La Brute du Rock Archives - Page 12 sur 12 - Le Canal Auditif

Tool – Aenima

C’est avec la patience d’un enfant de six ans, devant un arbre de Noël rempli de cadeaux qui lui sont destinés, que j’attendais la sortie de Aenima du groupe Tool. Ma patience fût fortement récompensée le matin du 1er octobre 1996.

Je me rappelle encore ma première réaction à la vue de la pochette. Une réaction qui se résume en trois petites lettres : WOW ! Déjà la pochette est surprenante avec ses différents hologrammes en noir et blanc ou en couleurs. Maintenant il restait à savoir si la musique serait aussi étonnante que la pochette. D’autant plus que le départ du bassiste Paul D’Amour laissait présager le pire dû à toute l’importance qu’il avait sur le plan musical. Sa créativité et son approche musicale allait-elle être remplacée adéquatement ?

Seulement quelques secondes m’ont suffi pour comprendre que le nouveau venu, Justin Chancellor, ferait amplement l’affaire! Un bassiste parfait pour le groupe. Il sait très bien compléter le travail du batteur Danny Carey. Il est parfait pour jouer lourd ou tout en nuances.

D’ailleurs parlant du batteur, Carey nous offre sur Aenima une performance à couper le souffle. Sa batterie est imposante et bien présente dans le mixage de l’album. Son jeu de cymbales est renversant et ses rythmes d’une précision chirurgicale.

La production de l’album est impeccable. David Bottrill fait un travail remarquable à la console. C’était la première fois que le groupe possédait un son aussi puissant et équilibré. Bien sûr, la qualité des pièces y est pour quelque chose, mais Bottrill amène une saveur au groupe qu’on ne connaissait pas à ce moment là. Les morceaux sont encore plus longs que par le passé. Quelques petits intermèdes ici et là apporte une touche particulière au disque. Le groupe sait très bien doser les riffs lourds et les moments nuancés et subtils.

Adam Jones le guitariste a pris beaucoup de confiance dans son jeu et il utilise une panoplie impressionnante de sons. Il apporte beaucoup à l’album par sa grande variation d’intensité et de textures. Et que dire de Maynard James Keenan… à part qu’il est un des chanteurs les plus efficaces de toute l’industrie musicale. Rien de moins!

Bref seize ans plus tard, j’écoute encore cet album avec un enthousiasme juvénile. La qualité de composition, la réalisation, la puissance du groupe et ses atmosphères envoûtantes me pousse à l’écouter plus souvent qu’à son tour.

Voici le premier extrait de l’album intitulé Stinkfist. À noter que le clip a été réalisé par le guitariste Adam Jones. Il a d’ailleurs produit tous les clips du groupe à l’exception de leur premier en carrière.

Tool
Aenima
Volcano Records
77 minutes
Paru en 1996

01. Stinkfist – 5:11
02. Eulogy – 8:29
03. H. – 6:03
04. Useful idiot – 0:39
05. Forty-six &2 – 6:03
06. Message to Harry Manback – 1:53
07. Hooker with a penis – 4:34
08. Intermission – 0:56
09. Jimmy – 5:24
10. Die eier von Satan – 2:17
11. Pushit – 9:56
12. Cesaro summability – 1:26
13. Ænema – 6:40
14. (-)Ions – 4:00
15. Third eye – 13:47

http://www.youtube.com/watch?v=K0bQnaQ0gDE

Quicksand – Manic Compression

Cet album, je l’ai écouté beaucoup. Vraiment beaucoup. Trop ? Non, ce n’est jamais trop! Si à chaque fois que j’avais écouté cet album, cela m’avait rapporté un dollar, je possèderais le même portefeuille que Guy Laliberté! Bon ok! C’est peut-être exagéré un brin, j’en conviens! Donc, je me contenterai de comparer mon faux portefeuille à celui de Tiger Woods ! Lorsque je me suis procuré cet album, j’avais beaucoup de cheveux. Ils étaient longs. Aujourd’hui, j’en ai nettement moins épais sur le coco et en plus quelques-uns sont devenus gris depuis. Malgré ce vieillissement, ça ne m’empêche pas de l’écouter encore et encore… et d’y prendre un réel plaisir.

Le quatuor de New-York m’a toujours plu pour diverses raisons. Tout d’abord leur son. La basse est très présente dans l’ensemble et apporte beaucoup. Le bassiste Sergio Vega amène un son assez gras et riche qui appuie parfaitement les deux guitares. En même temps il sait être mélodique à souhait. Son jeu est souvent différent des guitares ce qui l’aide à se mettre en valeur. Aujourd’hui, il est le bassiste de Deftones depuis quelques années. Et en passant, il fait un excellent travail dans Deftones. Il a su garder l’approche de son prédécesseur tout en apportant sa touche personnelle.

