Électronique Archives - Page 55 sur 67 - Le Canal Auditif

Jagwar Ma – Howlin

Jagwar-Ma-HowlinLe trio australien Jagwar Ma faisait paraître en juin dernier son premier album intitulé Howlin; disque qui a complètement passé inaperçu sous les radars du Canal Auditif. Jagwar Ma, c’est l’équivalent des tout aussi Australiens Tame Impala, mais en version électro-pop psychédélique. Formé de Gabriel Winterfield (voix, guitare), Jono Ma (synthétiseurs, réalisation, guitare) et Jack Freeman (basse, guitare, voix), Jagwar Ma, avec ce Howlin, a réussit à obtenir l’approbation de bons nombres de journalistes musicaux ainsi que la bénédiction de l’ineffable Noel Gallagher

Jagwar Ma, c’est également un joyeux fourre-tout musical évoquant pertinemment l’époque Madchester (particulièrement les Happy Mondays), rappelant sobrement les Stone Roses et Primal Scream, incluant quelques effluves d’acid house, un peu de Beach Boys de même que quelques fioritures indiennes que le Fab Four n’aurait pas renier.

Sur ce premier effort, ces jeunots nous proposent une rencontre intemporelle entre le plancher de danse et la plage. C’est tout sauf linéaire et d’une cohérence étonnante… malgré l’incessant bombardement de références musicales criantes auxquelles nous assistons à l’écoute de cette création.

Voilà un trio que nous verrions très bien se produire dans un festival près de chez nous, bière à la main et tabac qui fait rire en sus… Sans être un grand disque, on peut aisément affirmer que le groupe parvient à ses fins; plus précisément en ce qui concerne le mouvement efficace de nos arrières-trains, et ce, sans jamais verser dans le racolage de bas étage. Les nombreux moments hypnotiques/cadencés se frottent habilement à des refrains fédérateurs et l’usage judicieux des guitares ainsi que de quelques percussions tribales fournit un peu de chaleur à une musique qui aurait pu devenir glaciale.

Tout bien considéré, voilà une excellente entrée en matière pour ces musiciens dans la fleur de l’âge. Parmi les morceaux de prédilection, on a beaucoup apprécié la mélodie répétitive soulevant What Love, la très Happy Mondays titrée Uncertainty, la groovy The Throw, la beatlesque/beach boyesque Come Save Me, le rock psychédélique dansant Let Her Go, la très Charlatans UK nommée Man I Need de même que le morceau éthéré qui conclut l’album intitulé Backwards Berlin.

Si la plus récente galette de Cut Copy vous avait laissé sur votre appétit, c’est du côté de ce Howlin de Jagwar Ma qu’il aurait fallu tendre l’oreille. De plus, si vous êtes de vieux fanatiques de l’époque Madchester, vous ne serez absolument pas déçus par cette astucieuse relecture sonore, qui s’inspire intelligemment du passé tout en conservant une esthétique sonore bien ancrée dans la modernité. Fort satisfaisant!

Ma note : 7/10

Jagwar Ma
Howlin
Mom & Pop Music
48 minutes

jagwarma.com

Darkside – Psychic

DARKSIDE-PSYCHICParu un peu plus tôt l’automne dernier, Darkside est le projet du musicien électro Nicolas Jaar et du multi-instrumentaliste Dave Harrington. Les deux se sont rencontrés alors qu’ils fréquentaient l’université. Darkside est né alors qu’Harrington faisait partie du groupe live de Jaar, pour son album Space Is Only Noise. Les deux Américains ont commencé à écrire ensemble, attaquant l’électro avec une volonté de l’approcher comme du blues. Qu’est-ce que ça donne?

Ça donne un album électro franchement intéressant qui comporte de très bons moments. Le duo ne laisse rien au hasard. Dès la première pièce, il nous amène progressivement dans leur univers sonore. Golden Arrow avec ses onze minutes commence avec un son aigu qui se fait couper la route par une basse timide et des échantillonnages dissonants. L’ensemble fini par prendre un erre d’aller plus entraînant, dominé par une batterie très simple rejointe par une guitare. C’est à ce moment qu’on réalise à quel point les deux hommes se complètent bien.

Le travail des percussions est particulièrement intéressant sur Psychic, que ce soit avec les rythmes quasiment tribaux de Heart ou la multitude d’instruments utilisés sur Freak, Go Home, on ne peut que saluer bien bas le travail d’Harrington et Jaar. Cette pièce représente un des beaux moments sur la galette. Le côté blues n’est peut-être pas toujours présent, mais il se projette à l’avant-plan sur Paper Trails. On y retrouve une guitare franchement blues (bien qu’un peu plus clair et aiguë) ainsi qu’une voix basse et un rythme contagieux qui donne envie de claquer des doigts.

