Country Archives - Page 3 sur 4 - Le Canal Auditif

Steve Earle & The Dukes – Terraplane

Steve Earle & The Dukes - TerraplaneAu début 2002, paraissait l’excellent Jerusalem, du fort respecté Steve Earle, sur lequel se révélait une grande chanson: John Walker’s Blues. Morceau de choix qui racontait l’histoire de John Walker Lindth, États-unien capturé par les talibans et devenu soldat d’Allah; cas typique du syndrome de Stockholm. Earle se met dans la peau de l’otage en relatant les raisons pour lesquelles celui-ci change de camp. Une critique acerbe de l’Amérique compétitive à l’extrême qui oublie souvent de s’occuper convenablement de ses citoyens dits «à risque». Cet admirateur du travail de Townes Van Zandt a dû quitter prestement les États-Unis, car ses prises de position anti Grand Old Party (découlant de la parution de cette chanson) lui ont valu de nombreuses volées de balles de fusil sur son pick-up texan…

Depuis, l’homme habite la Grande-Bretagne et continue bon an mal an de créer de très bons disques. Le songwriter country/rock/folk américain revient cette semaine avec un Terraplane colligé avec ses éternels Dukes. Cette fois-ci, Earle et son band présentent un album qui positionne le blues rock à l’avant-plan… mais pas un blues de type «Bistro à Jojo». Le musicien, grâce aux Dukes, propose un blues malpropre et étonnamment jovial compte tenu du penchant rebelle et contestataire du vétéran. Un vrai «tough», on vous l’assure!

Bien entendu, on préfère Earle en mode hargneux, combatif, avec un parti pris pour les laissés pour compte, mais sur ce Terraplane, les Dukes font un travail sonore colossal évoquant autant les Stones que les Yardbirds en bifurquant parfois vers un rock’n roll à la Chuck Berry. Parfois, le folk country refait surface sur certaines pièces. On pense entre autres à Baby’s Just As Mean As Me en duo avec Eleanor Whitmore ainsi qu’à Gamblin’ Blues.

Ce qui surprend sur ce Terraplane, c’est le ton anormalement positif et badin imposé par Earle et sa bande. Compte tenu du passé quérulent du bonhomme, l’effet de surprise est de taille. Cependant, c’est loin d’être indigeste, car le côté décapant de la musique de Steve Earle est conservé intact. Un disque qui fait vraiment penser à Together Through Life sur lequel Bob Dylan se transmute en bluesman.

Aucun réel ratage. Au menu? L’hommage à l’heureuse élue You’re The Best Lover That I Ever Had, le blues crotté The Tennessee Kid, le fox-trot Better Off Alone, la stonnienne Go Go Boots Are Back, le rock violonné Acquainted With The Wind ainsi que la typiquement Earle nommée évidemment King Of The Blues. Pas le meilleur album du doyen, mais Earle fait toujours sentir sa présence avec une pertinence qui l’honore.

Près de trente années de carrière, très peu d’échecs créatifs, beaucoup d’insuccès personnels (l’un ne va pas sans l’autre, semble-t-il) et surtout une intégrité et une authenticité inébranlables. Steve Earle continue à tracer sa propre voie tout en gardant inaltéré l’héritage de la musique traditionnelle américaine. Un vieux routier exemplaire.

Ma note: 7/10

Steve Earle & The Dukes
Terraplane
New West Records
34 minutes

http://steveearle.com

Christopher Owens – A New Testament

17273-a-new-testamentL’ex-Girls, Christopher Owens, faisait paraître en janvier 2013 son premier album solo titré Lysandre; un conception sonore assez fade et routinière qui avait laissé votre grincheux favori totalement de marbre. Cette semaine, Owens revient avec une deuxième tentative intitulée A New Testament: une évidente référence religieuse qui rappelle également que la famille du musicien a déjà fait partie de la secte Children Of God. Bien entendu, Owens a depuis fort longtemps quitté le groupuscule.

En ce qui concerne la musique, l’homme y va d’une création alliant folk, rock, country, gospel et soul, et ce, dans la plus pure tradition musicale américaine. Les arrangements sont élémentaires, dépouillés et épurés, la réalisation est limpide et la grande majorité des ritournelles présentées sur ce A New Testament comportent une signature soul/gospel aveuglante… et malheureusement déjà vue!

Tout au long de l’écoute, on a eu la désagréable impression d’entendre une musique mille fois exploitée avec la seule différence que les inflexions vocales douceâtres de Christopher Owens offrent une illusion de singularité. Finalement, on se rend compte que l’acolyte Chet White chez Girls en menait un peu plus large que l’on croyait; particulièrement au niveau des arrangements et du dynamisme déployé.

