Folk Archives - Page 48 sur 50 - Le Canal Auditif

Ani Difranco – Which Side Are You On?

Le seizième album d’Ani Difranco est arrivé en magasin le 17 janvier dernier. La reine du folk féministe continue d’enchaîner les textes engagés et les accords de guitare acoustique. Encore une fois, la spiritualité, l’engagement citoyen et les relations amoureuses résument aisément les thématiques de l’album. Which side are you on?, porte la marque de ce qui a créé sa renommée et lui a valut un public très fidèle.

L’album s’entame sur Life Boat, une balade acoustique qui ne dépaysera aucun habitué de sa musique. Encore une fois, la guitare prend une place centrale sur l’album. Deux petites exceptions : la chanson titre et If Yr Not, qui elles, laissent plutôt place à une guitare électrique « distortionée ». Il faut dire que si les fans se trouvent en terrain connu, c’est qu’elle ne réinvente pas la roue sur cet opus. Musicalement, Difranco ne propose rien de vraiment nouveau.

Les textes, quant à eux, sont encore une fois solides, mais n’ont pas la magie des 32 Flavours ou encore Fire Door. La place donnée à la parole est proéminente, encore une fois, mais une impression de redite anime l’album. L’exception sur l’album réside en la très mélodique Albacore où la chanteuse nous berce de sa douce voix, de rythmes et de sonorités qui rappellent la mer. Autre exception, la pièce titre intitulée Which side are you on? qui se veut une reprise d’une «protest song» datant des années 30 et qui fut popularisée par la légende du folk américain : Pete Seeger. Il est difficile de ne pas y voir un clin d’œil au mouvement Occupons!

Un album un peu trop linéaire mais qui satisfera l’appétit des fans de Difranco qui ont dû attendre trois ans pour cette galette. Pour ceux qui ne connaissent pas la chanteuse, je vous conseille plutôt les excellents : Out Of Range et Not A Pretty Girl.

Ma note : 6,5/10

Ani Difranco
Which Side Are You On?
Righteous Babe Records
53 minutes

righteousbabe.com/ani/

Leonard Cohen – Old Ideas

C’est aujourd’hui en cette dernière journée de janvier, que le vénérable poète chansonnier montréalais Leonard Cohen lance sur le marché, son douzième album studio judicieusement intitulé Old Ideas. À 78 ans, est-ce que le réputé auteur-compositeur-interprète possède encore toute son éloquence, son charme, et surtout, sa pertinence? Est-ce que Monsieur Cohen a encore quelque chose à dire après toutes ces années à galérer dans le métier? La voix caverneuse, usée magnifiquement par les années, est-elle toujours d’actualité? Réponse affirmative à toutes ces questions, en ce qui me concerne.

Le disque renferme son lot de chansons flirtant avec le mot monument. Je pense à Show Me The Place. Un titre qui évoque Tom Waits. Piano, cordes, chœurs féminins, combinés à la voix apaisante de Leonard Cohen; l’ensemble provoque frissons, boule dans la gorge et larmes. Je pense à The Darkness, à ce blues dépouillé, à cette voix qui soudainement devient presque menaçante. Je pense à Crazy To Love You et son folk cohenesque reconnaissable à mille lieues, autant dans la structure que dans la mélodie. Très Johnny Cash période American Recordings. Je pense à Come Healing à l’ambiance presque religieuse; les chœurs soutenant admirablement la mélodie de l’artiste ou est-ce le contraire? Finalement, je pense à Going Home. « I love to speak with Leonard/He’s a sportsman and a shepherd/He’s a lazy bastard living in a suit… » susurre-t-il doucement à nos oreilles. Un chanson qui se veut une critique cinglante, pleine d’auto-dérision, du mythe Leonard Cohen.

Old Ideas est un album dépouillé au sens noble du terme. Les cordes, les voix, les guitares, la batterie, les orgues Hammond et B3; tout est joué avec finesse et retenu. La réalisation est parcimonieuse, rigoureuse et précise, ce qui place au premier plan les textes et les mélodies de Leonard Cohen. Cet opus est d’une simplicité désarmante! Les fans de Tom Waits, Johnny Cash et Bob Dylan auront envie de se prosterner! Est-ce que Leonard Cohen nous offre ici son testament musical? Si c’était le cas, courez vite vous procurer ce disque! Une création immensément sincère et humaine. Le premier disque important de 2012!

Ma note : 8/10

Leonard Cohen
Old Ideas
Columbia Records/Sony Music Entertainement
41 minutes

leonardcohen.com/ca/home

Joseph Arthur – Redemption City

Ne vous y trompez pas: le nouvel opus double de Joseph Arthur, malgré la multitude de solos de guitares, n’est pas un album rock. Redemption City est, avant tout, un disque pop où l’on retrouve à la fois des touches (nombreuses) de rock et d’électro (encore plus nombreuses). La majorité des compositions sont ici ancrées dans une démarche résolument populaire et accessible pour le commun des audiophiles.

24 chansons donc sur cet album double. Après plusieurs écoutes, un sentiment émane; il aurait été préférable de favoriser la qualité et non la quantité dans cette ville de la rédemption, mais pour quiconque connaît le personnage et son empressement musical (5 disques au cours des 5 dernières années, dont trois en 2007!), cette prolifération ne devrait pas surprendre (il est également un peintre remarquable et avait, jusqu’à tout récemment, sa propre galerie d’art à Brooklyn).