Bref, Darkside offre un premier opus fort appréciable qui contient quelques bijoux. On peut facilement taxer Psychic d’œuvre marginale, mais cela ne se fait pas au détriment de la musicalité. On y retrouve tout de même des mélodies intéressantes, mais surtout, ce qui frappe est l’harmonie qui existe entre les deux musiciens. Bref, c’est très bon.

Ma note : 8/10

Darkside
Psychic
Matador
46 minutes

www.darksideusa.com/

Trentemoller – Lost

trentemoller-Lost-500-tt-width-360-height-342-crop-1Le Danemark fait figure d’un des pays les plus intéressants pour sa culture et sa société progressiste. Une de ses plus belles exportations est sans contredit Anders Trentemoller. DJ, producteur, multi-instrumentiste, Trentemoller roule sa bosse depuis maintenant plus de quinze ans. Sa carrière florissante s’est construite par étapes; que ce soit au son de la house issue de la fin des années 90 pour ensuite migrer vers des horizons plus «tech house» et ensuite plus électro. La connaissance musicale de notre homme a toujours été au diapason de l’évolution musicale qui se faisait en parallèle.

En 2005, sa rencontre avec Steve Bug fut déterminante et son célèbre maxi Physical Fraction (paru sur l’étiquette de ce dernier, Audiomatique) lui permit de connaître une renommée internationale. Cela pavera le chemin à son premier long jeu, le prisé et superbe The Last Resort sur l’étiquette mère de Bug, Poker Flat Recordings paru en 2006.

Trentemoller, maintenant devenu acteur important de la scène de la musique électronique, reviendra en 2010 avec Into The Great Wide Yonder qui se voudra tout aussi intéressant que le précédent. Ce deuxième opus fera foi de sa grande connaissance musicale et de ses influences diverses.

Sur Lost, son troisième album, on le retrouve encore plus en terrain exploratoire, mais ô combien réjouissant pour l’auditeur. On y va de l’organique au plus électronique; du calme au dansant. L’album s’ouvre avec The Dream incluant la participation du groupe Low, muni de la superbe voix de Mimi Parker. Pièce planante et prenante, Trentemoller mentionnait qu’il tenait à ce que ce morceau mette la table pour cet album aux influences variées. Cette recherche sonore constante de Trentemoller nous amène au cœur de ses influences: rock, alternatif, électronique et indie.

Trop peu d’artistes de la scène électronique sont en mesure de nous concocter un album aux sources si diverses et de nous émerveiller en nous menant dans différents paysages sonores. De la sombre et exquise Candy Tongue à la lumineuse Gravity, en passant par l’électro psychédélique de Trails ainsi que l’orgue déchaîné de Constantinople, Lost confinera l’auditeur en un voyage auditif jouissif. Mentionnons au passage les autres excellentes pièces que sont Still On Fire, Come Undone et Deceive. Tout au long de l’album, on sentira des effluves qui nous feront penser aux New Order, Cabaret Voltaire, Siouxsie And The Banshees, mais aussi à certains contemporains tels Chemical Brothers et UNKLE. Lost (sans contredit le meilleur album de Trentemoller) clôturera sur le délire instrumental de plus de treize minutes de la pièce Hazed.

La belle brochette de collaborateurs nous confirme la haute valeur ajoutée à cet album qui figurera sur plusieurs palmarès de fin d’année. Jonny Pierce de la formation The Drums, Kazu Makino de Blonde Redhead, Low, Sune Rose Wagner des Raveonettes, entre autres, viennent prêter main-forte à ce maître d’œuvre qu’est Anders Trentemoller. Excellent album!

Ma note: 8,5/10

Trentemoller
Lost
In My Room
72 minutes

www.anderstrentemoller.com

Erasure – Snow Globe

Erasure-Snow-GlobeChaque année, si vous êtes comme moi, vous voyez le Temps des Fêtes amener son lot de mauvaises chansons. Que ce soit Roch Voisine qui m’ennuie à coups d’insipides reprises ou Frédérick De Grandpré qui joue soudainement aux crooners; tout ça me laisse avec une impression que finalement, Fernand Gignac était quasiment cool. Alors que ce devrait être une période musicale festive, mes oreilles saignent. Voilà pourquoi Le Canal Auditif croit à l’importance pour vos tympans de passer un Noël des plus heureux… et cela passe aussi par de la musique décente. L’année dernière, j’avais eu la chance de critiquer l’excellent Silver & Gold de Sufjan Stevens (que je possède désormais en coffret) et qui m’avait subjugué. Cette année, c’est le groupe Erasure qui essaie de nous faire passer un Noël auditif d‘une autre manière.

