Chroniques Archives - Page 2 sur 146 - Le Canal Auditif

Les 10 albums à surveiller en octobre 2017

Blue Hawaii – Tenderness (6 octobre)

Le duo de Raphaelle Standell-Preston (Braids) et Alex Cowan est de retour avec un deuxième album. Untogether avait déjà fait belle figure avec ses rythmes électroniques efficaces. Par contre, cette fois-ci le groupe a injecté un peu de chaleur dans ses compositions. Il sera bien de voir à quoi ressemblera l’ensemble de Tenderness. Si on se fit à Versus Game, ça risque d’être assez réussi!


 
 

Keith Kouna – Bonsoir Shérif (6 octobre)

Keith Kouna lancera son quatrième album après un hiatus en raison du retour des Goules qui a lancé Coma et qui a tourné par la suite. On voit Kouna revenir aux sonorités plus électroniques de ses deux premiers albums. Évidemment, on est loin du Voyage d’Hiver avec son rythme martelé et une énergie plus près de celle des Goules. Déjà, Shérif nous donne l’idée que ce ne sera pas de tout repos.


 

Pierre Lapointe – La science du coeur (6 octobre)

Ça promet pour le prochain album de Pierre Lapointe. Alors que Punkt n’avait pas totalement convaincu les critiques dont notre Philippe Beauchemin national. On retrouve le côté orchestral qui complète à merveille les airs pop mélodieux et efficaces. Pierre Lapointe risque de frapper un gros coup avec La science du cœur si on se fit aux deux extraits parus à ce jour. Et que dire de la magnifique esthétique visuelle de ses clips!


 
 

Beck – Colors (13 octobre)

Soyons honnêtes, on l’attend un peu avec une brique et un fanal, le nouveau Beck. On a de la misère à croire que Beck nous lancera une galette insipide pour la première fois de sa carrière, mais à ce jour les extraits parus donnent l’impression que Beck a viré du côté obscur de la pop. On remarque plusieurs détails qui nous rappellent de mauvaises réalisations de chansons à vocation populaire et radiophonique.


 
 

St. Vincent – Masseducation (13 octobre)

En voilà une qui nous effraie beaucoup moins. Annie Clark nous a habitués à des chansons de qualités et à ce jour, son nouvel album, Masseducation semble perpétuer la tradition. La mélancolique New York et l’électro-pop Los Ageless attisent notre intérêt. Il faut s’attendre tout de même à une galette plutôt émotive puisqu’elle a avoué elle-même avoir créé un album de séparation.

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Entrevue : Aliocha, des débuts fulgurants

Aliocha accompagné de Charlotte Cardin / crédit : Julien Gagnon

J’ai attrapé Aliocha pendant un passage à Paris à son retour de Hambourg, avant qu’il ne quitte à nouveau pour Vienne, avant de finalement revenir au Québec et atterrir au Théâtre du Vieux-Terrebonne. On a pris le temps de parler de sa carrière naissante et de la réception du public à son premier album.

Des deux côtés de l’Atlantique

On peut dire que c’est impressionnant de voir un jeune artiste qui en est à ses premiers pas dans le monde musical se promener autant. Il faut préciser cependant qu’Aliocha est né en France, son frère habite Paris et il passe déjà beaucoup de temps dans la Ville lumière. « J’y ai beaucoup d’amis, c’est sûr que je ne suis pas dépaysé quand j’arrive en Europe. J’ai aussi une belle équipe, j’ai un label qui s’occupe bien de moi, PIAS et je suis bien entouré. » Depuis la sortie de l’album, Aliocha n’a pas beaucoup arrêté. Ce n’est pas nécessairement ce qu’il avait en tête et il se réjouit de la tournure des événements. Il espérait que ça marche, évidemment, mais la réception est au-delà de ses espérances. « Au moment où on lance l’album, on a envie que ça marche, de jouer live. Je suis content d’avoir un album qui a été respecté des critiques. De mon point de vue, la musique m’habite depuis toujours, mais je sais qu’au Québec, aux yeux des gens j’étais un comédien et l’image qu’on a des comédiens qui font le saut en musique n’est pas terrible. » C’était une barrière qui devait être franchie et Aliocha a réussi à surpasser les préjugés qui existent sur Eleven Songs. Aliocha est aussi comédien. On a pu le voir à l’écran dans Tactik, Yamaska, Les jeunes loups et Les parents. La sortie du disque ne lui a pas laissé beaucoup le temps de se consacrer à cette autre passion. Mais il ne veut absolument pas laisser le comédien de côté.

