Country Archives - Page 4 sur 4 - Le Canal Auditif

Les Claypool’s Duo De Twang – Four Foot Shack

duofourfootSi vous demandez à un mélomane averti: «Qui est ton bassiste préféré?». Vous devez souvent ajouter: «Oui les Flea, Joe Lally et autres virtuoses sont impressionnants, mais d’aucuns détiennent la touche de Les Claypool». D’abord et avant tout reconnu pour son travail au sein de la formation Primus, l’américain est un véritable touche-à-tout. Il a fait paraître quelques albums solos et on lui doit aussi la chanson thème de l’émission culte South Park. D’abord censé être un projet éphémère pour le festival Hardly Strickly Bluegrass à San Francisco en 2012, Duo De Twang est, comme le nom le dit, un duo que Claypool a constitué avec son ami d’enfance (guitariste du groupe M.I.R.V.) Bryan Kehoe.

Four Foot Shack est une collection de reprises en version country-bluegrass à la sauce Claypool. Comme tout ce que fait l’américain, on est loin de la norme. Celui-ci, en plus de reprendre certaines de ses pièces, s’attaque à des classiques, pour le plus grand bonheur de vos tympans. Si les albums de reprises sont souvent douteux ou inintéressants puisqu’ils sont trop fidèles aux versions originales, Duo De Twang ne s’entiche pas de telles considérations.

Claypool et Kehoe offrent une galette de qualité qui est empreinte d’une certaine légèreté, largement dû à la folie qu’ils y injectent. De plus, le duo nous fait complètement oublier qu’il n’y a pas de batterie pour garder la mesure. En alternance, Claypool et Kehoe s’occupent de garder le cap avec leur instrument respectif. Dès les premières notes de l’entraînante et accrocheuse Wynona’s Big Brown Beaver, on a une belle démonstration des capacités rythmiques éloquentes du duo.

Claypool sait aussi créer des mélodies intoxicantes avec sa basse et en fait la preuve sur Red State Girl, une reprise de son album Of Fungi And Foe. Ce sont les reprises d’autres artistes qui retiennent le plus l’attention. De plus, Duo De Twang s’attaque à un classique du country canadien: The Bridge Came Tumbling Down de Stomping Tom Connors. C’est sans doute la reprise la moins éloignée de l’originale et d’ailleurs la basse de Claypool se fait légèrement plus sage sur celle-ci.

La pièce qui catapulte l’album est l’excellente et incroyablement funky reprise de Stayin Alive. Fini les voix de moumounes des Bee Gees, les «han han han» de Claypool semblent sortis du fond d’un rang texan et si la pièce nous fait d’abord sourire, on se retrouve rapidement à la réécouter et à battre la mesure avec la tête. Chose qui n’arrive malheureusement pas avec la reprise de Man In The Box d’Alice In Chains qui reste stagner à l’étape du sourire. On se rend compte que la pièce mythique du groupe grunge devient inoffensive lorsqu’interprétée sans un soupçon désespoir dans la voix. Le duo se rattrape en nous offrant une version sur les amphétamines de Jerry Was A Race Car Driver de Primus.

Au bout de l’écoute, on se rend compte qu’on vient de passer un moment mauditement agréable. Si tout n’est pas parfait sur Four Foot Shack, une chose est sûre, ce n’est pas complaisant. Claypool et Kehoe ont fait un travail de maître qui ira bien autour d’un feu cet été, en compagnie de quelques bonnes bières.

Ma note : 7.5/10

Les Claypool’s Duo De Twang
Four Foot Shack
ATO Records
57 minutes

www.lesclaypool.com/splash/

Son Volt – Honky Tonk

Back CameraSon Volt est une formation de country-rock qui est née de la dissolution de l’importante formation Uncle Tupelo, qui regroupait deux énormes pointures du country alternatif : Jay Farrar, le leader incontesté de Son Volt et Jeff Tweedy, l’homme qui tient solidement les brides chez Wilco. Formé en 1994, Son Volt avait fait paraître un classique du country-rock américain avec l’excellent Trace ; création prisée par la plupart des journalistes musicaux de l’époque. Alliant superbement la ballade folk/country classique à des morceaux plus rock, remémorant le bon vieux Neil Young avec son Crazy Horse, Son Volt est sans contredit un groupe extrêmement respecté dans son giron musical.

La bande à Farrar est de retour avec Honky Tonk, qui fait suite à American Central Dust paru en 2009. À vrai dire, rien n’a vraiment changé dans l’écriture chansonnière de Jay Farrar ; toujours cette voix nasillarde, facilement identifiable, aux inflexions mélodiques si sincères qui auréolent invariablement ces splendides ballades, dont seul le songwriter détient le secret. Donc, vous devinerez que ce Honky Tonk est un disque regroupant plusieurs chansons tristes suintant le travailleur fauché et désespéré, noyant sa peine dans un débit de boisson du « deep south » américain.

Voilà une conception sonore qui sonne sans ambiguïté comme un album des Flying Burrito Brothers (les architectes du country-rock menés à l’époque par le légendaire Gram Parsons). Réputé pour propulser la musique country vers des sphères sonores plus audacieuses, Son Volt se contente d’offrir ce qu’il sait faire de mieux : de solides chansons solidement ancrées dans un registre plus traditionnel du genre musical. Nous aurions souhaité une création plus aventureuse, mais tout bien pesé, ce Honky Tonk tient très bien la route.

