Folk Archives - Page 47 sur 48 - Le Canal Auditif

Kurt Vile – Smoke Ring For My Halo

Kurt Vile ça vous dit quelque chose? Signé sous étiquette Matador, il a lancé sur le marché en mars dernier Smoke Ring For My Halo. Kurt Vile, c’est le croisement entre un folk rock à la Neil Young, la nonchalance vocale d’un Jay Mascis de Dinosaur Jr. ou encore d’un Bob Dylan et une réalisation un peu « noisy » et brumeuse à la Deerhunter. Le bonhomme est originaire de Philadelphie et a fait parti de la formation rock indépendante The War On Drugs.

Ça débute avec Ghost Town et son introduction presque calquée sur I Am Trying To Break Your Heart du classique Yankee Hotel Foxtrot de la formation américaine Wilco. Dès les premières mesures, je me suis laissé séduire par cette voix paresseuse, cette réalisation noyée de réverbération, ces guitares électriques à la Neil Young et surtout, cette ambiance brumeuse, langoureuse et hypnotique. Society Is My Friend (titre qui me fait sourire), la très «cool man» Jesus Fever, la folk légèrement dissonante Peeping Tom, la très jolie Baby’s Arms, Runner Ups et la lancinante On Tour sont tous des chansons qui, sans être révolutionnaires, amènent assurément l’auditeur dans une transe assoupissante; pas besoin de fumer un gros pétard pour apprécier ce disque. Smoke Ring For My Halo est un album aux vertus narcotiques! Une galette que j’ai écoutée et réécoutée car une fois l’audition terminée, on a juste envie de recommencer le voyage.

La voix de Vile peut en laisser plus d’un perplexe mais la surprise passée, vous vous surprendrez à appuyer une nouvel fois sur le bouton « play » de votre IPod ou de votre système de son. Voilà, un excellent disque de folk rock avec un je-ne-sais-quoi qui donne envie d’y replonger à maintes reprises. Si vous aimez le vieux stock à la Dylan ou Young, mais qui sonne résolument contemporain, procurez-vous rapidement ce disque! Inévitable!

Ma note : 4/5

Kurt Vile
Smoke Ring For My Halo
Matador Records
46 minutes

kurtvile.com

Fleet Foxes – Helplessness Blues

En mai dernier, la formation Fleet Foxes revenait avec un deuxième disque intitulé Helplessness Blues. Les chouchous de plusieurs médias branchés attendaient cet opus avec impatience, le premier ayant été louangé unanimement. Fleet Foxes, c’est avant tout ce jeune blanc-bec né à Seattle en 1986, Robin Pecknold qui a dans la tête la grandiloquente idée de redéfinir les bases du folk contemporain. Mission totalement accomplie pour le premier album. Qu’en est-il du second?

Avec Montezuma en ouverture, on retrouve distinctement les mêmes repères comparables qu’à la première offrande. Mêmes harmonies vocales divines, mêmes percussions retentissantes, même musique folk baroque aux accents celtiques et aux structures complexes. Le changement réside dans l’expression d’une émotion plus franche, plus directe dans les textes de Pecknold et dans la réalisation plus limpide (moins de réverbération) et plus costaude. L’écoute de ce disque a suscité chez moi le même degré d’euphorie, de contemplation et d’émerveillement que le premier don. Le disque est chargé de chansons orfévrés qui atteignent des sommets de raffinements, rarement entendus sur un album… et Pecknold n’a que 26 ans! Mes morceaux de prédilection: la Led Zeppelinesque Sim Sola Bim, la sublime Helplessness Blues, la dépouillée Someone You’d Admire et la festive Grown Ocean qui conclut la création de manière triomphale!

Ceux qui aiment le folk des années 60 revisité et réaménagé de superbe façon vont adhérer. Fleet Foxes, c’est un peu la rencontre de Simon & Garfunkel, Crosby Stills & Nash, Van Morrison et bien évidemment les Beach Boys, le tout dans une ambiance baroquisante et somptueuse. Un deuxième pari réussi. Du pur bonheur pour les oreilles. Grandiose!

Ma note : 3,5/5

Fleet Foxes
Helplessness Blues
Sub Pop/Bella Union
49 minutes

fleetfoxes.com

Matt Track – -4-

Le chanteur montréalais Matt Track propose un projet artistique intéressant : quatre EP (maxi) en un an, un par saison. Le tout, influencé par la température d’ici et enregistré majoritairement en pleine forêt. Donc, après avoir enchainé les Leaf, reflet de l’automne dernier, Frost, à la sonorité hivernale et Spring, tout de renaissance printanière, voici que parait ces jours-ci le dernier CD de ce projet, au titre de -4- et qui représente, vous l’aurez deviné, l’été. Entre le premier maxi et celui-ci, la sonorité de Matt Track a changé, a pris du galon, s’est adjoint des arrangements plus importants.

Au départ, sur Leaf comme sur Frost, le minimalisme était plus présent. Guitare à l’avant-scène. Voix en second plan. Sur ce -4-, même prédominance de la guitare acoustique (sublime Cape, où les cordes sifflent et glissent dans nos oreilles), même positionnement en seconde ligne de la voix. Cependant, on découvre une production plus musclée, principalement sur The Wrestler, pièce d’ouverture. Sur cette chanson, après un coup de départ en quatre temps donné par une batterie sans surprise, on se retrouve avec une finale où les bruits d’électro se joignent à un refrain contagieux. Un mélange bidouillage-guitare-voix que ne renieraient certainement pas les fans de Malajube. De plus, le texte, humoristique sans être drôle (ou est-ce drôle sans être humoristique?), facilite l’écoute-sourire. On aime.

