Métal / Industriel Archives - Page 29 sur 30 - Le Canal Auditif

Unsane – Wreck

Le 20 mars dernier, Unsane, groupe de noise rock new-yorkais, parachutait Wreck, leur septième album. La formation, issue de la même scène underground qui a vu naître l’influent groupe Helmet, possède un son qui se caractérise par une agressivité certaine et qui mélange des sonorités métal et punk hardcore. Une chose est sûre, leur son est lourd, très lourd! L’opus débute par la pièce Rat qui donne rapidement le ton pour la suite. Il est difficile de ne pas y voir une influence importante de The Melvins; la guitare est appuyée et bruyante, et la batterie, saccadée et carrée. D’ailleurs l’ensemble de l’album baigne dans les mêmes eaux. Un peu trop même. Plusieurs pistes sont coulées dans le même moule et il arrive qu’on se demande: suis-je encore en train d’écouter la même chanson? Et pourtant, nous voilà plusieurs pièces plus loin.

Par contre, il faut noter et se prosterner devant le son de guitare très particulier de Chris Spencer qui malgré le niveau de distorsion, fait habilement sonner chacune des notes avec son médiator. De plus, il nous crie Wreck d’un bout à l’autre avec une violence et une passion impressionnante. Trois pistes retiennent particulièrement l’attention. Decay offre un son plus mélancolique et une mélodie franchement accrocheuse. La chanson Stuck, mouton noir de l’album, donne lieu à une guitare lancinante et une basse beaucoup plus présente. Pour la première fois Spencer n’en est plus à gueuler sa rage mais chante d’une voix sombre, enrouée et poignante. La troisième est la très surprenante Ha Ha Ha qui termine l’album en beauté avec une touche de folie.

Bref, les amateurs de rock lourd apprécieront l’ingéniosité de ces musiciens new-yorkais mais se lasseront sans doute rapidement de l’album qui tend à stagner quelque peu au fil des écoutes. Les fans des Melvins, Helmet et autres formations du genre prendront un plaisir à se décaper les oreilles du son saturé de la formation et de la batterie de Vinnie Signorelli. Si vous aimez Britney Spears, ce n’est pas pour vous… quoi que… ça pourrait ouvrir vos horizons musicaux!

Ma note : 6,5/10

Unsane
Wreck
Alternative Tentacles
41 minutes

unsanenyc.com/

Ministry – Relapse

Dans le merveilleux monde de la musique, il y a des groupes que l’on croyait à jamais morts et enterrés. Parmi ceux-ci, il y avait la mythique formation métal-industriel menée par le jusqu’au-boutiste Al Jourgensen nommée Ministry. Mis à mort en 2008, la figure de proue du mouvement industriel américain revient avec son douzième album judicieusement intitulé Relapse. Pour cette création, fortement teintée de l’esprit révolutionnaire qui a animé le mouvement Occupy, Jourgensen a assemblé autour de lui une clique de dégénérés en Sammy D’Ambruoso derrière la console, Mike Scaccia (Rigor Mortis, The Revolting Cocks), Tommy Victor (Prong) aux guitares et Tony Campos (Static-X) à la basse.

Trois ans après le sabordage de Ministry, est-ce que Jourgensen a perdu de son mordant et de sa pertinence? Est-ce que cette renaissance en valait véritablement la peine? La riposte à ces interrogations réside dans les six premiers morceaux incendiaires qui dessuintent nos conduits auditifs avec une brusquerie que bien des jeunes groupes envieraient. S’enlignent sans aucun compromis et relâchement les Ghouldiggers, Double Tap, la très Slayer titrée Freefall, la revendicatrice Kleptocracy, la reprise d’un classique de S.O.D (Stormtroopers Of Death) intitulée United Forces et la rebelle, 99 Percenters. Le message passe! Jourgensen canalise la colère des indignés et sa propre furie en la transformant en un défoulement qui se veut jubilatoire et puissant!

