Métal / Industriel Archives - Page 2 sur 32 - Le Canal Auditif

Critique : Laibach – Also Sprach Zarathustra

Le projet slovène Laibach est un des rares groupes de musique industrielle des années 80 qui continuent à produire des albums tout aussi intéressants artistiquement parlant. Et ce, bien qu’ils ne soient pas tout à fait mis en marché pour le grand public. Leurs premiers albums mélangeaient des rythmes militaires et EBM avec des mélodies orchestrales synthétiques, des échantillons de citations politiques et la voix grave de Milan Fras, l’homme au bonnet vintage (de mineur slovène du 19e siècle). À tout cela s’ajoutait une esthétique inspirée du réalisme socialiste et du nazisme, avec une approche satirique qui servait à critiquer le totalitarisme à l’européenne, entre autres avec des pastiches épiques comme Geburt einer Nation (One Nation de Queen) ou Opus Dei (Live is life de Opus).

Après avoir fait du dance/rap et du rock/métal dans les années 90, Laibach est revenu à l’électro industriel dans la décennie suivante avec une production plus claire dans le genre de Tanz Mit Laibach (2003) et The Whistleblowers (2014). Leur neuvième album paru en juillet dernier, Also Sprach Zarathustra, est une réinterprétation de leur trame sonore composée pour une pièce de théâtre slovène inspirée par le livre de Nietzsche. L’atmosphère générale est particulièrement ténébreuse, comme emprisonnée dans une mine désaffectée à mille mètres sous terre.

Vor Sonnen-Untergang ouvre de façon néo-classique en enchaînant quelques accords mélangeant la mélancolie et la solennité. Le début de Ein Untergang laisse le silence respirer, entrecoupé d’abord par des percussions réverbérées, ensuite par des accords légèrement dissonants flottant au-dessus de la gravité vocale de Milan Fras. Les glissandos et les frottements font bouger la mélodie comme si elle suivait la houle à la surface de la mer. Die Unschuld I accentue la forme militaire du rythme jusqu’à ce qu’un mouvement bouge d’un accord à l’autre, passant de l’épique au tragique en laissant un frisson de plaisir au passage. Ein Verkündiger établit le rythme à partir d’un kick installé en enfer, les percussions saturées ponctuent comme un souffle difficile à travers lequel Fras nous guide vers le bain de lave. Le démon de la mine est réveillé, les couteaux de cuisine annoncent le repas.

Le rythme coupant de Von Gipfel zu Gipfel donne suite avec le même niveau d’intensité sur lequel une deuxième ligne rythmique plus complexe joue avec les contretemps. Le travail de spatialisation est superbe, caverneux, claustrophobe, et mène à une mélodie dense dont les accords glissent sur eux-mêmes jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un effet d’acouphène. Das Glück se déploie à travers sur une respiration canine ponctuée de mastication et déglutination, encadrée solidement par des battements percussifs clairs et une basse itérative bourdonnante. Das Nachtlied I et II reprend les impacts lourds aux percussions avec glissandos fondants aux cordes et voix ténébreuse comme annonceur de la charcuterie sonore à venir. La forme expérimentale enroulée en boucle s’évapore par la suite pour laisser la place à la deuxième partie, plus machinale, voire une chaine de montage déréglée en rythme tribal.

Die Unschuld II ouvre sur le même thème que la première partie, cette fois-ci avec un effet itératif dans le rythme. Le battement de cœur aux percussions supporte Fras à la voix, dont le couplet mène au segment épique de glissandos entre accords, éclairés par les notes scintillantes dans les fréquences aiguës. Le rythme de Als Geist ouvre sur des textures de canalisation souterraine, continuant lentement tout en réverbération jusqu’à ce que Fras nous ramène à proximité, et ajoute un peu de compagnies à l’effet de rampement. Vor Sonnen-Aufgang reprend la fin de la pièce d’ouverture pour lui donner un second souffle, entre les accords joués par l’orchestre, le scintillement des notes synthétiques et la performance vocale de Mina Spiler. Von den drei Verwandlungen tourne en boucle à partir d’un accord qui revient sur lui-même, les harmoniques s’accumulent jusqu’à ce que la masse s’approche du bruit blanc pour finalement terminer en amalgame chaotique de dissonances et consonances.

