Métal / Industriel Archives - Page 28 sur 31 - Le Canal Auditif

The Sword – Apocryphon

The Sword est une formation d’Austin au Texas qui fait dans le heavy métal. Pour les connaisseurs, il serait encore plus juste de parler de doom métal, malgré que le groupe emprunte des sonorités à divers genres. Il est facile de reconnaître des influences de Black Sabbath, Iron Maiden, Blue Cheer, Metallica et Megadeth. Leur quatrième album vient d’être parachuté dans les bacs.

Apocryphon continue dans la lancée de leur dernier opus Warp Riders mais cette fois-ci, la formation laisse de côté les concepts et offre une galette où les paroles sont des réflexions métaphysiques des événements des derniers mois. Car, The Sword s’est retrouvé dans un tourbillon de changement. Tout d’abord, un premier membre original a quitté, le batteur Trivett Wingo et a ultimement été remplacé par Jimmy Vela III. De plus, le groupe a quitté la maison de disque avec laquelle il était depuis le début de sa carrière pour signer un contrat de disque de plusieurs albums avec la maison indépendante Razor & Tie. Ceci étant dit, leur son est resté fidèle à ce que la formation nous a habitué. Un bon vieux métal qui sonne bien gras.

La galette s’entame sur une très classique The Veil Of Isis, où les questions de vie, de mort et de renaissance se côtoient. Cloak Of Feathers et Seven Sisters offrent des pistes très blues, ce qui rappelle l’influence d’un groupe comme Black Sabbath sur la formation. The Hidden Masters quand à elle, débute sur une petite intro charmante à la Led Zeppelin, les instruments se superposant un à un. Les côtés plus stoner rock ressurgissent sur Execretor, une chanson qui rappelle leur proximité avec certaines formations américaines tel que Baroness et Mastodon. Hawks And Serpents nous rappelle les années plus lourdes de Motley Crue.

Bref, Apocryphon fera sourire l’amateur de métal qui se retrouvera instantanément en terrain connu. Par contre, The Sword ne remet rien en question avec leur musique absolument tatouée de plusieurs influences du passé. Mais bon, ça sonne quand même!

Ma note : 6,5/10

The Sword
Apocryphon
Razor & Tie
44 minutes

swordofdoom.com/

Neurosis – Honor Found In Decay

Il existe une poignée d’artistes à qui on accorde une influence majeure sur l’évolution du métal au cours des 15 dernières années, plus particulièrement sur l’accent doom qui semble l’emporter sur tout le reste. L’importance de groupes comme Melvins, Sleep et Swans et d’individus comme Justin Broadrick est indéniable, mais personne ne reçoit autant de crédit que la formation Neurosis. Pourquoi Neurosis ? Peut-être en partie parce que le groupe d’Oakland a toujours offert une musique intelligente sans être intellectuelle. Nulle trace de concepts “pour initiés seulement” dans les albums Through Silver In Blood, Times Of Grace et A Sun That Never Sets. C’est une musique purement viscérale, sans le moindre compromis, poussée à l’extrême de sa propre logique, et concoctée de main de maître par un groupe qui a mis près de 10 ans à forger son propre style, errant auparavant entre le crust punk, le thrash metal et le crossover punk-metal.

On ne s’attend pas tellement à ce qu’un groupe avec presque 30 ans de carrière et des racines aussi étendues se réinvente à chaque album. Les deux chanteurs et guitaristes, Scott Kelly et Steve Von Till, ont des projets solos beaucoup plus calmes que leur projet commun, et ce calme s’immisce tranquillement dans les albums du groupe depuis In the Eye of Every Storm en 2004. Avec son dixième album, Honor Found in Decay, Neurosis reste un exercice d’équilibre entre passages doux et passages forts, mais on commence à voir quelques rides dans la musique de ces vieux routiers. Percevoir ces rides comme un avantage ou un inconvénient est une question de goût, mais pour la plupart des metalheads vieillissants, il y a quelque chose de familier, quelque chose qui console, dans la maturité grandissante de Neurosis.

Cette maturité se manifeste de deux façons ici: dans les passages plus posés où Kelly et Von Till placent leur voix et leur poésie à l’avant-scène, et dans les envolées musicales où une place prépondérante est accordée aux textures sonores du bruiteur du groupe, Noah Landis. Ce dernier commence d’ailleurs à s’établir comme l’arme secrète de Neurosis, celle qui permet au groupe d’encore avancer un peu tout lui faisant garder ce qu’il a de mordant.