Owens détient un talent indéniable en tant que compositeur, mais il a sérieusement besoin d’un coup de main au niveau de la direction artistique. Ça manque d’énergie, c’est étonnamment conservateur et Owens ne fait que répéter ce qui a été créé des milliers de fois: un country-folk gosepelisant profondément ancré dans le conformisme états-unien. Allez jeune homme! Un peu de nerf!

Ceci dit, Owens n’a pas totalement perdu la main. Quelques éclairs prometteurs font leur apparition çà et là. On fait référence à It Comes Back To You tenant quelques relents de Girls, époque Father, Son, Holy Ghost, ainsi qu’à Overcoming Me qui évoque un tantinet John Lennon, période Double Fantasy… loin d’être l’ère que l’on préfère dans la carrière du vénéré songwriter. Owens nous gratifie de soporifiques morceaux. Parmi nos «baillages aux corneilles» préférés, on note l’inutile I Just Can’t Live Without You (But I’m Still Alive), la platitude aux accents country Key To My Heart de même que l’ensommeillé Nobody’s Business.

Pour être honnête avec vous chers mélomanes, ce A New Testament est une création extrêmement difficile à évaluer tant ce qui est offert est totalement sans vie et d’un beige blafard. C’est une des rares parutions, qui après quelques auditions, nous laissent complètement stoïques et de marbre. Il n’y a rien à raconter au sujet de ce deuxième solo de Christopher Owens. C’est juste monotone, banal, et incolore.

Ma note: 3,5/10

Christopher Owens
A New Testament
Turnstile
33 minutes

www.christopherowensonline.com

Éric Goulet – Volume 2

Sans-titre12-300x300La grande évasion; le titre de la première pièce du nouvel album tout country d’Éric Goulet sert d’indicatif à l’auditeur qui s’immiscera dans ce Volume 2. Car c’est bien de départ forcé, de fuite de l’autre et de liberté qu’est fait ce disque, le tout annoncé par ce sifflement de train si commun au monde du western. «Un, deux, trois», s’écrit d’emblée Éric Goulet, avant que le violon endiablé – œuvre d’Ariane Ouellet – ne prenne le relais.

Voilà, le voyage musical au cœur d’une sonorité bien connue au Québec est lancé, et ne s’arrêtera qu’une fois la dernière note de la chanson Un ami perdu se soit faite entendre, dix chansons plus tard. Entre les deux, Éric Goulet fait la démonstration de son étude complétée et maîtrisée du style d’écriture popularisé par la famille Daraîche et Renée Martel, notamment.

Des paroles telles que «Sers-moi à boire, j’ai tout perdu, je suis au désespoir, je sors toutes les nuits depuis que j’ai le cœur gros» (la chanson Sers-moi à boire) et «Tu danses avec tout le monde, toutes les nuits, mais jamais avec moi» (Qu’est-ce que ça donne) se font ainsi entendre. Facile de s’imaginer assis au bar d’un saloon de région! Outre huit compositions originales, l’ex-Monsieur Mono revisite son propre passé musical et dépoussière Comme un cave (Possession Simple) et La dernière chanson (Monsieur Mono), leur donnant une chance de trouver place dans le jukebox d’un bar western prochainement. Il reprend également dans un grand respect le classique de Tex Lecor, Lucille. Il s’agit là du seul emprunt noté sur ce Volume 2.

Musicalement, outre Miss Ouellet au violon, le chanteur s’est entouré de Carl Prévost et Rick Haworth aux guitares, de Marc Hébert à la basse et de Vincent Carré à la batterie. Cette équipe de rêve avait déjà sévi sur le Volume 1 et propose ainsi une musicalité toute en continuité avec le travail fait précédemment. Cela permet d’apprécier une ambiance country qui saura plaire aux amateurs du genre.

Ma note: 6,5/10

Éric Goulet
Volume 2
L-A be
44 minutes

www.ericgoulet.net

Johnny Cash – Out Among The Stars

Johnny_Cash_-_Out_Among_the_StarsVous devez vous demander ce que vient faire Johnny Cash dans un blogue de musique indépendante, n’est-ce pas? C’est que l’homme en noir (décédé en 2003) a su rallier, grâce aux American Recordings réalisés par Rick Rubin, un grand nombre de créateurs issus de la scène indépendante, autant américaine que britannique. La semaine dernière paraissait Out Among The Stars; un disque jugé à l’époque ringard et désuet par la compagnie de disques. Durant cette période, Cash était au creux de la vague et était perçu par l’industrie du disque comme un artiste foncièrement dépassé.

Colligés entre 1981 et 1984 et réalisés par Billy Sherill, les douze titres de ce Out Among The Stars sont demeurés dans les tiroirs. L’entourage de Johnny Cash a mis la main sur cet assemblage de chansons et a cru bon demander à Marty Stuart et Buddy Miller de refaire les pistes de guitares afin d’améliorer un tant soit peu ce qui avait été conçu à ce moment-là. Le résultat? Un album alliant le son country-pop que les magnats mafieux et conservateurs de Nashville préconisaient (et préconise tristement encore aujourd’hui) à ce qu’on pourrait associer aux balbutiements du renouveau Americana que l’on entend depuis quelques années déjà.

