Électronique Archives - Page 64 sur 67 - Le Canal Auditif

Toro Y Moi – Anything In Return

toro12Toro Y Moi est le nom de scène de Chazwick Bundick, originaire de la Caroline du Sud. Faisant dans l’électro-pop, le jeune compositeur en est déjà à son troisième album en trois ans, plus ou moins. On peut décrire sa musique comme faisant partie de la «chillwave», mouvement qui mise sur les processeurs d’effets, l’échantillonnage, les boucles et les lignes mélodiques très simples et marquantes. On peut facilement faire un rapprochement avec Neon Indian et Washed Out, ce dernier étant un ami proche.

Anything In Return est collé sur le style musical «chillwave», alliant des synthétiseurs ronds et généreux, des boucles qui hantent et surtout des mélodies vocales prenantes et une sensualité omniprésente. Avec son électro-pop flirtant avec le R&B mais avec une inflexion plus rock, Bundick nous attire rapidement dans son monde teinté de soleil et où les soucis semblent s’envoler comme une bulle d’eau savonneuse dans les airs, et ce, malgré les thèmes abordés qui font souvent référence aux problèmes amoureux.

Toro Y Moi ouvre la danse avec Harm In Change où le rythme captive avant même que la voix coulante de Bundick aborde ses premières notes. L’ouverture de la création a de quoi laisser sous le charme de l’artiste américain. L’ensemble se poursuit avec Say That qui donne envie de se déhancher au son de cette voix vaporeuse agrémentée de boucles provenant d’une voix féminine. Une particularité intéressante de Bundick est qu’il ne fait jamais l’erreur de mettre sa voix trop à l’avant dans le mix. So Many Details en est un bon exemple, où à certains moments, sa voix se fond avec le bruit des synthétiseurs. Rose Quartz fait rapidement penser à certaines pièces de Saint-Germain et que dire de la quasi disco Studies dans laquelle la voix haut perchée rappelle certains chanteurs des années 70, mais en version plus contemporaine et franchement, disons-le, moins agressante.

Au final, Anything In Return plaira aux amateurs d’électro-pop mais probablement aux fans de R&B, et enfin, à tous ceux qui ont l’oreille musicale dégourdie. Toro Y Moi démontre l’étendue de son talent sur cette galette envoûtante et «groovy» à souhait… Et si vous cherchiez ce premier album de 2013, sur lequel vous pourriez échanger des liquides corporels en bonne compagnie, vous l’avez désormais!

Ma note : 7.5/10

Toro Y Moi
Anything In Return
Carpark Records
52 minutes

www.toroymoi.com/

Tim Hecker and Daniel Lopatin – Instrumental Tourist

Tim Hecker n’est pas particulièrement connu pour ses collaborations. Il a fait de nombreux remixes et du travail de réalisation, mais à part un album avec Aidan Baker du duo Nadja, il a plutôt l’habitude de nous présenter la musique électronique expérimentale qu’il compose seul. Et on peut se fier à la qualité de cette musique comme on peut se fier au signal horaire du CNRC pour régler sa montre. Il était donc un peu surprenant d’apprendre en novembre qu’il participait à un album en collaboration avec Daniel Lopatin (alias Oneohtrix Point Never). Il s’agit du premier album d’une série de collaborations improvisées lancée par la maison de disques Software de Lopatin lui-même.

Lopatin s’est attiré des éloges avec Replica l’an dernier et Returnal en 2010, des albums où des vrombissements de vieux synthés sont empilés jusqu’au plafond, agrémentés de quelques échantillonnages. Personnellement, je ne suis pas un grand fan. Ses timbres sonores sont habituellement d’une beauté glaciale, mais l’absence quasi-totale de dynamisme fait penser au cliché new age du type qui s’est endormi sur son clavier.

L’approche improvisée d’Instrumental Tourist vient avec une petite faiblesse et une grande force. D’abord, la faiblesse: toute improvisation est inégale de nature. Si Hecker et Lopatin étaient de vieux partenaires, ils sauraient se lire et s’anticiper l’un l’autre, mais ce n’est pas le cas. Quand la sauce ne prend pas, comme dans les pistes GRM Blue I & II et Ritual For Consumption, on trouve le temps long.

