Hip Hop / Rap Archives - Page 21 sur 24 - Le Canal Auditif

Dead Obies – Montréal $ud

Dead-Obies_Montreal-SudSi vous ne connaissez pas Dead Obies encore, dites-vous que si vous étiez d’accord avec Christian Rioux alors qu’il critiquait Radio Radio pour son chiac, vous allez les détester. Si par contre, vous n’êtes pas un bourgeois borné et que vous appréciez le hip-hop, vous allez adorer. Dead Obies avait terminé deuxième aux Francouvertes et voilà leur premier opus (sous l’étiquette Bonsound) titré Montréal $ud.

D’abord, il faut préciser que le Montréal $ud auquel Dead Obies fait référence est la banlieue de Longueuil qui était anciennement un quartier ouvrier. N’en déplaise aux orthodoxes de la langue, Dead Obies rap le franglais qu’on retrouve dans les rues de Montréal. Leur aisance à construire des rimes dans cette langue sans frontières claires est ahurissante dont un des plus savoureux mélanges est sans doute ce «Work pour un p’tit pain» dans In America. Ceux-ci ont appliqué à la lettre la raison d’être du rap: traduire la vie des gens ordinaires (souvent pauvres) dans leur langue, celle qui se parle dans la rue.

Ce qui a fait la renommée de la formation est définitivement ses prestations énergiques sur scène. Heureusement, on retrouve cette fougue en partie sur certaines pièces de la galette. Tony Hawk qui clôt l’album constitue un très bon exemple. On peut en dire tout autant de Trafic qui ouvre ce Montréal $ud sur des extraits de voix tirés sans doute du Printemps Érable pour ensuite s’affaisser sur un gros rythme. Si vous cherchez une plage qui représente bien le groupe, c’est sans contredit la pièce-titre où les MCs Snail Kid, 20some, Yes Mccan, O.G. BEAR, RCA y vont de rimes inspirées et intelligentes sur une excellente partition musicale de VNCE.

Parce que le génie de la jeune meute tient aussi au travail de qualité que leur offre VNCE en tant que producteur. Que ce soit avec des pièces plus classiques comme Get Dough ou sur la quasi disco Planète Roche, celui-ci n’a pas à rougir de ses constructions musicales. L’échantillonnage est tout aussi brillant, que ce soit le gamin qui «front» sur l’accrocheuse What It Is ou l’utilisation d’un extrait de Félix Leclerc sur Runnin’ qui n’est pas sans rappeler le type de revirement musical que Kanye West préconise.

Par contre, la galette ne contient pas que du bien. Si la bande est inégalable sur scène, elle se fait plus posée sur Montréal $ud. Parfois, c’est tout à leur avantage, mais par contre, un meilleur équilibrage aurait rendu l’écoute plus dynamique. La galette est peut-être un tantinet longue, comme si Dead Obies avait entre les mains trop de bonnes pièces et qu’ils voulaient absolument tout sortir d’un seul coup. Une impatience bien pardonnable, vous remarquerez.

Bref, une grosse galette de rap qui amène un élément qui n’avait pas encore été touché au Québec: un rap qui se rapproche plus de ce qui se fait dans les groupes ASAP Mob et Odd Future en comparaison desquels Dead Obies se défend avec brio. D’ailleurs ça gronde déjà dans le monde du rap québécois… toujours bon signe. Montréal $ud est plus que savoureux.

Ma note : 8.5/10

Dead Obies
Montréal $ud
Bonsound
80 minutes

www.deadobies.com

Danny Brown – Old

7fadd92dDanny Brown lance cette semaine son troisième album nommé Old. Le rappeur est originaire de la ville de Detroit; cité reconnue pour sa violence et ses conditions de vie difficiles. Brown amène cette dimension sur disque avec un aplomb et un talent hors du commun.

Ce qui est le plus impressionnant sur ce Old est la maîtrise du rythme et du ton dont Brown sait éloquemment faire preuve. Le mélange des genres que le créateur se permet est absolument exquis, rappant parfois sur des pièces musicales inusitées. Pourtant, Brown sait également très bien se débrouiller en créant aussi des morceaux plus traditionnels. Il en fait la preuve dès l’ouverture de l’album avec Side A (Old).

Old est composé et écrit en deux mouvements: la première moitié étant plus personnelle, parlant de la réalité vécue dans les milieux défavorisés. 25 Bucks avec des sonorités rappelant Dr Dre, sur laquelle apparaît Purity Ring constitue un exemple fort pertinent alors que Brown y va de ces vers: «Now I’m trapped in the trap / And the devil ain’t forgettin’ / Wanna see me dead or locked in a prison / In the system with division only thing that add up /Fucked up cause a nigga tryna get a couple bucks»

Brown se permet d’y aller de paroles très intimes, ce qui contraste avec le comportement véhiculé par le monde du rap au sein duquel le protagoniste doit toujours être plus fort et plus dur que tous. Les pièces Lonely et Clean Up représentent l’apogée. La première voit Danny Brown rapper sur une pièce singulière avec une guitare électrique très claire et franchement intoxicante.