Aujourd’hui, il a la chance d’enchaîner les spectacles ce qui permet à son band et lui de resserrer leur performance scénique. C’est un luxe qui n’est pas toujours à la portée de tous et Aliocha est conscient qu’il est privilégié en ce moment. « Ça permet de jouer devant des publics différents en voyageant pas mal. C’est vraiment enrichissant. Ça fait quelques fois qu’on va en Europe et ça permet de voir des visages familiers qui reviennent. »

Partir sur des bases solides

C’est Jean Leloup qui a été un des premiers mentors d’Aliocha. « J’ai rencontré Jean à 17 ans. J’avais écrit huit tounes et pas que je n’avais pas confiance en moi, mais j’avais 17 ans. J’ai rencontré Jean Leloup et je lui ai dit que je voulais être chanteur. Il a été super fin, il m’a dit de passer le soir même au studio avec The Last Assassins, pis là je capotais. Il m’a fait enregistrer des maquettes avec ses musiciens. Il m’a fait revenir le lendemain pour retravailler. Ça m’a vraiment donné confiance, d’avoir un artiste comme Jean Leloup qui s’intéresse à ce que je fais. Jean c’est I Lost My Baby, comme tout le monde qui joue de la guitare au Québec, c’est une des premières tounes que j’ai apprise. D’avoir quelqu’un comme ça, aussi connu, qui me dit que mes chansons sont bonnes, c’est ça qui m’a donné la force de me lancer. »

Revenir au Québec

Au début de mois d’octobre, Aliocha reviendra au Québec pour une série de spectacles qui commence le 5 à Sainte-Thérèse et se poursuit le 6 au Théâtre du Vieux-Terrebonne. D’ailleurs, il n’en est pas à sa première visite chez celui-ci. « L’an dernier, j’ai ouvert pour Charlotte Cardin avec qui j’ai fait plusieurs spectacles et j’étais au Moulinet pour le lancement de la saison, il y a pas très longtemps. J’ai fait quelques chansons acoustiques. Ça va être différent cette fois-ci, parce que la dernière fois, c’était le public de Charlotte qui me découvrait. Ça va être différent de jouer pour des gens qui à priori connaissent l’album. »

Vous pourrez voir Aliocha sur scène au Théâtre du Vieux-Terrebonne le 6 octobre prochain. En attendant, vous pouvez aussi vous pencher Eleven Songs, son premier album en carrière

Les 3 étoiles du 29 septembre 2017

Édwar 7 – Face à face

Le groupe sherbrookois Édwar 7 a fait les Francouvertes en 2016 et depuis le groupe continue d’évoluer. Avec Face à face, le groupe arrive avec un son différent de ce qu’on avait entendu de lui précédemment. C’est plus pop, moins lourd et ça marche très bien. La voix de Tania Lapointe-Dupont est faite sur mesure pour ce genre de ritournelle entraînante. C’est un extrait de leur premier album qui paraît aujourd’hui même! Le clip, lui aussi, mérite quelques applaudissements, c’est du solide travail d’Élise Ekker-Lambert et Gaël Poirier.


 
 

Martin Lizotte – Voltige

Le talentueux pianiste Martin Lizotte lancera son nouvel album, Ubiquité, le 3 novembre prochain. En attendant la sortie, il nous aguiche avec Voltige, un premier simple tiré de la galette. On y entend aussi la contrebasse polyphonique de Mathieu Désy. C’est une très belle première pièce qui nous promet des voyages auditifs extravagants en novembre.


 

Peter Matthew Bauer – Khidr (American Drifter Music)

Peter Matthew Bauer lancera MOUNT QAF (DIVINE LOVE) en novembre prochain et pour nous donner un avant-goût, il lance la sublime Khidr. Sa voix se fond à la trame bruyante et réverbérée à souhait, sans laisser le son prendre complètement le dessus. C’est totalement réussi et l’interprétation incarnée et dynamique de Bauer est à point. C’est un premier extrait qui donne envie d’entendre la suite immédiatement!

Les EP à LP de septembre 2017

Rosie Valland – Synchro

Rosie Valland lançait dernièrement un EP de trois chansons qui tournent autour de la composition centrale Synchro. La chanson, même si elle n’évoque en rien le voyage, a été composée à Paris pendant un voyage de composition. Avec cette distance, un amour est né pour Valland et c’est à travers Synchro qu’elle l’exprime. De plus, Valland semble se tourner vers un processus de création décomplexé qui lui donne plus de liberté. Coréalisé avec Frédéric Levac (Pandaléon), l’EP fait aussi appel à Félix Petit (FELP) et Marc-André Lebel.


