Francophone Archives - Page 51 sur 60 - Le Canal Auditif

Jean-Louis Murat – Toboggan

murat-500x500L’auteur-compositeur-interprète français Jean-Louis Murat lançait la semaine dernière Toboggan. Le productif musicien avait fait paraître Grand Lièvre en 2011; disque aux mélodies légères et aux textes larmoyants. Voilà un créateur qui a conçu 19 albums studio répartis sur quatre décennies et qui a toujours su admirablement s’affranchir d’un certain carcan issu de la chanson française traditionnelle en s’acoquinant maintes fois avec d’excellents instrumentistes américains et anglais. Tout bien considéré, un important confectionneur de chansons!

Alors, Murat nous présente un nouvel opus fictivement calme, car sous ces glisses engourdies et langoureuses se camouflent les éternels sujets de la mort, de la perte de l’être cher et de la crainte angoissante de l’abandon. Ce nouveau périple dans la contrée mélancolique et morne de Murat enrobe l’auditeur avec sa délicatesse, son dépouillement et sa vicieuse clairvoyance.

Réalisé seul, à la maison, à contre-courant de l’hyperactivité du monde, en mode guitares-claviers, la langue française superbement bien pendue, ce Toboggan subtil et duveteux, est stimulé par de somptueux instruments à vent, des cordes académiques, de l’orgue Hammond, de discrètes percussions, des disharmonies avisées, des voix d’enfants et des hurlements d’animaux.

Cet homme/artisan sculpte sa musique depuis de nombreuses années et cette œuvre transpire l’expérience, l’assurance du vétéran et la créativité ingénieuse… raffinée, mais absolument ingénieuse. Ici, on a affaire à un éloquent songwriter de la trempe d’Alain Bashung. Évidemment, ce n’est pas un disque de rock électrisant, mais les amants de chanson française mature et orfévrée seront à tous les égards rassasiés.

Ce chant des plaines renferme plusieurs pièces de haut niveau : les très feutrées Il neige et L’amour n’est pas querelle, l’austère Le chat noir, la pianistique/dramatique enfiévrée de bruits d’animaux Robinson, la quasi a capella Voodoo simple, et la superbement orchestrée, au titre qui en dit long: J’ai tué parce que je m’ennuyais. Quelques réserves pour les mièvres Over And Over et Belle, mais rien qui vient réellement ralentir notre plaisir auditif.

Jean-Louis Murat résiste au règne du néant et du futile avec un Toboggan aux antipodes du trépidant rythme de vie moderne… et vous savez quoi? C’est une excellente chose. Murat prodigue une musique mature, quelque peu asociale, mais qui se bonifie grandement au fil des écoutes. Une conception sonore qui prend son temps et qui demande au mélomane de s’installer confortablement afin de déguster à toutes les saveurs musicales de ce Toboggan. Un artiste trop méconnu de ce côté-ci de l’Atlantique.

Ma note : 7/10

Jean-Louis Murat
Toboggan
PIAS France
36 minutes

www.jlmurat.com

Les 8 Babins – Recette Maison

1503575Les 8 Babins, c’est six musiciens : Hugo Paquette-Ravary (voix et guitare), Vincent Paquette-Ravary (batterie et voix), Jeremy Sigouin (guitare et voix), Simon Éthier (basse et voix), Karyne Gingras (saxophone) et Ti-Ben alias M. La Chose (percussions, danse et amuseur de foule). Bien que l’album soit sorti en 2012, ils seront à l’événement Vue sur la relève le 27 avril prochain. Alliant reggae, funk, pop, blues et rock, mélangé dans un mesclun musical, la formation s’inscrit dans un nouveau mouvement sonore qui semble se pointer à l’horizon, avec des groupes comme Les Guerres d’l’Amour et Les Chics Clochards maintenant rebaptisés Le Squall.

Recette Maison, leur premier album passe à travers le catalogue de référence du groupe. Et bien que cela donne un opus varié qui ne stagne jamais, cela donne aussi une galette décousue qui manque d’homogénéité. Plutôt que de sentir que la bande s’amuse à travers les influences, on a beaucoup plus l’impression que Les 8 Babins sont toujours à la recherche de leur identité musicale. Par contre, il faut dire que la présence des différentes percussions et du saxophone donnent une saveur particulière à l’ensemble.

Recette Maison s’entame sur Manque pas le bateau qui, avec son funk rafraîchissant ouvre bien la danse. Il faut dire aussi qu’Hugo Paquette-Ravary ne possède peut-être pas la plus belle voix du Québec mais une chose est sûre, son débit est impressionnant sa façon de se faufiler à travers les mots coule comme le torrent d’une rivière. Il en fait la démonstration sur Osti qu’j’tanné qui fait partie des bons morceaux de l’album. Par contre, les deux reggaes que Les 8 Babins nous livrent, Reste cool Raoul et Reggaenette, manquent d’originalité et sont d’un convenu ennuyant. Le visage de la liberté fait partie des beaux moments de Recette Maison. Voilà une chanson qui devrait faire danser aisément les foules en concert.