Une autre chose qui me plait beaucoup chez Quicksand, c’est leur chanteur. Il se nomme Walter Schreifels. Il apporte aussi sa contribution au groupe en jouant de la guitare électrique. C’est cependant sa voix qui vient particulièrement me chercher. Il a un timbre de voix assez unique et des inflexions vocales tout aussi singulières. Fait assez rare pour un band post-hardcore, il ne hurle jamais ou presque. Lorsqu’il le fait, c’est qu’il pousse sa voix, et non, afin de délibérément hurler comme le font la majorité des groupes de ce genre. Son jeu de guitare est simple et efficace.

Tom Capone et Alan Cage complète le groupe. Capone y va lui aussi d’un jeu de guitare simple parsemé de quelques petits solos ici et là. Jamais rien de bien complexe mais d’une compétence irréprochable. Il a une légère touche noisy qui me plait beaucoup par ailleurs. Cage lui, pioche sur ses tambours de manière rythmée et précise. Il n’est pas un virtuose mais sa façon de jouer est exactement ce qu’il faut pour le bien des chansons.

Même si en écoutant l’album on s’aperçoit qu’au niveau de la réalisation le disque prend de l’âge un peu, il est évident que les morceaux vieillissent bien. Ceci dit, je ne changerais absolument rien à la réalisation.

Il est très évident que je suis beaucoup (et j’insiste sur le mot beaucoup !) plus pauvre que Guy Laliberté. Je suis aussi nettement en deçà de la fortune financière du golfeur Woods. Cependant, je doute fort qu’ils aient écouté Manic Compression aussi souvent que moi… Ce qui veut peut-être dire, que je suis vraiment plus riche qu’eux !

Quicksand
Manic Compression
Island Records
38 minutes
Paru en 1995

01. Backward
02. Delusional
03. Divorce
04. Simpleton
05. Skinny (It’s Overflowing)
06. Thorn in My Side
07. Landmine Spring
08. Blister
09. Brown Gargantuan
10. East 3rd St.
11. Supergenius
12. It Would Be Cooler If You Did

The Blood Brothers – Young Machetes

Saviez vous que les Chipmunks ont déjà été chanteurs dans un band punk de Seattle? Bon ok, ce n’est pas vraiment les Chipmunks qui chantent mais plutôt deux mâles aux voix anormalement stridentes. Ils sont aussi capables d’atteindre un niveau de décibels quasi illégal pouvant rendre folle de jalousie Bianca Castafiore! Compter sur un chanteur de cette trempe là est déjà un fait rare, mais pouvoir en compter deux relève carrément de l’exploit!

Ces deux chanteurs, Jordan Blilie et Johnny Whitney, sont savamment appuyés par Cody Votolato (guitare), Morgan Henderson (basse) et Mark Gajadhar (batterie) et ce groupe se nomme The Blood Brothers. Young Machetes, sorti à l’automne 2006, est un exemple parfait qu’un disque peut être très agressif et avoir des mélodies accrocheuses, sans perdre une seule seconde d’homogénéité. Les moments les plus tendus et hyperactifs de l’album nous fournissent une excellente raison de se ronger les ongles (je me trouve des excuses !), pendant que les moments plus doux et posés nous permettent de reposer nos oreilles pendant un bref instant. C’est particulier de voir que des instants si tendus, si nerveux, si énergiques et remplis de tant d’urgence peuvent côtoyer des moments si beaux, si doux, si calmes, voir mêmes presque pop.

La réalisation de Guy Picciotto (chanteur/guitariste de Fugazi) est sublime. À chaque fois qu’on croit le groupe à son maximum de puissance et de tension, il nous surprend en rajoutant une épaisse couche de guitares et de claviers qui détruisent nos oreilles pour notre plus grand plaisir.

Quant aux musiciens, ils exécutent sans failles. Le jeu du guitariste est simple mais combien efficace. Son choix de sonorités est intelligent. Par moment, il est très présent et judicieusement effacé quand il se doit. Le bassiste m’a toujours fasciné par sa façon de jouer. Son jeu est si imprévisible quand on l’écoute attentivement. Bien que la basse ne soit pas à l’avant-plan dans le mixage, elle est d’un aplomb redoutable. Les claviers sont juste assez présents pour nous les faire apprécier. Pour ce qui est du batteur, il est la colonne vertébrale dont tout groupe espère pouvoir compter dans ses rangs. Pour les avoir vu à deux reprises en concert, ils sont tout aussi performants sur scène.

