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CHVRCHES – The Bones Of What You Believe

Chvrches-The-Bones-Of-What-You-Belive-300x300Chvrches est un groupe de Glasgow en Écosse. Un peu plus tôt cette année, la formation avait fait paraître un maxi qui nous avait fait découvrir l’excellente Recover. Le trio est composé de Lauren Mayberry (voix, synthétiseurs et échantillonneurs), Iain Cook (synthétiseurs, guitare, basse et voix) et Martin Doherty (synthétiseurs, échantillonneurs et voix). Voici qu’ils présentent leur premier opus titré The Bones Of What You Believe.

Si plusieurs groupes d’électro-pop affectionnent les synthétiseurs, les membres de Chvrches, sont sérieusement tombés dedans quand il étaient petits… et la seule autre chose qui prend l’avant-scène, en compagnie des claviers, est la voix de Mayberry; chanteuse qui sait composer des mélodies vocales opérantes et accrocheuses. Sans contredit, l’apport artistique de Mayberry représente le plus grand atout du groupe.

Réussir à créer un son si rassembleur qui accrochera l’oreille, qui fera battre la mesure de la tête à tous ceux qui l’écouteront est un exploit en soi et Chvrches réussit aisément ce tour de force. Le trio nous envoie des succès potentiels pièce après pièce. Difficile de ne pas être ému devant la fragilité qui habite la voix de Mayberry sur Recover ou encore d’avoir le refrain de The Mother We Share qui s’imprègne dans la cervelle après la première écoute.

Le trio possède aussi le brio particulier d’écrire des paroles intenses sur des pièces très pop et accessibles. On peut facilement citer la pièce Gun dans laquelle Mayberry y va de paroles violentes, qui trahissent une dépendance à la limite inquiétante: «You better run, you better run so / Hide, hide, I have burned your bridges / I will be a gun / And it’s you I’ll come for / I, I, have never felt so easy / I will be a gun, and it’s you I’ll come for». On ne peut pas dire que les paroles de Lies sont plus rassurantes.

Bref, Chvrches est un groupe qui saura rassembler. Le trio réussit à créer un effet de chaleur malgré la froideur de la réalisation et de l’esthétique sonore préconisée. On trouve très peu d’instruments traditionnels sur The Bones Of What You Believe, n’en demeure pas moins que leur électro-pop est captivant et vous donnera sans doute envie d’aller vous procurer quelques vêtements fluo…

Ma note : 8/10

Chvrches
The Bones Of What You Believe
Glass Note Records
48 minutes

chvrch.es/

Austra – Olympia

austra16Austra est un groupe originaire de Toronto dirigé par Katie Stelmanis. Austra se veut un groupe électro-pop, puisant clairement ses influences, comme de nombreux autres de ses pairs dans les années 80. Au-delà de ces comparaisons, force est d’admettre qu’Austra se démarque et se démarquera fort assurément de ses semblables au cours de ses prochains albums. Il y a clairement chez Austra des connaissances musicales qui ne mentent pas. La chanteuse et multi-instrumentiste, Katie Stelmanis (tout d’abord destinée à être chanteuse d’opéra) bifurque à ses 18 ans vers la musique dite pop. S’ensuivra immanquablement un talent inné à composer des pièces riches, aux structures intéressantes et dans un format accessible. Joint par les collègues, Maya Postepski (multi-instrumentiste et déjà connue de la scène musicale indie de Toronto) ainsi que Dorian Wolf à la basse et guitare. Les deux comparses viennent bien appuyer Katie Stelmanis et Austra s’en tire à merveille au niveau de la recherche sonore.

Olympia est le deuxième album de Austra suivant Feel It Break. Cette deuxième offrande suit exactement où Feel It Break nous avait laissés. Le premier album avait surpris par la qualité des pièces et l’effet de surprise de voir un groupe canadien ayant un son beaucoup plus près des Britanniques que des Américains était immense. Au niveau des influences on pense à Florence + The Machine, Bjork et autres ou bien, si on se réfère aux eighties, on y retrouvera les couleurs des Grace Jones, Kate Bush, Sinead O’Connor avec des sédiments de Talk Talk de la première époque (pré Spirit Of Eden). On a affaire ici à un trio qui pourrait fort bien épater la galerie à un niveau mondial. Il est très rafraîchissant, suite à la surprise de Grimes en 2011, qu’une autre formation canadienne puisse œuvrer au-delà du style «indie» si marquant des années 2000 et recevoir des éloges du milieu électronique.

Sur Olympia, nous avons affaire à quelques pièces très inspirées. L’ouverture de l’album avec la pièce What We Done donne le ton à l’album; crescendo subtil, voix bien placée, sonorités surprenantes et envolée à la fin. Suit la superbe «talk talkienne» titrée Forgive Me ainsi que la très 80 Painful Like; pièce dansante et planante à la fois. Un peu plus loin on aura droit à la grandiloquente et épique Home; assurément l’une des pièces les plus fortes du jeune répertoire de Austra. We Become (autre point marquant de l’album) dans laquelle la voix de Katie Stelmanis nous donne envie d’entonner avec elle le plaintif refrain. Superbes lignes de basse, percussions et orchestrations orfévrées, ce Olympia nous démontre clairement une ingéniosité musicale au-delà de la pop générique.

