Électronique Archives - Page 60 sur 60 - Le Canal Auditif

Air – Le voyage dans la lune

La semaine dernière, le duo français formé de Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin, nommé Air, présentait son huitième album intitulé Le Voyage Dans La Lune. La musique de Air se compose de fragments de musique électronique, de pop et de rock psychédélique. Le tandem a connu le succès grâce à l’album Moon Safari paru en 1998. Après quelques créations décevantes, Air revient avec une trame sonore directement inspiré du classique cinématographique créé par George Méliès en 1902.

Cette fois-ci, Air n’a pas raté son coup concevant une envoûtante odyssée quasi instrumentale de trente minutes. Bien évidemment, les claviers trônent au sommet. Mellotron, Wurlitzer, piano et synthétiseurs vintage habillent adroitement cette musique aux inflexions parfois jazz, parfois rock. Les structures doucement complexes sont loin d’être rébarbatives à l’oreille. L’ensemble demeure délicieusement accessible. Mes chouchous : Astronomic Club, la dramatique Seven Stars, la remarquable Parade (qui fait penser à un thème d’émission de télé issu des années 70), Sonic Armada et l’ensemble se termine avec la prog Lava. En effet, un Voyage Dans La Lune convaincant, captivant, intelligible qui donne envie de revenir y déposer nos oreilles.

Après avoir assisté au lent déclin de Air, cet opus ramène à la vie de façon éloquente le duo versaillais. Un disque concis qui confère à l’œuvre une efficacité formidable. Rien de superflu, et surtout, pas de remplissage inutile. Le Voyage Dans La Lune va à l’essentiel! Sans être aussi prenant que Moon Safari, cet album est tout simplement divertissant à écouter. Sans conteste, ce disque fera le bonheur des adeptes de musique électronique intelligente, aux sonorités seventies, à l’architecture sonore juste assez inventive et singulière pour ne pas décourager l’auditeur moyen. Une galette qui viendra se blottir régulièrement dans mon canal auditif. Un soubresaut qui laisse présager de belles choses pour le devenir de Air. Un disque distrayant et fort intéressant!

Ma note : 7/10

Air
Le voyage dans la lune
EMI/Aircheology
32 minutes

//fr.aircheology.com/

http://www.youtube.com/watch?v=klPHW0Oi6s0

Die Antwoord – Ten$ion

Ninja, Yo-Landi Vi$$er et DJ Hi-Tek ça vous sonne une cloche? Ces trois artistes sud-africains forment Die Antwoord; formation qui mélange le rap, l’euro trash, le dubstep et la techno de manière tout à fait avant-gardiste. Ces extraterrestres musicaux ont fait paraître leur deuxième album intitulé Ten$ion qui faisait suite à $O$; disque fort bien reçu par la critique. Difficile de cerner Die Antwoord. Sont-ils de véritables fous créatifs ou simplement de vulgaires bourgeois afrikaners? Sont-ils d’authentiques dévergondés décadents ou encore des intellos provocateurs? Chose certaine, ils ne laissent personne indifférents avec leur look trash et leur propos déliquescents. Oreilles sensibles s’abstenir…

L’album démarre sur des chapeaux de roues avec l’énergisante Never Le Nkemise Pt. 1, suivi du jouissif simple I Fink U Freeky. La fédératrice Hey Sexy survient et me donne une soudaine envie de me défouler sur un dancefloor au facteur humidex extrêmement élevé! Le rap tribal de Fatty Boom Boom réussit à accrocher à mon visage une banane faisant office de sourire. Après l’interlude Zefside Sol, la très gangsta rap So What? fait irruption dans mes oreilles; un titre moins jubilatoire. La très euro dance Baby’s On Fire, le hip-hop de U Make A Ninja Wanna F**k et DJ Hi-Tek Rulez m’ont laissé sur une sensation de coït interrompu. Autant la première moitié de la galette me réjouissait, autant la deuxième partie m’a laissé sur mon appétit. Une exception: la palpitante Fok Julie Naaiers.

L’effet de surprise de $O$ disparu, est-ce que Ten$ion comble les attentes? Oui et non. Oui, au sens où, la décadence poussée à l’extrême de Die Antwoord est toujours d’actualité. Des obscénités lancées avec tellement de démesure qu’elles font beaucoup plus sourire qu’elles ne scandalisent. Non, au sens où, malgré les efforts effrénés que Die Antwoord met à sortir des sentiers battus, Ten$ion n’a pas l’impact de $O$; les morceaux faiblards venant trop souvent côtoyer les pièces jouissives et lubriques. Un disque à éviter pour les canaux auditifs plus conformistes. Pour ceux qui aiment se secouer le popotin sur une piste de danse en feu… cette galette vous est destinée!

