Francophone Archives - Page 51 sur 54 - Le Canal Auditif

Canailles – Manger Du Bois

Ceux qui écument le Quai Des Brumes régulièrement connaissent Canailles; si ce n’est pas l’ensemble du groupe, à tout le moins un ou deux membres. La formation a fait la pluie et le beau temps avec Bernard Adamus dans le mythique bar de la rue St-Denis. Après deux ans à faire danser la racaille, ils nous offrent Manger du bois, leur premier album aux saveurs cajun, bluegrass, country et folk. Les huit musiciens (oui, oui huit!) nous chantent la vie avec un franc-parler bien assumé. Ramone-moi chante d’ailleurs l’amour de façon assez… particulière.

Canailles se fait un devoir de chanter la misère. Muraille de Chine et Dans mon litte en sont deux bons exemples. L’album prend réellement son envol sur Parle-moi avec l’accordéon d’Alice St-Jak et la voix éraillée et poignante de Daphné Brissette. D’ailleurs, celle-ci possède tout le chien et la tristesse nécessaire dans son organe vocal pour appuyer ce genre de musique. Difficile d’y rester insensible. L’opus a quelque chose d’insolite, de tout croche et c’est spécifiquement ce qui fait le charme de Manger du bois. La réalisation, assumée par le groupe et par le rappeur canadien Socalled, colle au son de la bande et lui rend un fier service. La transition entre la scène et le studio n’a heureusement pas enlevé la couche râpeuse qui adhère à l’ensemble. On sent que la fête fait partie du groupe, ils en chantent même les bienfaits avec Dimanche, un hymne au besoin de dormir et de guérir le lendemain de veille.

Par contre, on sent que la maturité à venir les servira. Bien que l’album soit très bon, le potentiel est là pour pousser plus loin le son qu’ils ébauchent. Une petite note aussi pour la pochette d’album et le livret conçues par Gabrille Laïla Tittley. Surperbe travail! Bref, pour les amateurs de Bernard Adamus et Lisa LeBlanc, Canailles sera une belle addition à votre bibliothèque musicale. Et si vous aimeriez vivre l’expérience complète, le groupe vous attend à son lancement le 19 avril prochain à la Sala Rossa. Ne vous prévoyez rien de trop tôt le 20!

Ma note : 7,5/10

Canailles
Manger du Bois
Grosse Boîte
47 minutes

//canailles.bandcamp.com/

Les Vestons – Les Vestons

Aujourd’hui, la formation rock québécoise nommée Les Vestons lance son premier album éponyme au Café Campus de Montréal. Formé du chanteur Steve Aubertin, de Marcello Oltra à la batterie, de Jonathan Papineau à la basse et de Yanick St-André et Alexndre St-Louis aux guitares, Les Vestons nous offrent un rock radiophonique aux exhalaisons de blues et de folk fortement influencé par les Stones. Parmi leurs réalisations, le groupe a gagné le concours MusiQualité de Mascouche en 2007 et ont été conviés en première partie de Zébulon.

Réalisé efficacement et sobrement par Alain Quirion, Les Vestons ont choisi consciemment de ne pas se prendre la tête. Ici, l’accent est mis sur l’efficacité chansonnière. De bonnes mélodies, des textes passables, des riffs opérants, une énergie rock indéniable, une exécution irréprochable, bref, ça rentre au poste! Parmi les ritournelles qui se distinguent, il y a le rock stonien titré Les sentiments des autres, la country rock nommée Les gants blancs, la dynamique Manitoba, la pièce maîtresse, dont le texte est tiré d’un monologue de Sol (Marc Favreau), intitulée La justice sans balance et le riff d’intro à la Jack White, Exacto.

Si cette première offrande fesse indéniablement dans le dash, quelques déplaisirs auditifs ont accompagné son écoute. Que ce soit, la country folk convenue Mickey Mouse Land ou encore la ballade Se parler du beau temps, qui s’apparente à l’univers mièvre de Boom Desjardins… Encore une fois, et ce, dans la majorité des productions destinées aux radios FM du Québec, le mixage pousse beaucoup trop à l’avant-plan la voix du chanteur Steve Aubertin, ce qui diminue la vigueur rock’n’roll de cette galette. De plus, quelques fioritures musicales dépassant la marge auraient permis à cette création de se démarquer encore plus; du moins, d’un point de vue créatif.

