Le Vieux Stock Archives - Page 8 sur 8 - Le Canal Auditif

Supergrass – I Should Coco

51sm+ubTLoLIl y a Blur. Il y a Oasis. Il y a Pulp. Et il y a aussi Supergrass, un groupe qu’on a souvent tendance à oublier lorsque l’on discute de britpop. Dans le cadre de la chronique Le Vieux Stock, on aimerait célébrer avec faste (et avec une mythique Rolling Rock) le 20e anniversaire du tout premier album de cette formation qui s’est éteinte en 2010 et qui était menée par l’excellent Gaz Coombes: I Should Coco.

Le contexte? En 1995, l’inutile bataille entre Blur et Oasis atteignait son paroxysme et alors que les Anglais (pour une fois) avaient une chance de s’unir derrière tout un courant musical, ils ont plutôt décidé de se déchirer entre eux, les riches snobinards préférant Blur et les pauvres, un peu « hooligans » sur les bords, choisissant l’arrogance des frangins Gallagher. Une véritable perte de temps!

Et la raison pour laquelle cet I Should Coco de Supergrass prend une certaine importance historique, c’est qu’avec l’aide de ces chansons juvéniles, évoquant autant le punk à cent à l’heure des Buzzcocks, le rock carré des Kinks et le pop-rock des Jam, et surtout, avec une insouciance totalement jouissive, les trois jeunes morveux de l’époque envoyaient paître joyeusement les mastodontes mentionnés précédemment. Enregistré très rapidement et réalisé par Sam Williams, ce disque respire l’urgence pas à peu près.

Au niveau littéraire, sans être un parolier de grand talent, Coombes prônait un relâchement des brides sur les adolescents britanniques de l’époque. Pas de problème avec ça, c’est ce qu’il faut faire quand on est jeunes, britannique ou pas! Caught By The Fuzz, par exemple, raconte l’histoire vécue par le leader du trio, se faisant arrêter à 15 ans pour possession de cannabis.

Chez Supergrass, il n’y a pas seulement que Gaz Coombes, on y retrouve également le bassiste cinglé Mickey Quinn et le frénétique batteur Danny Goffey. Les trois ensembles, principalement sur I Should Coco, refusaient obstinément le raffinement et lorsque l’on réécoute attentivement ce disque, on est happé par la folle énergie, peu subtile, mais complètement captivante de ces excellents musiciens.

I Should Coco s’est vendu à tout près de 500 000 exemplaires en Angleterre seulement et à près d’un million de copies à travers la planète… mais ça n’a jamais vraiment levé aux États-Unis. Rien de bien surprenant là-dedans. Les journalistes musicaux américains ont toujours boudé les parutions anglaises et le vice-versa s’applique autant aux Britanniques. Une imbécillité à notre humble avis!

À la sortie du disque, la critique européenne fut unanime saluant la fougue et le je-m’en-foutisme de Supergrass et force est d’admettre qu’avec le recul, I Should Coco vieillit super bien. Même l’humour enfantin présent sur l’album nous a fait sourire à quelques reprises. On vous conseille de prêter l’oreille à la locomotive punk I’d Like To Know, au piano très «Crocodile Rock» d’Elton John entendu sur Alright, à l’explosive Lose It, à la fuzzée Lenny, au blues rock très Lennon titré Time de même qu’à la beatlesque Sofa On My Lethargy. Notre morceau préféré? Strange Ones, avec ses changements rythmiques inattendus et sa petite inclinaison Buzzcocks, rock à fond la caisse. C’est totalement accrocheur!