Autrement, Neurosis change peu. Lorsqu’il assène un riff avec force, on croirait toujours entendre la trame sonore d’une catastrophe naturelle (quel hasard que l’album nous soit arrivé juste avant que Sandy s’abatte sur la côte est). La lourdeur de Neurosis a quelque chose de méditatif depuis déjà de nombreux albums. Honor Found in Decay cherche l’illumination par des moyens juste un peu plus variés qu’avant, et l’atteint juste un peu moins souvent.

Ma note : 7,5/10

Neurosis
Honor Found in Decay
Neurot Recordings/Relapse Records
61 minutes

www.neurosis.com/main.htm

Converge – All We Love We Leave Behind

Le quatuor Converge domine la scène du punk hardcore et du métal extrême depuis Forever Comes Crashing en 1998. C’en est au point où l’on pourrait se demander si le groupe deviendra prévisible à force de toujours être excellent. Il maîtrise mieux que quiconque la chanson brutale et rapide tout comme le long mouvement progressif et dévastateur. Quel que soit le tempo emprunté, Converge met l’accent sur les idées et l’émotion viscérale, livrées avec une intensité sans égale. Leur intensité semblera même suffocante aux oreilles distraites ou délicates, mais leurs compositions sont bien dosées et trouvent toujours de l’espace pour respirer.

Avec Axe to Fall en 2009, Converge avait perfectionné son arme la plus sous-estimée jusque là: son instinct pour le hook. Ce talent n’avait jamais été aussi criant que sur les chansons Dark Horse et Worms Will Feed/Rats Will Feast. Le guitariste/compositeur/réalisateur du groupe, Kurt Ballou, s’en donnait à coeur joie et ajoutait pour la première fois quelques solos de guitare, parce qu’il en avait envie, et parce que le roi peut faire tout ce qui lui plaît. Ces quelques surprises avaient poussé certains à déclarer l’album le meilleur du groupe en carrière, dominant même le titanesque Jane Doe (2001). L’album souffrait cependant du syndrome du filler, avec une série magistrale de cinq chansons en début d’album, mais quelques créations solides sans être remarquables dans le deuxième tiers de l’album.

En comparaison, AWLWLB est moins aventureux, mais nettement mieux dosé. Le seul élément vraiment nouveau cette fois est l’approche de Jacob Bannon, qui adoucit sa voix dans quelques pièces, chose qu’il avait toujours laissée à des chanteurs invités. Même si le groupe n’arrive pas ici à atteindre les sommets accrocheurs d’Axe to Fall, les dynamiques sont jumelées et séquencées de façon magistrale. No Light Escapes (seulement offerte sur la version “deluxe” de l’album, inexplicablement) est un magnifique exercice de concision, juxtaposant en à peine cinquante secondes deux passages distincts mais complémentaires et remplis de vie.

Notons les progrès de Ballou à la réalisation, qui manie mieux que jamais les ambiances mais sait quand même faire sonner un accord de guitare comme un piano à queue atterrissant d’une chute de treize étages, comme dans les dernières secondes de la chanson Coral Blue.

Si les seuls défauts qu’on trouve à un album, c’est que le CD est privée de trois bonnes chansons offertes exclusivement sur la version deluxe, et qu’une seule des quinze pièces de l’album semble faire figure de remplissage (Veins and Veils), c’est qu’on cherche des raisons de se plaindre. Si vous avez l’estomac pour la musique heavy et que vous ne connaissez toujours pas Converge, qu’est-ce que vous attendez ?

Ma note: 9/10

Converge
All We Love We Leave Behind
Epitaph
46 minutes

www.convergecult.com/

Black Light Burns – The Moment You Realize You’re Going To Fall

Wes Borland est connu pour sa participation au très populaire et très détesté groupe Limp Bizkit. Bon vous me direz: Limp Bizkit c’est pas très original, c’est du gros pop rock! Et vous avez raison! Par contre, leur premier album: Three Dollar Bill Y’All montrait le talent de Borland dans ses rythmiques de guitares un peu bizarroïdes et ça m’avait séduit à l’époque. Alors que Borland avait quitté le groupe de Fred Durst en 2005 (il est revenu avec la formation en 2009), il a créé plusieurs projets où il pouvait, selon lui, laisser libre cours à sa créativité; Black Light Burns était de ceux-là. Alliant un son industriel, au pop métal et à la musique d’ambiance, le groupe arrive avec son deuxième album studio: The Moment You Realize You’re Going To Fall.