Après une révision quand même attentive de la discographie de Laibach, Also Sprach Zarathustra me semble être celui qui est le moins humoristique et le plus atmosphérique de tous. Le contexte de création leur a permis de jouer davantage avec le niveau de silence et l’espace qui y est consacré. Ça a créé un contraste très satisfaisant avec les percussions et la voix, la pesanteur des éléments s’en trouve parfois déjouée et on a l’impression de léviter pendant un contretemps, jusqu’à ce que le kick suivant nous ramène au sol comme un marteau piqueur au ralenti.

MA NOTE: 7,5/10

Laibach
Also Sprach Zarathustra
Mute
53 minutes

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Critique : Myrkur – Mareridt

Myrkur veut dire « noirceur » en islandais. Pourtant le projet de la danoise Amalie Brunn n’est pas que constitué des travers sombres de l’humain. La jeune femme à la voix angélique et fantomatique lance son deuxième album nommé Mareridt. Celle-ci possède un parcours particulier. Cette guitariste et pianiste accomplie a d’abord fait partie du groupe Ex Cops. Puis, elle a bifurqué vers le black métal lorsqu’il a été question de composer en solo. Cela lui a valu les foudres des puristes du genre parce qu’elle venait du monde de la pop. Il faut dire qu’il existe parmi les puristes du black métal de nombreux misogynes et racistes… rien pour aider la cause. Heureusement, Brunn a la couenne dure et elle persévère.

M, paru en 2015, avait déjà envoyé un message clair sur les influences de Myrkur. On se trouve face à un black métal influencé par le folk métal, les musiques celtiques, la musique pop. Mareridt, qui signifie « cauchemar », continue dans la veine creusée par le précédent microsillon. Sur ce nouvel album, elle continue de chercher des sonorités du terroir scandinaves et utilise notamment de la nyckelharpa, une ancienne harpe à clé suédoise et le kulning, un chant pour rameuter le bétail. Bref, il y a un petit quelque chose du terroir scandinave dans sa musique.

D’ailleurs, la Norvège vient sur le sujet dans la sublime Ulvinde qui traite de la noirceur du passé. C’est particulièrement troublant comment Brunn utilise les sombres imageries pour parler de cette patrie. Musicalement, on se fait percuter par un black métal assez classique et mélodieux doublé d’un refrain des plus épiques. Lorsque les voix chorales chantent : « Norge », on se sent aspiré vers les cieux. Brunn est capable du plus brutal comme le démontre Måneblôt qui démarre sur une puissante charge de guitare distorsionnée à saturation. C’est aussi là la force de Myrkur, qui chante d’une voix légère et éthérée par dessus la brutalité du riff.

Elle nous offre aussi sur Mareridt un duo particulièrement délicieux. Chelsea Wolfe la rejoint sur Funeral. Le duo est aussi noir que mélodieux. Ça fonctionne très bien. Elleskudt livre plutôt un black métal qui tire de lourdes influences du folk métal. Myrkur est quand même un peu effrayante. Particulièrement sur Børnehjem, qui veut dire « orphelinat », qui clôt l’album. On entend une jeune fille parler de démon avec une voix proche de celle de Yolandi (Die Antwoord). Disons que ce n’est pas la chose idéale à écouter avant de se coucher.

Mareridt est un deuxième album tout à fait réussi pour Myrkur. Amalie Brunn est l’une des voix rafraîchissantes dans le black métal, qui avouons-le franchement, était pas mal trop la chasse gardée des hommes. Son mélange efficace de black métal et d’influences extérieurs contribue à renouveler le genre.

Ma note: 7,5/10

Myrkur
Mareridt
Relapse Records
39 minutes

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Critique : Big | Brave – Ardor

Big | Brave est l’un des groupes largement sous-estimés de la métropole. Signés chez la prestigieuse maison Southern Lord aux États-Unis, ils reçoivent des fleurs d’un peu partout sur la planète… et pas suffisamment d’ici. Leurs deux premiers albums, Feral Verdure et Au De La, étaient tous les deux bien réussis, le deuxième proposant un résultat un peu plus accompli.