Malheureusement, la deuxième chanson, School n’est pas à la hauteur de cette première, ce qui fait régresser notre plaisir auditif de quelques pas. Trop convenu. Trop… déjà entendu. On pense un peu à Bedouin Soundclash, beaucoup à Matt Costa et Jason Mraz. Même idée de départ sur G, troisième composition. Mais le tempo change, s’ajuste, se bonifie au fil des secondes qui s’écoulent. Et l’histoire de ce jeune homme en amour avec une femme qui a deux fois son âge capte l’attention. On se laisse prendre à taper du pied.

Cape, position quatre de cinq, laisse grande place aux guitares. Un exercice musical intéressant, important. On sent la maitrise au bout des doigts du jeune auteur-compositeur. Finalement, Valete, où la sonorité des cordes pincées d’une guitare acoustique constitue l’entière chanson, vient mettre un frein et une fin à tout ce qui précédait. Une façon de rappeler que l’été se termine déjà, que le cycle des saisons se poursuit et que le pluvieux automne est de nouveau à nos portes.

** Matt Track sera de passage au Quai des Brumes, le 21 novembre, en compagnie de Fred Péloquin et Feu de Camp.

Ma note : 3/5

Matt Track
-4-
Outside Music

matttrack.com

Tom Waits – Bad As Me

Un nouvel album de Tom Waits ? En effet, cinq années après son dernier album studio, le troubadour à la voix granuleuse revient en force avec Bad As Me. Réalisé avec sa femme Kathleen Brennan, le vieux hurleur a ameuté autour de lui une solide bande de malappris incluant Keith Richards, Les Claypool de Primus, Flea des Red Hot Chili Peppers et le fidèle aboyeur sonore; l’excellent guitariste Marc Ribot. À 61 ans bien sonnés, Tom Waits nous prouve une fois de plus, qu’il n’a pas perdu une seule once de sa pertinence.

De Chicago à New Year’s Eve, en passant par la magnifique ballade Last Leaf, chantée en duo avec Keef, Tom Waits revisite ce qui a fait sa renommée. C’est du blues de fond de ruelle, du jazz de bar enfumé, de la musique de cirque mettant en vedette de légendaires perdants déjantés. Le bonhomme grommelle, jappe, utilise sa voix de tête sur des textes un peu plus engagés qu’à l’accoutumée. Je pense à Hell Broke Luce qui fait référence à un soldat envoyé en pâture à la guerre, qui se prend une bombe en plein visage, qui le rendra sourd à jamais. Donc, moins d’expérimentations rythmiques, moins de climats sinistres mais douze chansons magistrales superbement composées! Sur Bad As Me, Tom Waits fait simplement du Tom Waits… et c’est déjà de qualité supérieure à la majorité des titres qui atterrissent ces jours-ci, chez les disquaires.

Bad As Me est le disque le plus accessible de Tom Waits depuis Mule Variations paru en 1999 et gagnant d’un Grammy pour le meilleur album catégorie folk contemporain. Avec cet album, Tom Waits confirme une fois de plus sa place au panthéon des plus illustres songwriters de la musique américaine, aux côtés de Bob Dylan et Neil Young. De toute façon, le vieux schnoque est incapable de produire un mauvais disque. Une nécessité dans votre bibliothèque musicale!

Ma note : 3,5/5

Tom Waits
Bad As Me
Anti- Records
44 minutes

badasme.com

Okkervil River – I Am Very Far

Au printemps dernier paraissait le sixième album de la formation texane Okkervil River titré I Am Very Far. Deux ans après The Stand-Ins et après avoir agi comme groupe de soutien au ressuscité Roky Erickson, la bande à Will Sheff nous revient avec un disque autant déconcertant que rassurant. C’est assurément la réalisation la plus ambitieuse du groupe jusqu’à ce jour.

La folk-country lyrique, auquel nous avait habitué le groupe, laisse place à une approche où la spontanéité s’est dissipée. Orchestrations baroques, chansons épiques et grandiloquentes, l’enrobage vient quelques fois masquer la faiblesse de certaines chansons. D’entrée de jeu, l’excellente The Valley nous indique très bien la destination vers laquelle Okkervil River nous conduit. Rider est une chanson pop classique d’Okkervil River, We Need A Myth est une pièce quelconque superbement réalisée et Mermaid est une ballade comme seul Will Sheff peut en écrire. L’album se termine avec The Rise, chanson de grande envergure qui ennuie plus qu’elle n’envoûte.

Loin de la fougue de Black Sheep Boy et de la profondeur de The Stage Names (leur meilleur disque à mon avis), I Am Very Far marque un virage à moitié réussi mais qui laisse présager malgré tout, un avenir prometteur au groupe. Le prochain disque devrait nous donner la réponse. À vous procurer si vous appréciez Bright Eyes et The Arcade Fire.

Ma note : 2,5/5

Okkervil River
I Am Very Far
Jajaguawar Records
50 minutes

okkervilriver.com