La force, maintenant: cette collaboration révèle à quel point Hecker et Lopatin ont des sonorités complémentaires. Hecker est souvent un peu dense et difficile d’approche; Lopatin est souvent mièvre et manque d’un peu de mordant. La plupart des compositions ici, notamment Uptown Psychedelia, Intrusions, Grey Geisha et Vaccination No 2, offrent un bel équilibre entre la beauté lugubre de Lopatin et les assauts sonores de Hecker. Les progressions et les variations entre les deux styles sont parfois fluides, parfois brusques et subites, mais dans les deux cas l’effet peut être satisfaisant. Même une pièce moins équilibrée comme Vaccination (For Thomas Mann), clairement portée par Lopatin, arrive à charmer malgré un motif mélodique qui s’étire un peu en longueur.

Mon petit fantasme au sujet de cet album, c’est que les collaborateurs aient secrètement échangé leurs identités; que ce soit Hecker ici qui joue les textures molles, et que ce soit Lopatin qui vienne foutre un bruyant bordel. C’est peu probable, mais ça me fait ricaner dans mon coin.

Ma note : 8/10

Tim Hecker and Daniel Lopatin
Instrumental Tourist
Software
54 minutes

www.softwarelabel.net/release/instrumental-tourist

Vitalic – Rave Age

Pascal Arbez-Nicolas, alias Vitalic, né en 1976 à Dijon en France, évolue dans la musique électronique depuis 2001. Le musicien possède à son actif trois albums studios et il faisait paraitre sa quatrième offrande, au début du mois de novembre, intitulée Rave Age. La musique de Vitalic se caractérise par des riffs dansants mécaniques crées exclusivement avec des synthétiseurs, des voix de synthèses passées dans le filtre d’un vocodeur et des ascendants discofunk incontestables. Son œuvre majeure fut révélée en 2005 avec Ok Cowboy.

Donc, sur Rave Age, Vitalic continue sur la même lancée que tous ses précédents efforts mais à la différence que les trames sonores conçues semblent moins opérantes et captivantes. Arbez a mis un peu plus l’accent sur le côté sucré de sa musique plutôt que sur les pulsations inventives qui peuvent caractériser le genre musical. Donc, un peu plus « dancefloor », un peu moins psychédélique.

Une impression de redite et surtout une absence de fougue vient définir ce Rave Age ce qui laisse l’auditeur dans un état d’engourdissement physique. Pourquoi? Parce que cette création sonore est tout simplement trop prévisible! Des structures présumables, des mélodies vocales fades, des pulsations répétitives qui paralysent beaucoup plus qu’elles incitent au mouvement de même qu’une réalisation boursoufflée amoindrissent notre euphorie auditive.

Qu’à cela ne tienne, quelques morceaux ont retenu notre attention; il s’agit de la bourdonnante Stamina, l’extatique No More Sleep, la pulsative Lucky Star, la techno-rock La Mort Sur Le Dancefloor (avec la chanteuse française Rebeka Warrior derrière le microphone) et l’ambiante The Legend Of Kaspar Hauser; pièce qui se différencie drastiquement des autres! Par contre, certaines pistes sont carrément imbuvables; tels que la trop racoleuse Rave Kids Go (avec Michael Karkousse de la formation belge nommée Goose), l’électro-pop d’une platitude exemplaire titrée Fade Away, et la conventionnelle Under Your Sun.

Finalement, voilà une offrande qui ne répond pas aux expectatives! Sur Rave Age, Pascal Arbez fait du surplace et semble cruellement manquer d’inspiration. Pas essentiellement médiocre mais c’est une élaboration sonore en deça des grandes capacités de Vitalic. Des expérimentations sonores accrues, moins de « big beat », bref, un peu plus de travail artistique imaginatif aurait été salutaire. Vitalic peut faire beaucoup mieux!

Ma note : 5/10

Vitalic
Rave Age
PIAS America
47 minutes

www.vitalic.citizen-records.com/

John Cale – Shifty Adventures In Nookie Wood

Le canonisé artiste originaire du Pays de Galles et illustre fondateur du légendaire Velvet Underground, John Cale, lançait, il y a quelques temps déjà, son énième album intitulé Shifty Adventures In Nookie Wood. Connu pour son travail aux allures rock, le vétéran a également flirté par le passé avec la musique classique et expérimentale. Quelques œuvres majeures viennent chapeauter son portfolio sonore, tel que le superbe Paris 1919 et la trilogie Fear, Slow Dazzle et Helen Of Troy, tous parus au début des seventies.

Voilà le vénérable créateur âgé de soixante-dix ans de retour avec une nouvelle création minaudant vigoureusement avec les sonorités électroniques, alliées à des compositions résolument accessibles. Première impression frappante : la voix de Cale surprend par sa rondeur, sa justesse et son acuité. À cet âge, rares sont les chanteurs en mesure d’interpréter avec autant d’assurance. Bravo!

