Francophone Archives - Page 54 sur 57 - Le Canal Auditif

Loco Locass – Le Québec est mort, Vive le Québec!

Il semble que ce fut difficile pour le trio de mener à terme ce nouveau Loco Locass. On peut vous dire que l’écoute aussi est difficile. Nous voici devant un Le Québec Est Mort, Vive Le Québec! dur d’oreille à la première approche. Une, deux, trois, voire quatre fois il a fallu se le mettre dans le canal auditif avant d’y trouver un intérêt devenu, depuis, certain.

C’est que chez les Locass, le message est gros. Répétitif. Comme des coups de marteaux, Biz, Chafiik et Batlam tapent fort sur le clou nationaliste. À un point tel qu’on se demande si ce disque (son intention et sa raison d’être) s’adresse à un public constitué que d’ados nationalistes ou de purs fans du trio hip-hop québécois.

Mais voilà qu’une fois cette première ligne franchit, qu’une fois qu’on relâche l’obligation de réponse à la question de savoir à qui s’adresse cet album, Le Québec Est Mort, Vive Le Québec! s’ouvre, finalement, et trouve son chemin vers le cortex cérébral. Et l’encrage est grave; les M’accrocher? (déjà entendu sur la trame sonore du film Tout est parfait), La Perle et Occupation Double plantent leurs griffes dans notre peau, font frissonner l’épiderme et vibrer la fameuse fibre des amoureux de la langue d’ici.

Certes, il y a des écarts dans la qualité des compositions offertes: on s’extasie et se repasse en boucle Les Géants, pièce déjà connue par les admirateurs du trio et qui est la plus réussie, achevée, intelligente et nationaliste jamais écrite par Loco Locass (à notre humble avis!) ; par contre, on n’arrive rarement à écouter au complet Tout Le Monde Est Malheureux, un rigodon où la voix de l’invité Gilles Vigneault tombe à plat, malheureusement.

Soulignons que la deuxième partie du disque – exception faite de la chanson Le But, déjà connue par les amateurs des Canadiens de Montréal – est beaucoup plus forte que la première. Tant les textes de Biz, les arrangements de Chafiik et la hargne vocale de Batlam frappent en plein centre de la cible de la majorité des chansons post rigodon.

Le disque aurait donc, peut-être, mérité un resserrement dans sa totalité, (1 h 13), mais bon, au final, la persévérance rapporte… et c’est peut-être là le message que veut transmettre Loco Locass avec cet opus au titre évocateur.

Ma note : 7/10

Loco Locass
Le Québec est mort, Vive le Québec!
Audiogram
73 minutes

www.locolocass.net/nouvelles/

Karkwa – Karkwa live

« On n’est pas sorti d’icitte, je vous avertis. On va passer une belle nuite », dit Louis-Jean Cormier au milieu de l’album Karkwa Live.

Les écouteurs bien vissés sur les oreilles, le volume parfait pour faire frissonner (ou frémir?) les tympans, les deux yeux fermés… Nous voici en plein Métropolis (ou à l’Impérial, si vous êtes de Québec), assistant à l’un des derniers concerts de la plus récente tournée de Karkwa, tournée qui s’est terminée en décembre de l’an dernier. Rock lourd, ambiance de communion, surprises auditives… En se concentrant, on a même cru percevoir le sourire de satisfaction des membres du band! Mais bon, peut-être qu’on rêvait…

En couchant sur disque les deux derniers shows de la tournée entourant le CD Les Chemins de Verre, Karkwa s’offre ici un live comprenant, selon nous, les 13 chansons – 1 h 12m – les plus achevées et aimées du public et, osons croire, du quintette lui-même.

Dès l’ouverture, avec Le Pyromane, on perçoit dans cette sonorité tout en rock lourd une évidente volonté des cinq gars de brasser la cage et d’y aller d’un dernier tour de piste énergique, avant de prendre une pause, disons-le, bien méritée. Cette perception se poursuivra sur l’ensemble des autres compositions, toutes plus rock que les originales.