Voici que la formation lance son troisième album, titré Ardor. Il y a en effet un certain sens de la ferveur qui se dégage des trois chansons qui composent l’album. Big | Brave continue de s’enfoncer dans un dépouillement salutaire et une lourdeur noire. Il y a peu de rayons de lumières qui réussissent à filtrer à travers le sombre voile qui recouvre la musique du trio. Les compositions, qui dépassent toutes les dix minutes, sont d’impressionnantes propositions artistiques. Le groupe a cette fois fait confiance à Radwan Ghazi (Jerusalem In My Heart) pour l’enregistrement. Jessica Moss (Thee Silver Mt Zion Memorial Orchestra) joue du violon sur les trois chansons alors que Thierry Amar (Godspeed You! Black Emperor) joue de la basse sur deux d’entre elles.

Lull passe de la langueur la plus complète à un des riffs les plus rapides de tout l’album. C’est bruyant et franchement réussi. Robin Wattie se fait particulièrement fragile dans son chant et cela contribue à faire de la lente montée une réussite épique. La progression des chansons est particulièrement réussie sur Ardor.

Sound commence sur un riff plus bruyant encore, mais ce qui retient l’attention est la batterie hachurée de Louis-Alexandre de Beauregard. On se demande même parfois comment il réussit à tenir la mesure avec la lenteur du groupe. Rares sont les batteurs qui embrassent le silence, de Beauregard est l’un de ceux-ci et ça donne des résultats probants. En quelque sorte, l’album au complet donne l’impression d’une longue chanson qui évolue à travers des riffs différents et des tempos variés, mais en gardant toujours une cohérence parfaite.

C’est un autre album réussi pour Big | Brave, qui n’est certainement pas le groupe le plus facile d’approche. Sa musique est un brin hermétique et il faut prendre le temps de l’écouter à plusieurs occasions et de façon attentive pour en saisir les subtilités. Mais lorsqu’on commence à comprendre toutes les facettes, les détails et l’intelligence des compositions, on devient fan immédiatement.

Ma note: 8/10

Big|Brave
Ardor
Southern Lord
40 minutes

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Critique : Cormorant – Diaspora

Le groupe Cormorant, de San Francisco, a lancé son nouvel album, Diaspora, le 11 août dernier. Il s’agit de leur quatrième album studio, et ils ont également un EP à leur actif. Formé du bassiste et chanteur Marcus Luscombe, des guitaristes Nick Cohon et Matt Solis, et du batteur Brennan Kunke, ce groupe de métal progressif existe depuis 2007. Depuis ses débuts, le groupe est resté férocement indépendant. Ils mélangent plusieurs styles : black métal, blues (!), rock progressif, death métal et folk.

Avec Diaspora, Cormorant présente quatre pièces massives de plus de 7 minutes chacune (la dernière pièce approche même la demi-heure!). Une substance charnue, dense, qu’il faut mastiquer longtemps pour bien comprendre. De la musique profonde, exigeant temps d’analyse et de réflexion. Devant nos yeux se déroulent des épopées houleuses ou sereines… Loin de suivre un tracé linéaire, Cormorant fait voyager dans de multiples détours, et on apprécie l’inattendu, voulant être pris de court.

Profil détaillé.

La pochette, une œuvre surréaliste/symboliste, inspirée de The Temptation of Saint Anthony, par Dali, est à l’image de l’album. Bien assis sur les chevaux surréalistes de l’artiste Jeff Christensen, on traverse différents paysages sonores, tantôt tempétueux, tantôt lascifs. Les personnages au dos courbé, qui traînent des forteresses sur leur dos, rappellent comment nos propres épaules s’affaissent sous le poids de cet album (c’est positif!). La pâleur du ciel incarne d’ailleurs les éléments plus aériens, plus légers.

Diaspora est un album construit comme une courtepointe, où les transitions entre les riffs sont bien menées. Il y a souvent trois guitares dans les chansons, et chose importante, malgré le nombre de couches, ça ne « beurre » jamais trop épais. Toutefois, les guitares sonnent un peu désaccordées à certains endroits, ce qui rend l’écoute un peu difficile. Par ailleurs, tout au long de l’album, la batterie est incroyablement rapide et technique, avec beaucoup de passes et de petits détails alambiqués… Et la basse est bien présente et intéressante, avec ses nombreuses extrapolations des riffs de guitare. Il y a des changements de tempo fréquents, comme on peut s’y attendre lors d’une telle épopée musicale. D’ailleurs, la signature rythmique n’est pas toujours en 4/4, ce qui mène à des endroits inusités et agréables.