Austra vient de pondre est un des albums canadiens les plus surprenants de l’année 2013. Dans un avenir rapproché, deux choses ne m’étonneraient guère pour ce Olympia: remporter le prix Polaris pour album de l’année en 2014 et voir l’un de ses titres dans une trame sonore d’un film de Xavier Dolan.

Ma note : 8/10

Austra
Olympia
Paper Bag/Domino Records
46 minutes

www.austramusic.com

Rudimental – Home

Rudimental_HomeLa pop anglaise connaît présentement des moments de gloires qui émergent. On peut facilement penser à Jessie Ware et sa voix puissante ou à Florence + The Machine et sa pop orchestrale plus grande que nature. Au milieu de tout ça, un quartet électronique britannique a su faire sa marque grâce à la pièce Feel The Love qu’on retrouve sur l’album Home. Rudimental a frappé fort en 2012 avec cette pièce offrant un électro hyperactif et enivrant sur lequel John Newman vient déposer un chant à mi-chemin entre un crooner et le R&B.

Cette excitation mettait beaucoup de pression sur la parution de Home. Le quatuor formé de Piers Agget, Kesi Dryden, Amir Amor et DJ Locksmith avait intérêt à arriver avec une galette qui valait son pesant d’or. Sans créer un monument, Rudimental a certainement réussi à offrir une bonne galette d’électro-pop entraînante. Dès les premières notes de la pièce-titre de l’album, les Anglais s’affirment comme une formation détenant un talent pour les mélodies qui n’est pas à dédaigner.

Hell Could Freeze amène un penchant hip-hop alors que l’invité Angel Haze attaque la pièce avec une agilité de chat sur une trame sonore qui rappelle fortement M.I.A. Par contre, si le groupe est capable de pièces captivantes, il tombe parfois aussi dans le panneau et font quelquefois dans le convenu. Powerless avec ses violons grandiloquents en introduction, de même que son piano sur lequel Becky Hill vient poser une mélodie quelconque, laisse franchement de marbre. Le groupe se reprend tout de même avec l’intéressante Not Giving In alors qu’on voit ressurgir Newman accompagné d’Alex Care.

Bref, Home est un bon premier effort pour le groupe de producteurs Anglais. Vous y trouverez une bonne dose de pièces pop opérantes qui vous donneront envie de vous brasser le popotin sur un plancher de danse au milieu de multiples corps en transe.

Ma note : 7/10

Rudimental
Home
Warner Brothers
55 minutes

www.rudimental.co.uk/

Nine Inch Nails – Hesitation Marks

NIN-Hesitation-MarksNeuvième album studio pour Trent Reznor et ses collaborateurs. Disque titré Hesitation Marks. Premier album officiel depuis la parution de The Slip en 2008. Au cours des dernières années, Reznor a multiplié les projets coopératifs, en créant les trames sonores des films The Social Network et The Girl With The Dragon Tatoo. De plus, Reznor s’est associé avec son épouse Mariqueen Maandig et son acolyte Atticus Ross (coréalisateur d’Hesitation Marks) afin de mettre sur pied le projet How To Destroy Angels. Bref, l’homme ne lésine jamais sur l’effort.

Un album fort attendu ce Hesitation Marks qui, après la démarche plus immatérielle prescrite sur Ghosts I-IV et le penchant plus rock prôné sur The Slip, met en lumière un retour aux sources s’inspirant sans ambiguïté de la période glorieuse de Nine Inch Nails dans les nineties. Reznor n’est plus le cocaïnomane/alcoolique rongé par les troubles anxieux et la dépression. Aujourd’hui marié et père de deux enfants, l’artiste est assurément plus serein aujourd’hui qu’à une certaine époque…

Donc, il nous présente une œuvre moins opaque, plus bondissante, plus fédératrice que les récents efforts et qui comporte quelques délicieux moments plus calmes et introspectifs. Hesitation Marks est une création qui ne surprendra personne, mais qui satisfait à un niveau inégalé votre humble et dévoué critique; un disque qui se hisse un léger cran en deçà de The Downward Spiral et The Fragile, rien de moins. Un album fermement électro, contenant quelques salves abrasives judicieusement disposés, des ascendants new-wave, et surtout, des mélodies unificatrices magnifiquement concoctées par Reznor.