On peut dire une chose de Snow Globe: «Bel essai les garçons, mais…». Si le duo anglais formé d’Andy Bell et Vince Clarke (ex Depeche Mode) y va de quelques morceaux issus de la tradition de Noël avec une couleur différente et franchement intéressante, l’ensemble lui est franchement en dent-de-scie. On retrouve des tubes interprétés trop fidèlement, dont Silent Night, qui sans les deux ou trois notes de synthétiseurs au début de la pièce, ne diffère que très peu des versions traditionnelles. Une erreur que le duo ne répète pas avec une version de White Christmas où la voix de Bell est loin dans le mix. Autre réussite avec The Christmas Song (bien que le chant soit classique et légèrement crooner) la musique est quant à elle, formée de synthés aux sonorités eighties.

En contrepartie, certaines pièces ont très peu à faire avec Noël. On peut pointer du doigt les sympathiques, mais pas très «Temps des Fêtes», Loving Man et There’ll Be No Tomorrow. Par contre, le duo y va d’une Bells Of Love qui donne envie de se verser un bon verre de lait de poule afin de regarder en admiration les flocons se déposer sur le sol! On peut noter aussi la touchante In The Bleak Mid-Winter avec ses ambiances riches et ses chants langoureux. Mais ne nous contons pas de blague, c’est la groovy et captivante version de Gaudete qui fait que cet album s’en tire plutôt bien. Une interprétation en latin qui donne envie de replonger dans ce langage, bien que riche, plutôt délaissé de nos jours.

Bref, un bel essai du duo anglais qui parfois touche la cible avec précision, mais qui s’égare également à plusieurs reprises. N’en reste pas moins que c’est bien plus intéressant que d’écouter des reprises fades de Maxime Landry! Question de goût!

Ma note : 6/10

Snow Globe
Erasure
Mute Records
45 minutes

www.erasureinfo.com/

RJD2 – More Is Than Isn’t

rjd2-moreisthanisntRJD2 est un producteur et un musicien américain qui a fait sa renommée avec l’album Since We Last Spoke paru en 2004. Depuis, son style a beaucoup changé, laissant de côté l’instrumental pour inclure beaucoup plus de voix dans ses pièces. Il rappliquait cet automne avec une nouvelle galette intitulée More Is Than Isn’t.

Que dire du nouvel album de Ramble John Krohn? La première chose qui saute aux oreilles en écoutant le nouvel opus est la faiblesse des pièces chantées par rapport à celles entièrement instrumentales. See You Leave laisse de marbre avec sa partition musicale simpliste, et les deux invités, STS et Khari Mateen, qui offrent des performances des plus conventionnels. Ceci dit, le tout s’aggrave avec l’insignifiante Love And Go avec ses sonorités désuètes et son chanteur sans saveur qui nous dit qu’avec «less», on aurait été plus satisfait…

Heureusement tout n’est pas si morose, Krohn réussit partiellement Bathwater sur laquelle apparaît le rappeur P.Blackk qui, bien qu’il ait un bon rythme, manque un peu d’originalité dans ses paroles. De plus, la partition musicale est un peu mieux sans que ce soit non plus à crier au génie. C’est beaucoup plus dans les pièces instrumentales que RJD2 montre tout son talent. La dansante Behold, Numbers! est l’une des pièces qui rachètent les erreurs commises sur ce More Is Than Isn’t. Her Majesty’s Socialist Request sonne comme du Sleigh Bells, mais en plus développé… c’est au moins ça. Si une seule pièce sort vraiment du lot par contre, c’est l’excellente Milk Tooth qui est composée à merveille et possède une mélodie efficace.

Bref, RJD2 pond un album correct sans plus. Par contre, on le voit incapable de capitaliser sur ses forces en cherchant à être beaucoup plus «radio friendly» que réellement créatif. Le résultat, on obtient une moitié d’album appréciable, mais une autre moitié qui nous décourage franchement de lui donner une chance.

Ma note : 5.5/10

RJD2
More Is Than Isn’t
RJ’s Electrical Connection
60 minutes

rjd2.net/