Électronique Archives - Page 60 sur 64 - Le Canal Auditif

How To Destroy Angels – Welcome Oblivion

How-to-Destroy-Angels-Welcome-OblivionParmi les artistes qui ont vieilli (dans le sens qu’ils ont gagné en maturité) et que leur musique a changé en suivant une authentique évolution, Trent Reznor est définitivement une figure de proue. Il est tout de même passé d’un rock industriel agressif (Pretty Hate Machine) pour finir dans un électro beaucoup plus aérien (The Slip). Lorsque Nine Inch Nails a été mis au rancart en 2009 et c’était logique, le groupe ayant tellement subi de métamorphoses sonores, How To Destroy Angels est né. Formé de Reznor, de sa femme Mariqueen Maandig, Atticus Ross et Rob Sheridan (qui s’occupe de la direction artistique), le groupe a lancé deux maxis en 2010 et en 2012. Les voici maintenant de retour avec un premier opus : Welcome Oblivion.

Que dire de la chose? Définitivement moins agressif que Nine Inch Nails mais toujours dans un univers où l’électronique prend beaucoup de place. La voix de Maandig est parfois passée à travers un filtre pour être ensuite relayée loin dans le mix alors qu’à d’autres occasions, elle se permet de prendre l’avant-scène et chanter à sa pleine capacité. De temps à autre, l’électro fait parfois place à un peu plus de travail acoustique ou aux instruments dits traditionnels. S’en dégage au bout du compte un effet d’étrangeté et d’inconstance. On a parfois l’impression d’assister à la démarche artistique de Reznor qui se bat contre lui-même pour ne pas faire du Nine Inch Nails, mais sans vraiment changer de genre musical… et on est un peu mal à l’aise.

La voix de Maandig s’exprime en toute liberté à trois reprises : la très NIN Keep It Together, la surprenante et entraînante Ice Age et la très accrocheuse How Long. Cette dernière sort franchement du lot par ses inflexions très pop et sa rythmique plus soutenue. De plus, Maandig semble enfin avoir le droit d’y aller dans ses véritables possibilités vocales. Sinon, la chanson-titre de l’album est correcte, détenant un semblant d’agressivité, mais qui est tellement peu appuyée, qu’elle prend des allures de lion dégriffé.

Honnêtement, ce n’est pas une sortie particulièrement notable, et ça c’est être poli. Avec Reznor qui a annoncé le retour de NIN en 2013, je crains déjà le résultat. Vous pourriez dire que je suis pessimiste mais ça fait peur. Et si vous vous demandez pourquoi les autres membres du groupe ont été si peu cités dans cet article, c’est qu’on est devant du Reznor tout craché car l’homme y prend beaucoup de place. Se dégage de Welcome Oblivion une impression d’incohérence musicale de la part d’un compositeur qui se cherche.

Ma note : 5/10

How To Destroy Angels
Welcome Oblivion
Columbia
60 minutes

howtodestroyangels.com/

Blue Hawaii – Untogether

cache_240_240_0_100_80_BH_lp_1425Si en voyant le nom du groupe Blue Hawaii vous avez pensé que c’est un groupe hommage à Elvis Presley, détrompez-vous ! Nommé ainsi pour cette idée de paradis perdu, le duo composé de Raphaelle Standell-Preston du groupe Braids et Alexander Cowan, avait fait paraître, en 2010, Blooming Summer, un maxi de huit chansons. Puis, la jeune femme a été aspirée par la spirale qui s’est emparée de Braids et Cowan a quitté pour l’Europe où il a approfondi son apprentissage de l’électro et des techniques d’enregistrement. Les deux se sont réunis à Vancouver en janvier 2012 et ont commencé à travailler sur ce qui deviendrait Untogether.

Il faut dire que le son de l’album colle aux conditions d’enregistrement. Tout d’abord, le titre évoque le fait qu’il fût enregistré séparément; Standell-Preston vacillant entre Montréal et Vancouver et Cowan entre ces deux villes et l’Europe. De plus, le son froid et introspectif de l’album évoque l’hiver canadien. Il faut dire que la voix de la demoiselle aide à rendre le tout plus sexy avec ses inflexions qui réchauffent et qui dégagent beaucoup de sensualité. Untogether, comme le suggère le titre, est éthéré, fantomatique, situé quelque part entre le rêve et le cauchemar, quelque part entre la transe et quiétude.

