Mediator Between Head and Hands Must Be the Heart, paru en 2013. Trois ans et demi, c’est le plus long laps de temps entre deux albums que Sepultura. On peut les comprendre, entre la vie de tournée et leurs corps qui ne rajeunissent pas, il est normal que la bande doive prendre des vacances ici et là. L’influence des deux frères Cavalera est maintenant bien révolue. Tout comme le côté tribal qui avait fait les beaux jours de Roots. Aujourd’hui, la formation fait un métal hyperactif, mélodieux dans ses guitares et tout simplement brutale vocalement avec le gentil géant Derrick Green au micro.

Quoi dire de Machine Messiah. Ce n’est pas l’album le plus inspirant de la formation. Alors que les percussions ont toujours été un élément central de la formation, cette fois-ci les pièces vraiment intéressantes se font rares. Sepultura n’offre pas un navet non plus, mais disons que les fans du groupe n’y trouveront pas un album marquant. Le son des Brésiliens semble au neutre et n’évolue pas. Le groupe nous offre des compositions qui sentent un peu le pilote automatique.

La prémisse de l’album était pourtant prometteuse : la robotisation de notre société et la venue d’un messie robotique qui fermera la boucle. En tenant pour acquis que l’humain vient d’une machine à la base. Bon. OK. C’est un peu intense, mais c’est une avenue intéressante et riche thématiquement parlant. Malheureusement, la musique ne possède aucunement les stigmates de la robotisation. Les rythmes ne sont pas soudainement hachurés ou inspirés du métal industriel. Alethea est sans doute ce qui se rapproche le plus de la mécanisation, mais ça reste du Sepultura comme on en a déjà entendu des centaines de fois. Si au moins le groupe nous envoyait ses meilleures compositions! Non, ça sent un peu le réchauffé.

Green se débrouille quand même bien au micro faisant preuve de nuance et de polyvalence, comme le démontre la pièce-titre. On peut aussi dire qu’Andreas Kisser offre quelques bons moments dont l’intéressante Cyber God. S’il est toujours capable de nous pondre des riffs brutaux, il nous laisse quand même un peu sur notre faim. Ça manque cruellement de renouveau. Resistant Parasites, c’est comme enfiler des pantoufles. C’est confortable et chaud, mais ça ne nous donne pas envie d’aller les flasher en public.

Est-ce que Sepultura est dépassé? Absolument pas! Cependant, Machine Messiah manque un peu de nouveauté. Ce sont de bons musiciens qui même sur le pilote automatique frappent plus fort que la plupart des groupes. On reste tout de même sur sa faim.

Ma note: 6/10

Sepultura
Machine Messiah
Nuclear Blast
51 minutes

http://www.sepultura.com.br/

Critique : The DRX – Throughout Within

The DRX est un projet musical mené par Dan Romans. Celui-ci fait partie depuis un bon bout de temps de la scène underground new-yorkaise et son projet à travers les années a compté sur des collaborateurs actifs dans différentes formations en vues : Kayo Dot, Buke & Gase et Psalm Zero. The DRX propose du rock/métal d’avant-garde où la musique classique se frotte sans arrêt au Black et au Death Metal. C’est un alliage qui se fait assez facilement, le métal ayant toujours été le cousin le plus près de la musique orchestrale.

Dans Throughout Within, Romans nous envoie plusieurs pièces épiques sur lesquelles il chante avec une fragilité émotionnelle claire et limpide. On y retrouve une panoplie d’instruments traditionnellement réservés aux orchestres : la clarinette, le bugle, le violoncelle et autres. Ces instruments ne sont pas là pour accompagner la trame principale, mais prennent part active dans la construction des chansons.

Un bon exemple est la chanson The End of Avoiding Consequence. La guitare électrique et les saxophones sont également présents dans le tapis sonore du refrain. Cela crée une base solide et puissante pour les chœurs qui font exploser le tout avec des envolées contrôlées entrecoupées de la voix de Romans. Ce dernier semble soudain seul et d’autant plus vulnérable. C’est très réussi. Monsters Wearing Nice Ties qui ouvre Throughout Within s’entame sur une simple guitare, des synthétiseurs et la voix du chanteur. Le tout est très beau et se termine dans une orgie de son lorsque les instruments se multiplient et que le chœur vient faire son tour.

Par moment, les trames de The DRX ont cette même portée que les psaumes catholiques lors de la messe. Ils sont puissants, entraînants et invoquent le mystique. En contrepartie, on trouve aussi des pièces à la brutalité sans équivoque comme la sombre Ancient Life et ses chants gutturaux. Il réitère sur la magnifique Eyes of Myself qui possède une mélodie de saxophone très réussie. Les chansons excèdent presque toutes la marque des cinq minutes, ce qui n’est pas très habituel non plus.

The DRX fait belle figure avec son particulier, mais ô combien appréciable Throughout Within. Le fan de métal aventureux y trouvera un album intéressant qui flirte avec les codes de la musique baroque comme ceux du Death et du Black Métal. Ça demande une certaine ouverture d’esprit et un investissement de soi, mais ça vaut le coup.

