Métal / Industriel Archives - Page 28 sur 32 - Le Canal Auditif

Voivod – Target Earth

Voivod-Album-CoverLa formation mythique de trash métal aux accents progressifs, originaire de Jonquière PQ, Voivod, lançait le fort attendu Target Earth. On ne peut passer sous silence le décès de l’incontournable et vénéré guitariste Denis «Piggy» D’Amour, en août 2005, des suites d’un virulent cancer. Dès lors, plusieurs croyaient le groupe rendu à son dernier souffle; mais ce n’était pas bien connaître ces grands êtres humains qui forment la famille Voivod. Donc, avec détermination, Denis «Snake» Bélanger (voix), Michel «Away» Langevin (batterie) se joignent à Dan «Chewy» Mongrain (guitare) et à Jean-Yves «Blacky» Thériault (à la basse et de retour au bercail) afin de nous en mettre plein la gueule avec Target Earth.

Vraiment? Plein la gueule? Oui, et ce, du début à la fin! Toujours ces flambées de guitares dissonantes, ces structures labyrinthiques issues du rock progressif, cette section rythmique, béton et ensorceleuse à la fois, et ces textes apocalyptiques, noirs mais intelligents, martelés avec ardeur. Voivod, après trente ans de carrière parsemées d’embûches, mais aussi soulevé par un vaste succès d’estime (que plusieurs musiciens meurent d’envie d’obtenir), crée une oeuvre majeure, rien de moins!

Par le fait même, nous aimerions souligner le travail COLOSSAL de Dan «Chewy» Mongrain qui, en plus d’être le digne remplaçant de Piggy, insuffle à Voivod une énergie renouvelée tout en conservant intacte la signature musicale, si distincte du quatuor. Donc, un retour réussi au «sci-fi metal» si caractéristique, crée de toutes pièces par Voivod. Un opus bien réalisé par Pierre Rémillard, qui a su mettre à l’avant-plan la puissance sonore de la formation. Rien de nostalgique et passéiste, une création bien de son époque, qui remet drastiquement les pendules à l’heure quant à l’importance et la pertinence de Voivod dans l’histoire du métal!

Aucun morceau moribond, juste du métal à haut indice d’octane. Parmi les brûlots offerts, nous avons considérablement apprécié le riff matraque d’introduction de la pièce-titre Target Earth, l’accrocheuse et décapante Empathy For The Enemy, l’explosive Warchaic, dans laquelle Chewy y ajoute sa touche personnelle et la vitaminée aux effluves quasi punk-rock titrée Resistance. L’album s’achève avec la redoutable Artefact (puissance décuplée par le jeu de batterie de Away) et la courte mais percutante Defiance qui semble issu directement d’une improvisation collective!

Target Earth est une conception sonore qui se bonifie grandement au fil des auditions et qui s’élève, à notre humble avis, au même rang que Nothingface et Dimension Hatröss; deux classiques de la formation québécoise. Encore aujourd’hui, Voivod détient une originalité qui se démarque complètement de ses semblables et qui pourrait faire rougir beaucoup de jeunes musiciens à la recherche d’un son «différent». Un tour de force!

Ma note : 7,5/10

Voivod
Target Earth
Century Media
57 minutes

/www.voivod.com/

Deftones – Koi No Yokan

Deftones fait parti des groupes pionniers du nü-metal. La formation, composée de Chino Moreno (voix et guitare), Stephen Carpenter (guitare), Sergio Vega (remplaçant de Chi Cheng à la basse depuis son accident d’auto en 2009), Frank Delgado (Clavier et Dj) et Abe Cunningham (batterie) a su s’extraire du moule et devenir une formation prête à expérimenter et à se tourner vers de nouvelles sonorités. Le titre de leur nouvelle offrande, Koi No Yokan est un très beau concept japonais qui veut exprimer ceci : une personne qui rencontre une autre personne et qui sait pertinemment qu’ils deviendront amoureux… et voilà un concept qui colle bien à ce nouvel opus des gars de Sacramento.