Qu’à cela ne tienne, les amateurs de bon rock keb sans prétention sauront affectionner cet album. Ces gars-là sont les dignes héritiers des Respectables, Zébulon, Okoumé et autres consorts de la musique rock FM québécoise, et si l’envie leur prend de sortir un tant soit peu des sentiers battus, et de faire preuve d’un peu plus d’originalité, ils pourraient en surprendre plus d’un. Les Vestons, une formation à surveiller du coin de l’œil! Efficace!

Le lancement de l’album éponyme des Vestons aura lieu, aujourd’hui, le 16 avril, au Café Campus, à partir de 17 heures. Le Café Campus est situé au 57, rue Prince-Arthur Est à Montréal (métro Sherbrooke).

Ma note : 6/10

Les Vestons
Les Vestons
Disques Jupiter
42 minutes

//lesvestons.com/

http://www.youtube.com/watch?v=yeJgsoG5TbI

Lisa LeBlanc – Lisa LeBlanc

«P’t’être que demain ça ira mieux, mais aujourd’hui, ma vie c’est de la marde!». C’est avec ces mots que Lisa LeBlanc a conquis le tout Montréal au cours de la dernière année. L’acadienne lance finalement son opus tant attendu et elle possède une qualité rare en chanson, la même que Dédé Fortin ou Bernard Adamus, celle de chanter notre tristesse en nous rassurant. Les difficultés du quotidien sont dépeintes avec poésie, sensibilité et un franc-parler hors du commun. Je dois faire mon mea culpa, j’ai un faible assumé pour le parler acadien depuis un séjour aux Îles-De-La-Madeleine et la néo-brunswickoise laisse fleurir sa langue tout au long de la galette.

L’album s’entame sur les notes de banjo de Cerveau ramolli qui donne efficacement le ton à l’album. La poignante Câlisse-moi là chante l’échec amoureux qui languit et mine. Et même si LeBlanc ne chante pas la joie de vivre, elle sait faire preuve d’humour dans ses textes. Un bon exemple est Chanson d’une rouspéteuse, qui sur un rythme relevé, fait une liste des affaires qui tapent sur les nerfs, avec au sommet : «J’haïs les chansonniers qui font des covers de Johnny Cash» (Note toute spéciale : t’as tellement raison!).

L’acadienne est tout aussi efficace lorsqu’elle fait preuve de vulnérabilité dans Lignes d’Hydro où l’on sent aussi l’influence musicale de Louis-Jean Cormier, le réalisateur de l’album. Car oui, si LeBlanc a fait ses classes dans les différents concours (Petite-Vallée, Granby), l’appui du meneur de Karkwa a dû assurément faciliter ce premier effort. La maturité musicale de Cormier se fait sentir tout au long de l’album, et sans dénaturer l’œuvre de LeBlanc, la bonifie et la magnifie. La chansonnière nous offre aussi une très belle chanson d’amour intitulé Kraft Dinner où la tendresse est à fleur de peau et où la superbe harmonie vocale du duo Cormier/LeBlanc rend le cœur léger.

Il serait malvenu de ne pas noter la décapante Aujourd’hui ma vie c’est d’la marde, chanson de défoulement par excellence qui fait penser à Brun de Bernard Adamus. Il faut souligner l’excellent travail des musiciens: Guillaume Turcotte, Maxime Gosselin et Jean-Philippe Hébert qui appuient à merveille l’auteure-compositrice-interprète. Petite note pour les curieux, le lancement était à guichets fermés, une centaine de personnes (dont je faisais parti) ont été retournés chez eux. Bref, si vous n’avez pas l’album, courrez l’acheter et mieux encore allez la voir en concert, vous tomberez en amour.

Ma note : 8,5/10

Lisa LeBlanc
Lisa LeBlanc
Bonsound
45 minutes

www.lisaleblanc.ca/

Avec pas d’casque – Astronomie

Quand on entend chanter Stéphane Lafleur – oui, oui, le réalisateur de Continental, un film sans fusil et En terrains connus – on pense tout de suite à Fred Fortin. C’est en effet dans l’univers musical du gars de Dolbeau que plonge tête première Lafleur; pour en ressortir avec ce Astronomie, le troisième disque (déjà!) de son groupe, Avec pas d’casque.

Comme chez l’auteur de Planter le décor, on retrouve chez Lafleur ce même français – québécois – joual du terroir maitrisé. Une ressemblance est aussi perceptible dans les accords colorés de folk-country post-grunge (expression trop souvent utilisée, il est vrai) et dans les arrangements utilisés (notamment la production lo-fi et les grattements audibles des doigts sur les cordes de guitare) par Avec pas d’casque.