Ma note: 7,5/10

The DRX
Throughout Within
Nefarious Industries
58 minutes

http://danromans.com/

Critique : Uniform – Wake In Fright

Uniform est un duo new-yorkais qui s’est formé quand deux amis, Michael Berdan et Ben Greenberg, se sont rendu compte qu’ils vivaient sur la même rue. La proximité géographique doublée d’une affinité pour la musique thrash, hardcore et industrielle rendait la collaboration inévitable.

Vous connaissez peut-être déjà Greenberg. Il a réalisé et enregistré divers groupes noise rock new-yorkais au cours des dernières années (Pop. 1280, Destruction Unit, Zs, White Suns). Il a notamment remplacé le bassiste du groupe The Men quand ce groupe a décidé de faire du roots-rock fade au lieu du punk dévastateur qu’il avait fait auparavant… Bon, ce dernier détail est un « pet peeve » très personnel, mais je ne blâme pas forcément Greenberg. Il a su capter des groupes exceptionnels lors d’enregistrements mémorables, et il a fait partie de Pygmy Shrews, un excellent groupe. Quant à Berdan, c’est un chanteur à la voix de fiel qui a sévi au sein du groupe Drunkdriver. Bref, le duo arrive avec un enviable pedigree de rock poisseux.

Uniform nous offre du pur noise rock, alors? Pas du tout. On a plutôt droit à du métal industriel qui rappelle le travail de Ministry, Nine Inch Nails et Pitchshifter au début des années 90. Il y a un éventail intéressant d’intensités entre l’industriel gothique d’une pièce comme The Light at the End et le gros riff thrash de The Killing of America, Greenberg arrivant à parcourir plusieurs recoins d’un espace stylistique somme toute assez limité.

Les dynamiques, les rythmes et les riffs qui s’étendent sur les huit pièces de l’album ne sont pas sans une certaine efficacité, mais on ne peut pas dire que ce sont des idées très originales. Similairement, la voix de Berdan unit l’album et lui donne un fil conducteur, mais elle pourrait facilement être confondue avec la voix de quelques dizaines de chanteurs hardcore (j’ai sérieusement cru en entendant Tabloid que Matt Korvette de Pissed Jeans avait changé de groupe).

La musique industrielle de l’âge d’or du genre me semblait mystérieuse par sa complexité technologique. Qu’un musicien seul ou un duo arrive à synchroniser différents appareils analogiques pour créer une immense masse de bruit, ça tenait de la sorcellerie à mes oreilles. La technologie a beaucoup changé, un duo peut faire de la musique très semblable à temps perdu dans son appartement avec une infime fraction des connaissances et des moyens que possédaient les maîtres du genre il y a 25 ans. Ce que Uniform nous démontre, c’est que le pastiche et l’impression d’authenticité sont particulièrement faciles à recréer de nos jours. Un bon riff et un gros beat, c’est bien. Ça fait passer un bon moment. Mais ça n’en fait pas de la grande musique.

Ma note : 6,5/10

Uniform
Wake in Fright
Sacred Bones Records
37 minutes

https://www.sacredbonesrecords.com/collections/uniform

Critique : Gone Is Gone – Echolocation

Echolocation est le premier disque complet de Gone Is Gone, une formation composée de membres d’At The Drive-In (Tony Hajjar), Mastodon (Troy Sanders), Queens Of The Stone Age (Troy Van Leeuwen) et du compositeur de musique de film Mike Zarin. Pour ceux qui seraient tentés de référer à Gone Is Gone comme un super-groupe, libre à vous. Si la définition que vous vous faites de l’exercice vous pousse à vous attendre à des chansons fédératrices et ultras accrocheuses à la Velvet Revolver, alors vous n’êtes peut-être pas à la bonne place.

Car Echolocation est un premier effort dense, pesant et brumeux à souhait. Et même si ses propositions stratifiées ne négligent pas la mélodie, il n’en demeure pas moins qu’Echolocation, comme l’EP qui l’a précédé en 2016, est un album complexe. Sans être inaccessible, c’est un album que l’on doit apprivoiser tout de même pour en déceler toutes les subtilités. Pour le dire de manière plus directe : contrairement à plusieurs œuvres de super-groupes, Echolocation semble guidé par une vraie démarche d’auteurs. Surtout, on sent que la livraison en studio n’a pas été bouclée rapidement en raison des horaires trop chargés des membres du groupe. Ce dernier point était d’ailleurs une critique que j’adressais à un autre projet du bassiste de Mastodon, Killer Be Killed.

Vous voulez une formule encore plus claire? OK. Gone Is Gone est pour les fans de Mastodon, l’équivalent d’A Perfect Circle dans l’histoire de Tool : un chapitre exploratoire. Et quelle drôle de coïncidence, Troy Van Leeuwen a été membre d’APC. Une fois ces considérations énoncées, est-il bon Echolocation? Oui, très bon.

