Métal / Industriel Archives - Page 29 sur 32 - Le Canal Auditif

Converge – All We Love We Leave Behind

Le quatuor Converge domine la scène du punk hardcore et du métal extrême depuis Forever Comes Crashing en 1998. C’en est au point où l’on pourrait se demander si le groupe deviendra prévisible à force de toujours être excellent. Il maîtrise mieux que quiconque la chanson brutale et rapide tout comme le long mouvement progressif et dévastateur. Quel que soit le tempo emprunté, Converge met l’accent sur les idées et l’émotion viscérale, livrées avec une intensité sans égale. Leur intensité semblera même suffocante aux oreilles distraites ou délicates, mais leurs compositions sont bien dosées et trouvent toujours de l’espace pour respirer.

Avec Axe to Fall en 2009, Converge avait perfectionné son arme la plus sous-estimée jusque là: son instinct pour le hook. Ce talent n’avait jamais été aussi criant que sur les chansons Dark Horse et Worms Will Feed/Rats Will Feast. Le guitariste/compositeur/réalisateur du groupe, Kurt Ballou, s’en donnait à coeur joie et ajoutait pour la première fois quelques solos de guitare, parce qu’il en avait envie, et parce que le roi peut faire tout ce qui lui plaît. Ces quelques surprises avaient poussé certains à déclarer l’album le meilleur du groupe en carrière, dominant même le titanesque Jane Doe (2001). L’album souffrait cependant du syndrome du filler, avec une série magistrale de cinq chansons en début d’album, mais quelques créations solides sans être remarquables dans le deuxième tiers de l’album.

En comparaison, AWLWLB est moins aventureux, mais nettement mieux dosé. Le seul élément vraiment nouveau cette fois est l’approche de Jacob Bannon, qui adoucit sa voix dans quelques pièces, chose qu’il avait toujours laissée à des chanteurs invités. Même si le groupe n’arrive pas ici à atteindre les sommets accrocheurs d’Axe to Fall, les dynamiques sont jumelées et séquencées de façon magistrale. No Light Escapes (seulement offerte sur la version “deluxe” de l’album, inexplicablement) est un magnifique exercice de concision, juxtaposant en à peine cinquante secondes deux passages distincts mais complémentaires et remplis de vie.

Notons les progrès de Ballou à la réalisation, qui manie mieux que jamais les ambiances mais sait quand même faire sonner un accord de guitare comme un piano à queue atterrissant d’une chute de treize étages, comme dans les dernières secondes de la chanson Coral Blue.

Si les seuls défauts qu’on trouve à un album, c’est que le CD est privée de trois bonnes chansons offertes exclusivement sur la version deluxe, et qu’une seule des quinze pièces de l’album semble faire figure de remplissage (Veins and Veils), c’est qu’on cherche des raisons de se plaindre. Si vous avez l’estomac pour la musique heavy et que vous ne connaissez toujours pas Converge, qu’est-ce que vous attendez ?

Ma note: 9/10

Converge
All We Love We Leave Behind
Epitaph
46 minutes

www.convergecult.com/

Black Light Burns – The Moment You Realize You’re Going To Fall

Wes Borland est connu pour sa participation au très populaire et très détesté groupe Limp Bizkit. Bon vous me direz: Limp Bizkit c’est pas très original, c’est du gros pop rock! Et vous avez raison! Par contre, leur premier album: Three Dollar Bill Y’All montrait le talent de Borland dans ses rythmiques de guitares un peu bizarroïdes et ça m’avait séduit à l’époque. Alors que Borland avait quitté le groupe de Fred Durst en 2005 (il est revenu avec la formation en 2009), il a créé plusieurs projets où il pouvait, selon lui, laisser libre cours à sa créativité; Black Light Burns était de ceux-là. Alliant un son industriel, au pop métal et à la musique d’ambiance, le groupe arrive avec son deuxième album studio: The Moment You Realize You’re Going To Fall.

Que dire de cette galette? Inégale. Alors qu’on est à cent lieues de l’absence totale de créativité de Limp Bizkit, Borland n’échappe tout de même pas aux recettes qu’il connait si bien et sait appliquer comme pas un. Alors que des chansons assez moyennes comme: How To Look Naked et I Want You To farcissent l’opus, quelques belles pépites s’y glissent. The Girl In Black respire et donne lieu à des moments d’accalmie où les atmosphères et le piano cajolent nos oreilles. The Colour Escapes et Torch From The Sky font aussi office de beaux moments avec des sonorités orientales, pour la première. et le mélange efficace d’industriel et de sons atmosphériques, pour la deuxième. Les vraies belles trouvailles sont les très bonnes Bakelite, Your Head Will Be Rotting On A Spike et The Moment You Realize You’re Going To Fall qui laissent toute la place à l’originalité dont Borland est capable.

