Francophone Archives - Page 51 sur 59 - Le Canal Auditif

Ponctuation – 27 Club

BONAL020_CoverAssurément, la scène musicale de Québec est en feu ces derniers temps! Après Les Indiens qui ont fait paraître Crâne la semaine dernière voici qu’arrive leurs amis de Ponctuation avec leur premier album : 27 Club. Ce duo fait dans le garage rock lo-fi en français et est composé de deux frères : Guillaume Chiasson (voix et guitare) et Maxime Chiasson (voix et batterie). Encore une fois, voilà un groupe peu familier pour le paysage musical québécois, mais qui arrive avec sa couleur.

27 Club, fait référence au club des artistes qui ont trépassé à 27 ans : Kurt Cobain, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison et plus récemment Amy Winehouse. Heureusement, les deux frères ont eu le temps de passer cet âge dangereux et nous arrivent avec un album franchement intéressant. C’est rock à souhait, c’est punk aussi par bout, mais surtout c’est mélodique et accrocheur. Loin des Céline Dion de ce monde, Guillaume Chiasson possède une voix désespérée qui, avec ses inflexions, appuie à merveille le son du groupe.

Ponctuation détient un petit côté rebelle et on le voit dès le début avec Ciao Bye Ciao qui s’entame sur une fausse fin de chanson pour ensuite se transformer en une mélodie accrocheuse qui saura vous faire taper du pied. À bout de souffle vient alourdir légèrement le tout avec un rythme plus carré. La plus langoureuse titrée Marie-Anne sur St-Roch vient quant à elle «psychédéliser» l’ensemble. Le guitariste y va aussi de quelques solos dissonants, celui de La bouteille en est un très bon exemple. Sur Belvédère, on reconnaît une certaine influence du groupe Fugazi et cela donne au final, une excellente chanson. Il faut cependant dire que la pièce-titre de l’album vaut le détour à la fois musicalement, car elle est très mélodieuse, mais le texte aussi transpire une mélancolie de ne pas faire partie du fameux club des 27. Car oui, Chiasson vient à chanter son désarroi d’être… en vie. Et le tout se termine sur un constat d’échec : «À 28 ans, trop tard pour m’accomplir / Je ne serai jamais dans le 27 Club.»

Bref, les deux frères peuvent se dire mission accomplie. Bien qu’ils ne fassent pas partie de l’illustre club des 27, il n’en demeure pas moins que cette galette est un must pour les fans de garage québécois. Si l’on peut reprocher quelque chose à la galette c’est que parfois on a l’impression que le son n’a pas atteint sa pleine maturité et on peut aisément se dire que les prochains disques de Ponctuation pousseront plus loin dans ce rock garage mélodieux.

Ma note : 7/10

Ponctuation
27 Club
Bonsound
31 minutes

ponctuationponctuation.bandcamp.com

Les Indiens – Crâne

48891-300cUn nouveau venu se pointe le bout du nez dans le monde du rock québécois, et c’est un groupe de stoner psychédélique, rien de moins! Les Indiens, originaire de Québec, formé de Guillaume Sirois (voix et guitare), Pascal Asselin (batterie), Michel Groleau (basse) et Alex Beaulieu (claviers) débarque avec Crâne, leur premier opus. La formation avait fait paraître un maxi intitulé Ed (en l’honneur d’Ed Belfour, ex-gardien des Blackhawks de Chicago) l’année dernière. Ils récidivent maintenant avec leur premier album.

Crâne est un album métissé, rythmé par une batterie et une basse puisant dans les rythmes des premières nations et des guitares fuzzées à souhait bien plus proche des groupes tels que Torche ou Kylesa. Ajoutez à cela une lourdeur typiquement stoner, des claviers qui rappelle parfois Deep Purple et une voix légèrement flottante, absolument psychédélique, et vous aurez Les Indiens. Ça sonne, c’est entraînant et en même temps ça rappelle le rituel. Un excellent compagnon musical d’une nuit interminable.

La galette s’entame sur Boucane qui affirme sans tarder l’influence des rythmes amérindiens. Les tambours sont présents, puissants et tribaux. Après un début pesant, le quatuor part la machine avec la chanson-titre de l’album qui est nettement plus cadencé. Crève-cœur nous fait, quant à elle, visiter le côté plus psychédélique du groupe avec ses claviers éthérés et les répétitions vocales de Sirois. Autre petite perle psychédélique, la mélancolique La piste des larmes. Désert de glace part lourdement après une intro où la guitare abandonne sa distorsion.