Bref, voilà un jeune groupe qui, avec ses musiciens de qualité, saura trouver le bon chemin. Pour l’instant, Recette Maison demeure trop décousu malgré les quelques moments intéressants. À travers les périples créatifs, le sextuor saura sûrement trouver son propre son. Une chose est certaine, la version live du groupe semble être une garantie d’une soirée haute en couleur!

Ma note : 6/10

Les 8 Babins
Recette Maison
Les productions Kay
53 minutes

www.les8babins.com

Forêt – Forêt

foret_foretDepuis une semaine, nous avons les oreilles en pleine Forêt, nom du duo musical montréalais et également titre de son premier opus. Une forêt souvent opaque et fantomatique, mais où quelques rayons de soleil jaillissent ici et là entre les branches musicales. Forêt, c’est Émilie Laforest à la voix et Joseph Marchand à la guitare. Mais c’est aussi – et beaucoup – les textes de la poète Kim Doré et la co-réalisation du karkwaien François Lafontaine et de Joseph Marchand. Le duo est en fait ici un quatuor.

Dès les premières écoutes de ce disque, on pense à Blonde Redhead: pour le clair filet de voix de miss Laforest, qui rappelle celui de Kazu Makino; pour les petits bruits d’électro, entendus dans les recoins de certaines compositions; pour cet amour des ambiances. On écoute encore. Cette fois, on perçoit un peu de Portishead à gauche, un peu de The Raveonettes à droite…

Car comme pour ces groupes, Forêt aime le planant. C’est évident. Mais autant le duo favorise l’amplitude de l’auditeur par la présence d’envolées lyriques, de chœurs féminins tout-légers, d’une vocalise claire et d’une guitare aux cordes finement pincée, autant il le plaque au sol grâce à une lourde et prédominante batterie, de tortueux claviers et quelques coups de guitares électriques ou de piano bien envoyés.

Le travail de tous les instants des protagonistes pour bien enraciner la musique de Forêt dans nos oreilles fait cependant ombrage aux textes signés Kim Doré. Et c’est malheureux, parce qu’en s’y attardant attentivement, on s’aperçoit qu’ils cadrent à merveille dans cet univers tout en opposition.

Il faut donc tendre l’oreille pour bien saisir les propos ensevelis sous toutes ces sonorités. Mais il s’y trouve des perles. Deux exemples parmi tant d’autres:

« Comment faire pour dormir /
Quand les miroirs se brisent /
Avec toutes les images /
Qui se cachent sous mon lit »
– Sur la chanson Le sucre de mes larmes ;

Et:
« Regarde-nous faiblir /
Aspirer, disparaître /
Nous avançons dans nos souvenirs /
Vers le plus beau naufrage »
– Sur la chanson La Cage.

Des textes poétiques, en harmonie avec la pop vaporeuse jouée par le duo et réalisée par Lafontaine. On le répète: ils auraient gagné à être mieux entendus. N’empêche; Forêt accouche ici d’un premier grand disque, d’une finesse certaine où la recherche musicale a porté ses fruits.

Ma note: 8,5/10

Forêt
Forêt
36 minutes
Simone Records

www.foret.mu

http://www.youtube.com/watch?v=fIXMkxZnRAA

Ludo Pin – Paris-Montréal

Critique-album-Ludo-Pin-Paris-Montréal-Sans-ça-4Comm-Bible-urbaineLudo Pin, de son nom complet Ludovic Pin, est un artiste originaire de France, mais qui est bien installé à Montréal depuis qu’il a rencontré l’amour ici aux Francofolies. Celui qui est peu connu de ce côté-ci de l’Atlantique compte quand même quelques faits d’armes à son actif : spectacles aux Francofolies de La Rochelle, en première partie de Louise Attaque et de Gaëtan Roussel. Ayant un album à son actif, le voici de retour avec son premier album composé de ce côté-ci de l’Atlantique.

Paris-Montréal est d’abord et avant tout composé de textes. Sérieusement ancré dans la tradition de la chanson française, l’artiste montréalais fait couler sa plume qui tisse des tableaux où l’amour, le quotidien et les tracas de la vie s’entremêlent. La facture, quant à elle, est nettement urbaine, incorporant certains éléments du hip-hop et de l’électro-pop. Il fait parfois penser à Jérôme Minière et parfois à David Giguère, mais en version guitare. D’ailleurs, Ariane Moffatt était dans le décor lors de l’enregistrement et a joué du piano sur quelques pistes pour Pin. Il faut souligner aussi la réalisation de Navet Confit, qui comme à son habitude, sait garnir les pistes enregistrées d’une facture riche et intéressante.