Honky Tonk renferme de ravissants fragments sonores folk/country de haut niveau : l’excellent « two step » Hearts And Minds, la très Gram Parsons titrée Brick Walls, la touchante Down The Highway, la positive Livin’ On, la plaintive Angel Of The Blues et la conclusive Shine On.

Sans être un grand disque de la part de Son Volt, nous pouvons aisément affirmer que ce Honky Tonk constitue une offrande confortable, respectable, opérante, superbement exécutée, intelligemment réalisée, et surtout, écrite et composée par un talentueux confectionneur de chansons country, le bien nommé Jay Farrar. Une fort agréable diversion dans l’incassable discographie de Son Volt.

Ma note : 6,5/10

Son Volt
Honky Tonk
Concord Records
38 minutes

www.sonvolt.net

Hank Williams III – Long Gone Daddy

Aujourd’hui, je vous offre un texte qui constitue beaucoup plus une présentation d’artiste plutôt qu’une critique en bonne et due forme d’un album. Au mois d’avril dernier, le quasi légendaire Hank Williams III (Hank III pour les intimes), nous offrait une compilation de titres inédits incluant des reprises de Merle Haggard, Waylon Jennings, George Jones et Johnny Cash, intitulée Long Gone Daddy. Oui, il est le petit-fils de Hank Williams. Oui, le monsieur est hyper créatif et actif, participant à plusieurs projets tels que Superjoint Ritual et la formation métal-psycohbilly Assjack. Il est également renommé pour ses concerts fleuves d’une durée allant parfois au-delà de cent cinquante minutes. Bref, ça se passe de commentaire concernant de créateur infatigable!

Sur Long Gone Daddy, notre Hank III suggère des pièces de country traditionnel d’un grand cru, suintant l’alcool, la cigarette et le pilier de bar à plein nez! Vous voulez des titres de haut niveau? En voilà! La chanson titre très Johnny Cash nommée Long Gone Daddy, la beuverie sans fin de Sun Comes Up, suivie de The Bottle Let Me Down, la sautillante Wreck Of The Old’ 97, la country-rock qui remémore adroitement les Flying Burrito Brothers titrée Need A Cold Gray Tomb Of Stone, l’opérante The Wind Blew Cold et la quasi cowpunk Good Hearted Woman. L’album s’achève sur deux ritournelles qui donnent envie de boire sa peine d’amour: This Ain’t Montgomery et la rock’n’roll What They Want Me To Be. Un petit bémol quant à la quelconque If The Shoe Fits (Shuffle Mix), mais rien qui donne envie de placer ce disque au rancart!

Loin des clichés de la musique country, Hank Williams III, ce multi-instrumentiste doué, amant de la culture punk/hardcore nous refait encore le coup! Voilà, encore une fois, une création de première qualité qui saura satisfaire autant l’amateur de country vintage que l’aficionado de rock’n’roll incassable. J’ignorais ce petit génie du country (merci Seb!)… Et pour cette raison, je souhaite brûler en enfer avec son meilleur album paru en 2006, titré judicieusement Straight To Hell! Un passeur qui a su actualiser avec brio une musique vieillissante. Bref, rien à redire sur Hank Williams III!

Ma note : 7,5/10

Hank Williams III
Long Gone Daddy
Curb Records
33 minutes

www.hank3.com/

Daughn Gibson – All Hell

Il y a près de deux semaines, Daughn Gibson lançait son premier disque solo, All Hell, dans un anonymat presque complet. Antérieurement, ce dernier fût le chanteur de Pearls And Brass, un groupe stoner-métal de la Pennsylvanie. Par contre, ne vous attendez pas à des guitares intenses et de la batterie à faire éclater les fenêtres de votre salon. Gibson introduit ici, le country en version 2012. L’opus a quelque chose d’étrange et fascinant: des rythmiques country, de l’échantillonnage très moderne et le tout survolé par la voix de l’américain. Et celle-ci est surprenante! A l’instar des chanteurs de Type-O-Negative et Fear Factory, il possède une voix grave et caverneuse.

L’album s’entame sur Bad Guys, une balade mélancolique à la batterie très jazzée. Suit, In the Beginning avec un loop de clavier qui rappelle La maison de mon rêve de CocoRosie. A Young Girls World et Rain On The Highway possèdent d’étranges résonnances psychédéliques se rapprochant de la chanson culte White Rabbit de Jefferson Airplane. Ray et The Day You Were Born font place à des percussions alternatives (quelque chose qui ressemble au xylophone ou aux blocks chinois) et une ambiance plus légère. Pour sa part, Dandelions fait entendre un solo de clavier des plus étranges. Il est difficile en fait de décrire l’album, tant il est à la fois éclectique et pourtant cohérent. Malgré l’ingéniosité musicale dont Gibson fait preuve, la mélodie est toujours forte et présente. Les sujets abordés par l’auteur-compositeur-interprète, sous forme majoritairement de personnages, laisse le plancher à la classe moyenne rurale américaine.

Bref, All Hell est intéressant et surprenant. Rien ne ressemble à ce mélange de country et de pop-électro que nous livre Gibson. Le seul défaut de l’album, sa durée: à peine 31 minutes. Je ne suis personnellement pas un fan de la musique dite un peu plus «adulte», encore moins de country, et j’ai été complètement charmé par la galette. Que vous ayez une tendance au country ou non, cet album est tout simplement impressionnant, curieux et ingénieux.

Ma note : 8/10

Daughn Gibson
All Hell
White Denim
31 minutes

www.whitedenim.com/wd19.html

http://www.youtube.com/watch?v=eEnppUi1hLA