Sans être un disque pour lequel on a un immense attachement sentimental, I Should Coco ne sera jamais relégué aux oubliettes ou encore rejeté de notre bibliothèque musicale, car c’est une conception sonore sur laquelle on aime revenir une fois de temps à autre afin de vérifier si elle tient encore la route. Pas de doute là-dessus, on vous le certifie, ça fonctionne encore très bien, et ce, 20 ans après sa sortie. Longue vie à I Should Coco et révérence à un groupe britannique fort mésestimé qui aurait sans doute mérité un peu plus de reconnaissance… du moins de ce côté-ci de la grande flaque!

http://www.supergrass.com

Daniela Casa – Societa Malata

daniela_casa_societa_malataCette semaine j’ai vu un film de 1970 d’Elio Petri intitulé Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon dans lequel un commissaire de police commet un meurtre et tente par tous les moyens de se faire prendre, ce qui ne se produit pas en raison de sa position d’autorité qui lui permet de rester «au dessus de tous soupçons», malgré les preuves accablantes qui s’accumulent contre lui. Le film se veut évidemment une illustration de la corruption et de l’impunité des forces de l’ordre, mais rappelle en outre les tensions qui ont agité l’Italie et plusieurs pays d’Europe de la fin des années 60 à la fin des années 80, période que les historiens appellent parfois les «années de plomb», en référence au film allemand du même nom paru en 1981. La bande sonore du film de Petri est remarquable et je n’ai évidemment pas été surprise de constater qu’il s’agissait d’une énième création du grand Ennio Morricone.

Si l’on connaît bien l’œuvre de ce grand compositeur italien, ne serait-ce qu’en raison de ses créations qui ont marqué l’imaginaire de tous ceux qui ont vu des westerns spaghettis mettant de l’avant ses pièces ou simplement parce qu’il a composé la musique de plus de 500 films en carrière, certains compositeurs de la même époque sont restés sous le radar et c’est notamment le cas de Daniela Casa.

Casa est une compositrice italienne de Rome qui créait de la musique dans son studio maison dans les années 70 et qui n’a vécu que jusqu’à l’âge de 42 ans, mais qui a néanmoins légué de nombreuses pièces musicales des plus inspirées. Sa musique est le plus souvent répertoriée dans la vaste catégorie de la library music, soit la musique libre de droits, appellation qui ne signifie généralement pas qu’aucun droit d’auteur ne s’y rattache, mais plutôt qu’elle appartient aux maisons de disques qui en acquièrent les droits au moyen d’une licence qui leur permet de l’utiliser dans le cadre de projets de films ou d’émissions de radio et de télévision sans avoir à payer de redevances supplémentaires par la suite. Si cette catégorie fourre-tout (qui ne qualifie en rien la musique en tant que telle) est principalement utile aux gens de l’industrie du divertissement qui cherchent de l’habillage sonore pour leurs productions, il reste néanmoins bon de garder à l’esprit que Casa avait l’habitude de composer des pièces qui, vu leur destination, possédaient un très fort pouvoir d’évocation.

C’est donc l’album Societa Malata (société malade) que j’ai retenu pour cette (première!) chronique de «vieux stock», pour laquelle je souhaite revisiter ponctuellement des parutions quelque peu oubliées. Paru en 1975 sur l’étiquette Deneb, maison de disques spécialisée en contenu sonore destiné à divers types de médias, il s’agit du deuxième album de Casa qui avait précédemment fait paraître America Giovane N.2 en 1972. Si, comme on le mentionnait précédemment, la musique de Casa était produite en vue d’être éventuellement associée à des images, il n’en demeure pas moins que Societa Malata est un album concept à part entière, dont la simple écoute, de la première à la dernière pièce, permet de parfaitement saisir la volonté de sa créatrice qui souhaite illustrer la décadence de l’humanité en général et de sa société en particulier.

Societa Malata s’ouvre sur la pièce Ignoto (inconnu) qui annonce d’office l’ambiance à la fois rêveuse et angoissante de l’album au moyen de synthés planants et d’une flûte incertaine auxquels se superpose un son de respiration appuyée évoquant un concentrateur d’oxygène et celui de battements sourds et irréguliers qui ralentissent progressivement. Dès cette première pièce, la synth glauque de John Carpenter et l’esthétique lugubre que l’on retrouve dans le thème de Twin Peaks de Badalamenti nous viennent à l’esprit.