Bref, un album correct qui, à tout le moins, nous montre un Borland qui sait toujours composer en ne s’aplatissant pas comme une crêpe devant l’industrie de la musique et devant l’égo de Fred Durst. Espérons qu’il trouvera le courage de vraiment laisser aller sa créativité, ce qui j’en suis certain, pourrait nous donner un album supra-ultra cool.

Ma note : 6/10

Black Light Burns
The Moment You Realize You’re Going To Fall
Rocket Science
65 minutes

blacklightburnsofficial.com/

Swans – The Seer

Michael Gira est un sadique. Pas constamment, certes; sa période Angels Of Lights a été loin d’être aussi agressive que son oeuvre avec la première incarnation de Swans. Toutefois, si l’inspiration le mène vers une musique impitoyablement lourde, il emprunte sans hésiter le rôle du bourreau. Et son public, un peu maso lui-même, encaisse les coups avec plaisir.

En 2010, Gira a senti que l’heure était venue de réanimer Swans, inactif depuis 1997, pour donner vie à ses plus récentes idées. L’album et la tournée qui s’ensuivirent ont mené Gira et sa troupe à une réinvention de la sonorité classique de Swans. Ce qui était autrefois une monstrueuse et assourdissante machine industrielle est devenu une bête qui gronde, menaçante et capricieuse. Une énorme bête aux mouvements aussi vastes et inéluctables que ceux de la dérive des continents.

Deux ans plus tard, Gira continue de poursuivre cette bête où elle entend bien se diriger. Cette poursuite nous donne The Seer, deux heures de musique qui, au lieu de tester votre patience, la récompensera de façon exponentielle.

La vénérable formation new-yorkaise sait tirer le meilleur des longueurs et de la répétition. On pourrait même dire qu’elle a perfectionné et dominé la formule mieux que quiconque. Et ça fonctionne encore à merveille dans des pièces aussi longues que Mother of the World (10 min), The Apostate (23 min) et la pièce titre (32 min), des chansons qui gonflent et qui respirent, sans jamais s’essoufler. L’approche n’est cependant pas infaillible. Le long mouvement répétitif de A Piece Of The Sky reste trop neutre et tombe à plat à mi-chemin, et ce malgré la présence plaisante et inattendue de Jarboe, l’ex-conjointe et collègue de Gira. Song For A Soldier, chantée par Karen O, aurait couru le même risque si Gira avait tenté d’en faire un hymne hypnotisant. L’économie dans les arrangements et la voix de Karen O en font plutôt une pièce émouvante et complexe.

Vous entendrez et lirez beaucoup de bien au sujet de The Seer, mais aucune de ces phrases ne peut vraiment y rendre justice. Comment décrit-on un album qui, après quelques écoutes, donne l’impression d’exprimer tout? La dynamique explorée par la formation depuis deux ans a ouvert un brèche dans la grande muraille noire de bruit de Swans, et une brillante lumière s’y immisce dorénavant. Gira affirme avoir toujours souhaité atteindre l’extase au moyen d’une musique d’une grande intensité, et s’il dit vrai, il a enfin atteint le but de ses trente dernières années de travail. The Seer est animé d’une énergie peu commune, sinistre par grands bouts, mais souvent teintée d’espoir et tendant presque constamment vers le sublime. C’est une oeuvre majeure qui mérite votre entière attention.

Ma note : 9,5/10

Swans
The Seer
Young God Records
119 minutes

younggodrecords.com/artists/10-artists/32-swans

The Darkness – Hot Cakes

Cette semaine, le quatuor de hard-rock anglais, formé de Justin Hawkins (guitare, chant, clavier), Dan Hawkins (guitare), Richie Edwards (basse) et de Ed Graham (batterie), nommée de The Darkness, lançait dans les bacs leur troisième disque intitulé Hot Cakes; album qui fait suite à One Way Ticket To HellAnd Back paru en 2005. The Darkness qui s’était disloqué en 2006 (Justin Hawkins quittait le navire pour suivre une cure de désintoxication), s’est donc reformé en mars 2011 pour une série de concerts en première partie de Lady Gaga; et les voilà de retour avec un Hot Cakes tout à fait dans la tradition de ce que le groupe nous a toujours présenté!