La deuxième moitié de l’album constitue une apologie de la fête. Smokin & Drinkin réalisée par A-Trak, cofondateur de Fool’s Gold (label sur lequel Brown est signé) possède tout ce qu’il faut pour mettre le feu aux poudres. On peut en dire autant de l’excellente Kush Coma sur laquelle A$AP Rocky et Zeeloperz font leur apparition.

Bref, Danny Brown, avec ce Old, lance une petite bombe qui plaira assurément à tous les fans de hip-hop. Le jeune homme est talentueux, irrévérencieux et sait être d’une profondeur étonnante. De plus, il possède l’un des plus impressionnants sens du rythme parmi tous les rappeurs de son époque.

Ma note : 8.5/10

Danny Brown
Old
Fool’s Gold
57 minutes

xdannyxbrownx.com/

Drake – Nothing Was The Same

drake-unleashes-nothing-was-the-same-album-coverDans le monde du hip-hop nord-américain, Drake est un peu la pop star. Ses propos véhiculés sont moins vulgaires, son «flow» moins grossier et ses rythmes beaucoup plus accessibles sans toutefois tomber dans le franchement convenu. Sur Take Care, le rappeur torontois s’associait avec une brochette de collaborateurs établis (Lil’ Wayne, Nicky Minaj, Rihanna, etc.). On le voit rappliquer deux ans plus tard avec Nothing Was The Same dans lequel les collaborateurs sont timides et où Drake prend l’avant-scène à lui seul.

L’album s’entame sur Tuscan Leather où l’ancien Degrassi (un petit coup bas, mais parfaitement légal!) y va d’une pièce de six minutes qui comme il le dit: «This is nothin’ for the radio, but they still play it though». Bien que Nothing Was The Same montre que Drake ne ramollit pas malgré le succès, ceci ne veut pas dire que plusieurs tubes sur la galette sont destinés à la radio. On peut facilement montrer du doigt l’accrocheuse Started From The Bottom qui est un excellent exemple de l’aisance que détient Drake et son réalisateur Noah Shebib en ce qui concerne la création d’un hip-hop très rassembleur.

Parmi les bons coups de ce nouvel opus, Own it fait voir un Drake qui augmente un peu la cadence dans son rythme, comme lui seul sait le faire. Car ce fameux «flow» qui commandait le respect sur Fuckin’ Problems et The Motto se fait très peu présent sur Nothing Was The Same. 305 To My City fait aussi partie des bons coups qui ressortent sur l’album. Parmi les quelques contributions de la part de collaborateurs sur l’opus, celle de Jay-Z, de loin la plus intéressante, se distingue par sa qualité. Pound Cake montre par ailleurs un Drake en plein contrôle de son rap.

Par contre, rien n’est parfait et Nothing Was The Same n’échappe pas à cette règle éternelle. Drake reste tout de même dans un registre qui ne risque pas de pousser ses fans à détourner l’oreille. Certaines pièces telles que From Time se frotte au racoleur et sent le déjà-vu.

Bref, un bon album pour Drake qui confirme sa place en tant que bon gars de Toronto, charmant, drôle, qui sait rapper et qui possède une rythmique particulièrement intéressante, mais au bout du compte… c’est plutôt inoffensif. C’est bon, c’est entraînant, mais ça ne changera pas votre vie!

Ma note : 7/10

Drake
Nothing Was The Same
Universal Music
59 minutes

www.drakeofficial.com/

Earl Sweatshirt – Doris

homepage_large.3ba307f9Parmi les rappeurs qui forment le collectif Odd Future, Earl Sweatshirt est sans doute celui qui prodigue une structure à ses rimes parmi les plus complexes du genre. Doris est son deuxième album. Earl avait paru en 2010 et avait été enregistré avec les moyens du bord, et cette fois-ci, Sweatshirt a réalisé son album dans un studio professionnel et cela s’entend.

Earl, de son vrai nom Thebe Neruda Kgositsile, est le fils d’un poète reconnu de l’Afrique du Sud. Son père obtient sa part d’attention sur Doris, alors qu’Earl y va de plusieurs passages sentis précisément sur la pièce Burgundy: «And when them expectations raising because daddy was a poet, right?/ Talk all you want I’m taking no advice», mais également sur le morceau Chum: «And I just used to say I hate him in dishonest jest/ When honestly I miss this nigga, like when I was six/ And every time I got the chance to say it I would swallow it».