Grosse, mais alors là, très grosse présence de la batterie de Stéphane Bergeron tout au long de cet enregistrement devant un public conquis, admiratif et participatif. Même chose du côté des guitares, très présentes et souvent «distorsionnées» à fond.

Au fil des écoutes, il est drôle de constater qu’au-delà de la lourdeur musicale offerte par le groupe, c’est la voix de Louis-Jean Cormier qui nous reste en tête. Audible et mise à l’avant, cela permet de bien entendre les textes des chansons. On saisit, comme jamais, les propos, les messages, les idées, les tournures de phrases et le chemin (de verbe) de Louis-Jean Cormier. Il s’agit là de l’atout principal de ce disque qui se veut, au final, être un «best of» très agréable à se mettre en oreille, beau temps, mauvais temps.

On écoute donc ce Karkwa Live, en attendant le retour du groupe sur scène… On a hâte!

Ma note : 8,5/10

Karkwa
Karkwa Live
72 minutes
Audiogram

www.karkwa.com/nouvelles.php

Micoe – À Retardement

C’est aujourd’hui que l’auteure-compositrice-interprète, originaire de Trois-Pistoles, nommée Micoe, lance sa première offrande titrée À retardement. Réalisé par l’incontournable Éric Goulet (M. Mono, Les Chiens), Micoe offre une création qui nous immerge dans un univers musical résolument électro-pop, au minimalisme assumé, qui inclut des boucles électroniques, et des échantillonnages sonores, évoquant parfois Lykke Li. Ce disque est empreint d’un spleen langoureux et sensuel, qui amène l’auditeur dans un état contemplatif… et c’est loin d’être inintéressant!

En premier lieu, je tiens à souligner en caractère gras, le superbe travail d’Éric Goulet à la réalisation. Au service des chansons, Goulet a su soutirer le maximum de ces pièces en ne tombant pas dans le piège de la «sur-réalisation» boursouflée. La voix douce et feutrée de Micoe n’écrase jamais l’instrumentation électro, ce qui permet d’apprécier encore plus ces ritournelles douces-amères. Un mixage intelligent et des arrangements sobres qui laissent l’impression que tout tombe en place. Bravo!

Mes pièces préférées? La captivante À retardement, la très Éric Goulet titrée Une descente si tranquille, l’excellente Inassouvie (qui fait penser à Daniel Bélanger, période Rêver Mieux), la bondissante Encore et l’émouvante La perle qui conclut magnifiquement l’album. Des réserves? Quelques chansons en fin de parcours, faisant office de remplissage, mais plus spécifiquement, des textes malhabiles, aux images incertaines et floues, manquant cruellement d’inventivité et qui viennent affaiblir quelque peu la crédibilité de cette œuvre. Un resserrement littéraire aurait été le bienvenu…

Qu’à cela ne tienne, l’écoute de ce premier effort de Micoe a constitué une agréable surprise pour mes exigeantes oreilles. Un rare premier disque, d’une artiste de chez nous, qui ne tente pas de racoler démesurément, des choix créatifs et artistiques supérieures à la moyenne et une réalisation qui vient bonifier ces chansons épurées, à la nordicité sonore assumée! Est-ce que ce disque aura un impact commercial? Pour ma part, c’est le dernier de mes soucis, car Micoe a fait le pari de la pertinence et de l’authenticité, plutôt que celui du succès de masse. Respect!

Le lancement de l’album À retardement de Micoe aura lieu, aujourd’hui, le 16 mai, au Lion d’Or, à 17 heures. Le Lion d’Or est situé au 1676 Ontario Est à Montréal (métro Papineau).

Ma note : 6,5/10

Micoe
À retardement
Vague de fond
51 minutes

www.myspace.com/micoemusique

Qualité Motel – Motel California

Les gars de Misteur Valaire ne chôment pas, depuis la sortie de Golden Bombay, ils tournent sans arrêt. Membres du groupe sélect des artistes québécois qui font régulièrement l’aller-retour Europe-Québec, ils ont, au travers la première phase d’écriture pour le troisième album, trouvé le temps de se partir un «side band». Qualité Motel, c’est les mêmes cinq gars, mais travaillant exclusivement avec des synthétiseurs, des samplers et des drums machines. À l’instar du dernier opus, une brochette d’artistes prêtent leurs voix aux petits génies de la musique. Le mandat de Motel Califorña? Échantillonner les années 90, les mélanger et lier le tout avec de la pop… Et c’est très pop… Très très pop… Trop pop!

