Électronique Archives - Page 2 sur 64 - Le Canal Auditif

Critique : Hundred Waters – Communicating

Hundred Waters nous avait offert l’excellent The Moon Rang Like A Bell en 2014. Le groupe n’arrivait pas avec une proposition qui révolutionnait la musique, mais son mélange d’électro-pop mélodieuse, de chant pop mais légèrement chant gauche et d’un peu d’emo à la The XX était franchement réussi. L’ensemble caresse les tympans et berce les cœurs écorchés.

Que dire de Communicating? Eh bien, le groupe poursuit dans la même veine et fait encore de la pop de grande qualité qui sort parfois des sentiers battus. Il y a quelques belles petites trouvailles qui sont toujours bien accompagnées par Nicole Miglis qui semble toujours trouver le ton juste. D’ailleurs, une bonne partie du succès du groupe repose sur sa voix qui est capable de faire le pont entre pop et interprétation juste et authentique qui évite toujours de tomber dans le mielleux.

Pour illustrer sa capacité à faire des ponts, prenons la sublime Prison Guard, l’une des chansons les mieux réussies de Communicating. La trame est composée d’un piano simple, sobre, mais terriblement efficace et d’un roulement de caisse claire qui se tient toujours à la limite de l’emportement. On a constamment l’impression que ça va exploser… mais non. Ça reste en retenue. Par-dessus le tout vient s’ajouter la magnifique voix de Nicole Miglis qui est juste assez plongée dans un « ressentis » pour nous faire comprendre sa peine.

Le côté plus dansant du groupe n’est pas évacué du tout sur Communicating. Au contraire, il est célébré en beauté avec Particle et la disco Wave to Anchor. Son rythme disco n’est pas réchauffé, c’est réellement réussi et ça donne envie de se déhancher à plusieurs occasions. At Home & In My Head adopte plutôt une montée épique qui nous entraîne dans son sillon avant que tout nous abandonne aux lèvres de Miglis avant que ça reparte de plus belle.

Plus l’album avance et plus il semble que la communication se résorbe et qu’on tombe dans les pensées intimes de Miglis. La principale raison est le nombre élevé de répétitions. Better la voit se demander si elle a bien traité le sujet de la chanson. Blanket Me finit sur une répétition du titre sur une musique qui s’emporte de plus en plus. La chanson-titre de son côté se termine dans une mer de bruit bien calibrée.

C’est un successeur réussi à The Moon Rang Like A Bell pour Hundred Waters. C’est réussi du début à la fin et le groupe nous propose des compositions qui évitent les pièges du convenu et de la mièvrerie. C’est tout simplement touchant et d’une beauté bien appréciable.

Ma note: 7,5/10

Hundred Waters
Communicating
OWSLA
48 minutes

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Critique : Zola Jesus – Okovi

Zola Jesus, c’est le projet de l’Américaine Nika Danilova. Ayant déjà 4 albums assez bien reçus par la critique derrière elle, la chanteuse nous présente avec Okovi, l’une de ses sorties les plus abouties à ce jour. Sans dénaturer sa pop gothique angoissante, elle n’a toutefois désormais plus peur de se lancer plus en avant dans les textures électroniques pour nous parler d’un sujet principal : la mort.

On ne nage effectivement pas dans le léger avec cet album. Danilova a fait face à des épisodes dépressifs dans les dernières années, à la suite de décès de proches, et c’est ce qu’elle vient expurger sur son nouvel opus. On y sent une nervosité, un besoin de se livrer qui orientent les différentes pièces vers une noirceur maîtrisée, mais très personnelle à la fois. Sur fond de pièce pop, l’auditeur peut presque s’y méprendre, mais se fera tout de même invariablement rattraper tôt ou tard par la force émotive de chansons fortes, comme Witness.

L’innovation principale de Okovi réside d’ailleurs en partie sur cette pièce. Zola Jesus se permet ici une certaine lenteur et une plus grande exploration, comme en témoignent les cordes qu’on retrouve sur la pièce, ainsi que sur la conclusive Half-Life. Après sa tentative pop sur Taiga (2014), un album qu’elle espérait ouvertement voir percer le top 40 américain, sans succès, l’artiste a recentré ces énergies. C’est l’aspect un peu goth de sa musique qui l’a fait connaître? Et bien, elle y retourne la tête première autant au niveau musical que pour l’inspiration des textes. Si le genre est souvent mal vu, ou ne produit plus grand-chose d’intéressant depuis la fin des années 80, Zola Jesus nous offre une alternative contemporaine intéressante et réussie.

Okovi est un terme slave signifiant « chaînes » en français. Ironiquement, on sent un esprit libérateur dans le besoin de confessions qui rythme la production. Dans un mouvement continu, une pulsion changeante qui ne s’arrêtera que sur la sublime Half-Life, on sent un déséquilibre qui viendra ultimement se stabiliser, tendant vers l’espoir et la libération. Ça a l’air un peu kitsch exprimé comme ça, mais au final, le traitement reste subtil et de bon goût, témoignant bien du talent de Danilova pour transmettre des thèmes émanant directement de son vécu, mais finalement universels.