Les Slow Awakening, Colourfade, Road et Resurge sont les moments d’ombre de ce disque. On diminue le tempo, on lève la tête vers le ciel et on plonge dans un firmament trouble. Resolve est aussi du nombre des chansons plus introspectives, mais accroche par sa mélodie qui n’aurait pas fait rougir le bon Ken Andrews de Failure (qui signe d’ailleurs le mixage, toute est dans toute). Pawns, Ornament, Gift et Fast Awakening exploitent davantage la force de frappe pure, de ces musiciens d’expérience et mettent en valeur les talents de compositeur de Troy Sanders. On est aussi ravi sur ces titres de se prendre en pleine gueule la guitare si caractéristique de Troy Van Leeuwen, jouée dans les aigus.

Ma pièce préférée est un élégant mélange de ces deux niveaux d’intensité. La pièce qui ouvre Echolocation, Sentient, est un long déploiement d’ambiances et d’atmosphères avant l’atteinte d’un sommet d’intensité : le refrain qui culminant enfin vers un chrono de deux minutes quarante. La batterie est lente et lourde, les guitares sont d’abord tranchantes puis écrasantes le tout est orné de l’incroyable étendue vocale de Sanders. La pièce connaîtra plusieurs moments de détente avant de déployer son climax final. Un morceau hypnotique, je vous le dis.

En conclusion, Echolocation est une bonne production, un effort honnête. J’aurais aimé que les parts d’ombres et les moments plus bruts s’harmonisent mieux à l’intérieur des chansons, mais l’album est tout de même d’une grande cohérence et d’une intrigante complexité. En un mot, c’est un « grower ». Bonne écoute.

Ma note: 7,5/10

Gone Is Gone
Echolocation
Rise Records
55 minutes

http://goneisgoneofficial.com/

Korn – The Serenity Of Suffering

KornAh Korn! Quand j’avais 14 ans, ce band-là était le centre de mon univers. Mon pote Alex et moi, on en a brisé des cassettes enregistrées de l’album éponyme et de Life Is Peachy dans nos walkmans jaunes. Quand on allait dans des partys et que le monde nous disait de changer de musique, on arrêtait de faire jouer le premier album…uniquement pour mettre le 2e. Y avait rien qui sonnait comme ça. C’était le mix parfait de tous les éléments nécessaires au défoulement. Pis c’était encore meilleur après avoir fumé du weed. Je t’en passe un papier!

Je comprends totalement les gens qui crachent là-dessus. Fallait vivre dans une parfaite conjoncture pour triper autant là-dessus en 1996. 14 ans, pas tant d’amis, une mère malade du cancer et hop! Jonathan Davis, Head, Munky et Fieldy sont tes nouveaux meilleurs amis et en moins de deux, tu portes un «tracksuit» adidas et t’as des tresses/dreads su’a tête.

Le temps a passé, Korn a lancé l’insupportable Follow The Leader qui a été copié 100 000 fois par des bands qui se maquillaient en clowns et le mouvement appelé Nü-Metal est mort de sa belle mort. De mon côté, j’ai découvert les Deftones. Alex, lui, est viré plus peace avec Jane’s Addiction et on a finalement changé de trip totalement. Reste que j’ai toujours continué à prêter une oreille curieuse à chaque album de Korn. Ç’a toujours été le running gag avec mes potes. Je suis un peu comme c’te gars qui a tripé en malade sur les Rolling Stones dans les années 1970 et qui a hâte d’entendre le nouvel album en 2017. Un brin pathétique, nul doute.

Mais bon. Pour la première fois depuis Issues en 1999, j’ose avancer que le nouvel album de Korn est pas si pire que ça. Après avoir tout essayé en matière de mauvais goût (du dubstep à la grosse pop), le groupe revient avec des gros riffs qui tiennent la route et délaisse les beats à la Skrillex pour donner plus de liberté à Ray Luzier (le batteur qui a remplacé David Silveria). Excellente décision, puisque son jeu est l’élément le plus divertissant de leur son moderne. On se rappellera que Silveria était devenu un empoté paresseux avec le temps et que les subtilités des deux premiers albums ont été éradiquées de son jeu dès l’infâme 3e album. Aussi, la rage patentée de Davis est un brin plus crédible que d’habitude. Mais bon assez de «geek talk». Je me contenterai de dire que je me suis surpris à passer un bon moment (quelque fois) et que j’ai même trouvé correct le duo avec Corey Taylor de Slipknot.

Cela dit, je suis conscient que l’existence de Korn en 2016 relève de l’anachronisme et qu’il fallait être là en 1996 pour trouver ça bon. Je vous rassure en vous disant que je ne les écoute plus assidûment depuis belle lurette. Sauf que des fois, j’ai des rechutes nostalgiques. Comme la fois où, un peu éméché, j’ai quitté un show de Neurosis pour aller voir les gars de Bakersfield, Californie, jouer leur premier album sur l’autre scène à Heavy Montreal. J’étais pas trop fier de moi le lendemain.

Mais quand même. Merci de m’avoir aidé à passer à travers l’adolescence gang. Cheers!

Ma note: 6/10

Korn
The Serenity Of Suffering
40 minutes
Roadrunner

www.korn.com