Folk Archives - Page 46 sur 47 - Le Canal Auditif

Fleet Foxes – Helplessness Blues

En mai dernier, la formation Fleet Foxes revenait avec un deuxième disque intitulé Helplessness Blues. Les chouchous de plusieurs médias branchés attendaient cet opus avec impatience, le premier ayant été louangé unanimement. Fleet Foxes, c’est avant tout ce jeune blanc-bec né à Seattle en 1986, Robin Pecknold qui a dans la tête la grandiloquente idée de redéfinir les bases du folk contemporain. Mission totalement accomplie pour le premier album. Qu’en est-il du second?

Avec Montezuma en ouverture, on retrouve distinctement les mêmes repères comparables qu’à la première offrande. Mêmes harmonies vocales divines, mêmes percussions retentissantes, même musique folk baroque aux accents celtiques et aux structures complexes. Le changement réside dans l’expression d’une émotion plus franche, plus directe dans les textes de Pecknold et dans la réalisation plus limpide (moins de réverbération) et plus costaude. L’écoute de ce disque a suscité chez moi le même degré d’euphorie, de contemplation et d’émerveillement que le premier don. Le disque est chargé de chansons orfévrés qui atteignent des sommets de raffinements, rarement entendus sur un album… et Pecknold n’a que 26 ans! Mes morceaux de prédilection: la Led Zeppelinesque Sim Sola Bim, la sublime Helplessness Blues, la dépouillée Someone You’d Admire et la festive Grown Ocean qui conclut la création de manière triomphale!

Ceux qui aiment le folk des années 60 revisité et réaménagé de superbe façon vont adhérer. Fleet Foxes, c’est un peu la rencontre de Simon & Garfunkel, Crosby Stills & Nash, Van Morrison et bien évidemment les Beach Boys, le tout dans une ambiance baroquisante et somptueuse. Un deuxième pari réussi. Du pur bonheur pour les oreilles. Grandiose!

Ma note : 3,5/5

Fleet Foxes
Helplessness Blues
Sub Pop/Bella Union
49 minutes

fleetfoxes.com

Matt Track – -4-

Le chanteur montréalais Matt Track propose un projet artistique intéressant : quatre EP (maxi) en un an, un par saison. Le tout, influencé par la température d’ici et enregistré majoritairement en pleine forêt. Donc, après avoir enchainé les Leaf, reflet de l’automne dernier, Frost, à la sonorité hivernale et Spring, tout de renaissance printanière, voici que parait ces jours-ci le dernier CD de ce projet, au titre de -4- et qui représente, vous l’aurez deviné, l’été. Entre le premier maxi et celui-ci, la sonorité de Matt Track a changé, a pris du galon, s’est adjoint des arrangements plus importants.

Au départ, sur Leaf comme sur Frost, le minimalisme était plus présent. Guitare à l’avant-scène. Voix en second plan. Sur ce -4-, même prédominance de la guitare acoustique (sublime Cape, où les cordes sifflent et glissent dans nos oreilles), même positionnement en seconde ligne de la voix. Cependant, on découvre une production plus musclée, principalement sur The Wrestler, pièce d’ouverture. Sur cette chanson, après un coup de départ en quatre temps donné par une batterie sans surprise, on se retrouve avec une finale où les bruits d’électro se joignent à un refrain contagieux. Un mélange bidouillage-guitare-voix que ne renieraient certainement pas les fans de Malajube. De plus, le texte, humoristique sans être drôle (ou est-ce drôle sans être humoristique?), facilite l’écoute-sourire. On aime.

Malheureusement, la deuxième chanson, School n’est pas à la hauteur de cette première, ce qui fait régresser notre plaisir auditif de quelques pas. Trop convenu. Trop… déjà entendu. On pense un peu à Bedouin Soundclash, beaucoup à Matt Costa et Jason Mraz. Même idée de départ sur G, troisième composition. Mais le tempo change, s’ajuste, se bonifie au fil des secondes qui s’écoulent. Et l’histoire de ce jeune homme en amour avec une femme qui a deux fois son âge capte l’attention. On se laisse prendre à taper du pied.

Cape, position quatre de cinq, laisse grande place aux guitares. Un exercice musical intéressant, important. On sent la maitrise au bout des doigts du jeune auteur-compositeur. Finalement, Valete, où la sonorité des cordes pincées d’une guitare acoustique constitue l’entière chanson, vient mettre un frein et une fin à tout ce qui précédait. Une façon de rappeler que l’été se termine déjà, que le cycle des saisons se poursuit et que le pluvieux automne est de nouveau à nos portes.

** Matt Track sera de passage au Quai des Brumes, le 21 novembre, en compagnie de Fred Péloquin et Feu de Camp.

Ma note : 3/5

Matt Track
-4-
Outside Music

matttrack.com

Tom Waits – Bad As Me

Un nouvel album de Tom Waits ? En effet, cinq années après son dernier album studio, le troubadour à la voix granuleuse revient en force avec Bad As Me. Réalisé avec sa femme Kathleen Brennan, le vieux hurleur a ameuté autour de lui une solide bande de malappris incluant Keith Richards, Les Claypool de Primus, Flea des Red Hot Chili Peppers et le fidèle aboyeur sonore; l’excellent guitariste Marc Ribot. À 61 ans bien sonnés, Tom Waits nous prouve une fois de plus, qu’il n’a pas perdu une seule once de sa pertinence.