L’album se poursuit avec des pièces aux noms tous aussi évocateurs que Strade Vuote (routes vides), superbe pièce de guitare blues accompagnée de percussions; Pericolo (danger), au synthé des plus cosmiques et Angoscia, qui rend l’angoisse palpable grâce à l’agencement incongru de rythmes très rapides aux circonvolutions préoccupantes d’une flûte sombre. La pression monte d’un cran dans la pièce Fabbrica (usine) dont les percussions de facture nettement industrielle accompagnent un piano déchaîné et des bruits dont l’écho semble se répercuter sur les murs d’un immense local (aucun mal ici à imaginer la chaîne de montage ou l’usine qui produit à toute vapeur), et c’est suivi de la sinistre Oppressione (oppression) dont les rythmes martiaux se noient dans des nappes de synthés vaporeux dignes d’un film de cimetière grouillant.

Esodo (exode) est la première pièce de l’album qui évoque une sorte de naïveté, ne serait-ce qu’en raison de sa simplicité. C’est l’espoir d’une vie meilleure qui est déjà miné par la mélancolie au moment même où il se forme dans l’esprit, sorte de fuite en avant avec un arrière-goût amer. S’ensuit Vizio (vice), qui est sans doute la pièce la plus étrange de l’album dont le son résolument décalé n’est pas sans rappeler certaines pièces que l’on entendra dans les tout premiers jeux vidéo des années 80. Cette étrangeté futuriste ne laisse toutefois présager rien de bon. Puis, c’est le choc lorsque s’ouvre Occultismo (occultisme) puisqu’il s’agit d’une pièce vocale sans aucune instrumentation. Les voix féminines s’y entremêlent aux voix masculines et créent un effet sublime rappelant le son du vent lorsqu’il se faufile dans des espaces qui lui permettent de se faire entendre. La délicate Noia (ennui) nous prépare ensuite au sommeil (ou à l’assoupissement collectif) avec ses cloches et ses claviers lents et aériens, engourdissement préparant finalement le terrain à la hautement dramatique Dittatura.

Les années 60 et 70 en Italie ont été très riches en groupes psychédéliques, prog et expérimentaux, qu’on ne songe qu’à Musica Elettronica Viva, Metamorfosi, Il Balletto di Bronzo ou Le Orme, pour ne nommer qu’eux. Le monde trouble dans lequel ces groupes évolueront, post mouvement hippie, fortement marqué par une grande désillusion et déstabilisé par les frictions et les affrontements entre des groupes et factions d’allégeances politiques radicalement opposées, ce monde, oscillant entre l’intransigeance et le repli inquiet, Daniela Casa réussit à l’illustrer parfaitement dans son album Societa Malata.

L’album original paru en 1975 est plutôt rare, mais il a heureusement été réédité en 2013 par Penny Records. Essentiel pour tout collectionneur de raretés et chaudement recommandé aux amateurs de musique instrumentale avant-gardiste.

http://interstellarmedium.me/2014/09/30/daniela-casa-societa-malata-1975/

Iron Maiden – Iron Maiden

Iron_Maiden_(album)_coverJe suis déjà devenu ami avec un gars, Charles (pour ne pas le nommer) en le rencontrant de la manière qui suit. Je suis à un karaoké qui constitue un événement-bénéfice pour une compagnie de théâtre. Soudainement, j’entends du micro la phrase suivante: «Scream For Me Brazil!», je me précipite à travers les gens pour voir qui est l’énergumène qui cite Bruce Dickenson. Je tombe face à face avec un jeune homme blond que je rejoins pour terminer avec un: «Scream for me Brazil! The Iron Maiden!». Nous avons par la suite chanté The Trooper ensemble. Évidemment, nous étions les deux seuls dans le bar à comprendre ce qui venait de se passer, mais c’était épique! Pour vraiment comprendre, allez visionner The Iron Maiden à Rock In Rio.