Ma note : 5,5/10

Die Antwoord
Ten$ion
Zef Records
38 minutes

//dieantwoord.com/

Justice – Audio, Video, Disco

Justice est un duo français composé de Xavier de Rosnay et Gaspard Augé qui donne dans la musique électronique. Sans aucun doute, ils sont les dignes héritiers de Daft Punk et Chemical Brothers. En 2007, ils ont largué dans nos oreilles une bombe électro rock titré tout simplement Justice. Quatre ans plus tard, ils sont de retour avec Audio, Video, Disco; un disque fort attendu et paru la semaine dernière. À la hauteur?

Premièrement, ce disque se veut un hommage électro pop bien senti à la musique rock des seventies. Moins brutal et exubérant que l’album antérieur, la galette ne renferme aucun brûlot mémorable, mais Audio, Video, Disco est une création qui s’écoute bien d’un bout à l’autre. Après quelques auditions, on constate manifestement que cet album n’atteint pas le climax et l’intensité du précédent effort mais offre quand même quelques bons moments tels que Ohio et ses harmonies vocales à la Queen, l’électro pop rock On’N’On, Brainvision qui aurait pu faire partie de la trame sonore du classique cinématographique de Stanley Kubrick, Orange Clockwork, la dansante Civilization et ce, sans oublier le premier extrait : Audio, Video, Disco.

Par contre, les fans de la première heure pourraient être déçus par le ton plus posé et moins ravageur que l’album éponyme. Audio, Video, Disco est un très bon disque qui s’apprivoise d’une écoute à l’autre et qui constitue une excellente trame sonore, si vous appréciez les balades en voiture. Si vous chérissez Daft Punk, Chemical Brothers, le prog-rock des années ’70 et les synthétiseurs « vintage », ce disque sera un régal pour vos oreilles!

Ma note : 2,5/5

Justice
Audio, Video, Disco
Ed Banger Records
46 minutes

myspace.com/etjusticepourtous

http://www.youtube.com/watch?v=4tQsliLK5Uc&ob=av2n

Björk – Biophilia

Ces jours-ci, un ovni est apparu chez les disquaires. En effet, quatre ans après Volta, Björk revient avec Biophilia. Réglons immédiatement une chose; je ne suis pas fan de Björk. Juste pas ma tasse de thé, mais j’ai toujours eu le plus grand des respects pour l’inventivité et la créativité de cette artiste hors norme. Alors cette soucoupe volante, est-elle captivante à observer? Je répondrai par l’affirmative.

Petit conseil : la première écoute demande un lâcher prise de nos conceptions parfois conservatrices de la musique populaire. Biophilia est une œuvre complexe et intelligente qui déroute aux premières écoutes. Harpe, claviers, cuivres, instruments à vent, boucles électroniques se croisent et se marient en un tout étonnamment cohérent. L’influence des éléments, autant dans la musique que dans les textes, est omniprésente : mouvement de la lune, montée des marées, changements de saisons, solstices, plaques tectoniques, éruptions volcaniques et j’en passe.

Ça reste minimaliste et accessible malgré le foisonnement de sons et les structures inusitées. La voix de Björk est encore une fois, ce qui permet à Biophilia de garder un caractère intelligible. Moon, Thunderbolt, la palpitante Crystalline, la flottante Cosmogony, la dissonance lugubre de Dark Matter et Virus sont tous des œuvres musicales composées, chantées et écrites par une artiste inimitable. Biophilia est une création avant-gardiste qui mérite qu’on s’y attarde.

Biophilia n’atteint pas le climax d’Homogenic mais c’est un disque important; de la trempe de ceux qui passent l’épreuve du temps. Je le conseille fortement à tous ceux qui ont envie d’écouter une véritable artiste qui prend le risque de décevoir certaines oreilles plus chastes. Un voyage sans précédent au cœur d’un ovni, planant au-dessus d’un volcan en éruption. Unique!

Ma note : 3,5/5

Björk
Biophilia
Nonesuch Records
49 minutes

bjork.com