Le tout débute sur Que veux-tuPin a un petit quelque chose de désinvolte dans sa manière de chanter, et cela le sert grandement. Avec Face à face, on peut entrevoir que Pin sait se servir d’une panoplie d’instruments, le kalimba amenant un petit quelque chose de différent à ses compositions résolument pop. Pense à moi, nous offre un beau moment avec l’auteur-compositeur-interprète, alors que sa voix est accompagnée seulement d’une guitare au tout début du morceau. Dans les moments qui bougent un peu plus, on note la sympathique Sans ça et l’accrocheuse Tout et son contraire. Par contre, parfois Pin tombe à plat… Par exemple, la chanson Je t’avais dit traduit une tristesse, mais le mix de musique gêné et discret, accompagné du chanteur qui chante très doucement, donne un mélange plus ou moins intéressant. Il faut aussi écouter le disque jusqu’au bout, car la ritournelle cachée est séduisante avec son je-ne-sais-quoi de psychédélique.

Ludo Pin se défend bien avec son Paris-Montréal qui plaira aux amoureux de Jérôme Minière et David Giguère de ce monde. Gageons aussi qu’il réussira à toucher un large public, car la galette est très accessible et se compare avantageusement à la pop fade et unidimensionnelle qui malheureusement pollue les ondes radiophoniques de certaines stations…

Ma note : 6,5/10

Ludo Pin
Paris-Montréal
Abuzive Musik
42 minutes

www.ludopin.net/

Les Soeurs Boulay – Le poids des confettis

soeurs-boulay-poids-des-confettis-300x300Détrompez-vous, bien qu’elles possèdent le même nom de famille qu’Isabelle Boulay, vous ne trouverez pas de «saule inconsolable» sur cette galette. En ce début d’année, les gagnantes des Francouvertes 2012 étaient attendues de pied ferme. Il faut dire qu’un petit quelque chose de magique colle à l’histoire de Mélanie et Stéphanie Boulay. Originaire de New Richmond en Gaspésie, c’est par un lendemain veille que les deux sœurs ont eu l’idée brillante d’enregistrer une chanson chez elles. Chanson qui après un tour sur Facebook prit une ampleur insoupçonnée. Et depuis, tout leur sourit. Suite aux Francouvertes, elles ont fait la première partie d’Avec pas d’casque un peu partout au Québec et ont enregistré leur premier album : Le poids des confettis.

D’ailleurs, l’opus porte bien son nom. C’est une douce mélancolie que les Sœurs Boulay apportent au microphone. Et c’est avec des harmonies vocales organiques couchées sur des guitares parfois folk, parfois country, qu’elles livrent ce spleen. Les deux Gaspésiennes confectionnent une galette qui donne envie d’aller se perdre dans le bois pour se libérer la tête des préoccupations du quotidien. Le poids des confettis n’est pas parfait et c’est justement ça qui le rend si beau, chaud et honnête; réconfortant comme une soupe quand on a la grippe.

Les Sœurs Boulay ouvrent le bal avec une superbe harmonie vocale a capella sur Par le chignon du cou qui donne sincèrement le ton. L’unisson vocal est coulant et doux à l’oreille, la guitare simple et efficace et la grosse caisse qui sert de rythme, suffisante. La mélancolie reste la couleur prédominante de ce Poids des confettis, Mappemonde venant en tête avec sa sincérité à fleur de peau et l’enivrante Cul-de-sac qui a une tendance à se loger dans le cerveau pour quelques jours. Certaines pièces se font plus rythmées, que ce soit Où la vague se mêle à la grand’route et ses airs de road trip ou la sympathique T’es pas game où les Sœurs Boulay se moquent un peu des hommes nés en ville, étrangers du bois (je ne me suis pas reconnu, pantoute! Franchement…).

Il faut souligner aussi la réalisation intelligente de Philippe B qui a su éviter les fâcheux pièges du folk superficiel. Contrairement à Daniel Bélanger qui a foncé dans le mur avec un album trop poli, Philippe B a su se concentrer sur l’essentiel : les deux voix devant lui, une guitare et un ukulélé. Les quelques autres instruments qui apparaissent sur la galette ne viennent que bonifier subtilement le tout. Peut-être, le seul reproche que l’on peut faire à l’album est l’enchaînement des trois dernières chansons qui sont plus lentes et lourdes et cela donne quelques fois envie de passer par-dessus.

Bref, mission accomplie pour les deux Sœurs Boulay qui débarquent avec un Poids des confettis intelligent, touchant et bien dosé. C’est un doux folk combiné à des harmonies vocales sublimes que Mélanie et Stéphanie nous offrent sur leur premier opus. Bonne écoute!

Ma note : 8/10

Les Sœurs Boulay
Le poids des confettis
Grosse Boîte
41 minutes

lessoeursboulay.com/