Francophone Archives - Page 53 sur 54 - Le Canal Auditif

Julien Sagot – Piano Mal

Percussionniste et idéateur sonore chez la formation québécoise Karkwa, Julien Sagot faisait paraître la semaine dernière son premier opus intitulé Piano Mal. L’univers de Julien Sagot s’apparente à un folk rock, un peu prog sur les bords, un peu chanson française, assez champ gauche, s’éloignant du son de Karkwa pour se rapprocher de celui de Patrick Watson… et la réalisation de Simon Angell, guitariste de Watson, n’est pas étrangère à cette signature musicale. Avertissement : les textes de Sagot donnent dans une poésie surréaliste qui pourrait paraître hermétique aux adeptes de chanson française plus «classique»!

Ça débute à gauche du spectre avec Le trucifié. Chanson où tous les ingrédients mentionnés précédemment sont réunis. Titre qui donne sérieusement le ton à l’album. Suit Piano mal, la folk éthérée Qui et retour au piano avec Palissade. Survient la très « chanson française » Une vieille taupe; pièce qui semble tout droit tirée de l’univers de Arthur H. Arrive le morceau rock Le temps des vendanges, la presque robotique Château rouge, la folk minimaliste Février et la ritournelle la plus perméable de cette création titrée Les champs de coton. Structure simple, base folk, presque aérienne, cette chanson est une réussite. L’album se conclut par une expérimentation musicale bruitiste aboutie nommée S.O.S. panda.

Sur Piano Mal, Julien Sagot se distance juste assez de Karkwa pour créer un espace musical personnel aux atmosphères parfois éthérées, parfois glauques et toujours distrayantes. Aucune chanson particulièrement mémorable mais, un habillage sonore et des arrangements singuliers qui confère à Piano Mal une personnalité propre. Une seule barrière : la voix chancelante de Sagot. Un peu plus d’assurance et d’affirmation aurait porté ce disque à un niveau artistique plus élevé. Qu’à cela ne tienne, Julien Sagot a passé l’examen avec succès et il peut affronter l’avenir avec calme et sérénité, car notre homme peut très bien briller sans ses confrères de Karkwa. Les fans de Patrick Watson et Arthur H affectionneront cette création. Une réussite!

Ma note : 7/10

Julien Sagot
Piano Mal
Simone Records/Select
40 minutes

Philippe B. – Variations Fantômes

Puisque l’amorce de 2012 se veut moins riche en parutions de qualité, je me suis permis de poser mes oreilles sur quelques disques qui sont passés inaperçus sous le radar du Canal Auditif. Entre autres, grâce au collaborateur Phil Beauchemin, je me suis penché sérieusement sur l’album Variations Fantômes de Philippe B. L’auteur-compositeur-interprète originaire de Rouyn, qui fut également l’ancien meneur de la formation Gwenwed, est actuellement le frère de son de Pierre Lapointe. Sur Variations Fantômes, Phlippe B. utilise des particules sonores tirées d’œuvres de musique classique. Un processus casse-cou qui donne un résultat ébahissant; d’une beauté à couper le souffle!

Destinés aux cœurs esseulés et démantibulés, Variations Fantômes est un disque qui combine l’indie-folk, la pop, la chanson française et la musique classique de manière efficace et convaincante. Une œuvre magnifiquement triste et désarmante, superbement arrangée, chantée d’une voix nonchalante mais juste, dont les textes poétiques (sans être hermétiques) sont en parfaites osmoses avec la musique. Le disque déborde de brillantes chansons. Hypnagogie, La Ballerine, Petite Leçon De Ténèbres, Mort Et Transfiguration (D’un Chanteur Semi-Populaire), Nocturne #632, Ma Photographe et Chanson Pathétique sont sans contredit mes pièces préférées!