Ça commence avec l’entrée en matière progressive de Follow, qui amène par la main l’auditeur comme on fait entrer quelqu’un dans une forêt. La chanson s’ouvre tranquillement pour finalement dévoiler toute sa beauté. Puis, vient le titre le plus accrocheur de la galette Try To Be qui, avec sa guitare acoustique et la voix de Raphaelle Standell-Preston, toujours aussi sensuelle et éthérée, est une chanson très touchante qui attaque un sujet franchement symptomatique de la vingtaine, la quête d’identité et la recherche d’authenticité. Dans les bons coups, on peut noter aussi l’étrange Sierra Lift qui, avec sa basse plus présente et ses percussions synthétiques fait partie des morceaux les plus rythmés d’Untogether. De plus, cette chanson donne la chance d’entendre un peu la voix d’Alexander Cowan. Dans la veine plaisante se trouve aussi Reaction II, qui fait parfois penser aux rythmes à la Grimes. Du côté des pièces plus mélancoliques et douces, on retrouve la lancinante In Two et son thème de la séparation. D’ailleurs, la membre en règle de Braids démontre éloquemment sa capacité vocale dans certaines de ses envolées. Par contre, la palme du fantomatique revient à la spectrale Yours To Keep.

Bref, Blue Hawaii dépose ces onze titres avec une douceur contemplative parfaite, qui plante un décor hivernal, alors que la neige est reine et maître du décor. Le duo vise juste et crée un Untogether qui peut sembler froid et distant à la première écoute mais qui finit par faire son chemin.

Ma note : 8/10

Blue Hawaii
Untogether
Arbutus Records
44 minutes

bluehawaii.bandcamp.com/

Autechre – Exai

a0269273_1858334Le duo techno britannique Autechre n’a jamais été un groupe facile. Malgré des racines dans le hip hop et l’électro américain, Autechre n’a jamais eu la réputation d’être particulièrement enjoué, dansant ou festif. Même au sein du label Warp aux côtés d’artistes comme Aphex Twin, Squarepusher et Speedy J au début des années 1990, Autechre faisait figure de tronches avant-gardistes, motivés par la volonté de faire évoluer la forme bien plus que par celle de faire remuer les popotins.

Il en a été ainsi tout au long de la longue trajectoire du duo depuis ses origines en 1987. Sa musique n’est jamais simple ni facile d’approche, et c’est encore plus le cas depuis l’album Quaristice en 2008. Autechre enfile dorénavant de microscopiques variations de textures sonores sur des thèmes musicaux abstraits. Les rythmes sont squelettiques et parfois si syncopés qu’ils en semblent défigurés, et ils sont développés eux aussi en multiples variations et textures. Peu d’importance est accordée aux dynamiques et aux progressions vers un moment émotionnellement palpable. L’approche n’a rien de mal en soi, et peut être esthétiquement satisfaisante en petites doses. C’était le cas pour Quaristice et pour l’album qui l’a suivi, Oversteps. Sur Exai, par contre, la plupart des chansons durent plus de six minutes, et certaines s’approchent dangereusement du quart d’heure. L’album lui-même dure deux heures. C’est un peu long pour contempler de constantes fioritures abstraites sans culmination ni résolution.

Les titres qu’Autechre choisit pour ses chansons sont une assez bonne analogie à sa musique. Prenez par exemple Prac-F, Spl9 ou T Ess Xi, des enchaînements de caractères choisis pour l’effet de juxtaposition, mais ne contenant aucun sens au-delà de celui que l’auditeur choisit d’y accorder.

Les obsédés de synthés armés de beaucoup de patience trouveront quelque chose à adorer dans Exai. Le reste du public restera exactement où Autechre veut qu’il soit: très loin.

Ma note : 5,5/10

Autechre
Exai
Warp
120 minutes

//www.autechre.ws/exai/

Matmos – The Marriage Of True Minds

homepage_large.a76d58cbDepuis ses origines en 1995, Matmos se consacre principalement à la transformation du bruit en musique. Entre les mains du duo, l’exercice est une science autant qu’un art. Après des débuts où tous les bruits étaient potentiellement utilisables, le groupe formé de Drew Daniel et de M.C. Schmidt s’est mis à encadrer ses expérimentations dans des concepts parfois très stricts ou saugrenus (sons tirés de diverses chirurgies esthétiques, ou uniquement d’instruments de musique anciens). Et règle générale, les résultats sont au moins intéressants, voire fascinants.

L’approche purement samplée risquait cependant de faire du duo un vestige du tournant du millénaire, et on sentait qu’il souhaitait brasser les cartes depuis environ 2007. L’album Supreme Balloon était une volte-face intéressante où Matmos tirait un trait sur l’échantillonage et clamait haut et fort n’avoir utilisé aucun microphone lors de sa production. L’album a été suivi par presque cinq ans de remix, de commandes spéciales et de collaborations, comme si Matmos peinait à trouver l’idée qui le stimulerait assez pour pondre un nouvel album en bonne et due forme.