Iron Maiden crée ce genre d’appartenance. La période avant la naissance de The Number Of The Beast est particulière. Bruce Dickenson n’était pas encore dans le portrait et c’était Paul Di’Anno avec sa voix plus rêche et moins «opéra-esque» qui tenait le micro. Pour comprendre Iron Maiden, il faut comprendre une chose: c’est Steve Harris qui mène! Lorsque la voix de Paul ne lui plaisait plus, il l’a mis à la porte sans jamais regarder en arrière. Pour un résumé, voyez ce groupe d’historiens américains appelés NOFX qui font partie des fans de cette époque.

Mais bon, je m’écarte! Le premier album d’Iron Maiden a vu le jour quelques années avant toute cette folie. La galette homonyme est l’un des repères importants de la New Wave Of British Heavy Metal qui s’inspirait de Black Sabbath et y incorporait des éléments de blues et de punk rock, quoiqu’en pense Steve Harris. Ce dernier a souvent dit que le groupe haïssait tout ce que le punk représentait, mais sans le genre des Sex Pistols, il n’y aurait pas l’énergique Prowler qui ouvre l’album ou encore la syncopée Running Free.

La formation avait déjà cinq ans de tournée dans le corps lorsqu’Iron Maiden est paru et l’album se hissa au quatrième rang des ventes à sa sortie. Encore aujourd’hui, bien des fans, dont moi, trouvent que le son cru de l’enregistrement est drôlement plus jouissif. C’est plus rapide, plus fort, plus énergique et le groupe commençait à installer ce qui deviendrait sa marque de commerce avec des pièces comme The Phantom Of The Opera alors que Paul étire les notes et que la bande offre une belle progression.

Bien qu’il ne reste aujourd’hui que deux membres de la formation de l’époque: Dave Murray et Steve Harris, les pièces de l’album sont toujours jouées en spectacle, incluant Running Free et Sanctuary, les deux premiers simples du groupe. Tout comme la pièce Iron Maiden, qui encore aujourd’hui est ma préférée de tout leur catalogue. En spectacle, elle signale l’apparition d’Eddie sur la scène et le riff principal est tout simplement magnifique. Ses notes à la fois rapides et mélodiques sont tout simplement parfaites. Après douze ans d’écoute, je fais encore du «air guitar» devant mon ordi, dans l’autobus, en fait partout lorsqu’elle s’entame. C’est le genre de chanson que tu peux apporter sur une île déserte et ne jamais te tanner de l’entendre.

Trente-cinq ans plus tard, l’influence qu’a eue le groupe anglais est indéniable. Rares sont les fans de métal qui n’ont pas à un moment ou un autre passé du temps de qualité avec Iron Maiden. Ils sont tout aussi importants que Black Sabbath ou encore Metallica. Et même s’ils nous emmerdent avec de la bouette depuis quelques années, vous pouvez être sûrs que lorsque vous les verrez en spectacle, ils joueront Iron Maiden et simplement pour ça, ça vaut le détour.

https://www.ironmaiden.com/

Depeche Mode – Violator

Depeche_Mode_-_ViolatorSouvent copié, jamais égalé… Vingt-cinq ans déjà! J’en étais à ma dernière année du secondaire, un peu enfumé dans les années progressives 70, suite à un début de secondaire alternatif sous les couleurs des Bauhaus, Joy Division, New Order et évidement Depeche Mode. Je me souviens encore de la fille, plus vieille que moi, qui me fit écouter Blasphemous Rumours pour la première fois. Quel événement heureux ce fut, car la plupart des filles écoutaient plutôt Like A Virgin à cette époque!

