Hip Hop / Rap Archives - Page 23 sur 24 - Le Canal Auditif

Chance The Rapper – Acid Rap

Acid-RapIl y a trois semaines, une bombe dans le monde du rap a été larguée et elle provenait de Chicago. Âgé de vingt ans, Chancelor Bennett lançait son deuxième mixtape. Sorti du même quartier que Chief Keef, le jeune rappeur arrive avec une attitude très différente. Chance n’a pas peur de plonger dans le jazz, le soul, de manier différents styles de musique, de les métisser pour en arriver à ses fins. On peut facilement faire la comparaison avec un autre artiste de Chicago, Kanye West, mais avec la grosse tête en moins… Sa façon de phraser fait parfois penser à Kendrick Lamar et Eminem.

Acid Rap est son deuxième mixtape. Le premier, intitulé 10 Days, avait été composé lors d’une suspension au collège. Alors que son premier effort sentait un peu l’amateurisme, son deuxième frappe fort, très fort! Ce qui est le plus surprenant chez Chance est son approche musicale non traditionnelle. Voilà un jeune homme qui n’a pas peur de parler d’amour autant envers les femmes qu’envers ses proches et le tout avec une approche étonnement pas très macho; et ça jure par rapport au monde du rap qui a toujours eu à vivre, avec raison, avec cette réputation de misogynie extrême.

Dès les premières notes du chœur de Good Ass Intro on est surpris par le registre. C’est avec finesse que Chance construit la chanson pour arriver à son refrain doublé d’un débit qui file à toute allure. Cocoa Butter Kisses, en plus d’avoir un des refrains les plus accrocheurs, commence avec quelques notes sur un orgue électrique, de même qu’un piano qui vient le rejoindre rapidement. La chanson traite de la quantité abusive d’herbes médicinales qu’il utilise, tout en ne valorisant pas la marijuana… encore une fois voilà une approche non orthodoxe. On peut noter la très sensuelle Lost, l’étrangement positive Everybody’s Something et l’accrocheuse Smoke Again sur laquelle on retrouve Ab-Soul. Une autre pièce surprenante est l’excellente Pusha Man qui est séparée en deux parties.

Acid Rap se hisse parmi les meilleures sorties rap de l’année et il faut dire qu’en ce début 2013, ce n’est pas ce qui manque. On peut maintenant le classer dans la même catégorie que Tyler, The Creator et ASAP Rocky. Amateurs de rap, vous ne pouvez passer à côté de ça!

Ma note : 8.5/10

Chance The Rapper
Acid Rap
Indépendant
54 minutes

chanceraps.com/

Socalled – The Season

SocalledTheSeasoPreview_Lo_Res-1.v12-350x350Socalled, moins connu sous le nom de Josh Dolgin fait partie de ces fous furieux qui semblent capables de tout. Le natif d’Ottawa, installé à Montréal depuis plusieurs années, multiplie les projets ambitieux. Il faut dire que même si son cœur appartient largement au hip-hop, il collabore avec une multitude de musiciens de renommées internationales. Son dernier projet? Coucher sur disque la comédie musicale qu’il avait composée pour Pop Montréal en 2011.

Tous les membres de la distribution originale s’y retrouvent dont Katie Moore, Yves Lambert, The Narcysist, Joe Cobden et Ly Richy. On y retrouve aussi une brochette impressionnante de musiciens dont Jennifer Swartz de l’Orchestre symphonique de Montréal, le quatuor à cordes The Warhol Dervish, le batteur Jamie Thompson et le bassiste Patrice Agbokou. C’est un conte «indie multigenre» que nous offre Dolgin qui s’amuse à mixer les genres avec une facilité déconcertante. Celui-ci s’amuse à glisser d’une influence à l’autre sans toutefois dénaturer l’ensemble.

Bien sûr, il s’agit là d’une réelle comédie musicale bien qu’on soit loin de Plamondon. Tout comme lorsqu’il s’attaque à une composition plus dans les normes, Socalled mélange ici les styles passant parfois de l’orchestration plus complexe, en glissant des influences qui flirtent avec la musique tzigane ou encore en faisant appel à Yves Lambert et son accordéon. La présence de la harpe omniprésente amène une touche magique à cette fable contemporaine. Dolgin se permet aussi d’y glisser des influences hip-hop qu’il affectionne particulièrement, entre autres, avec le premier extrait : Chippin’In.

