Métal / Industriel Archives - Page 3 sur 31 - Le Canal Auditif

Critique : Elder – Reflections of a Floating World

— Ouin, le nouveau Elder, j’embarque semi…
— Tu dois pas l’écouter assez fort mon chum.
— T’es sûr?
— Pas mal sûr, ouin.

Reflections of a Floating World était un des albums des plus attendus dans les cercles de malfrats stoner/post-métalleux, avec Heartless de Pallbearer. Vous voyez, c’est qu’à l’instar du quatuor de l’Arkansas, Elder jouit d’une enviable réputation, oui sur la scène nichée du doom et du stoner, mais également dans une presse musicale de différents horizons. Bonne affaire si vous voulez mon avis. Mais passons.

C’est que la courbe de progression d’Elder depuis ses débuts en 2008 a été tellement fulgurante que le groupe a placé bien haut la proverbiale « barre » de nos attentes. Ajoutez à ça l’ajout d’un guitariste supplémentaire et l’amateur est en droit de se demander : mais bon Dieu de merde, ça va sonner comme une tempête ce record-là?

Et pour ma part, voilà une attente qu’Elder comble sans équivoque dès le premier morceau, Sanctuary. La suite viendra confirmer que le quatuor est dans une classe à part.

Elder livre encore une fois un album parfaitement maîtrisé sur le plan technique et de la composition, en plus de profiter d’une grande qualité d’enregistrement et de postproduction.

Mais Reflections of a Floating World est aussi un album qui semble impénétrable. Je me souviens de ne pas avoir été capable d’assimiler toutes les nuances et les variations sur Lore — le précédant album du combo — surtout pour la pièce titre et celle qui la précède, Legend. Ces deux chansons annonçaient d’ailleurs en quelque sorte la direction vers laquelle le groupe s’orienterait pour la suite : des sonorités et des structures plus progs notamment, pour faire court.

On retrouve maintenant sur toutes les pièces de Reflections ces structures complexes, ces longs intermèdes et ces changements mélodiques — qui nous fait demandés si on n’est pas carrément rendu au morceau suivant — entendus sur Legend et Lore, sûrement composées en fin de processus de création.

Mais ça fait de Reflections un album pas mal long à assimiler. 1 h 05 au compteur, c’est longtemps pour un album qui contient beaucoup d’idées, de transitions et de longues transitions instrumentales.

C’est vrai qu’en montant le volume dans son casque d’écoute le diffus et le pesant se mélangent en une expérience d’écoute immersive et prenante. Mais au final, l’ambition d’Elder sur Reflections Of A Floating ne parvient à se convertir en intérêt captif pour l’auditeur.

Plutôt que de créer des chansons statiques, monolithiques, comme à ses débuts, Elder s’efforce maintenant à se faire fondre l’une dans l’autre des ambiances et des sonorités différentes. Le quatuor le fait avec grande maîtrise certes, même si c’est un peu longuet.

Ma note: 7,5/10

Elder
Reflections Of A Floating World
Armageddon Label, juin 2017
65 minutes

https://beholdtheelder.bandcamp.com/

Critique : Ex Eye – Ex Eye

T’es tu déjà dit: « Hey, il me semble que Colin Stetson est, de par son style, presque prédestiné à shreadder dans un band de métal!» ? Ben moi non plus! Pourtant, nous y voici. Ex Eye est le nouveau groupe du saxophoniste manifestement débordé, qui nous a offert plus tôt cette année un autre album solo. Virtuose de la musique répétitive et minimaliste ainsi que des modes de jeux les plus poussés de son instrument, Stetson est acclamé dans toutes les sphères de la musique, de l’électronique au jazz… en passant maintenant par le métal.

On reconnait dès les premières minutes le style de Stetson, avec son sax volatile et virtuose, et il réussit à l’appliquer avec une étonnante aisance au métal shoegazé qui en ressort. Par moments d’ailleurs, ça peut faire penser à du Ghost Bath ou à du Deafheaven, comme avec l’entrée des blast beats délavés d’une mer de réverbération dans Anaitis Hymnal; The Arkose Disc. La sonorité de son sax se marie bien avec le reste des instruments, particulièrement dans les registres extrêmes. Les aigus rappellent parfois un certain scream, et les graves se rapprochent de sons de synthèse, procurant beaucoup de profondeur au mix. Mais malgré tout ça, il manque un peu de puissance et de plénitude à l’album. Ça ne rend pas la chose complètement monotone, l’œuvre contient quand même de belles nuances, elle exploite souvent bien le contraste entre le style épuré des envolées de Stetson, mais la partie métal de la chose manque parfois de dynamisme. Peut-être est-ce tout simplement un problème de production.