Reste qu’on se perd dans cette création musicale. Le fil conducteur du produit n’est malheureusement pas bien défini. On passe d’une chanson au solo « guitaresque » de plus de 6 minutes (sur la première sortie du deuxième disque, Surrender to the Storm) à un tempo que ne renieraient pas les amateurs de l’IglooFest (principalement les chansons Sleepless et It Takes A Lot of Time to Live In the Moment), avant de nous offrir une composition atmosphérique ou alors une autre qui vise la séduction radiophonique (les sur-arrangements de No Surrender Comes for Free sont à pleurer).

Relevons tout de même que Redemption City débute sur de bonnes volontés avec les chansons Travels As Equals et Wasted Days, deux compos qui rappellent les albums précédents du Newyorkais d’adoption : bon goût pour la pop, savant mélange des éléments arthuriens, c’est-à-dire des pédales de distorsion, des claviers, des bidouillages et des bruits d’électro. On retrouve d’ailleurs ces éléments sur bien d’autres compositions de cet album.

C’est pourtant la chanson I Am the Mississippi, véritable incongruité dans le paysage de ce double musical par la simplicité de ses arrangements, qui s’avère la composition la plus réussie. Une simple guitare accompagnée de la voix – chaude et basse – de Joseph Arthur et d’un texte, magnifique, sur la solitude de ce fleuve et de son histoire. Preuve que la simplicité, souvent…

C’est donc malheureux que Joseph Arthur se soit étendu en longueur et en style pour nous offrir ce disque mi-figue, mi-raisin. En espérant qu’il retrouve le bon chemin rapidement… Parce que nous, on l’aime beaucoup, Joseph Arthur!

Ma note : 6/10

Joseph Arthur
Redemption City
Indica Records
112minutes

josepharthur.com/

http://www.youtube.com/watch?v=FhYU1NOH4Co

Kurt Vile – Smoke Ring For My Halo

Kurt Vile ça vous dit quelque chose? Signé sous étiquette Matador, il a lancé sur le marché en mars dernier Smoke Ring For My Halo. Kurt Vile, c’est le croisement entre un folk rock à la Neil Young, la nonchalance vocale d’un Jay Mascis de Dinosaur Jr. ou encore d’un Bob Dylan et une réalisation un peu « noisy » et brumeuse à la Deerhunter. Le bonhomme est originaire de Philadelphie et a fait parti de la formation rock indépendante The War On Drugs.

Ça débute avec Ghost Town et son introduction presque calquée sur I Am Trying To Break Your Heart du classique Yankee Hotel Foxtrot de la formation américaine Wilco. Dès les premières mesures, je me suis laissé séduire par cette voix paresseuse, cette réalisation noyée de réverbération, ces guitares électriques à la Neil Young et surtout, cette ambiance brumeuse, langoureuse et hypnotique. Society Is My Friend (titre qui me fait sourire), la très «cool man» Jesus Fever, la folk légèrement dissonante Peeping Tom, la très jolie Baby’s Arms, Runner Ups et la lancinante On Tour sont tous des chansons qui, sans être révolutionnaires, amènent assurément l’auditeur dans une transe assoupissante; pas besoin de fumer un gros pétard pour apprécier ce disque. Smoke Ring For My Halo est un album aux vertus narcotiques! Une galette que j’ai écoutée et réécoutée car une fois l’audition terminée, on a juste envie de recommencer le voyage.

La voix de Vile peut en laisser plus d’un perplexe mais la surprise passée, vous vous surprendrez à appuyer une nouvel fois sur le bouton « play » de votre IPod ou de votre système de son. Voilà, un excellent disque de folk rock avec un je-ne-sais-quoi qui donne envie d’y replonger à maintes reprises. Si vous aimez le vieux stock à la Dylan ou Young, mais qui sonne résolument contemporain, procurez-vous rapidement ce disque! Inévitable!

Ma note : 4/5

Kurt Vile
Smoke Ring For My Halo
Matador Records
46 minutes

kurtvile.com

Fleet Foxes – Helplessness Blues

En mai dernier, la formation Fleet Foxes revenait avec un deuxième disque intitulé Helplessness Blues. Les chouchous de plusieurs médias branchés attendaient cet opus avec impatience, le premier ayant été louangé unanimement. Fleet Foxes, c’est avant tout ce jeune blanc-bec né à Seattle en 1986, Robin Pecknold qui a dans la tête la grandiloquente idée de redéfinir les bases du folk contemporain. Mission totalement accomplie pour le premier album. Qu’en est-il du second?

Avec Montezuma en ouverture, on retrouve distinctement les mêmes repères comparables qu’à la première offrande. Mêmes harmonies vocales divines, mêmes percussions retentissantes, même musique folk baroque aux accents celtiques et aux structures complexes. Le changement réside dans l’expression d’une émotion plus franche, plus directe dans les textes de Pecknold et dans la réalisation plus limpide (moins de réverbération) et plus costaude. L’écoute de ce disque a suscité chez moi le même degré d’euphorie, de contemplation et d’émerveillement que le premier don. Le disque est chargé de chansons orfévrés qui atteignent des sommets de raffinements, rarement entendus sur un album… et Pecknold n’a que 26 ans! Mes morceaux de prédilection: la Led Zeppelinesque Sim Sola Bim, la sublime Helplessness Blues, la dépouillée Someone You’d Admire et la festive Grown Ocean qui conclut la création de manière triomphale!

Ceux qui aiment le folk des années 60 revisité et réaménagé de superbe façon vont adhérer. Fleet Foxes, c’est un peu la rencontre de Simon & Garfunkel, Crosby Stills & Nash, Van Morrison et bien évidemment les Beach Boys, le tout dans une ambiance baroquisante et somptueuse. Un deuxième pari réussi. Du pur bonheur pour les oreilles. Grandiose!

Ma note : 3,5/5

Fleet Foxes
Helplessness Blues
Sub Pop/Bella Union
49 minutes

fleetfoxes.com