Cet album est une réussite complète à mes oreilles et je le recommande fortement aux amateurs de musique abrasive. Il se peut que ça prenne quelques écoutes avant de vibrer à fond, mais croyez moi, ça vaut vraiment le petit effort.

Je vous laisse donc avec cet extrait de Set Fire To The Face On Fire lors d’un enregistrement pour un show télé. Sortez vos kleenex, il se peut que vos oreilles saignent !

The Blood Brothers
Young Machetes
V2 Records
51 minutes
Paru en 2006

01. Set Fire To The Face On Fire
02. We Ride Skeletal Lightning
03. Laser Life
04. Camouflage, Camouflage
05. You’re The Dream Unicorn !
06. Vital Beach
07. Spit Shine Your Black Clouds
08. 1,2,3,4 Guitars
09. Lift The Veil, Kiss The Tank
10. Nausea Shreds Yr Head
11. Rat Rider
12. Johnny Ripper
13. Huge Gold AK-47
14. Street Wars / Exotic Foxholes
15. Giant Swan

www.thebloodbrothers.com/

The Dillinger Escape Plan – Miss Machine

Criard, insensé, perturbant, dérangeant, musique de mongol, bruyant, psychotique, excessif, malsain et pas écoutable sont sûrement les descriptifs que ma mère donnerait à ce disque. Je dis «sûrement» car je n’ai jamais osé lui faire écouter! Même si elle n’était pas très pratiquante, certains mots à caractère religieux se seraient glissés à travers tous ces descriptifs énoncés précédemment! Je peux la comprendre car bien des gens se disent ça à la première écoute. Puis, ceux qui se donnent la peine de découvrir ce groupe transforment tranquillement ces mêmes blasphèmes évoquant le petit Jésus, en admiration et en stupéfaction.

C’est a l’été 2004 que The Dillinger Escape Plan a lancé ce superbe album intitulé Miss Machine. Un métal progressif expérimental, un mathcore aux accents de jazz-fusion extrême teinté de sauvageries sonores multiples. Tout ça en symbiose musicale parfaite!

Ici, ça hurle, ça beugle, ça crie mais ça chante aussi très bien par moments. Bien que pas facile d’approche, on découvre quelques mélodies ici et là qui deviennent vite contagieuses. Comparativement à l’album précédent, le groupe a fait un effort pour insérer des mélodies et des rythmes moins complexes. Certaines chansons sur l’album sont beaucoup plus douces et posées que ce à quoi nous avait habitué le groupe par le passé. Certains fans ont été déçus de ce tournant plus apaisé mais pas moi.

C’est que le nouveau chanteur Greg Puciato y fait pour beaucoup dans l’équation. Il alterne de façon spectaculaire le chant mélodique aux moments hurlés. Sa voix est puissante, juste et diversifiée. Ça c’est sans compter sa présence scénique hallucinante.

D’ailleurs, pour les avoir vu quelques fois en concert, Dillinger Escape Plan possède une force de frappe sur scène plus forte qu’un uppercut de Mike Tyson. Je n’ai jamais vu un groupe déployer autant d’énergie sur scène. La dépense calorique additionnée des cinq musiciens durant un seul concert pourrait servir à nourrir un village africain de deux mille âmes pour trois mois! Tout simplement magistral!

Parlons maintenant de cette personne qui possède deux bras et deux jambes comme tout le monde et qui sert de batteur. Son nom? Chris Pennie. En fait, je le soupçonne d’être un robot. À moins que ce soit une bibitte qui vient de Saturne? Il possède énormément de vitesse tout en étant d’une précision inouïe. Sa vigueur semble inépuisable. Il est carrément phénoménal et aujourd’hui, il influence énormément de batteurs. Il a depuis quitté la formation pour d’autres projets musicaux. Le groupe l’a cependant très bien remplacé depuis.

Les trois autres musiciens font un boulot fort respectable. Les guitaristes amènent par moment des textures jazzées qui apportent un petit je-ne-sais-quoi à l’ensemble. Le bassiste, quant à lui, est solide comme un chêne.

La réalisation du disque est très réussie. Chaque instrument a sa place dans le mixage. Même durant les moments où l’intensité est à son maximum où tout pourrait devenir facilement cacophonique, les instruments sont bien dosés et le mur de son qui nous est servi demeure bien défini.

Bref, il n’est pas recommandé de mettre ce disque comme musique de fond au party de première communion de votre petit cousin. Quoi que ce serait un excellent exercice pour dire des mots religieux en famille. Et contrairement aux autres membres de la famille, ces mêmes mots religieux sortant de votre bouche signifieraient le bonheur, l’allégresse et la joie de vivre.