En fait, la formation suivait laborieusement un filon depuis plusieurs années, une lubie qui lui permet de puiser ses idées auprès de cobayes consentants. Une cinquantaine de sujets se sont prêtés au jeu: les yeux couverts par deux moitiés de balle de ping-pong et les oreilles branchées sur du bruit blanc, ils devaient tenter de percevoir télépathiquement ce que Daniel et Schmidt avaient en tête pour leur prochain album. Les paroles, les sons et les descriptions qu’ont offerts ces sujets sont ce qui sert de matériel de base à The Marriage Of True Minds.

Matmos est clairement galvanisé par ce concept farfelu. Loin de fuir le ridicule inhérent à l’expérience, le groupe le prend à bras le corps et se laisse porter dans des territoires variés et ludiques, des rythmes soutenus de Tunnel et de Very Large Green Triangles aux tapisseries sonores flirtant avec la musique concrète de Ross Transcript en passant par les visions cauchemardesques d’ESP (une réinterprétation très, très libre d’une chanson des Buzzcocks). On sent Matmos totalement inspiré par le processus, ouvert à toutes les possibilités, ce qui se solde par l’album le plus éclectique et enjoué du duo depuis A Chance To Cut Is A Chance To Cure.

Certains verront peut-être un défaut dans le fait que l’album dépende d’une description de son concept pour être vraiment apprécié. C’est une critique valable, et j’aimerais bien qu’il soit possible de remonter dans le temps pour que je puisse réécouter l’album sans explication sur le processus, juste pour voir s’il se défend aussi bien. Cela dit, ce que j’entends ici avec tout le contexte, c’est un album d’une intelligence, d’une vivacité et d’un humour peu communs.

Ma note: 8/10

Matmos
The Marriage of True Minds
Thrill Jockey
50 minutes

//vague-terrain.com

Sébastien Tellier – My God Is Blue

Sebastien-Tellier-My-God-is-Blue_portrait_w858À la fin du mois de janvier, My God Is Blue de Sébastien Tellier atterrissait de ce côté-ci de l’Atlantique. L’auteur-compositeur-interprète français, très proche du duo Daft Punk, arrivait avec un album coulé dans cette sensualité qui le caractérise depuis Sexuality, son denier opus. Alors que dans le passé, il s’est inquiété de la politique, en 2008 (réélection de Sarkozy), il a déclaré : «seul le cul m’intéresse». Depuis, celui qui sait manier la guitare comme très peu, compose des pièces qui laissent beaucoup de place à l’électro, à la pédale wah-wah et aux rythmes cochons.

Et sur My God Is Blue, Tellier poursuit sur sa lancée, accouchant d’un album qui porte très bien son nom. Il faut dire aussi qu’il est un compositeur hors pair, capable de tisser des tubes plus grand que nature. Il fait une grande place aux cordes sur cette galette, ce qui a pour effet de magnifier les arrangements déjà composés pour des amphithéâtres. Polyglotte, Tellier se concentre cette fois-ci sur le français et l’anglais principalement, bien que les mots sont loin d’être sa principale préoccupation. Considérez l’album comme une œuvre musicale d’abord et avant tout.

Le disque s’ouvre sur Pépito Bleu qui avec ses cordes, ses chœurs et ses claviers donne le ton à la galette. Ainsi, Tellier s’affirme dans toute sa splendeur. Les pièces Sedulous et Cochon Ville dans lesquelles la guitare wah-wah prédomine, se rapprochent sensiblement de la musique disco; particulièrement la deuxième. D’un autre côté, Tellier laisse voir la subtilité dont il est capable sur Magical Hurricane. Avec simplement une guitare acoustique, quelques petites sonorités ici et là, et sa voix éthérée, Tellier présente une pièce ensorcelante. Et Mayday, sonne comme une mauvaise chanson d’électro-pop et pourtant, grâce au talent du compositeur français, l’envie de lancer ses haut-parleurs aux poubelles ne vient jamais faire son tour!

Bref, voilà un bon album intelligent qui, malgré quelques longueurs, de même que le côté pompeux de la musique de Tellier, est plus qu’intéressant! Avec ses rythmes ancrés dans une sensualité certaine et l’intelligence des arrangements, le compositeur français nous fait voyager à travers My God Is Blue en nous rappelant que l’amour prévaut.

PS : La vidéo est 18 ans et plus. Gâtez-vous!

Ma note : 7.5/10

Sébastien Tellier
My God Is Blue
Record Makers
47 minutes

www.alliancebleue.com/home