Par contre, les morceaux assemblés sur ce Shifty Adventures In Nookie Wood surprennent par leurs nombreux ascendants électro-pop. Dans notre cas, est-ce une question de conditionnement auditif compte tenu que nous sommes plutôt accoutumés à entendre John Cale dans un format beaucoup plus bruyant et dissonant? Et c’est pour cette raison qu’une sensation bizarre nous a accompagné tout au long de l’écoute; comme si la réalisation et les choix sonores de Cale semblaient anachroniques et démodés. De plus, certaines pièces faiblardes amoindrissent l’impact qu’auraient pu obtenir cette œuvre.

On en veut pour preuve la pop bondissante déjà-vu titrée Scotland Yard, la soporifique Hemingway, l’inefficace December Rains, la faussement déconstruite et empirique Vampire Cafe et la très douteuse et endormante Midnight Feast. Par contre, le vieux briscard y va de ses meilleurs élans avec I Wanna Talk 2 U (en duo avec Danger Mouse), la « dance-rock » pianistique Face To The Sky, la touchante ballade Mary, la singulière et intelligible Nookie Wood, l’entraînante Mothra et la piste la plus rock de l’album nommée Living With You.

Au bout du compte, John Cale propose un Shifty Adventures In Nookie Wood en dent de scie; surtout que le musicien, compositeur, auteur et réalisateur nous a déjà habitué à beaucoup plus et beaucoup mieux. Une conception musicale où la facette inharmonieuse et tordue des chansons de Cale est remplacée par des atmosphères bourrées de claviers, de grooves, de rythmes électros, et plus particulièrement, de morceaux qui paraissent parfois inachevés; l’ensemble remémorant un peu trop la « belle » époque des années 80. Qu’à cela ne tienne, ça demeure un disque tout à fait comestible mais qui est loin de rencontrer les standards crées par Cale lui-même. Convenable sans plus…

Ma note : 5,5/10

John Cale
Shifty Adventures In Nookie Wood
Double Six Records
54 minutes

john-cale.com/

Bat For Lashes – The Haunted Man

Bat For Lashes est le pseudonyme de l’auteure-compositrice-interprète anglaise Natasha Khan. Méconnue de ce côté-ci de l’Atlantique, la jeune musicienne a vu ses deux premiers albums être nominés au prestigieux prix Mercury. Alors que le dernier effort, Two Suns, incorporait plus d’effets dans la voix de Khan, The Haunted Man nous offre une mise à nue. La pochette de l’album en est une belle représentation : la jeune femme en tenue d’Ève, dénuée de tout maquillage portant un homme en tenue d’Adam sur ses épaules.

The Haunted Man est frappé par cet effort d’enlever des couches. Une sobriété teinte l’ensemble de l’œuvre, ce qui n’exclut pas certains emportements. La puissance de la voix de Bat For Lashes est surprenante, par moments, elle dérive vers le ciel, créant une atmosphère unique, intime et grandiose à la fois. On a l’impression de participer à une discussion avec l’artiste qui nous livre ses pensées sur l’amour et aussi sur l’histoire de sa famille plutôt particulière : son père à quitté abruptement le Pakistan alors qu’elle avait onze ans, il était l’entraîneur de l’équipe nationale de squash. Il est aussi l’entraîneur de son cousin Jahangir Khan, six fois champion du monde en squash, qui, en quelque sorte, représente l’équivalent d’un Tiger Woods ou d’un Guy Lafleur! On voit que l’idée de dépassement est bien implantée dans la famille et Bat For Lashes n’y échappe pas.

The Haunted Man s’entame sur Lilies, tout en douceur qui nous entraîne à la dérive vers le monde de la jeune multi-instrumentiste. Puis, All Your Gold et ses rythmes accrocheurs, et surtout avec la voix de Khan, qui même lors d’envolée donne l’impression d’entendre d’un lion en cage; une voix habitée et sensuelle. Parmi les autres titres importants, il y a la mystérieuse Horses Of The Sun de même que la belle et touchante Laura. La pièce titre de l’opus nous fait bien voir la maîtrise du talent de compositrice de la jeune femme. Elle sait incorporer des instruments à sa musique avec une subtilité désarmante.

Bref, Natasha Khan nous offre un autre opus de qualité qui réjouira les fans d’électro-pop. La sensualité et la portée de sa voix ont de quoi séduire rapidement. The Haunted Man est un album admirablement composé qui démontre la force d’une subtilité bien placée.

Ma note : 8/10

Bat For Lashes
The Haunted Man
Capitol / Parlophone
52 minutes

www.batforlashes.com/