Le bagage jazz de Stetson et de ses musiciens (qui y sont tous reliés de près ou de loin) se fait bien sentir par moment. L’intégration subtile de métriques irrégulières et de progressions d’accord poussées et complexes (sans pour autant obstruer la musique de masturbation mentale) est bien réussie. Le travail mélodique est assez simple, mais très beau en général, ça donne une touche pop un peu moins ésotérique à leur musique. Ex eye garde notre attention tout au long de l’album par divers moyens, tous assez fonctionnels, mais sans devenir pour autant un album captivant. C’est immersif, cathartique par bout, mais ça reste de nature plutôt atmosphérique. Il n’y a pas de moments où l’album provoque de gros wow. Toute la recherche sonore est bien exécutée, mais on ne sent pas l’extrême perfectionnisme qu’on connaît à Stetson se refléter sur ce projet là. Certains passages semblent même avoir manqué d’attention, comme la fin de Form Constant; The Grid, qui est un peu redondante. Il est certainement facile de camoufler ces passages derrière l’aspect lent, évolutif et introspectif de leur musique, mais les passages n’en demeurent pas moins lassants à la longue.

Le style de la formation est somme toute assez intéressant et résolument original, mais quelque peu décevant. Ça donne le goût de le réécouter une couple de fois, mais sans plus. La formation a fait du bon travail, surtout pour un premier album. Avec un peu plus de temps passé à faire murir leur style, je ne serais pas surpris de les voir sortir un prochain album beaucoup plus affirmé et intéressant.

Ma note: 7/10

Ex Eye
Ex Eye
Relapse Records
37 minutes

http://relapse.com/ex-eye/

Critique : Blanck Mass – World Eater

Blanck Mass est le projet solo du compositeur britannique Benjamin John Power, connu également comme étant membre, avec Andrew Hung, de l’excellent projet Fuck Buttons. Son album homonyme, sorti en 2011, conservait une part de développement lent, typique de la musique drone et du post-rock, mais cette fois-ci, avec de longs accords de claviers réverbérés. C’est à partir de Dumb Flesh (2015) qu’il se passe quelque chose d’ésotérique, comme une entité qui vient hanter les oreilles et les charmer pendant toute la durée de l’album. Difficile à ne pas écouter au complet, l’album proposait une sorte de techno industriel maximaliste dont les rythmes se développaient à travers une palette de contretemps, ponctuant merveilleusement bien les lignes mélodiques. Power nous est revenu en mars dernier avec World Eater, un troisième album mixé pour les amplificateurs qui se rendent jusqu’à 11, et les clubs marginaux qui auront survécu à l’effondrement de la société occidentale.

John Doe’s Carnival of Error ouvre sur un échantillon joué en boucle, comme un début de pièce hip-hop, mais ce sont plutôt les sonorités électroniques qui se développent jusqu’à l’arrivée du rythme; l’anticipation monte d’un cran et la main droite, hypnotisée, monte le volume de l’ampli. La base techno industrielle de Rhesus Negative donne suite violemment, la guitare distorsionnée transperce la masse très dense le temps d’une longue réverbération et laisse la place à un passage rythmique percussif. Le carillon vient ajouter une touche de cauchemar éveillé, et la voix trafiquée criant « wake up! » complète l’intention de façon colérique. Please marque une pause, aux sonorités synth-wave et aux séquences manipulées en boucle. La progression nous mène à une atmosphère lounge durant laquelle le montage des échantillons de voix forme une jolie ligne mélodique aux intonations orientales.

The Rat repart sur une rythmique percussive, façon rock de stade. Elle fait étrangement penser à du futurepop fin 90s, comme une pièce instrumentale de VNV Nation qui plafonne. On passe. Silent Treatment commence et j’ai justement Joy qui me passe par la tête. Power se démarque par la suite de ma référence douteuse avec une masse sonore dense, qui donne rapidement la place à une combinaison de house et de IDM. Minnesota/ Eas Fors / Naked se développe lentement comme une longue trame noise aux variations subtiles, sans surprises, jusqu’à la finale qui propose un extrait de balade hard rock des années 80; étrange. Hive Mind conclut sur une rythmique hip-hop, en support aux échantillons de voix manipulés mélodiquement par la suite.

Le début de World Eater saute comme une bombe et donne des frissons tellement la densité et l’intensité sont bien ajustées. Par contre, ça se dégonfle un peu à mi-chemin, on perd de vue ce qui était parti pour être la ligne directrice de l’album; une espèce de dans-ta-face sonore. Heureusement, l’album gagne en contrastes stylistiques, passant du techno industriel agressif au synth-wave délicat, et cette qualité mérite certainement plusieurs écoutes.

Ma note: 7,5/10

Blanck Mass
World Eater
Sacred Bones
49 minutes

http://blanckmass.co.uk