The Dillinger Escape Plan
Miss Machine
Relapse Records
40 minutes
Paru en 2004

Liste des chansons :

01. Panasonic Youth
02. Sunshine the Werewolf
03. Highway Robbery
04. Van Damsel
05. Phone Home
06. We Are the Storm
07. Crutch Field Tongs
08. Setting Fire to Sleeping Giants
09. Baby’s First Coffin
10. Unretrofied
11. The Perfect Design

www.dillingerescapeplan.org/

http://www.youtube.com/watch?v=kGNb-YT5ECA

Kittens – Bazooka And The Hustler

Ah ces petits chatons! Ces douces et mignonnes bêtes qui peuvent vous détruire l’ouïe pour le restant de vos jours. C’est sans compter le cou qui peut s’arracher à force de brasser la tête en les écoutant. Quoi? Vous pensez que je parle de ces petites bêtes à poils si mignonnes qu’elles peuvent même charmer un tueur en série? Détrompez-vous, je parle de ce petit band underground nommé Kittens qui vivait à Winnipeg. Cette excitante ville où même un chaton à poil s’ennuie. Heureusement, et pour notre plus grand bonheur, ces chats de ruelles ont trouvé une façon parfaite pour ne pas se morfondre, et par le fait même, nous divertir pour le restant de nos jours.

Cet album est un essentiel pour tout amateur de musique punk/hardcore trash/metal/noise/rock. Même une petite touche country de cette région canadienne est perceptible. Croyez-moi, il a une place vraiment importante dans mon cœur ainsi que dans ma bibliothèque musicale. Je m’assure qu’il soit toujours bien en vue parce que l’envie de déposer mon vinyle sur ma table tournante et d’écoeurer le voisinage me prend très souvent. Comme vous vous en doutez sûrement, écouter ce disque à bas volume relève du défi. C’est beaucoup plus simple et satisfaisant de foutre le volume à fond et de se faire saigner des oreilles… tout en pleurant leur disparition!

Effectivement, ce groupe manitobain n’existe plus depuis maintenant plusieurs années. Ils ont fait un concert retrouvailles en 2007 mais le batteur, David Kelly, est tristement décédé depuis. J’aurais donné un rein pour pouvoir assister à ce concert mais malheureusement, je n’y étais pas. Winnipeg étant clairement situé à beaucoup trop de sorties d’autoroutes de chez moi.

Cette merveille sonore s’ouvre sur la pièce intitulée The Koala Fireball. Un morceau qui nous indique dès le départ que nos tympans vont passer un sale quart d’heure. Vient ensuite l’excellente Great Dane. C’est suivi de la percutante Orca et de la presque hypnotique The Coyote Of Northern Italy. Arrivent ensuite les morceaux Piccolo, Kodiak, The Lone Ranger et Head Of A Wolf Eel, tous des pièces à des années lumières de l’univers musical de Marie-Chantal Toupin… si vous voyez ce que je veux dire. C’est l’instrumentale et réussie Binoculars qui se pointe par la suite. Puis l’enragée Snow Beluga vient nous brasser le pommier assez solidement merci. La superbe Sleeping Beauty surgit à son tour. Par la suite, Cry Of The Hippotamus Syndrome et The Death Of A Baby Anteater nous amènent vers l’extraordinaire The Waterskiers. Une pièce que j’aurais tant aimé me vanter d’avoir composée! Et pour finir, quoi de mieux qu’un bon feedback de guitare de quatre minutes pour nous achever complètement et sans pitié?

Les paroles sont pratiquement toujours abstraites et bizarres d’un bout à l’autre de l’album. C’est exactement ce qu’il faut pour le chanteur et guitariste Shawn Fedorchuk. Ça lui permet de beugler à pleins poumons sans trop se soucier du texte. Sa guitare ultra décapante, et son jeu particulièrement enragés sont vraiment singuliers. Le bassiste Jahmeel Russell complète le trio à la perfection.

Ça y est, je vous laisse ici, car je me dois d’aller déposer mon vinyle The Bazooka And The Hustler au plus sacrant sur ma table tournante et pointer mes puissantes caisses de son vers mes fenêtres grandes ouvertes afin de propager la bonne nouvelle à mes voisins…

Kittens
Bazooka And The Hustler
Sonic Unyon Records
53 minutes
Paru en 1997

Liste des chansons :

01. The Koala Fireball
02. Great Dane
03. Orca
04. The Coyote Of Northern Italy
05. Piccolo
06. Kodiak
07. The Lone Ranger
08. Head Of A Wolf Eel
09. Binoculars
10. Snow Beluga
11. Sleeping Beauty
12. Cry Of The Hippopotamus Syndrome
13. The Death Of A Baby Anteater
14. The Waterskiiers