Entre l’album Some Great Reward (album sur lequel paraissait Blasphemous Rumours et une certaine pièce intitulée People Are People) et l’album Violator, beaucoup d’eau coula sous les ponts pour Depeche Mode. Some Great Reward paru en 1984 établissait définitivement DM dans une classe à part musicalement. Ingénieux et doublé d’une sensibilité pop incomparable (pour un groupe de musique créée à l’aide principalement de synthétiseurs) DM se distinguait de ses pairs. Suivit le magnifique, mais noir, Black Celebration à peine un an et demi plus tard en 1986 ( il fut un temps où les grands groupes faisaient paraître des albums à un rythme intéressant et des albums de qualité de surcroît). En 1988, paraissait l’album de la consécration soit, Music For The Masses, avec ses nombreux succès (Never Let Me Down Again, Strangelove, Behind The Wheel) et marqua le début de la collaboration sur le plan visuel avec Anton Corbjin, photographe et réalisateur ayant travaillé auparavant avec Joy Division et New Order, entre autres. Music For The Masses marqua également le début des tournées mondiales des amphithéâtres pour DM; des concerts d’une qualité irréprochable. D’ailleurs, pour les avoir vu fréquemment, j’ai souvent dit que Dave Gahan n’était pas très loin de Bono en tant que bête de scène, en version plus sexy, moins «preacher».

Ce qui nous amène au 19 mars 1990: parution du septième album de Depeche Mode. L’album qui s’avérera être leur plus grande œuvre, la plus rassembleuse et qui me replongea avec plaisir dans le travail des Anglais. L’œuvre de la maturité!

Album du meilleur des deux mondes, Violator était un bel hybride contenant le côté sombre de Black Celebration, marié au côté plus pop de Music For The Masses. L’inspiration de Martin Gore, le talent d’interprète de Dave Gahan, l’ingéniosité en studio d’Alan Wilder et la venue de Flood créeront un effet monstre au niveau de la création musicale (précurseurs sonores pour la décennie qui s’ouvrait – à ce titre l’autre album qui sera aussi important au niveau de la définition d’un son pour la décennie 90, sera Achtung Baby sur lequel Flood et Anton Corbijn collaboreront également). Une nouvelle approche minimaliste au niveau de la composition des pièces permettra à l’équipe en place d’aller de l’avant avec des idées un peu plus audacieuses et permettra même l’arrivée d’un autre collaborateur, François Kevorkian au mixage, qui deviendra par la suite une des figures marquantes de la musique électronique.

Depeche Mode surprendra tout le monde avec le premier simple de Violator qui se voudra un amalgame de blues électro et introduira la guitare à ses sonorités: Personal Jesus deviendra un hymne instantané. La méthode «dépouillée» portera ses fruits sur des pièces telles que World In My Eyes et Policy Of Truth de par leur penchant épuré et aéré, tandis que la superbe Halo nous rappellera Music For The Masses grâce à ses orchestrations nappées de claviers. Martin Gore prêtera sa voix sur les deux titres Sweetest Perfection et Blue Dress, faisant place à sa sensibilité particulière présente sur chaque chanson chantée par ce dernier, et ce, à chaque album.

Pour ma part, les pièces maîtresses de Violator sont sans contredit Waiting For The Night, Clean, et Enjoy The Silence, véritables œuvres transcendantes. La première pour son côté mystérieux et planant, la seconde pour la ressemblance de la ligne de basse avec One Of These Days de Pink Floyd (pour le texte et pour le fait qu’elle faisait partie de ma liste de lecture d’après bal de juin 90). Que dire de la troisième et non la moindre: Enjoy the Silence? Le plus grand succès de DM. Cette pièce qui était à l’origine une ballade fut proposée en version plus rapide par Wilder et Flood en studio. Enjoy The Silence deviendra non seulement une très grande chanson, mais sera aussi un exemple parfait de chanson pop par excellence.

Il faut se rappeler l’époque du vinyle pour adéquatement comprendre l’ordre quasi parfait des chansons du disque: la face A se terminant avec Waiting For The Night et la face B débutant avec Enjoy The Silence et s’achevant avec Clean. Tout simplement génial!

Violator est le seul album de musique électronique grand public qui a su rallier les mélomanes provenant de tous les horizons. Je me rappelle qu’à l’époque des gens écoutant du Metallica, Pink Floyd et même Rush, flanchaient pour Violator. Depuis, nombreux sont les musiciens qui ont voulu dupliquer le son de Depeche Mode. D’ailleurs, en musique électronique, c’est un honneur pour un producteur de remixer Depeche Mode. Voilà l’impact de ce groupe auprès de leurs pairs. Violator est sans contredit un incontournable dans la discothèque de tout mélomane. Encore aujourd’hui, ça vaudrait un bon 9/10!