Le retour de l’artiste chez Sacred Bones est donc une étape réussie dans une carrière réussie, mais qui se sera tout de même cherchée quelque peu dans les derniers temps. Ce ne sera peut-être pas un album qui nous marquera profondément pour les années à venir, mais qui nous procure tout de même un beau moment plein d’émotions à l’écoute. Et c’est peut-être justement ce qu’il nous faut par moment : du contenu brut et cru, qui surpasse la forme et la volonté de créer un classique.

Ma note: 7,5/10

Zola Jesus
Okovi
Sacred Bones Records
40 minutes

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Critique : Black Asteroid – Thrust

Le producteur états-unien Bryan Black a commencé sa carrière en musique comme designer sonore au Paisley Park Studios, propriété du légendaire Prince. On aurait pu s’attendre à ce que ça lui donne envie de composer du funk et du soul, mais non, il évolue plutôt sur la vague rock industriel des années 90 en tant que membre des projets Haloblack et XLOVER, et participe également à la formation du super groupe H3llb3nt. Il fait partie du projet MOTOR, duo plus près du techno industriel, et crée finalement son projet solo Black Asteroid vers 2011. Avec celui-ci, il enchaîne les simples et EPs jusqu’à publier son premier album en juillet dernier, intitulé Thrust. On y retrouve une techno crue, dénudée d’enjolivures surproduites, combinée à un darkwave appelé à être joué à un volume élevé.

La vitesse d’oscillation du synthétiseur saturé ouvre la pièce-titre de façon expérimentale, comme un moteur qui prend de la vitesse après chaque coup de défibrillateur. Black Moon fait croiser deux séquences analogiques figées dans un kick, ponctué par un son de synthé tordu avec Weisley Eisold (Cold Cave) qui propose une prestation vocale bien plus rigide que dans son projet. Le rythme dansant un peu militaire sert de base à la structure EBM, qui fait penser à une réinterprétation plus agressive de Eisbaer (1981). Howl reprend exactement la même structure, bien que mixée de façon à alléger et clarifier la masse sonore autour de la voix de Nika Roza Danilova (Zola Jesus). La séquence de départ est excellente et l’efficacité du duo est fort appréciable, mais ça s’estompe à mi-chemin lorsque la pièce entière se répète sans vraiment aller plus loin.

La techno Space Junk se contente de peu pour établir un bon rythme accompagné par des sonorités dissonantes de modulations de fréquences; simple et efficace. Tangiers ouvre sur un son de synthèse saturé qui mène à un rythme techno et une performance à l’accent exotique de l’artiste française Michèle Lamy. Metal Drums commence sur une suite rythmique réverbérée qui se déplace d’octave en octave, la forme techno se développe jusqu’à la caisse claire qui accélère pour annoncer un changement de segment; la forme devient vite prévisible, mais est néanmoins parfaitement adaptée à un party rave.

L’impulsion analogique doublée d’un kick sec donne suite avec Here Comes Fear, probablement la piste la plus solide et convaincante de l’album avec Eisold également à la voix. Moon ralentit le tempo sur une ponctuation entre des percussions et du bruit blanc filtré, la synthèse analogique vient répondre aux impulsions rythmiques sans trop créer de ligne mélodique, ça reste abstrait et un peu expérimental. Sun Explodes revient avec Eisold à la voix, sur un ton particulièrement post-punk, monté comme des échantillons fixés dans une structure industrielle. Chromosphere conclue dans une atmosphère post-apocalyptique durant laquelle la saturation et la distorsion déforment et reforment les séquences synthétiques, un peu comme du dark acid.

On s’en doute, la production de Thrust est impeccable, Black a réussi à garder ça simple en jouant savamment avec les niveaux de saturations et d’effets pour tout faire vibrer de façon claire et directe. Il y a certains passages répétitifs qui rallongent plus qu’ils ne développent, mais on pardonne facilement quand on réalise que le résultat est aussi efficace que du techno maximaliste, même s’il n’est préparé qu’avec la moitié des ingrédients.

MA NOTE: 7/10

Black Asteroid
Thrust
Last Gang Records
44 minutes

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Critique : Liars – TFCF

Depuis l’aventure difficile de son deuxième album, Liars a la grande qualité d’obéir à son inspiration et de s’autoriser à essayer toutes les idées, du sublime au ridicule. Le groupe mené depuis le départ par Angus Andrew a su bâtir une identité particulière, reconnaissable par des rythmes agressifs et hoquetant et par la juxtaposition d’angoisse déroutante et de sentimentalité désarmante.

Le groupe a été un quatuor le temps d’un album, puis un trio pendant les six suivants, dont le plus récent Mess en 2014, que j’avais jugé sévèrement dans les pages du Canal. Comme pour confirmer que Mess était la fin d’une époque, le groupe vite s’est fractionné. Le batteur Julian Gross est parti peu de temps après le lancement de Mess, puis cette année, Angus Andrew a perdu son collègue de longue date Andrew Hemphill aux mains des raisons habituelles à leur âge : priorités familiales et manque général d’inspiration.