À la première écoute, Koi No Yokan sonne mou. Alors que le groupe avait retrouvé une sonorité plus lourde sur Diamond Eyes en 2010, voilà qu’il renoue avec son côté plus atmosphérique, ce qui rappelle l’excellent White Pony. Par contre, le nouvel opus manque un peu d’aplomb. Ce n’est pas le cas d’une ou deux chansons, mais plutôt l’ensemble de la création qui semble flasque. Ce qui n’empêche pas Deftones de livrer quelques bonnes compositions qui font rapidement pardonner les moins enlevantes. Cettes, Koi No Yokan est inégal mais pige dans le shoegaze et la dream pop, ce qui n’est pas sans rappeler les autres projets de Moreno (Crosses, Team Sleep).

La galette s’entame sur Swerve City et son riff très deftonien lourd et appuyé; un univers sonore riche où la voix de Moreno s’élance dans les airs, prête à rejoindre la stratosphère. Leathers rappelle les racines du groupe et leurs confrères de Korn avec ses guitares hachurées. Goon Squad fait aussi sourire avec un Carpenter qui s’en donne à cœur joie avec sa nouvelle guitare à huit cordes. D’autre part, Entombed, Tempest et Rosemary manquent résolument d’énergie et on sent la formation se complaire dans une atmosphère mollassonne.

Bref, Koi No Yokan est un album plutôt moyen pour Deftones qui nous ont habitué à plus d’aplomb. À leur défense, le titre de l’album les sert très bien car l’opus se bonifie à l’écoute. Ceci étant dit, il est très facile de se perdre dans l’ensemble à la moindre carence d’attention.

Ma note : 6/10

Deftones
Koi No Yokan
Reprise Records
52 minutes

www.deftones.com

We Need Some – Nelson & Lesley

We Need Some est un nouveau joueur sur la scène montréalaise alternative. Formé de Jertrude Battue (un garçon malgré le nom) à la basse et à la voix, Hugo à la guitare et Mat à la batterie et à la voix, ils nous arrivent avec un premier album double, d’un côté Nelson, de l’autre Lesley. Ils se définissent eux-mêmes comme une formation indie rock, punk, prog, power pop, rien de moins. Basé sur le concept de deux patients d’asiles, les deux opus nous offrent une double vision du confinement entre quatre murs.

Alors que Nelson est plus agressif, Lesley est plus psychédélique. Sur le premier, on peut sentir les racines punk et métal de la formation qui n’hésite pas à citer NomeansNo, Future Of The Left et Isis comme autant d’influences. Les guitares sont présentes et stridentes plus souvent qu’autrement. Le chant de Battue et les cris de Mat se succèdent. Splitting Cells et Blackout Cendrillon sont deux très bons exemples de la rage qui peut habiter la musique de We Need Some. De plus, le groupe offre trois pièces à saveur progressive : Symptoms Revealing pt.1, Blueprint Dissolve et Global Vendetta.

Sur Lesley, bien que Symptoms Revealing pt.2 soit un miroir plus distorsionné de la première version apparaissant sur Nelson, on se retrouve face à un opus plus psychédélique où les sonorités de guitares raffinées sont à l’avant-plan; Letter I (let her go) l’illustre bien. Voilà aussi qu’une voix de femme vient appuyer Battue, qui lui, fait parfois penser à Andy Falkous (Future Of The Left), le sarcasme et l’agressivité en moins. Stage Fright donne lieu à des moments grandioses où les violons viennent magnifier la mélodie triste crée par la formation.

Bref, cela fait du bien d’entendre un groupe agressif/progressif bien de chez nous. La formation a pondu un Nelson et un Lesley très intéressant, qui oui, parfois semble sauter du coq à l’âne. Par contre, pour un premier effort, We Need Some en donne pour son argent. Il sera judicieux de les surveiller dans les années à suivre!

Ma note : 7,5/10

We Need Some
Nelson & Lesley
Aim Records
67 minutes

aimrecords.bandcamp.com/

The Sword – Apocryphon

The Sword est une formation d’Austin au Texas qui fait dans le heavy métal. Pour les connaisseurs, il serait encore plus juste de parler de doom métal, malgré que le groupe emprunte des sonorités à divers genres. Il est facile de reconnaître des influences de Black Sabbath, Iron Maiden, Blue Cheer, Metallica et Megadeth. Leur quatrième album vient d’être parachuté dans les bacs.