Bien que l’opus présente quelques petits bijoux : Wija’s In Tha House, Piscine/Pool, Motel Engineer et En selle, Gretel, il reste que l’ensemble équivaut à se faire manger une tonne de friandise à soi-même! D’ailleurs, la glissade plus pop se sentait déjà sur Golden Bombay, mais elle était bien moins accentuée. Le feu roulant uniforme et linéaire des rappeurs oeuvrant sur Motel Califorña est quelque peu déroutant. Le groupe aurait peut-être eu avantage à faire confiance à deux ou trois voix qui auraient pu apporter une contribution intelligente à la musique du quintet, qui, elle aussi, écope. Certaines chansons sont banales et après une ou deux écoutes, on a fait le tour.

À la décharge de Qualité Motel, le formation offre tout de même certaines compositions dignes de mention: Full Of Crimes mettant en vedette Fanny Bloom et sa façon unique de chanter. Autre petite surprise, Honey Cruller, avec ses synthétiseurs dignes du groupe de hair métal Europe, qui nous rappelle également que Mitsou sait chanter en saint-s’il-vous-plaît (pour rester poli)! Bref, si vous aimez beaucoup la pop, peut-être serez-vous en mesure de passer à travers l’audition de ce disque sans vous sentir flouer? Si vous êtes comme moi, nostalgique de Friterday Night, alors vous pouvez attendre le prochain opus du groupe sans vous en mordre les doigts.

Ma note : 5,5/10

Qualité Motel
Motel Califorña
Mr. Label
43 minutes

www.qm.mu/

Canailles – Manger Du Bois

Ceux qui écument le Quai Des Brumes régulièrement connaissent Canailles; si ce n’est pas l’ensemble du groupe, à tout le moins un ou deux membres. La formation a fait la pluie et le beau temps avec Bernard Adamus dans le mythique bar de la rue St-Denis. Après deux ans à faire danser la racaille, ils nous offrent Manger du bois, leur premier album aux saveurs cajun, bluegrass, country et folk. Les huit musiciens (oui, oui huit!) nous chantent la vie avec un franc-parler bien assumé. Ramone-moi chante d’ailleurs l’amour de façon assez… particulière.

Canailles se fait un devoir de chanter la misère. Muraille de Chine et Dans mon litte en sont deux bons exemples. L’album prend réellement son envol sur Parle-moi avec l’accordéon d’Alice St-Jak et la voix éraillée et poignante de Daphné Brissette. D’ailleurs, celle-ci possède tout le chien et la tristesse nécessaire dans son organe vocal pour appuyer ce genre de musique. Difficile d’y rester insensible. L’opus a quelque chose d’insolite, de tout croche et c’est spécifiquement ce qui fait le charme de Manger du bois. La réalisation, assumée par le groupe et par le rappeur canadien Socalled, colle au son de la bande et lui rend un fier service. La transition entre la scène et le studio n’a heureusement pas enlevé la couche râpeuse qui adhère à l’ensemble. On sent que la fête fait partie du groupe, ils en chantent même les bienfaits avec Dimanche, un hymne au besoin de dormir et de guérir le lendemain de veille.

Par contre, on sent que la maturité à venir les servira. Bien que l’album soit très bon, le potentiel est là pour pousser plus loin le son qu’ils ébauchent. Une petite note aussi pour la pochette d’album et le livret conçues par Gabrille Laïla Tittley. Surperbe travail! Bref, pour les amateurs de Bernard Adamus et Lisa LeBlanc, Canailles sera une belle addition à votre bibliothèque musicale. Et si vous aimeriez vivre l’expérience complète, le groupe vous attend à son lancement le 19 avril prochain à la Sala Rossa. Ne vous prévoyez rien de trop tôt le 20!

Ma note : 7,5/10

Canailles
Manger du Bois
Grosse Boîte
47 minutes

//canailles.bandcamp.com/