Variations Fantômes progresse dans des sentiers déjà foulés par des artistes de renoms tels que Nick Drake, Beck (période Sea Change) et Eels (époque Blinking Lights And Other Revelations). Sans aucun doute, un disque majeur et résolument contemporain qui, à mon avis, fera époque dans l’histoire de la musique francophone d’Amérique. Par conséquent, je suis dans l’obligation de me rétracter… N’en déplaise à Olivier Langevin et à sa formation Galaxie, le Variations Fantômes de Philippe B. s’installe désormais confortablement au-dessus de Tigre Et Diesel en tant que meilleur album québécois de 2011. Une galette dont l’appréciation se bonifie à chacune des écoutes. De la plus haute importance!

Ma note : 8,5/10

Philippe B.
Variations Fantômes
Bonsound Records
41 minutes

philippeb.ca

Wesli – Liberté dans le noir

Deux années ont passé depuis la parution de l’album Kouraj, et voilà que la Révélation Radio-Canada 2009-2010, Wesli Toussaint lançait sur le marché, il y a quelques semaines déjà, un disque titré Liberté Dans Le Noir. Wesli c’est une mixture surprenante et vitaminée d’afrobeat, de reggae enrichie de quelques perles de rock ici et là. Fait à noter: sur certaines pièces, Wesli s’est ligué avec quelques pointures importantes. Je fais référence à Mes Aïeux, Radio Radio, Tiken Jah Fakoly et Paul Cargnello, pour ne nommer que ceux-là.

Sur Liberté Dans Le Noir, ce natif d’Haïti et arrivé à Montréal en 2001, nous en met plein les oreilles! Le ton est donné avec l’engagée Colonisation, en duo avec Tiken Jah Fakoly. Une chanson réussie, brillamment exécutée par des musiciens de fort calibre. Vient ensuite la bigarrée Danse Baila Danse en compagnie de Mes Aïeux. Une ritournelle festive qui allie à la perfection le trad québécois à la world music sauce Wesli : l’une des meilleures de l’album. Très peu de relâchement sur cette galette! Même les légères incursions dans le rock sont justifiées. Je pense ici au vaillant solo de guitare électrique dans Bye Bye Daomé. Bref, Wesli Toussaint possède un talent éléphantesque!

Notre homme est le meilleur artiste de world music que le Québec puisse offrir au reste du monde. Un talent hors du commun qui mérite de dépasser nos frontières. Je vous mets au défi, que cette musique soit votre tasse de thé ou non, de ne pas remuer vos fesses sur ces rythmes endiablés et ces mélodies irrésistibles! Adeptes de musique du monde, cet opus est tout simplement inévitable. De plus, la réalisation est irréprochable : une authentique tonne de brique.

Un seul petit bémol : le disque (d’une durée de 75 minutes) peut laisser une impression de redite mais Wesli réussit le tour de force de nous garder captif de sa création du début à la fin… et c’est le plus beau compliment que je puisse présenter à ce musicien, arrangeur et réalisateur de calibre international. Un disque ardent à écouter durant nos froids sibériens… en attendant impatiemment le printemps à venir!

Ma note : 7,5/10

Wesli
Liberté dans le noir
Wes Urban Productions
75 minutes

wesliband.com

Les Dales Hawerchuk – Le tour du chapeau

Les Dales Hawerchuk, formation saguenéenne transplantée à Montréal, sont de retour avec leur troisième offrande logiquement intitulée Le Tour Du Chapeau. Les Dales Hawerchuk, c’est du stoner rock qui ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis. Brutal, cru, fuzzé, buzzé, sans fioritures; et c’est comme ça qu’on aime Les Dales Hawerchuk. Les frères Séguin ont encore réussi en nous en mettre plein les oreilles.

Moins festive que les deux précédentes galettes, les Dales ajoutent une couche supplémentaire de fuzz gracieuseté de la réalisation fracassante du guitar-hero en chef Olivier Langevin. Évidemment, le son des Dales Hawerchuk est tout, sauf subtil et raffiné. Le Tour Du Chapeau s’écoute le volume dans le prélart, la Molson dans la main droite, le pétard dans la main gauche, juste avant d’aller «veiller» au bar du coin! Mon propos peut paraître péjoratif mais c’est loin d’être le cas. Qui n’a pas fait ça au moins une fois dans sa vie? Sinon, je vous le souhaite… c’est jouissif!