L’univers de la bande à Lafleur est cependant beaucoup plus calme que celui de Fred Fortin! Loin, loin le rock garage. On pense davantage à ce que nous propose Beck, surtout dans la texture, le mélange d’instruments (baryton, orgue, ukulele, gazou, etc.) et à l’ambiance que renferme ce CD.

Alors qu’on pourrait croire à un simple effet miroir dans l’apport musical du groupe, c’est à l’écoute des textes entendus sur Astronomie que l’on perçoit cette singularité qui allume nos oreilles. Des textes imagés, portés sur une visualisation facile, marqués par la solitude et la recherche de «l’autre», de même que des remarques saugrenues qui déclenchent le phénomène du sourire.

«Je promets que la journée qui s’en vient est flambant neuve»; «Je réalise que je connais davantage de lesbiennes que de gens de couleur»; «À la vitesse de la lumière, on voit moins clair par les châssis», se veulent trois bons exemples du style Lafleur.

On déplore, un peu, mais pas trop tout de même, la formule utilisée en intro de certaines compositions. Le «fade in» guitare ou vocal, accompagné par une batterie au tempo d’un cardiaque de bureau, se répète sur quatre des neuf compositions qui forment le CD. On dénote ce petit élément pour ceux qui sont du genre à écouter un album en boucle, du début à la fin, de façon répétitive. Ça peut agacer.

Mais outre cela, disons-le, Astronomie est un disque qui, comme dit l’expression consacrée, «s’écoute tout seul», avec ou sans casque d’écoute… Mais de préférence avec!

Ma note : 8,5/10

Avec pas d’casque
Astronomie
Grosse Boîte
37 minutes

www.avecpasdecasque.com/

Marie-Pierre Arthur – Aux alentours

En entrevue, elle nous disait avoir eu des vertiges avant et après la réalisation de son deuxième album, au titre d’Aux Alentours. Nous, c’est en l’écoutant qu’on obtient cette même sensation de perte d’équilibre, cette légèreté dans les oreilles et ce chaud aux joues.

Aux Alentours de Marie-Pierre Arthur débute là où le premier CD éponyme de la chanteuse se terminait, en 2009. Même timbre de voie fragile, même sonorité toute karkawienne. Mais il y a entre les deux ce trois ans qui a changé la vie de la jeune femme – elle est devenue maman depuis – et la sonorité de ses compositions. Rien d’énorme. Juste un petit quelque chose de plus… mature.

D’abord dans les textes où, oui, le thème de l’amour revient, mais dans une forme moins fleur bleue, plus « me, myself and I »… qu’on ne déteste pas! « Pardonne-moi / Si tu savais / Pour toi j’aurais voulu changer / J’ai menti / Je ne peux pas tout abandonner / À quoi ressemblerait ma vie / Si parce que je t’aime / J’oubliais tout ce que je suis », chante-t-elle sur Si tu savais, deuxième pièce de l’album.

Ensuite, dans les mixtes et influences sonores. Au folk connu et reconnu qu’elle utilise déjà (basse soutenue et omniprésente, guitares à l’avant plan, piano en accompagnement, voix simple et clair qui étire les textes, changement de tempo… odeur de Karkwa dans la pièce, quoi!), on ajoute sur cet album des couches supplémentaires. Un gros merci à son copain, François Lafontaine, claviériste de Karkwa, justement, pour les trouvailles.

On peint donc de gospel et d’influences Motown (oui, oui!) la chanson All Right; on ajoute une couche de distorsion sur la guitare pour donner une sonorité des années 70 sur Pour une fois; un clavier digne des 80 teint le refrain de la chanson Chacun pour toi; une simple guitare sèche, la pièce Chanson pour Dan, avant que la distorsion sonore s’empare et élève la chanson aux dessus des nuages.

Aux Alentours se veut le premier album québécois marquant de 2012. Mais il est plus que ça : il est la carte de visite qu’on ne peut refuser de Marie-Pierre Arthur dans nos oreilles. Aux Alentours s’écoute, se réécoute, encore et encore… On ne se lasse pas. Petit bémol : on aurait par contre pris bien plus que 34 petites minutes en compagnie de Marie-Pierre!

Ma note : 8/10

Marie-Pierre Arthur
Aux alentours
Bonsound
34 minutes

mariepierrearthur.com/