On affectionne beaucoup Johnny Cash, particulièrement l’inoubliable et sublime performance offerte sur les American Recordings, mais c’est avec une grande tristesse que nous devons avouer que ce énième album posthume est franchement quelconque. Pas que l’interprétation de Cash ne soit pas au rendez-vous. Bien au contraire, la légende de la country américaine est totalement à la hauteur de sa réputation, offrant une prestation sombre, sobre, humble et intense comme lui seul peut le faire.

Musicalement, c’est une tout autre histoire! Par moments, on a assisté à quelques moments de country générique ennuyeux et convenu, et ce, malgré le rafistolage sonore effectué… et c’est la faute à qui? Probablement à Billy Sherill, qui a prescrit à ce Out Among The Stars un habillage sonore beaucoup trop lustré. Parmi les exemples probants, on a noté la version édulcorée d’I’m Movin’ On, la country-pop If I Told You Who It Was et la version convenue d’I Came To Believe qui n’arrive tout simplement pas à atteindre la version entendue sur American V: A Hundred Highways.

Néanmoins, cette production renferme quelques perles. Entre autres, le duo avec June Carter titré Baby Ride Baby, les quasis Flying Burrito Brothers intitulés respectivement Call Your Mother et Tennessee ainsi que la folkisante Don’t You Think It’s Come Our Time qui peuvent être considérés comme étant du bon Johnny Cash, sans être de grands crus.

Ceci dit, c’est un disque adéquat, mais au fil des écoutes, nous nous sommes demandé à quoi pouvait bien servir cette parution, à part bien sûr remplir les goussets de la Columbia Nashville Legacy. Soyons honnêtes, Johnny Cash a fait paraître de bien meilleures créations que celle-ci, mais si vous êtes un fanatique invétéré, ce Out Among The Stars pourrait faire l’affaire, mais sans plus…

Ma note : 5,5/10

Johnny Cash
Out Among The Stars
Columbia Nashville Legacy
39 minutes

www.johnnycash.com

Li’l Andy – While The Engine Burns

0620953489129_600En écoutant While The Engines Burn, on a l’impression de se faire raconter la vie par un réel Canadien errant. Le chanteur originaire de Montréal insuffle un certain vent de fraîcheur sur la scène country canadienne. Celui-ci a pu compter sur la participation de Joe Grass (Marie-Pierre Arthur) pour les arrangements de cuivres, à la guitare pedal-steel et à la coréalisation tandis que Warren C. Spicer de Plants And Animals a complété le duo de réalisation.

Ancré dans une nostalgie d’une époque révolue, le countryman montréalais est à son meilleur lorsque la mélancolie prend le dessus. La pièce qui ouvre While The Engines Burn titrée The Powers Of Our Day le démontre avec aplomb alors que les cuivres appuient avec justesse la voix d’Andy. On se prend rapidement à avoir dans la tête des images de cowboys à dos de cheval au soleil couchant. Le country, c’est le blues de l’homme blanc et le montréalais est au sommet de sa forme lorsqu’il incarne la noirceur, lorsqu’il se fait sombre. See The Train Arrive démontre à quel point Li’l Andy est capable d’une profondeur touchante, qui rappelle Neil Young.

Lorsque celui-ci se fait plus énergique, il est parfois très intéressant, mais les pièces suintent souvent le rock alternatif canadien. La pièce-titre de l’album en est l’exemple par excellence. Sur cette chanson, n’eût été la progression d’accord particulièrement intéressante, on aurait été face à tout ce qui est maudit en musique de canuck. Le songwriter trouve le moyen de bien s’en sortir, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas sur l’album. And The Rains Came Down n’est pas la pièce la plus excitante que vous entendrez de votre vie, je vous l’assure.

Si à l’image de la démarche de l’artiste on est dans un style musical empreint du passé et donc plutôt conventionnel, Andy offre une pièce qui ressort franchement du lot. L’intrigante Gasoline laisse beaucoup de place au verbe, mais si vous portez attention à l’univers sonore derrière, les nuances sont intelligentes et audacieuses. Le genre de pièce qui nous fait dire: «Sacré Andy!»

Si vous avez l’oreille country, vous aurez plusieurs heures de plaisirs à dévorer While The Engines Burn. Li’l Andy est un des artistes country les plus pertinents et il compose avec intelligence et aplomb. D’un autre côté, vient avec cette idée de se plonger dans le passé, un aspect conventionnel qui prend parfois trop de place.

Ma note : 6.5/10

While The Engines Burn
Li’l Andy
Indépendant
46 minutes

www.lilandy.net/