Est-ce que le résultat est intéressant? Oui définitivement! Par contre, si le théâtre musical n’est pas votre style de prédilection vous risquez de vous ennuyer rapidement puisqu’on se retrouve malgré tout dans une œuvre orchestrale. En effet, non-conventionnelle, mais une œuvre orchestrale tout de même. Et si jamais vous avez la chance de voir une représentation, qui est peuplée de marionnettes, n’hésitez pas!

Ma note : 7/10

Socalled
The Season
Dare to Care
29 minutes

www.socalledmusic.com/

Tyler The Creator – Wolf

TylerTheCreatorWolfParmi les groupes importants de la relève en hip-hop aux États-Unis, deux se distinguent : A$AP Mob dirigé par A$AP Rocky et Odd Future Wolfgang Kill Them All mené par Tyler The Creator. Bien que ce jeune homme n’ait que 21 ans, le voici qui nous présente son troisième opus : Wolf. Le personnage est controversé pour son utilisation abusive des mots «bitch», «faggot» et «gay». Bien que certains groupes de défenses des homosexuels aient tenté de l’ostraciser, les critiques tombent à plat puisqu’un de ses meilleurs amis est Frank Ocean reconnu comme un des rares oiseaux issus du monde du rap et du R&B qui ait avoué avoir un faible pour les hommes. D’ailleurs, aux Grammy alors qu’Ocean gagnait une statuette, Tyler était à ses côtés, premier à le féliciter.

Si l’on prend tous les mots de Tyler à la lettre, on se retrouve vite dans une bouillie de contradictions. D’un côté, il semble n’avoir aucun respect pour la femme, mais plusieurs chansons parlent de son malaise face à l’amour… voilà qui laisse perplexe. Sur Wolf, on entrevoit un début de réponse. Entre autres, la pièce Cowboy où le jeune rappeur dit sans détour : « I am the cowboy of my own trip ». Cela prend tout son sens lorsqu’on sait que le bonhomme adopte une supposée hygiène de vie dite «straight edge». L’album laisse perplexe sur plusieurs questions, mais l’interrogation principale obtient une réponse sans équivoque : Tyler possède un talent non négligeable et s’installe en tant que figure importante du mouvement hip-hop.

Tyler lance les hostilités avec la pièce-titre qui sous un fard kitsch voit le jeune homme déclamer : «Fuck you!». Un autre côté particulier du jeune rappeur : le psychédélisme. Rares sont ceux qui détiennent la capacité d’attaquer les mots sur ce genre d’ambiance et lui le fait avec brio. Que ce soit sur la chanson-fleuve PartyIsntOver/Campfire/Bimmer ou sur le rythme lourd et feutré de Ifhy composé avec Pharrell Williams. Domo 23 avec ses cuivres synthétiques vient quant à elle, déployer sa force hargneuse. Autre moment fort de la galette, 48Tyler se vante d’être pourvoyeur de poudre blanche dans quarante-huit états et tout ça pour pas cher!. Contradictions quand tu nous tiens…

Bref, si vous avez l’intelligence de ne pas boire chaque ligne livrée par Tyler, vous découvrirez un personnage hautement théâtral, ingénieux, producteur émérite et surtout, un jeune homme à la créativité incroyable. Sa démarche est coulée dans l’alternatif, mais saura plaire à la masse. Voilà le signe d’un flair que peu de musiciens possèdent. Avec des rythmes variés, parfois clairement bizarres, Tyler attaque avec toute sa fronde et frappe dans le mille avec un Wolf puissant et arrogant.

Ma note : 8/10

Tyler, The Creator
Wolf
Odd Future
66 minutes

www.oddfuture.com/

ASAP Rocky – Long.Live.A$AP

asap-rocky-long-live-asap-pochette-300x300Dans l’univers du rap « moins grand public », aucun n’a atteint la célébrité aussi vite que Rakim Mayers connu sous le nom de Rocky, faisant parti du groupe de rappeur ASAP. Âgé de 24 ans, né dans Harlem, ayant eu droit à une enfance prise entre le meurtre de son frère, l’emprisonnement de son père et les incessants déménagements, Rakim a pris la décision d’arrêter de vendre de la drogue dans Harlem pour déménager au New Jersey où il a commencé à rapper. Rapidement repéré par Drake, Rocky fit paraître LiveloveASAP qui, avec ses singles Peso et Wassup, lui permit d’atteindre la popularité rapidement.