 
 

Kamasi Washington – Harmony of Difference

Kamasi Washington est de retour après le succès immense d’Epic en 2015. Il lance cette fois-ci un EP touffu de 32 minutes! Plus long que bien des albums. Encore une fois, les talents de jazzman de Washington sont mis de l’avant. Sur Harmony of Difference, Washington s’attaque au « contrepoint », une technique qui cherche à trouver l’équilibre entre les similarités et les différences entre plusieurs mélodies. Alors que les 5 premiers titres sont des compositions originales, la dernière Truth mélange tous les titres précédents. C’est encore une fois réussi à merveille pour Washington.


 
 

La Fête/Laps – Laps/La Fête

Voici deux jeunes groupes à surveiller qui ont décidé de faire tomber cette barrière invisible, mais ô combien tangible, entre la communauté musicale francophone et anglophone. La Fête de Québec s’est allié à Laps originaire de Frédéricton, mais installé à Montréal. Non seulement ça, mais les deux groupes se sont alliés à Katerine Dennie Marcoux pour créer un jeu vidéo interactif que tu peux télécharger avec tout ça. C’est génial et capoté comme projet.


 
 

Charlotte Cardin – Main Girl

Charlotte Cardin a le vent dans les voiles depuis la sortie de son premier EP Big Boy. Voici que la jeune montréalaise en rajoute avec Main Girl, un EP de quatre titres tous très réussis. Cardin poursuit dans sa lancée de pop avec une bonne base de soul qui n’est pas sans rappeler par moment Amy Winehouse, mais en moins sombre. Cardin plonge tête première dans les relations difficiles et les frustrations qui en découlent.


 
 

Alaskalaska – Alaskalaska

Alaskalaska est ton nouveau groupe anglais préféré. Tu ne le sais juste pas encore. Alaskalaska fait de l’indie-pop avec des mélodies langoureuses qui sortent des sentiers battus. La chanteuse Lucinda possède la voix parfaite pour aller avec la musique du groupe qui n’est pas sans rappeler Dirty Projectors, mais avec plus de sonorités chaudes. Le genre de chanson parfaite pour accompagner ta prochaine date… et ça risque fortement de devenir intéressant après que t’aies pesé sur « jouer ».

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Entrevue avec Hugo Mudie pour Cordoba

Hugo Mudie vous connaissez? Lunettes fumées, barbe fournie, beaucoup d’encre sur le corps, stretchers dans les oreilles, look street soigné et une dégaine décomplexée ça vous évoque quelque chose? Dernièrement vous avez pu le lire sur Urbania ou l’entendre à ICI Radio-Canada Première à Medium Large ou à On dira ce qu’on voudra, mais c’est pour sa musique qu’il est connu.

Le chanteur et musicien fait paraître ces jours-ci Cordoba, son premier album solo après une longue et prolifique carrière au sein des Saint-Catherines et Yesterday’s Ring. Un album éclaté et lumineux sur lequel Mudie s’affranchit de ses racines punk.

En attendant la critique en bonne et due forme de l’album, Le Canal l’a rencontré à Québec de passage en tournée promo.

LCA : Hugo, avec Cordoba, on te découvre sans complexes, au plus près de toi-même. C’est comme un nouveau départ pour toi avec un nouveau public?

HM : Oui c’est comme recommencer à zéro, parce que je peux le faire. C’est mon nom et ce n’est pas la même musique que j’ai toujours faite, fak je pense qu’il y a de la place pour moi pour explorer et faire plein de trucs. Là je trouve que ma job est faite parce que j’ai livré un album qui me satisfait et qui est à la hauteur de mes attentes. J’ai essayé de faire les meilleures tounes possible. Y’a pas de génie derrière ça, j’ai fait un album que j’voudrais écouter. Je trouve que je me suis assez forcé pour être satisfait.

Cet album-là c’est Cordoba, un album pour lequel le musicien a composé près d’une quarantaine de chansons avec plusieurs collaborateurs sur une période d’un an et demi environ. Avant d’entrer en studio, lui et Alex Ortiz (We Are Wolves) ont fait une sélection qui représentait la diversité du processus de création et ce sont ces pièces qui ont été enregistrées.