*J’aimerais dédier ce texte à mon ami Benoît Mailloux, disparu depuis et qui était le plus grand fanatique de Depeche Mode que j’ai connu. J’ai pu voir Depeche Mode en concert en sa compagnie et partagé de nombreux moments musicaux magiques.

http://www.depechemode.com

PJ Harvey – To Bring You My Love

51rB+ajYdYLJe dois beaucoup à Kurt Cobain. D’abord pour l’évidence: sa musique a changé ma vie (comme celle d’un méchant paquet de trentenaires aux cheveux longs) tout en m’évitant de rester accrocher à Guns N’ Roses plus longtemps qu’il ne le fallait. Il a aussi poussé ma curiosité musicale dans toutes sortes de directions au fil des entrevues publiées dans les magazines de l’ère pré-Internet et c’est comme ça que, par un beau matin de juillet 1993 où je devais tuer le temps dans la voiture avec une revue NME entre le Lac-Saint-Jean et Montréal, j’ai découvert PJ Harvey, vantée sans retenue par le défunt leader de Nirvana.

Inutile d’ajouter que je me suis rapidement procuré les deux albums parus à cette époque (Dry et Rid Of Me) et que je suis tombé follement amoureux pour la première fois, du haut de mes presque 14 ans. La musique de la Polly Jean de l’époque était empreinte du niveau d’intensité et de colère parfait pour l’ado que j’étais. C’était furieusement punk et cru dans son énergie et très très féministe dans le propos. Même si à l’époque le sens des paroles m’échappait la plupart du temps, j’arrivais quand même à saisir que c’était un cran plus intense que l’ensemble de l’œuvre des femmes que j’avais entendues à ce moment-ci de ma vie de mélomane. Elle parlait de séquestrer ses amants en crachant sur les standards de beauté ou alors elle était prise dans des histoires d’amour qui finiraient inévitablement dans des bains de sang. Évidemment, il fallait décrypter tout ça dans sa poésie tortueuse et impulsive. Chose que je ferais de manière presque obsessive à une autre étape de ma vie où le texte deviendrait ma première passion.

C’est un peu plus tard, soit le 27 février 1995, que la musique de Polly a pris une tournure inattendue avec le lancement de l’album To Bring You My Love, premier véritable succès commercial de la chanteuse même si beaucoup d’autres ont suivi. Histoire de s’en aller là où elle le voulait, elle s’est d’abord affranchie de Rob Ellis et Steve Vaughan, aka les deux autres membres du PJ Harvey Trio (la formation qui était la depuis le premier album). Elle s’est isolée dans sa maison de campagne et elle a écrit cette nouvelle série de chansons tirant dans tous les sens. C’est au moment d’enregistrer que les changements ont été encore plus drastiques. Fini le son constamment agressif et sans fioritures dans ses productions. Bye Bye Steve Albini, bonjour Flood et John Parish. À ce moment de sa carrière, Flood avait déjà travaillé avec Nick Cave And The Bad Seeds, Depeche Mode, Nine Inch Nails et plusieurs autres. John Parish était resté en contact avec Polly pendant toute l’existence de son trio qu’elle avait fondé avec deux autres membres d’Automatic Dlamini, le groupe de John dont elle avait brièvement fait partie. Véritable architecte de la guitare, il est l’un des fréquents collaborateurs de la menue chanteuse depuis ce disque, autant que l’ex Bad Seeds Mick Harvey, qui participe également à To Bring You My Love. C’est avec ce line-up de feu que PJ atteindrait le son tout en nuances qui a fait sa renommée mondiale. C’est peut-être devenu moins corrosif, mais le mordant est toujours demeuré.