L’ouverture de la première pièce, Preserved in Ash, est angoissante et rapide, et typiquement black métal. On se fait donner toute une « volée », vraiment efficace — surtout au niveau de la batterie, qui est sans merci! Puis, après 1 min 30, on tombe dans un black/folk métal, un peu plus festif. Mais vers quatre minutes, les choses se gâtent. Un lourd nuage gris démoniaque à la Satyricon apparaît. À 7 min 21, il y a un « breakdown » inattendu, où les guitares hurlent une lente agonie. La basse est élaborée à ce moment-là, et on aime ça — la chanson devient encore plus luxuriante. Toutefois, l’intention de vouloir ajouter un solo par-dessus la guitare rythmique donne un résultat plus ou moins bon, car le passage est dissonant. Preserved in Ash finit après 10 minutes de magnifique souffrance, sur des effets de guitare atonaux. On apprécie d’ailleurs les longs passages instrumentaux. Les voix sont aussi toujours placées de façon très appropriée.

Ensuite, nous continuons le voyage, avec Sentinel où on entend des voix « clean » pour la première fois à 2 mins 35. Ils sont vraiment bien placés par rapport aux instruments, et ce, tout au long de l’album. Ils font penser aux excellents chants de Blackcrown Initiate. Sentinel change souvent de « mood »… À écouter lorsqu’il pleut très, très fort. Quelques autres dissonances, bonnes passes de basse, et la chanson continue dans la plus pure tradition black métal. Vers 6 mins 46 (après un riff un peu trop répétitif), la guitare « clean » et le violon créent une ambiance à la fois inquiétante et fascinante, semblable à un Unexpect très épuré.

On s’envole, ici, on décolle réellement. Lascivement. On devient superhéros. Les forteresses dorsales qu’on supportait depuis le début sont disparues. On vit une envolée nocturne dans un paysage urbain, moderne, clinquant. La batterie apparaît ensuite, par petites touches. La basse nous fait languir avec son bel agencement avec la guitare, qui fonce droit dans la nuit. Ensuite, le tout devient de plus en plus léger, comme si on avait bel et bien oublié l’existence des châteaux qui nous rendaient bossus. La batterie est aussi saupoudrée de petits sons percussifs, faits par un xylophone. Vers 11 minutes, il y a des dissonances de la part des cordes, et un crescendo dans lequel les archets de violon nous lacèrent la peau. Puis, finalement, les violences reviennent, avec une guitare acoustique vraiment inattendue. Puis, l’incroyable cri final (pensez Devin Townsend ici!) met fin à cette pièce très diversifiée.

La troisième pièce, The devourer, commence avec un riff de picking rapide typique au black métal. On ressent la « grimness » la plus vicieuse, jusqu’au fond de nos os! La chanson comporte beaucoup de riffs de ce type, mais ce n’est pas nécessairement répétitif, car ils sont poignants et bien ficelés. À 1 min 15, le vocal clean, quasi-soyeux, est très bien placé. Il est d’une telle beauté, et on aimerait qu’il se prolonge encore plus…

À 3 mins 43, se trouve un des meilleurs moments de l’album : amalgame de trois couches de guitare (une acoustique, et deux électriques), deux épaisseurs de vocal clean, et motifs de batterie très poussés… On aimerait que ce moment s’éternise encore plus; Cormorant est concis à l’extrême. Il gagnerait parfois à plus s’éterniser! Après la chaleur de ce passage, on retourne ensuite dans les forêts norvégiennes glaciales, avant d’atterrir dans un passage lourd à 6 mins 31, saupoudré d’une couche de guitare aérienne.

Migration, quatrième et dernière pièce, commence dans une ambiance inquiétante et un riff très désespéré, d’une beauté cruelle. Les voix profondes semblent venir du centre de la Terre. On sent le poids de la gravité qui s’abat lourdement sur nos frêles épaules.

Monumentale et immersive, Migration nous emmène à plein d’endroits très différents en 26 minutes. Dans les dix premières minutes, on vogue entre l’espoir mélancolique, où tout est un peu plus léger, avec de magnifiques voix clean, et des passages purement black métal, où les solos de guitare sont un peu superficiels. On aurait pu se passer de certains d’entre eux, sans que les chansons soient dénaturées. On apprécie les solos lorsqu’ils sont plus subtils; ils deviennent alors pleins d’émotion, comme vers les 18 minutes, dans cette même chanson.