HM : C’était assez simple et faut pas voir ça comme un gros procédé réfléchi. Ça s’est fait de même. La musique est variée et même visuellement c’est plus weirdo aussi et c’est ce que je suis, mais que je ne faisais parce que j’étais dans un band. Là j’ai cette liberté-là. Mon prochain album, je peux faire n’importe quoi. Il y a personne qui va s’attendre à quoi que ce soit. Je peux faire un album de défonce, un album électro… et ça je trouve ça vraiment le fun.

LCA : Mais avant de penser à un nouvel album, tu vas laisser vivre celui-ci un brin?

HM : (rires) Oui, mais rendu ici, Cordoba m’appartient pu, tsé je l’ai lancé dans l’univers comme. Maintenant, j’espère que les gens vont aimer ça et tsé, faut revenir à la base : la musique, le but c’est juste de faire passer un bon moment à du monde pendant une toune, un album ou un show. Quand je sais que j’ai fait ça, je sais que mon travail est fait et même si c’est 50 personnes. Tu sais, c’est difficile dans la vie de toucher 50 personnes.

LCA : Tu parlais de la variété de sonorités que l’on retrouve sur l’album. C’est quelque chose qui ne se discutait pas dans les Saint-Catherines par exemple, d’amener des nouveaux éléments à la recette?

HM : Il y a toujours eu une retenue dans ma carrière en groupe sur l’éclectisme. Tsé, y’a d’autres gars d’impliqués et tu peux pas te crisser de ton image comme ton image affecte celle des autres. Et y’a les fans aussi qu’il faut que tu respectes. Tu peux d’un disque à l’autre tout virer à l’envers.

Au moment de le rencontrer, les braises d’un débat lancé par Mudie sont encore bien rouges. Dans ce texte, publié sur Urbania, le musicien à la plume bien aiguisée en appelle à la mort de la critique musicale. Comme c’est l’ADN de ce que l’on fait au Canal j’avais quelques questions en ce sens. C’est de bonne guerre, Hugo m’attendait de pied ferme.

HM : Bin oui, justement, y’a un de tes chums du Canal qui vient de me traiter de gringalet sur Facebook en lien avec ce texte.

Bon timing comme on dit.

LCA : J’ai senti une pointe d’humour dans ton texte, mais tu ne penses pas qu’il y a moyen que le travail de critique se fasse en respectant des critères rigoureux?

HM : Tout ce que je disais c’est qu’à l’époque, ça avait une utilité la critique parce que c’était la seule façon d’être renseigné sur ce qui sortait. Aujourd’hui j’ai pas besoin de l’opinion d’autres mondes pour me faire une opinion moi sur un disque. Pis tu sais, je ne parle pas d’articles ou d’entrevues là, c’est encore important le journalisme musical. Un texte qui va en profondeur, qui est étoffé, ça m’intéresse. Mais le classique : « le nouvel album des Foo Fighters… réalisé par tel dude… sur lequel on peut sentir les guitares très féroces… 4 étoiles », ça pour moi, ça pas de valeur.

LCA : Pour tes commentaires sur la critique, tu ne penses pas que c’est l’industrie qui a réagi le plus fortement, qui s’est braquée sur sa position?

HM : Je sais pas man. Pour vrai, j’ai relu le texte quand j’ai vu que ça choquait et je ne peux pas dire que je comprends pourquoi ça insulte du monde. Ça m’a frappé avec la première réponse des Méconnus, mais après je me suis dit, « who gives a fuck about Hugo Mudie anyway?, j’suis pas une sommité dans rien ».

Et c’est là qu’Hugo va rendre sa position plus claire.

HM : Tu sais, j’ai rien contre les comptes-rendus, parce que c’est clair avec un compte-rendu qu’on a affaire à un texte personnel. Je pense que c’est juste le mot critique qui me bogue. Parce que ça implique que quelqu’un est au-dessus des autres et qu’il nous éduque sur la musique.

Je le savais qu’on trouverait un terrain d’entente. Puis il enchaîne.

HM : Pis tsé l’autre affaire, c’est que pendant qu’on parle de mon article sur Urbania, on n’est pas en train de parler d’autres affaires comme de fascisme, de sexisme ou de La Meute, je veux dire les critiques de disque, c’est pas une priorité. Si ça t’insulte, trouve-toi quelque chose d’autre à faire. Tsé c’est comme si ça t’insultait que je trippe sur les Bruins de Boston…

LCA : Est-ce que c’est le cas?

HM : (rires) Pas pantoute!

Une autre bonne chose de réglée. Merci Hugo.

*La tournée pour Cordoba en régions commencera en février 2018. Hugo Mudie lorgne aussi les festivals estivaux. À suivre.