Bref, Les Indiens arrive avec un premier opus bien intéressant. On sent malgré tout que la jeune formation cherche encore la formule finale à leur son, ce qui donne parfois des résultats un peu moins convaincants. Mais qu’à cela ne tienne, Crâne est une offrande honnête qui colore le paysage du rock québécois d’un nouvel arrivant à prendre au sérieux.

Ma note : 7/10

Les Indiens
Crâne
Disques Attila Nomades
42 minutes

lesindiens.bandcamp.com

Pierre Lapointe – Punkt

Pierre-Lapointe-PunktC’est par une intro digne d’une émission jeunesse que s’ouvre le nouvel album de Pierre Lapointe, Punkt. Cela donne à croire que le reste de l’opus de celui qui nous a habitués à la noirceur des Sentiments humains fera dans la jouissance et la gaieté, si l’on peut se permettre cette tournure de phrase de mauvais goût. Eh bien, au final des écoutes des seize chansons, on peut dire que le chanteur axe en effet de grands moments sur le bonheur d’être, mais il garde encore une belle place, celle de choix selon nous, aux tourments intérieurs.

Mais avant d’arriver aux très grandes chansons que sont Barbara, Les ministères et La date, l’heure, le moment, toutes trois décalées vers la fin de l’album, Pierre Lapointe offre une partouse toute sexuelle sur près de la moitié des chansons entendues. Il fait du sexe sa pierre angulaire sur ce Punkt.

Avertissement aux chastes oreilles, donc. Le chanteur aborde, dans un langage direct et cru, l’amour oral (« Je ne pense qu’à te revoir / Nu / À genoux devant moi », sur Nu devant moi), la sodomie (« Les enfants du diable / Par des jours agréables / Gorgent leurs verges de sang / Et s’enculent en chantant », sur Les Enfants du diable) et la pénétration (« Pénétrer autrui / Le jour la nuit / En faisant l’amour / C’est bien mieux de faire l’amour » sur l’excellente La sexualité). Une ambiance à l’opposée de Seul au piano, son disque précédant.

Oui, Punkt est un album qui sent – et sonne – le sexe dans tous ses états. Et Pierre Lapointe n’utilise aucunement les détours habituels de la rhétorique pour aborder ce thème si « chair » à sa personne. C’est direct. C’est imagé. C’est cru. Aux nombreuses écoutes, ce sont toutefois les chansons où la musique prend les devants sur les textes que l’on garde en tête. Ce qui est plutôt rare, disons-le, dans l’univers de Lapointe.

Ainsi, on aime énormément le son électro venant briser le tempo imposé par la batterie sur la chanson Barbara, les changements de temps, les chœurs féminins et la batterie (encore!) de ce que l’on considère être la meilleure composition de ce disque, Les ministères. Finalement, on apprécie grandement la musique d’orgue d’église et la noirceur qui se dégage de La date, l’heure, le moment.

Tirant dans de nombreuses directions, ce Punkt se veut un disque complet et ouvert, où l’on retrouve du cabaret, des balades dramatiques, des envolées lyriques, des chorales en puissance et de l’électro-pop bien rendue. C’est peut-être, justement, un peu trop pour un même disque…

Ma note : 6,5/10

Pierre Lapointe
Punkt
Audiogram
42 minutes

www.pierrelapointe.com

Vidéoville – À la recherche de la femme féconde

1384623057-1Vidéoville est un trio montréalais qui base sa musique sur des films de série B. Formé de Chen (guitare), Jonathan (batterie) et Nicolas (basse), le groupe fait dans un post-rock aux influences indie, punk et new wave qui se fondent les unes aux autres donnant une identité sonore assez unique. Habitués des Douteux (regroupement du lundi où l’on regarde de mauvais films en sirotant une bière, en tirant des bouchons de lièges sur l’écran pour démontrer notre indignation et où The Room de Tommy Wiseau est vénéré comme un demi-dieu de la bêtise cinématographique), les trois jeunes hommes y font une musique instrumentale bien intéressante.

À la recherche de la femme féconde possède une panoplie de titres faisant référence à cette culture du film poche. D’ailleurs Réjean Tremblay serait flatté (avec un gant de crin?) de savoir que le premier titre de la galette est intitulé : Sacrament Suzie!. Vous comprendrez que l’univers de ces trois garçons baigne dans la culture « geek », ce qui n’est pas dépourvu de charme. Il faut dire aussi que Vidéoville possède uns sens de la mélodie plutôt développé sur lequel vient parfois se poser de l’échantillonnage de film et d’émissions télévisuelles.