Du gros hard-rock pompeux, grandiloquent et peu subtil qui respecte à la perfection les conventions du genre musical. De toute évidence, les gars ont écouté beaucoup de Queen, AC/DC, Aerosmith et Thin Lizzy; sans malheureusement créer un univers musical différent et singulier comparativement à ces grandes pointures… et sur Hot Cakes, les mauvaises habitudes se perpétuent sans gêne! À la limite du pastiche de la bande à Freddy Mercury, The Darkness qui ne carburait déjà pas à la créativité, s’enfonce dans un chassé-croisé de chansons mal foutues, de solos de guitares réchauffés, de riffs mille fois entendus et de mélodies «stadium rock» d’une inventivité frôlant le ridicule!

Si vous le voulez, je vous ferai la nomenclature de toutes ces ritournelles redondantes et superflues qui pullulent tout au long de l’album: le refrain mièvre de Nothing’s Gonna Stop Us, la très AC/DC With A Woman, la très pop-rock FM Keep Me Hangin’ On, la power-pop soporifique Living Each Day Blind, Everybody Have A Good Time, She’s A Just Girl Edie et j’en passe… Le summum de la niaiserie est atteint avec la reprise massacrée de Street Spirit (Fade Out) de Radiohead… un affront à cette superbe chanson, rien de moins! Aucune chanson n’a trouvé grâce à mes yeux!

Nous sommes en 2012 et je suis fasciné par le conservatisme de certains musiciens évoluant dans le merveilleux monde hard-rock. Moi qui croyais que le genre musical avait assez évolué pour empêcher ce type d’ineptie; je me suis royalement fourvoyé! Un comeback inutile, avorté et assommant qui se situe quelque part entre Spinal Tap et Queen, à la différence que Spinal Tap était un projet humoristique qui faisait véritablement rigoler… Je n’ai jamais rien compris à The Darkness et ce Hot Cakes ne changera pas grand chose à cet état de fait. Fans de hard-rock conservateur et banal, écoutez donc Back In Black de AC/DC si ça vous démange tant que ça!

Ma note : 3/10

The Darkness
Hot Cakes
EMI Records
56 minutes

www.theactualdarkness.com/

http://www.youtube.com/watch?v=wAQhHSw6KFk

Serj Tankian – Harakiri

Serj Tankian est une des voix les plus étranges, puissantes et surprenantes issu du nü-metal. Le chanteur de System Of A Down lance son quatrième album solo. Alors que la formation américano-arménienne reprend la tournée, Tankian sort une galette qui se rapproche plus de la sonorité du groupe. Ceci étant dit, l’absence de Malakian se fait sentir et l’on constate rapidement ce qui a toujours fait la réussite de SOAD: l’alliance de leurs créativités respectives.

Harakiri s’entame sur Cornucopia, une pièce à très forte saveur de SOAD, qui soutire un sourire en coin et qui constitue une promesse de quelque chose de plus rock. Les trois derniers albums étant beaucoup plus lyriques et pop. Ça se poursuit avec Figure It Out qui laisse la place au meilleur riff de l’opus et qui voit Tankian exhiber son agilité vocale impressionnante. Ching Chimes et Occupied Tears voit l’américano-arménien épouser des mélodies étranges comme lui seul en est capable. Deafening Silence surprend avec un fond de boîte à rythmes, des éléments électros et une guitare timide mais intéressante. Uneducated Democracy fait très SOAD et nous laisse une traînée de nostalgie dans l’oreille. Par contre, l’ennuyante Butterfly nous donne droit au mauvais penchant de Tankian: les envolées vocales un peu vides. Forget Me Knot et Reality Tv bien qu’intéressante au niveau du texte, perdent toutes formes de pertinences, une fois mises en musique.

Bref, voilà un album où Tankian oscille beaucoup entre le pop et le rock. Au final, reste un pop-rock un peu mièvre et inégal. On sent que des propos et des guitares plus SOAD prennent un peu plus de place sur ce Harakiri et cela nous laisse sur une question: pourquoi ne pas faire un nouvel album avec le groupe? Plutôt, on se retrouve avec une galette sans identité définie, à la facture très pop. Ceci étant dit, quelques titres retiennent l’attention et nous rappelle la belle époque de Toxicity et de l’album éponyme. Si comme moi, la nostalgie vous prend et que vous vous ennuyez de Sugar et Spider, le groupe sera en prestation à Heavy Mtl!

Ma note : 6/10

Serj Tankian
Harakiri
Reprise / Serjical Strike / Warner Bros.
45 minutes

www.serjtankian.com/splash/