Par la suite, Jourgensen et ses comparses ralentissent discrètement la cadence avec Relapse et Weekend Warrior. Deux pièces quelconques qui diluent l’agressivité affichée lors des six premiers brûlots. Survient alors, un autre appel à l’action, avec un titre qui résume l’album en entier, nommé Git Up Get Out ’N’ Vote. Finalement, l’opus se conclut avec l’étonnante Bloodlust et son refrain fédérateur, anormalement accessible… du moins, comparativement à l’entièreté de l’œuvre de Ministry!

Sans se métamorphoser, Jourgensen, sur ce Relapse, nous offre le meilleur de lui-même; une panoplie de pièces abrasives, à la brutalité assumée, absolument contestataires, et ce, sans aucun accommodement afin de plaire aux oreilles réfractaires à ce genre musical. Est-ce un disque approprié? En ce qui me concerne, le propos véhiculé est d’actualité et l’indignation, exprimée avec véhémence, face aux abus de la haute finance mondiale est tout à fait légitime. Musicalement, certains segments peuvent paraître anachroniques mais l’ensemble demeure quand même convenable. Voilà le disque d’un homme en colère qui manifeste son mécontentement avec une liberté et une sincérité qui l’honore. Pour toutes ces raisons énumérées précédemment, j’offre ma plus sincère déférence à Al Jourgensen!

Ma note : 6,5/10

Ministry
Relapse
13th Planet
52 minutes

//www.thirteenthplanet.com/ministry/

The Mars Volta – Noctourniquet

Voilà un album qui était très attendu! Après une gestation de trois ans, la plus longue dans l’histoire du groupe, Rodriguèz-Lopez, Bixler-Zavala et leurs compagnons arrivent avec un nouvel opus, toujours aussi conceptuel que les précédents. Né d’une combinaison de la comptine pour enfant Solomon Grundy et du mythe grec de Hyacinthe, tué par la flèche d’Apollon, le groupe nous emporte dans un voyage unique. The Mars Volta livre rarement une musique facile d’approche et cet album n’y fait pas exception.

Alors que la formation a abandonné au fil des ans le côté plus enragé qui dominait des albums comme The Bedlam in Goliath, la complexité de leur création n’a pas du tout diminué. Noctourniquet s’inscrit directement dans la lignée d’Octahedron, l’œuvre antécédente. Le quintet d’El Paso ouvre la marche avec The Whip Hand où l’électro côtoie les guitares légèrement distortionnées et la voix haut perchée de Bixler-Zavala. L’album est peuplé de pistes comtemplatives et Empty Vessels Make The Loudest Sound est un très bon exemple. Ce morceau nous démontre également l’étendue du talent du batteur Deantoni Parks; une véritable machine derrière les fûts.

Autre pièce marquante de l’album, la surprenante In Absentia où les sons programmés nous enveloppent généreusement pendant que le vocaliste propulse l’auditeur dans la stratosphère, transporté par ces magnifiques vocalises. Si c’est un album tranquille pour The Mars Volta, n’allez pas croire qu’eux et Céline Dion seront sélectionnés dans la même catégorie aux Grammys.

Plus que jamais, The Mars Volta exprime clairement la maturité qui les habite et en plus d’être extrêmement créatifs, ils maîtrisent leurs instruments à la perfection. Petite note pour les fans, pour la première fois depuis 2003, John Frusciante n’était pas en studio avec la formation, préférant se concentrer sur ses projets personnels. Bref, Noctourniquet plaira aux fans et sera peut-être la porte d’entrée pour une nouvelle génération d’auditeurs.

Ma note : 8,5/10

The Mars Volta
Noctourniquet
Warner Records
65 minutes

www.themarsvolta.com/

Mastodon – The Hunter

Pour souligner le passage du groupe Mastodon à Montréal le 23 novembre dernier, j’ai songé à me pencher sur leur dernier opus:The Hunter. Les métalleux d’Atlanta nous ont présenté ce nouvel album, il y a un peu plus d’un mois. Alors que Crack the Skye était un album complexe et conceptuel, The Hunter se présente comme plus direct. D’ailleurs, le leader du groupe Brent Hinds l’avait spécifié avant la sortie.