Reznor fait du 100% Nine Inch Nails, mais réussit le tour de force de nous captiver du début à la fin, sans temps mort. Hesitation Marks est un album mature et moderne à la fois. Très peu de créateurs musicaux peuvent se targuer de cet accomplissement après vingt-cinq années au compteur. À 48 ans bien sonnés, Reznor fait indiscutablement la preuve, avec cette conception sonore, qu’il fait partie des incontournables de l’histoire de la musique populaire. Bref, la force colossale de cette offrande réside dans la qualité des compositions offertes par Nine Inch Nails. Des morceaux inspirés, intenses, opérants démontrant une fois pour toutes que Reznor n’est pas seulement un réalisateur troublé haut de gamme, mais également un grand compositeur de musique accessible et rassembleuse.

Rares sont les albums d’une durée de près de soixante minutes qui ne renferme aucun morceau anémique et Reznor réussit cet exploit avec une facilité déconcertante. Nos pièces de prédilection? L’excellent simple Came Back Haunted, la pianistique méditative Find My Way, l’électro funky All Time Low (des relents rythmiques de Closer), la très Thom Yorke/Radiohead nommée Disappointed, la pop-rock décapante Everything, la cadencée Running, l’imposant refrain dans I Would For You de même que la dépouillée While I’m Still Here.

Sur Hesitation Marks, ne cherchez pas la nouveauté, l’inventivité à tout prix ou encore l’impénétrabilité snobinarde. Nine Inch Nails passe à l’âge adulte musical avec panache et éloquence. Certains admirateurs pourraient reprocher à Reznor un manque de hargne et d’hostilité (comme d’autres ont pu désapprouver la direction artistique du dernier Queens Of The Stone Age), mais l’homme s’est assagi (pour son plus grand bonheur personnel) et réussit parfaitement à transformer sa microscopique sérénité en une réalisation artistique de luxe. Une prouesse dans les circonstances!

Ma note : 8/10

Nine Inch Nails
Hesitation Marks
Columbia Records
62 minutes

www.nin.com

Fuck Buttons – Slow Focus

Fuck-Buttons-Slow-FocusC’est le retour attendu des Britanniques de Fuck Buttons, qui se sont taillés une place de choix dans le paysage musical en brossant des tableaux sonores gargantuesques exprimant une furie jubilatoire à partir de simples claviers Casio et divers effets et échantillonneurs. Les albums Street Horssing en 2008 et Tarot Sports en 2009 nous ont fait découvrir un groupe qui se disait influencé tant par Mogwai que par Aphex Twin. Après ces deux albums en rafale, le groupe s’est fait discret. Les deux membres se sont consacrés à des projets solos (Benjamin John Power avec l’ambiant sombre de Blanck Mass, Andrew Hung avec le cérébral et insondable Dawn Hunger) et à une participation remarquée à la trame sonore de la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Londres.

Si le groupe a mis un peu plus de temps à préparer ce troisième album, c’est sans doute imputable à sa décision de faire soi-même le travail de réalisation après avoir laissé John Cummings de Mogwai et Andrew Weatherall de Two Lone Swordsmen manipuler la console pour les albums précédents. La différence dans la réalisation de Slow Focus est somme toute minime. Le changement le plus apparent est plutôt dans la patience dont fait preuve le duo dans le développement de ses idées. Il arrive à faire du nouveau en ne forçant pas aussi souvent le moment fort à tout prix et en se permettant des variations plus marquées à l’intérieur d’une même chanson.

Brainfreeze démarre l’album de façon saisissante et dans un mode qui sera familier aux fans des premiers albums. Vient ensuite la première véritable surprise de Slow Focus, Year Of The Dog, une pièce plus courte sans rythme défini qui juxtapose des sons métalliques cristallins à une mélodie qui semble bâtie à partir d’un enregistrement d’échographie. L’autre pièce courte de l’album, Prince’s Prize, se développe de façon imprévisible autour d’un rythme soutenu.

The Red Wing, premier simple de l’album, est étrangement dansante malgré sa structure vacillante. On croirait entendre Kieran Hebdan ayant avalé Black Dice, gardant ses traits techno en cachant tant bien que mal la forme saugrenue dans son ventre.

Les deux dernières pièces de l’album, Stalker et Hidden XS, sont cependant les meilleurs exemples de ce que je décrivais comme la patience dont Fuck Buttons fait maintenant preuve. Elles progressent sans se presser et empilent les textures et les motifs. Plus que de simples crescendos inspirés du post-rock, elles gagnent en intensité tout en mariant certaines des sonorités synthétiques les plus chaudes et les plus rudes que vous ayez entendues.

Fuck Buttons n’ont rien perdu de ce qui a fait d’eux un des groupes les plus remarqués des dernières années. Leur intensité sauvage est intacte, et les sonorités sont encore plus recherchées qu’auparavant. En écoutant l’album, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est la musique que j’aurais souhaité entendre de Boards Of Canada depuis Geogaddi. Fortement recommandé aux amateurs de musique si imposante qu’elle en devient presque étouffante, dans la lignée de groupes phares comme Mogwai, Spacemen 3 et les quinze dernières années de Boredoms.

Ma note : 8,5/10

Fuck Buttons
Slow Focus
ATP Recordings
52 minutes

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