De Chicago à New Year’s Eve, en passant par la magnifique ballade Last Leaf, chantée en duo avec Keef, Tom Waits revisite ce qui a fait sa renommée. C’est du blues de fond de ruelle, du jazz de bar enfumé, de la musique de cirque mettant en vedette de légendaires perdants déjantés. Le bonhomme grommelle, jappe, utilise sa voix de tête sur des textes un peu plus engagés qu’à l’accoutumée. Je pense à Hell Broke Luce qui fait référence à un soldat envoyé en pâture à la guerre, qui se prend une bombe en plein visage, qui le rendra sourd à jamais. Donc, moins d’expérimentations rythmiques, moins de climats sinistres mais douze chansons magistrales superbement composées! Sur Bad As Me, Tom Waits fait simplement du Tom Waits… et c’est déjà de qualité supérieure à la majorité des titres qui atterrissent ces jours-ci, chez les disquaires.

Bad As Me est le disque le plus accessible de Tom Waits depuis Mule Variations paru en 1999 et gagnant d’un Grammy pour le meilleur album catégorie folk contemporain. Avec cet album, Tom Waits confirme une fois de plus sa place au panthéon des plus illustres songwriters de la musique américaine, aux côtés de Bob Dylan et Neil Young. De toute façon, le vieux schnoque est incapable de produire un mauvais disque. Une nécessité dans votre bibliothèque musicale!

Ma note : 3,5/5

Tom Waits
Bad As Me
Anti- Records
44 minutes

badasme.com

Okkervil River – I Am Very Far

Au printemps dernier paraissait le sixième album de la formation texane Okkervil River titré I Am Very Far. Deux ans après The Stand-Ins et après avoir agi comme groupe de soutien au ressuscité Roky Erickson, la bande à Will Sheff nous revient avec un disque autant déconcertant que rassurant. C’est assurément la réalisation la plus ambitieuse du groupe jusqu’à ce jour.

La folk-country lyrique, auquel nous avait habitué le groupe, laisse place à une approche où la spontanéité s’est dissipée. Orchestrations baroques, chansons épiques et grandiloquentes, l’enrobage vient quelques fois masquer la faiblesse de certaines chansons. D’entrée de jeu, l’excellente The Valley nous indique très bien la destination vers laquelle Okkervil River nous conduit. Rider est une chanson pop classique d’Okkervil River, We Need A Myth est une pièce quelconque superbement réalisée et Mermaid est une ballade comme seul Will Sheff peut en écrire. L’album se termine avec The Rise, chanson de grande envergure qui ennuie plus qu’elle n’envoûte.

Loin de la fougue de Black Sheep Boy et de la profondeur de The Stage Names (leur meilleur disque à mon avis), I Am Very Far marque un virage à moitié réussi mais qui laisse présager malgré tout, un avenir prometteur au groupe. Le prochain disque devrait nous donner la réponse. À vous procurer si vous appréciez Bright Eyes et The Arcade Fire.

Ma note : 2,5/5

Okkervil River
I Am Very Far
Jajaguawar Records
50 minutes

okkervilriver.com

Bonnie Prince Billy – Wolfroy Goes To Town

Bonnie « Prince » Billy, Palace Brothers, Palace Music, bref, le prolifique auteur compositeur interprète né à Louisville dans le Kentucky nous pond un album intitulé Wolfroy Goes To Town. Il ne sert à rien de faire la nomenclature de toutes les parutions du personnage, je n’aurais pas assez d’une page complète. Bonnie « Prince » Billy, c’est une mixture de folk et de country; des structures simples mais des progressions d’accords inusitées dont lui seul a le secret et surtout, des textes torturés mais bien foutus, qui font référence à l’éternel combat entre le bien et le mal.

Sur Wolfroy Goes To Town, l’homme retourne au dépouillement du sublime I See A Darkness paru en 1999. Une guitare acoustique ici, une électrique là, de superbes harmonies vocales mettant en vedette l’omniprésente Angel Olsen et sa magnifique voix. Ici, tout est simple et épuré. L’utilisation judicieuse des silences force l’auditeur à tendre l’oreille attentivement, et Dieu sait que ça n’arrive pas souvent. Nous avons affaire à un album de recueillement et de réflexion.

New Tibet, Black Captain, Cows, le simple Quail And Dumplings, le chef-d’œuvre de sobriété qu’est We Are Unhappy bref, Wolfroy Goes To Town déborde de chansons émouvantes. C’est un disque qui devrait faire sa marque dans la longue discographie de Bonnie « Prince » Billy; de son véritable nom Will Oldham. Qu’on apprécie ou pas sa musique, il faut admettre que le bonhomme possède une signature musicale unique en son genre. Une musique qui s’écoute très bien sur la galerie d’un chalet en région éloigné, un verre à la main, perdu dans ses pensées… Obligatoire pour les amateurs de folk et de « alt-country »!

Ma note : 3,5/5

Bonnie Prince Billy
Wolfroy Goes To Town
Domino Records
52 minutes

myspace.com/princebonniebilly