Outre la première pièce, on retrouve l’excellente Libérez les otages, séduire les femmes, sauver le monde qui, avec la guitare de Chen, parfois mélodique parfois très bruyante, coule dans les oreilles magnifiquement. Plus calme et atmosphérique, sept/sept/sept évoque des images de longs parcours; car on est face à un genre de Godspeed You! Black Emperor qui se prend bien moins au sérieux et qui n’a pas la même affection pour les lentes progressions. La pièce la plus longue n’atteint même pas la barre des cinq minutes. Vidéoville livre de courtes pièces qui progressent rapidement et on reconnaît là, l’influence du punk et de post-hardcore.

Bref, À la recherche de la femme féconde se trouve à être une des sorties les plus intéressantes de ce début d’année québécois. Voilà un trio qui n’a pas froid aux yeux et qui arrive avec un concept différent. Voilà aussi un groupe qui en est déjà à leur troisième opus et ça s’entend. Bref, c’est vraiment bon!

Ma note : 7.5/10

Vidéoville
À la recherche de la femme féconde
Les disques Polypulse
33 minutes

videoville.bandcamp.com/

Daniel Bélanger – Chic de ville

ACH003307437_1359176362_320x320Bien des choses se sont passées depuis la sortie de Nous, il y a trois ans, dans la vie de Daniel Bélanger. Tout d’abord, il a composé la musique pour plusieurs pièces de théâtre dont Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay, adaptée en comédie musicale par René-Richard Cyr, et qui a connu du succès des deux côtés de l’Atlantique. On a aussi vu (tout en étant franchement surpris) ses premières apparitions à des émissions telles que Star Académie et La Voix. On sait aussi que Daniel Bélanger marche par coup de cœur. Il aime un artiste et il tente de faire un peu pareil sans s’empêcher d’être lui-même. Cela a donné le sublime Rêver Mieux inspiré du groupe français Air.

Déjà, lorsque le simple Je poursuis mon bonheur est apparu au printemps passé, on savait que Bélanger s’en allait dans une nouvelle veine, inspiré du rockabilly. Alors que dire de Chic de ville ? Il faut dire qu’il a voyagé jusqu’à Nashville afin d’enregistrer la section corde, au fameux Blackbird Studio, et qu’il a retenu les services de musiciens d’expérience issus de la scène country et folk… de même que le très talentueux Alex McMahon. Malgré ces prémisses prometteuses, qui mettaient la table pour un album digne des grands classiques du compositeur, on se retrouve face à un opus qui ne fait qu’aborder en surface les racines de l’Amérique.

On aurait pu penser que Bélanger allait y arriver mais non… et c’est malheureux. Même si la deuxième moitié du disque semble plus solide, cette création respire le travail superficiel. Alors que le country/rockabilly est un style de musique si lié à la mélancolie et aux destins malheureux, on retrouve plutôt des pièces léchées incapables de faire passer la moindre émotion authentique. On a même droit à un mauvais slow de graduation avec L’Aube.

Alors qu’on s’attend d’un auteur qu’il se bonifie avec la maturité, les textes sont très loin d’atteindre la qualité à laquelle Bélanger nous avait habitués. Heureusement, Le temps est charognard vient un peu sauver la donne avec son rock’n’roll entraînant, ses percussions percutantes et ses arrangements de voix de tout beauté. Autre bon coup de la galette, l’excellente Traverse-moi qui rappelle les plus belles pièces de Rêver Mieux avec sa suite d’accords non-orthodoxe et Bélanger qui chante avec cœur et âme. Il poursuit dans cette veine avec la minimaliste Le cœur en mille morceaux qui va droit au but.

Bref, à travers la jungle de chansons faibles, on peut trouver deux ou trois bijoux, mais on est loin du sceau certifié « qualité Bélanger ». Malgré tout, Chic de ville est plus intéressant en deuxième partie mais reste tout de même qu’une certaine déception risque de vous envahir à l’écoute. Si cet album est censé nous donner envie de prendre la clé des champs, c’est réussi mais peut-être pas pour les bonnes raisons…

Ma note : 5.5/10

Daniel Bélanger
Chic de ville
Audiogram
48 minutes

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