La vie d’Angus Andrew a elle aussi été chamboulée par des changements : il est rentré vivre dans son Australie natale pour passer du temps avec son père mourant, il a eu lui aussi un enfant, et il s’est établi dans la nature sauvage, dans une maison sans eau courante. Malgré tout, il choisit de faire durer le nom Liars et de composer et enregistrer ce nouvel album seul. Si le passé de Liars nous garantit une chose, c’est qu’Andrew tentera de se réinventer en abordant ses idées sans peur, advienne que pourra. Et c’est bien ce qui se passe; reste à voir cependant qui voudra s’y soumettre en tant qu’auditeur.

TFCF représente très bien la nouvelle réalité d’Andrew : un artiste dont la vie a été bousculée, et qui se retrouve pour la première fois seule dans son processus créatif, sans partenaire sur qui faire rebondir ses idées. D’où l’image choisie en guise de pochette : Angus Andrew en mariée, s’épousant lui-même. C’est brave, mais reste que le travail de filtrage qui s’opère dans une collaboration était très bénéfique à Liars, et l’enlever de l’équation a des effets ravageurs.

Même les moments où Andrew semble tenir une idée prometteuse, et il y a plusieurs moments du genre sur l’album, des maladresses viennent faire des éclaboussures malsaines. Tout finit par avoir l’air d’un brouillon, d’une idée lancée en l’air sans souci de la faire durer, voire de parodies d’idées saugrenues, du flamenco à la power-pop.

On peut choisir d’y entendre une représentation fidèle de ce qu’Andrew traverse : la solitude, le regret, la confusion. C’est artistiquement valable, mais pas plus écoutable. Et si Liars demeure un projet solo par la suite, il faut bien qu’Andrew passe par une phase d’apprentissage et d’expérimentation seul. On attend donc d’entendre la suite avant de baisser les bras, mais on ne reviendra pas de sitôt à TFCF.

Ma note: 5/10

Liars
TFCF
Mute Records
38 minutes

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Critique : Paupière – À jamais privé de réponses

Paupière est débarqué avec son premier EP, Jeunes instants, en janvier 2016 après quelques spectacles donnés à Montréal. Ce projet attirait l’attention tout d’abord à cause de ses membres bien connus dans la communauté artistique de la métropole : Pier-Luc Bégin de We Are Wolves, Julia Daigle issue des arts visuels et Éliane Préfontaine aussi comédienne. Le résultat de leur association versait dans l’électro-pop qui tire ses influences du new wave tout en y ajoutant une bonne dose de poésie et de textes qui rappellent la chanson française.

L’EP était bien, quoique pas exceptionnel. On y trouvait quelques bons premiers jets de mélodie, mais ça manquait de raffinement. Sur À jamais privé de réponses, c’est une tout autre chose. L’album fait le pont parfait entre la chanson et l’électro-pop à coup d’airs intoxicants, de percussions intéressantes et claviers scintillants et mélodieux. Le trio livre un album bien calibré qui nous rassasie sans nous soûler avec un 43 minutes où ils évitent les faux pas.

Aux travers de mes paupières
Je perçois l’univers
D’une autre manière
Même si ça m’indiffère
De voir le monde à l’envers
D’une autre manière
D’une autre manière

Le refrain de la première chanson d’À jamais privé de réponses explique un peu ce qu’est Paupière. Un trio de romantique, dans le sens Lamartinesque du terme, qui exprime à travers ses chansons un monde qu’ils ne comprennent pas totalement. Sans jamais tomber dans la critique sociale comme telle, Paupière se pose bien des questions sur eux-mêmes et sur cette société qui les entoure sur Cours toujours.

L’amour détient une place de choix dans leurs préoccupations. Sans elle emprunte des éléments au cold wave en rajoutant des claviers saturés et une mélodie franchement efficace. L’échange de voix entre Bégin et Préfontaine fonctionne à merveille. Brûler Bruyamment prend un chemin plus atmosphérique alors que Julia Daigle démontre ce qu’elle est capable de faire vocalement sur Les fleurs.

Et j’ai déjà
Des prétendants
Tinder fera
Le choix pour moi
Les fleurs

Parce que même si Paupière chante l’amour contemporain, c’est beaucoup plus au niveau des relations désenchantées de la vingtaine qu’ils s’aventurent. Parce qu’encore qu’on ait la clé des sous-vêtements de quelqu’un, cela ne veut absolument pas dire que la porte de son cœur est ouverte.

Tout ça pour dire que Paupière n’a pas raté son coup avec À jamais privé de réponses. Le groupe fait une entrée par la grande porte et saura plaire aux publics des deux côtés de l’océan. Le trio maîtrise bien ses mélodies et compose avec goût, ce qui donne des tubes aux multiples facettes intéressantes.

Ma note: 8/10

Paupière
À jamais privé de réponses
Lisbon Lux
43 minutes

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