Une partie clean et tranquille apparait vers les 12 minutes, comme un courant d’eau au milieu d’une vallée. Ce moment fait d’abord étrangement penser à des groupes de post-hardcore, tels que The Used, AFI ou From Autumn to Ashes (oui, ça ressort de loin!). À noter que le tone du clean est vraiment excellent; il contient la juste quantité de délais. Aussi, le travail est très bien fignolé au niveau des deux guitares, et la basse est bien sentie.

On a l’impression de se coucher dans la crinière d’un gigantesque cheval, enrobé de son velours, sous les étoiles protectrices. Chaque pore de notre peau apprécie le contact soyeux et réconfortant de la crinière diaphane et brillante, qui ondule dans le vent frais. Liberté totale, et acceptation de toutes choses. Évasion compète — retour aux sources. Sentiment paradoxal de tomber en amour… Élévation et racines. Cieux et sols fertiles.

Vers les 22 minutes de Migration, on quitte le courant limpide pour aller rejoindre la rive rocailleuse, où la distorsion réapparait, ainsi que le growl puissant du chanteur. L’effet est très bien mené — les frissons se font insistants! Après un breakdown (le plus pesant de l’album), et un passage rapide, la chanson se termine merveilleusement avec un crescendo.

Quoi? Déjà?! Le voyage est déjà terminé? Non… Pas tout de suite! On ne veut pas quitter nos chevaux métaphoriques… Cormorant, revenez-nous vite, mais avant, apprenez-nous comment vous avez si bien dressé vos animaux purs races!

Ma note: 8,5/10

Cormorant
Disapora
Indépendant
61 minutes

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Critique : Sannhet – So Numb

Sannhet lance son troisième album intitulé So Numb. Le groupe avait déjà fait sa marque avec Known Flood, mais surtout Revisionist paru en 2015 qui avait confirmé qu’il était l’une des formations métal à surveiller de près. Pour les néophytes, le groupe mélange du métal instrumental et mélodieux avec des influences post-punk et du rock cinématographique. Sannhet n’est pas le champion de l’agressivité. Le groupe a tendance à plutôt s’en remettre à des atmosphères éthérées et bruyantes.

So Numb s’inscrit dans la suite logique de composition du groupe. Sannhet ne nous surprend pas, mais fait très bien ce qu’il fait depuis deux albums. Les compositions sont de qualités et possèdent un côté épique tout à fait satisfaisant. Le groupe continue à se perdre dans les nuages bruyants tout en gardant une mélodie bien incarnée et qui nous retient comme un fil conducteur.

Un changement est à noter cette fois-ci : la relative lourdeur de la basse d’AJ Annunziata qui se fait un peu plus présente. C’est particulièrement éloquent sur Sapphire et Way Out. Cette dernière avec les fûts de batterie qui sont martelés avec une rythmique légèrement anormale fait aussi partie des beaux moments de So Numb.

Même si le groupe ne surprend pas outre mesure sur l’album, ils sont loin de faire du surplace. Fernbeds est l’une des pièces qui proposent des sonorités nouvelles pour Sannhet. C’est plus lourd et ça rappelle certaines pièces de Known Flood. La basse lente s’installe avant que les atmosphères jouées au clavier ne viennent alléger l’ensemble. C’est là que se trouve le génie du groupe. Il crée des oppositions sonores qui jamais ne jurent. La noirceur qui habite Fernbeds est tout à fait appropriée et laisse un beau souvenir derrière elle. Le groupe en fait de même avec Salts, mais dans un tout autre registre. Si la précédente donnait une certaine lourdeur nouvelle, celle-ci joue plutôt dans des sonorités plus dynamiques et quasiment électroniques. Ça fonctionne à merveille.

C’est un autre album réussi pour Sannhet qui continue de nous offrir des compositions de qualités avec des univers sonores riches. Le groupe réussi à éviter le surplace créant des paysages sonores variés qui appellent à la transcendance et le plus grand que soi.

Ma note: 7,5/10

Sannhett
So Numb
Profound Lore Records
43 minutes

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