Que dire de cette galette? Inégale. Alors qu’on est à cent lieues de l’absence totale de créativité de Limp Bizkit, Borland n’échappe tout de même pas aux recettes qu’il connait si bien et sait appliquer comme pas un. Alors que des chansons assez moyennes comme: How To Look Naked et I Want You To farcissent l’opus, quelques belles pépites s’y glissent. The Girl In Black respire et donne lieu à des moments d’accalmie où les atmosphères et le piano cajolent nos oreilles. The Colour Escapes et Torch From The Sky font aussi office de beaux moments avec des sonorités orientales, pour la première. et le mélange efficace d’industriel et de sons atmosphériques, pour la deuxième. Les vraies belles trouvailles sont les très bonnes Bakelite, Your Head Will Be Rotting On A Spike et The Moment You Realize You’re Going To Fall qui laissent toute la place à l’originalité dont Borland est capable.

Bref, un album correct qui, à tout le moins, nous montre un Borland qui sait toujours composer en ne s’aplatissant pas comme une crêpe devant l’industrie de la musique et devant l’égo de Fred Durst. Espérons qu’il trouvera le courage de vraiment laisser aller sa créativité, ce qui j’en suis certain, pourrait nous donner un album supra-ultra cool.

Ma note : 6/10

Black Light Burns
The Moment You Realize You’re Going To Fall
Rocket Science
65 minutes

blacklightburnsofficial.com/

Swans – The Seer

Michael Gira est un sadique. Pas constamment, certes; sa période Angels Of Lights a été loin d’être aussi agressive que son oeuvre avec la première incarnation de Swans. Toutefois, si l’inspiration le mène vers une musique impitoyablement lourde, il emprunte sans hésiter le rôle du bourreau. Et son public, un peu maso lui-même, encaisse les coups avec plaisir.

En 2010, Gira a senti que l’heure était venue de réanimer Swans, inactif depuis 1997, pour donner vie à ses plus récentes idées. L’album et la tournée qui s’ensuivirent ont mené Gira et sa troupe à une réinvention de la sonorité classique de Swans. Ce qui était autrefois une monstrueuse et assourdissante machine industrielle est devenu une bête qui gronde, menaçante et capricieuse. Une énorme bête aux mouvements aussi vastes et inéluctables que ceux de la dérive des continents.

Deux ans plus tard, Gira continue de poursuivre cette bête où elle entend bien se diriger. Cette poursuite nous donne The Seer, deux heures de musique qui, au lieu de tester votre patience, la récompensera de façon exponentielle.

La vénérable formation new-yorkaise sait tirer le meilleur des longueurs et de la répétition. On pourrait même dire qu’elle a perfectionné et dominé la formule mieux que quiconque. Et ça fonctionne encore à merveille dans des pièces aussi longues que Mother of the World (10 min), The Apostate (23 min) et la pièce titre (32 min), des chansons qui gonflent et qui respirent, sans jamais s’essoufler. L’approche n’est cependant pas infaillible. Le long mouvement répétitif de A Piece Of The Sky reste trop neutre et tombe à plat à mi-chemin, et ce malgré la présence plaisante et inattendue de Jarboe, l’ex-conjointe et collègue de Gira. Song For A Soldier, chantée par Karen O, aurait couru le même risque si Gira avait tenté d’en faire un hymne hypnotisant. L’économie dans les arrangements et la voix de Karen O en font plutôt une pièce émouvante et complexe.

Vous entendrez et lirez beaucoup de bien au sujet de The Seer, mais aucune de ces phrases ne peut vraiment y rendre justice. Comment décrit-on un album qui, après quelques écoutes, donne l’impression d’exprimer tout? La dynamique explorée par la formation depuis deux ans a ouvert un brèche dans la grande muraille noire de bruit de Swans, et une brillante lumière s’y immisce dorénavant. Gira affirme avoir toujours souhaité atteindre l’extase au moyen d’une musique d’une grande intensité, et s’il dit vrai, il a enfin atteint le but de ses trente dernières années de travail. The Seer est animé d’une énergie peu commune, sinistre par grands bouts, mais souvent teintée d’espoir et tendant presque constamment vers le sublime. C’est une oeuvre majeure qui mérite votre entière attention.

Ma note : 9,5/10

Swans
The Seer
Young God Records
119 minutes

younggodrecords.com/artists/10-artists/32-swans