Le Tour Du Chapeau est un retentissant album destiné aux amateurs de rock de toutes les régions du Québec. Rhum And Coke, Poches Pleines D’or, J’fais Mon Chemin, Facebook, J’fume Trop, Amour Foudre et Poum De Beu constituent de furieux brûlots rock qui agissent comme un exutoire après une dure semaine de travail. Les textes sont francs, directs et en symbiose avec la musique. Ça fesse dans le dash! Ça rentre au poste!

Si vous aimez le rock « made in Québec » à haut indice d’octane, qui déménage, qui ne tombe pas dans le misérabilisme et qui ne se prend pas au sérieux, je vous conseille fortement de quitter Éric Lapointe et de transférer vos oreilles du côté des Dales Hawerchuk et leur Tour Du Chapeau. Ça ne réinvente rien mais c’est un excellent disque de stoner rock qui n’a rien à envier à certaines productions internationales du même genre. Et c’est le buuuuuuuuuuuuut!

Ma note : 3/5

Les Dales Hawerchuk
Le tour du chapeau
C4
30 minutes

lesdaleshawerchuk.com

Éric Goulet – Volume 1

Éric Goulet, vous connaissez? Le nom ne vous dit rien? Pourtant, c’est lui, le leader du groupe rock Les Chiens. C’est lui aussi qui se cache derrière le folk mélancolique proposé par son pseudo personnage, Monsieur Mono. On lui doit aussi de nombreuses réalisations, de Vincent Vallières à Yann Perreau en passant par Alexandre Champigny et Alexandre Belliard. Et pour les plus vieux, on se souviendra de lui comme le chanteur de la défunte formation Possession Simple. Mais ça, on vous pardonne de l’avoir oublié…

Voici qu’il propose cette semaine un premier album signé de son propre nom, Éric Goulet. Avant l’écoute, on imagine donc du rock, du folk, à la limite de la pop… mais certainement pas du country! Et c’est pourtant le cas. Ce Volume 1, titre librement ouvert et qui laisse déjà présager une suite, contient en effet treize chansons à écouter sur un cheval, avec des bottes et un chapeau de cowboy, en route pour le Festival western de St-Tite.

Il faut donc quelques écoutes avant de bien assimiler cette musique si prisée par les amoureux de Willy Lamothe, Paul Brunelle et Renée Martel. Car c’est bien de ce type de country typiquement québécois qu’on a droit ici : de la « lap slide guitar », de la « pedal steel », des ritournelles d’amour perdu, de cœur brisé, de chambre d’hôtel et de coucher de soleil.

Et vous savez quoi? On fini par s’y plaire! Il faut dire qu’Éric Goulet a bien fait le travail. Il s’est entouré de musiciens d’expérience (Rick Haworth et Carl Prévost aux guitares, Ariane Ouellet au violon), et de choristes à la voix bien sentie (Mara Tremblay, Isabeau Valois, membre des Chercheurs d’Or, et Corinne Montpetit, du groupe Camionette).

De plus, il reprend à la sauce country quelques chansons « connues» qu’il avait d’abord écrites pour d’autres (Mauvaise Vie, pour WD 40, Chacun dans son Espace, pour Vincent Vallières et Danse avec moi, pour Renée Martel) de même que des succès rendus populaires par, notamment, les Joe Dassin (Salut les amoureux), Pauline Julien (L’âme à la tendresse) et Georges Hamel (Quand nos cœurs seront unis).

Mais surtout, on ressent à l’écoute un véritable plaisir et une volonté de rendre hommage au style country. Les références musicales sont nombreuses, le style et les arrangements se veulent intemporels.

Alors, mettez la selle sur le cheval : on embarque!

**Lancement officiel le 7 novembre au Monument National

Ma note : 3,5/5

Éric Goulet
Volume 1
Disques Nomade

disquesnomade.com