Dès les premières notes, on comprend que nous avons affaire à une version plus Leviathan que Blood Mountain du groupe. Par contre, les barbus n’ont rien perdu de leur incroyable sens de la mélodie; les chansons The Creature Lives et Curl of the Burl en sont deux bons exemples. La chanson titre de l’album, à l’instar de la chanson The Sparrow, nous emporte dans une transe lente et émotionnelle alors que Brent Hinds nous chante la mort de son frère dans un accident de chasse. Encore une fois les harmonies vocales créées entre les trois chanteurs sont magnifiques. Très peu de groupes possèdent la puissance vocale et surtout l’atout de pouvoir compter sur trois voix différentes qui se complètent à merveille. Par contre, il faut noter que cet opus est le plus tranquille du quatuor américain.

Malgré que Mastodon ne fasse pas de la musique simple, il reste que la complexité de Crack the Skye ne s’y retrouve pas, ce qui est dommage. Je vous recommande fortement The Hunter, si vous aimez le métal intelligent et pertinent… et si vous n’étiez pas au Métropolis lors de leur concert, je peux vous assurer que vous avez manqué une prestation puissante et unique au monde.

Ma note : 3,5/5

Mastodon
The Hunter
Roadrunner Records
53 minutes

mastodonrocks.com

Lou Reed & Metallica – Lulu

Jamais eu autant de difficulté à émettre une opinion concernant un disque; signe que Lulu, œuvre unissant Lou Reed et Metallica est à classer dans un registre que mes oreilles n’ont jamais entendu. Mise en garde numéro un: cet album raconte l’histoire d’un jeune danseur à l’identité sexuelle ambigue (un homme ou une femme?) maltraité physiquement et moralement, qui bien évidemment, entretient des relations troubles avec les autres. Donc, rien de bien jojo. Mise en garde numéro deux : ce disque demande un effort auditif essentiel et une ouverture d’esprit supérieure à la moyenne…

Le disque s’est construit à partir des enregistrements et des textes de Lou Reed inspirés directement des pièces de théâtre très controversées, et crées au début du vingtième siècle, par le dramaturge allemand Frank Wedekind. Alors que dans la blogosphère et dans certains médias, on s’amuse à ridiculiser joyeusement ce disque, j’ai découvert en Lulu, une œuvre avant-gardiste; un hybride déconcertant associant le métal, le rock et la poésie. Réunissant un groupe et un poète musicien aux égos et aux prétentions démesurés, Lulu représente une collaboration surprenante… mais c’est loin d’être le bide que j’avais anticipé!

C’est un disque qui raconte une sombre histoire aux relents délétères, pleine de vices et de troubles, soutenue par une musique appropriée, qui colle directement aux textes de Lou Reed. Lulu est un coup de théâtre musical évoquant Berlin, le classique de Reed paru en 1973 et qui, à l’époque, avait été malmené par la critique. Aujourd’hui, qui pourfend Berlin? Alors, sans nécessairement être un monument, Lulu est un disque audacieux, presque inédit et d’une qualité artistique certaine.

Oui, les inflexions vocales de Hetfield sont parfois agaçantes, la voix tremblotante et dissonante d’un Lou Reed se faisant vieux est parfois insoutenable et la musique de Metallica peut sonner ringarde mais ces ingrédients disparates, voire même rebutants, mis ensemble donnent un résultat unique et étonnant. Les fans de Metallica détesteront, les « alternos » purs et durs également et les « hipsters » dégobilleront leur haine sur ce disque. Pour ma part, je laisserai sagement le temps faire son œuvre…

Ma note : 2,5/5

Lou Reed & Metallica
Lulu
Warner Brothers/Vertigo
86 minutes

loureedmetallica.com