Apocryphon continue dans la lancée de leur dernier opus Warp Riders mais cette fois-ci, la formation laisse de côté les concepts et offre une galette où les paroles sont des réflexions métaphysiques des événements des derniers mois. Car, The Sword s’est retrouvé dans un tourbillon de changement. Tout d’abord, un premier membre original a quitté, le batteur Trivett Wingo et a ultimement été remplacé par Jimmy Vela III. De plus, le groupe a quitté la maison de disque avec laquelle il était depuis le début de sa carrière pour signer un contrat de disque de plusieurs albums avec la maison indépendante Razor & Tie. Ceci étant dit, leur son est resté fidèle à ce que la formation nous a habitué. Un bon vieux métal qui sonne bien gras.

La galette s’entame sur une très classique The Veil Of Isis, où les questions de vie, de mort et de renaissance se côtoient. Cloak Of Feathers et Seven Sisters offrent des pistes très blues, ce qui rappelle l’influence d’un groupe comme Black Sabbath sur la formation. The Hidden Masters quand à elle, débute sur une petite intro charmante à la Led Zeppelin, les instruments se superposant un à un. Les côtés plus stoner rock ressurgissent sur Execretor, une chanson qui rappelle leur proximité avec certaines formations américaines tel que Baroness et Mastodon. Hawks And Serpents nous rappelle les années plus lourdes de Motley Crue.

Bref, Apocryphon fera sourire l’amateur de métal qui se retrouvera instantanément en terrain connu. Par contre, The Sword ne remet rien en question avec leur musique absolument tatouée de plusieurs influences du passé. Mais bon, ça sonne quand même!

Ma note : 6,5/10

The Sword
Apocryphon
Razor & Tie
44 minutes

swordofdoom.com/

Neurosis – Honor Found In Decay

Il existe une poignée d’artistes à qui on accorde une influence majeure sur l’évolution du métal au cours des 15 dernières années, plus particulièrement sur l’accent doom qui semble l’emporter sur tout le reste. L’importance de groupes comme Melvins, Sleep et Swans et d’individus comme Justin Broadrick est indéniable, mais personne ne reçoit autant de crédit que la formation Neurosis. Pourquoi Neurosis ? Peut-être en partie parce que le groupe d’Oakland a toujours offert une musique intelligente sans être intellectuelle. Nulle trace de concepts “pour initiés seulement” dans les albums Through Silver In Blood, Times Of Grace et A Sun That Never Sets. C’est une musique purement viscérale, sans le moindre compromis, poussée à l’extrême de sa propre logique, et concoctée de main de maître par un groupe qui a mis près de 10 ans à forger son propre style, errant auparavant entre le crust punk, le thrash metal et le crossover punk-metal.

On ne s’attend pas tellement à ce qu’un groupe avec presque 30 ans de carrière et des racines aussi étendues se réinvente à chaque album. Les deux chanteurs et guitaristes, Scott Kelly et Steve Von Till, ont des projets solos beaucoup plus calmes que leur projet commun, et ce calme s’immisce tranquillement dans les albums du groupe depuis In the Eye of Every Storm en 2004. Avec son dixième album, Honor Found in Decay, Neurosis reste un exercice d’équilibre entre passages doux et passages forts, mais on commence à voir quelques rides dans la musique de ces vieux routiers. Percevoir ces rides comme un avantage ou un inconvénient est une question de goût, mais pour la plupart des metalheads vieillissants, il y a quelque chose de familier, quelque chose qui console, dans la maturité grandissante de Neurosis.

Cette maturité se manifeste de deux façons ici: dans les passages plus posés où Kelly et Von Till placent leur voix et leur poésie à l’avant-scène, et dans les envolées musicales où une place prépondérante est accordée aux textures sonores du bruiteur du groupe, Noah Landis. Ce dernier commence d’ailleurs à s’établir comme l’arme secrète de Neurosis, celle qui permet au groupe d’encore avancer un peu tout lui faisant garder ce qu’il a de mordant.

Autrement, Neurosis change peu. Lorsqu’il assène un riff avec force, on croirait toujours entendre la trame sonore d’une catastrophe naturelle (quel hasard que l’album nous soit arrivé juste avant que Sandy s’abatte sur la côte est). La lourdeur de Neurosis a quelque chose de méditatif depuis déjà de nombreux albums. Honor Found in Decay cherche l’illumination par des moyens juste un peu plus variés qu’avant, et l’atteint juste un peu moins souvent.

Ma note : 7,5/10

Neurosis
Honor Found in Decay
Neurot Recordings/Relapse Records
61 minutes

www.neurosis.com/main.htm