L’album s’ouvre avec la chanson titre et son riff de basse répétitif qui serpente tout doucement dans le cerveau de l’auditeur en faisant planer une promesse vaguement menaçante. PJ s’époumone en fin de parcours: «Forsaking heaven/Curse god above/Lay with the devil/Bring you my love». Voilà qui donne le ton pour la suite des choses.

Avec Meet Ze Monsta à titre de seconde pièce, on rentre à pieds joints en territoire très rock. Un rock fuzzé où le monstre en question est représenté par le travail colossal de production. Jamais auparavant un morceau de PJ n’avait été aussi lourd. Ses plus proches cousins (Naked Cousin et One Time Too Many) ont été conservés pour les b-sides de l’album par souci de concision. Ce qui ne m’empêche pas de vous les recommander chaudement.

Jamais on n’aurait pu retrouver sur les albums précédents un morceau aussi étrange que Working For The Man, sombre parallèle entre la religion et la prostitution racontée par une narratrice quasi chuchotante qui semble cachée dans un garde-robe. Indice des avenues plus expérimentales qu’empruntera parfois la musique de mademoiselle Harvey dans les années suivantes.

Ce n’est pas une hallucination, des instruments à cordes autres que la guitare enveloppe l’excellente Come On Billy, plaidoyer pour le retour de son homme qui l’a abandonné avec son enfant. Je parle bien sûr du personnage et non pas de Polly elle-même. Si les médias ont souvent tenté de faire des parallèles entre les chansons et la vie privée de l’artiste, il ne faut pas se leurrer. Comme son ancien amoureux Nick Cave, elle écrit toujours ses chansons comme d’autres écrivent du théâtre.

Teclo est la balade très émotive qui clôt la première moitié de l’album sous les couleurs du désespoir et de la langueur pour un amour disparu dans les limbes de la mort: «Teclo your death/Will send me to my grave/I learn to beg/I learn to pray/Send me his love/Send him to me again».

Ça repart en fou avec Long Snake Moan, une autre puissante attaque dans laquelle la voix de PJ, distorsionnée et hurlante, est couchée sur un lit de solides riffs de Harvey et Parish.

C’est la sombre histoire de meurtre d’enfant de Down By The Water qui étrangement deviendrait le plus grand succès de PJ à ce jour. Avec sa mélodie indélébile et son ambiance créée par des orchestrations savamment étudiées, c’est la chanson la plus instantanément remarquable de l’album. Pour certains, il s’agit du véritable «highlight» de l’album et c’est tout à fait justifiable.

I Think I’m A Mother est une chanson énigmatique qui évoque l’histoire d’une femme qui tombe enceinte suite à un viol et qui décide de garder l’enfant. La chanson s’inspire avec brio du vieux blues américain pour faire place au folk rock survolté et nappé d’orgue de Send His Love To Me.

C’est The Dancer qui clôt l’album en beauté et qui ferme ce premier chapitre de la réinvention de Polly Jean Harvey en artiste très polyvalente qui ne sera désormais limitée que par sa propre imagination. Ce même disque a aujourd’hui vingt ans et sa créatrice collaborera encore souvent avec Flood et John Parish à des moments piliers de sa carrière (Is This Desire?, White Chalk, Let England Shake). C’est un peu grâce à ce changement de direction qu’on parle encore de la dame avec autant d’admiration aujourd’hui. Il y a de quoi: c’est quand même la seule artiste de l’Angleterre a avoir remporté le prix Mercury deux fois dans une même vie (Stories From The City, Stories From The Sea en 2000 et Let England Shake en 2011).

J’en parle presque comme certains parlent d’une divinité et j’ai de la difficulté à m’arrêter même. C’est qu’elle trône solidement en tête de mes artistes favoris depuis longtemps la PJ.

Je ne dirais pas qu’il ne s’est rien fait de bon dans la musique d’auteure-compositrice-interprète depuis qu’elle est là. Reste qu’elle aura toujours la tête hors de l’eau ainsi qu’une bonne longueur d’avance dans cette mer d’artistes qu’elle continue d’inspirer à ce jour.

http://www.pjharvey.net