Avec Long.Live.A$AP, Rocky appose sa marque fermement sur le monde du rap, à la fois, par la qualité de la production, que de son talent indéniable pour rimer, ou encore pour la liste impressionnante des collaborateurs allant de Drake à Kendrick Lamar, de Skrillex à Santigold. Ce qui est encore plus impressionnant est que Rocky démontre une profondeur renouvelée, où il s’attaque autant à la réalité de la pauvreté et qu’aux soudains changements bouleversant sa vie; passant d’un jeune afro-américain sans avenir (confiné à un rôle de pusher), à la gloire et l’attention des médias.

Rocky ne traîne pas longtemps pour afficher ses couleurs et le tout commence avec la chanson-titre de l’album sur laquelle il se permet de se défouler, tout en envoyant un refrain peu conventionnel à l’auditeur. Ce morceau représente bien la dualité du personnage, mélangeant réflexions et un parlé issu de la pauvreté la plus rude. Alors que certaines chansons représentent bien les clichés superficiels attribués au rap telles que PMW et son refrain : « Pussy, money, weed / is all a nigga need », d’autres montrent un côté plus profond et subtil comme Suddenly : « I only got one vision, that’s for kids in everycolor, religion/ That listen, that you gotta beat the system, stay the fuck out the prisons/ They try to blind our vision, but we all got children and siblings/ You my brother, you my kin, fuck the color of your skin ». Alors que Rocky sait pondre des tubes accrocheurs avec Fuckin’ Problems et Goldie, il sait aussi montrer l’influence du rap plus classique sur son « flow » avec 1 Train et Phoenix.

Bref, voilà un très bon album de rap crée par un jeune homme bourré de talent. Évidemment, les féministes auront les oreilles charcutées quant à l’impressionnante quantité de «bitch», mais à ce chapitre Rocky n’est pas mieux ou pire qu’un autre. Et certains découvriront ce qui est du «purple juice» (un mélange de sirop à la codéine et de Sprite) mais une fois qu’on s’acclimate au langage provenant de la réalité de la pauvreté, le réel plaisir des rimes intelligentes, de la production pratiquement sans failles, prend aisément le dessus.

Ma note : 8.5/10

ASAP Rocky
Long.Live.ASAP
RCA records
49 minutes

www.asapmob.com

Kendrick Lamar – Good Kid, m.A.A.d City

Si une sortie était attendue dans le monde du hip-hop cette année, c’est bien celle du premier album de Kendrick Lamar. Celui qui a charmé avec ses quelques mix tapes dans les dernières années, membre du groupe Black Hippy, issu de Compton, quartier rendu populaire avec l’ascension de N.W.A, offre un opus à caractère très autobiographique. D’ailleurs, le jeune homme a signé avec Aftermath, la maison de disque de Dr.Dre qui n’avait plus eu de gros nom depuis 50 Cents. Bien qu’il se débrouille avec un mix tape, le jeune rappeur était-il en mesure d’offrir une œuvre originale digne de ce nom?

C’est sans difficulté que Lamar relève le défi. Le jeune homme offre un miroir sans verni des milieux défavorisés américains et de ses propres aspirations (parfois démesurées). Good Kid, m.A.A.d city montre d’ailleurs la dualité du personnage. Parfois, il est un homme sensible, capable de rendre poétique une situation difficile, alors qu’à d’autres moments, il devient un enjôleur aimant se comparer à Martin Luther King, qui assaille l’auditeur de rimes riches. Armé d’une production inventive et recherchée, Lamar est en pleine possession de ses moyens.

Good Kid, m.A.A.d city s’entame sur une prière qui a des airs de bénédicité. La famille détient une grande part sur l’album, on sent l’importance des racines; ces ancrages qui l’empêche sans doute de partir dans une vrille incontrôlable. Swimming Pools offre le plus bel exemple du talent de Lamar qui enfile les rimes à un rythme impressionnant sur une piste somptueuse, habitée d’une basse ronronnante. The Art of Peer Pressure livre le récit de ce qu’est la vie de communauté dans les milieux défavorisés sur une musique assez simple mais efficace. Poetic Justice est une confession de la relation entre Lamar et les mots; seuls exutoires où l’authenticité complète est possible, le tout appuyé par Drake. Enfin la galette se termine sur un ComptonDr. Dre revient chanté son « hood ».

Bref, Kendrick Lamar vient de montrer que l’attente en valait la peine. Good Kid, m.A.A.d city est un excellent album de rap qui promet un avenir brillant au membre de Black Hippy. Un opus où l’intelligence des textes, rejoint l’inventivité musicale.

Ma note : 8,5/10

Kendrick Lamar
Good Kid, m.A.A.d city
Aftermath Records
68 minutes

www.kendricklamar.com/splash/