Sa relation avec sa mère n’est pas particulièrement plus joyeuse. D’ailleurs, Sweatshirt (âgé de 19 ans seulement) a disparu de la mappemonde pendant quelques mois, alors qu’il avait été envoyé à un pensionnat dans les îles Samoa, duquel il est revenu en février dernier. Ceci ne l’empêche pas de rapper comme s’il avait toujours fait ça! Ses comparses d’Odd Future viennent aussi y mettre leur grain de sel. Que ce soit le rap de Frank Ocean sur Sunday ou encore Tyler, The Creator qui fait deux apparitions, ceux-ci laissent une empreinte qui se marie à merveille avec l’éloquence de Sweatshirt. D’ailleurs, Tyler, The Creator agit encore une fois comme un agitateur, que ce soit en provoquant Chris Brown (celui-ci a eu une altercation avec Frank Ocean il y a quelques mois): «But Chris and Rihanna’s fuckin’ again so there’s still hope» ou avec son énoncé de départ sur l’excellente Whoa.

Mais bien qu’Earl Sweatshirt affirme encore plus son style sur Doris, cet album n’est pas celui qui le fera passer à l’histoire. Ne vous méprenez pas, c’est un bon album qui amène une façon différente de rapper. Les thèmes habituels y sont présents: fumer de la mari, les femmes et l’alcool. S’y trouvent aussi le rapport au parent de même que son amitié pour Tyler, The Creator et les autres membres d’Odd Future. Cette ouverture sur sa vie personnelle ne fait que donner de la crédibilité à la galette.

Point de vue musical, Doris porte sans contredit la marque du collectif Odd Future et les synthétiseurs utilisés rappellent The Neptunes. Sweatshirt y va aussi d’un échantillonnage osé sur Centurion où il utilise la pièce Soup de la formation Can. Par contre, le rappeur manque parfois d’originalité et on aimerait le voir expérimenter un peu plus au niveau rythmique. Doris représente une des bonnes galettes rap parues cette année et prouve qu’Earl Sweatshirt deviendra un acteur important de la communauté hip-hop pour les années à venir.

Ma note : 7.5/10

Earl Sweatshirt
Doris
Columbia Records
44 minutes

www.earlsweatshirt.com/

Jay-Z – Magna Carta… Holy Grail

jay-z-magna-carta-holy-grail-full-album-stream-3On a eu peur… Avant même la première écoute, le coup de pub entourant la sortie du nouveau Jay-Z (téléchargement gratuit du disque pour les usagés du téléphone Samsung) a eu l’effet d’une douche froide sur notre ardeur musical. Et si l’annonce-surprise d’un nouvel album de l’autoproclamé roi du hip-hop n’était, en fait, qu’une énorme infopublicité?

Certes, à l’écoute de Magna Carta… Holy Grail, douzième opus du p’tit gars de Brooklyn, il faut admettre qu’il y a de cela, alors que les références aux produits de consommation sont nombreuses – Tom Ford, ReebookMiley Cyrus (?!) – mais, entre les innombrables superpositions sonores, il y a tellement plus à entendre et à découvrir.

É-N-O-R-M-E, le travail accompli par Jay-Z et ses nombreux collaborateurs (Rick Rubin – décidemment, il est partout celui-là, Pharrell Williams, Swizz Beatz et Timbaland) qui ne se sont pas limités à une seule voie musicale. Holy Grail contient du hip-hop conventionnel, mais également du R&B «cheesy», un peu de rap enragé, quelques touches d’électro, de rock, un tour du côté des Caraïbes, un retour jazzé aux années 1950 et au roots dance des années 1920. Franchement, il y a de tout pour tous sur ce disque!

À ce travail titanesque s’ajoute une liste impressionnante «d’invités». Jay-Z partage le micro avec les Frank Ocean (excellente Oceans!), Rick Ross, Nas, Beyoncé, Justin Timberlake et bien d’autres encore.
De plus, au fil des écoutes, on découvre les nombreux échantillons pigés à gauche et à droite par le rappeur pour mener à terme son pompeux projet. On y entend des brides de Smells Like Teen Spirit (Nirvana), de Losing My Religion (R.E.M.), de Gangster of Love (Part 1), (Johnny Guitar Watson) et de My Downfall (The Notorious B.I.G.), pour ne nommer que ces quelques cas.

Côté texte, les sujets traités ne surprennent guère : la famille, la loyauté, la richesse (évidemment), le dépassement de soi, la réussite, la drogue, la police et le sexe (re-évidemment). Pour faire dans l’allusion facile, Jay-Z «tire» dans toutes les directions (excusez-là).

Les rares faux pas (introduction trop léchée de Timberlake sur Holy Grail); la chanson Part II (On The Run), chantée en compagnie de sa Beyoncé) sont rapidement oubliés; le disque «publicitaire» de Jay-Z vaut une incursion musicale complète et répétée de l’auditeur.

Ma note : 8/10

Jay-Z
Magna Carta… Holy Grail
Roc Nation Records
58 minutes

www.magnacartaholygrail.com/

https://www.youtube.com/watch?v=xrntXf-2xNw