Opinion Archives - Le Canal Auditif

Le gala de l’ADISQ 2017 : les choix de LP Labrèche et Stéphane Deslauriers


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le gala de l’ADISQ approche à grand pas. Ce dimanche, vous pourrez même suivre LP Labrèche qui animera en compagnie de Marc-André Mongrain de Sors-tu.ca et Jannie P. Duval, une émission live de Plaque Tournante dans les coulisses où ils rencontreront les gagnants des statuettes. En attendant, Stéphane Deslauriers et LP Labrèche font leurs gérants d’estrades et indiquent leurs préférences pour chaque catégorie.

Toutes les nominations par catégorie :

Album de l’année — Adulte contemporain :

— Catherine Durand — La pluie entre nous SD
— Céline Dion — Encore un soir
— Damien Robitaille — Univers Parallèles LP
— Luc De Larochellière — Autre Monde
— Valérie Carpentier — Pour Rosie

Album de l’année — Hip-hop :

— Alaclair Ensemble — Les Frère cueilleurs LP SD
— Jacques Jacobus — Le Retour de Jacobus
— KNLO — Long jeu
— La Carabine — Chasser ses démons
— Rymz — Petit prince

Album de l’année — Pop :

— Alex Nevksy — Nos Eldorados
— Daniel Bélanger — Paloma
— Patrice Michaud — Almanach
— Peter Peter — Noir Éden LP SD
— Vincent Vallières — Le Temps des vivants

Auteur ou compositeur de l’année :

— Alaclair Ensemble
— Avec pas d’casque SD
— Daniel Bélanger
— Klô Pelgag LP
— Peter Peter

Chanson de l’année :

— Alex Nevksy — Polaroid
— Céline Dion — Encore un soir
— Charlotte Cardin — Les échardes
— Daniel Bélanger — Il y tant à faire
— Fred Fortin — Oiseau LP SD
— Les Cowboys Fringants — Marine marchande
— Les Sœurs Boulay — Fais-moi un show de boucane
— Ludovick Bourgeois — Tu ne sauras jamais
— Patrice Michaud — Kamikaze
— Roch Voisine — Tout me ramène à toi

Groupe ou duo de l’année :

— Deux frères
— Les Cowboys Fringants
— Les Sœurs Boulay LP
— Les Trois Accords SD
— Marie-Ève Janvier/Jean-François Breault

Interprète féminine de l’année :

— Ariane Moffatt
— Céline Dion
— Klô Pelgag LP SD
— Safia Nolin
— Valérie Carpentier

Interprète masculin de l’année :

— Alex Nevksy
— Daniel Bélanger LP SD
— Koriass
— Patrice Michaud
— Vincent Vallières

Révélation de l’année :

— Alexe Gaudreault
— Émile Bilodeau
— KNLO
— Samuele
— Saratoga LP SD

Spectacle de l’année — Auteur-compositeur-interprète :

— Daniel Bélanger — Paloma SD
— Koriass, Alaclair Ensemble, Brown — L’osstidtour LP
— Les Sœurs Boulay — 4488 de l’Amour
— Patrice Michaud — Almanach
— Richard Séguin — Les Horizons

Spectacle de l’année — Interprète :

— 2frère — 2frères
— Artistes Variés — Marie Poppins — La comédie musicale LP SD (puisqu’il le faut…)
— Michel Louvain — 60 ans de bonheur avec vous
— Renée Martel et Patrick Normand — Nous
— Tocadéo — Quatre

On se voit le 29 octobre pour le gala.

Le problème de l’affichage sauvage : une lettre ouverte à une ville culturelle

Il faut qu’on se parle. La ville de Montréal aime se positionner comme La Mecque culturelle. Elle finance des évènements énorme qui sont déjà très rentables, dépense des milliards en rénovant de grands espaces touristiques et paye des millions de dollars pour éclairer un pont. Tout cela a une valeur économique et je comprends l’importance d’un tel investissement, mais le tourisme et la culture sont deux choses différentes. La communauté des arts underground est là où chaque superstar a coupé ses coups et où la réelle évolution culturelle a lieu avant qu’elle ne tombe dans les filets des médias de masse. Par inadvertance, cela fait depuis plusieurs années que les politiques mise en place par la ville ont un impact néfaste sur la scène culturelle Montréalaise, qu’il s’agisse des complications relatives aux plaintes de bruit, zonage ou des questions de permis, tout le monde dans notre communauté a vécu des histoires alarmantes.

Mon histoire a commencé il y a 8 ans. Avant que Facebook ne devienne omniprésent, les artistes et les producteurs indépendants avaient une façon abordable de promouvoir leurs évènements à travers l’affichage. La ville ne mettait peu, voir pas, d’espaces d’affichages libres à disposition et donc artistes, producteurs et promoteurs se voyaient obliger d’utiliser les lampadaires afin de diffuser leurs activités. Le problème est que ce moyen d’expression était qualifié d’illégal. Un groupe de producteur indépendant incluant Pop Montréal et le Festival FRINGE Montréal était tellement exaspéré par les amendes répétées de la ville qu’ils ont formé C.O.L.L.E en 2010. Cette association a permis de réunir des acteurs culturels autour d’un même engagement, et d’ainsi solliciter les pouvoirs publics afin de trouver une solution. Cela a permis de soulever une question qui touche des créateurs indépendants, car ils n’ont pas les fonds nécessaires à l’achat d’espaces publicitaires dispendieux – peut-on créer un système pour que légalement l’affichage libre puisse voir le jour ?

La même année la Cour Supérieure du Québec a condamné la loi anti-affichage à être illégale et inapplicable. La décision, décrétée par la Cour, fût que si la ville ne fournissait pas d’espaces permettant l’affichage libre pour ses résidents, alors tout règlement limitant l’affichage sur le mobilier urbain serait une atteinte à la liberté d’expression de ses citoyens. Après cette décision, la ville a temporairement cessé de distribuer des amendes laissant la question en suspens.

La Cour avait laissé six mois à la ville pour réviser la loi relative à l’affichage. Sept ans plus tard, nous en sommes toujours au même point. Les espaces d’affichage n’ont pas été installés en nombre suffisant pour répondre aux demandes introduites par la Cour, et cela en dépit de nombreuses propositions et projets pilotes présentés à la ville par les acteurs culturels. La ville a de nouveau qualifié cette activité d’illégale, harcelant des membres de la communauté culturelle tout en freinant le développement de l’offre culturelle. Je dirige une entreprise culturelle avec différents départements dont l’un est une agence de street marketing. Nous distribuons des matériaux imprimés et numériques pour espaces extérieurs ou intérieurs à Montréal pour promouvoir des activités culturelles. Nous avons certains clients qui sont de grandes institutions culturelles, mais la grande majorité d’entre eux sont des festivals, labels, salles et artistes indépendants, disposant de peu de moyens. L’affichage représente donc une part importante dans leur plan de communication, or souvent notre travail se retrouve injustement impacté.

La ville a délaissé ce précédent juridique et l’impératif moral qu’il convoque. Les employés municipaux semblent croire que l’activité est illégale, ce qui provoque l’harcèlement systématique des agents d’entretiens des espaces urbains et de la police envers les afficheurs. La ville a aussi imprimé et installé des panneaux de signalisations sur les poteaux avertissant que l’affichage est illégal, en citant une règlementation qui n’existe plus selon mes recherches – et si cela l’était, la ville serait dans l’impossibilité de l’appliquer. Chaque année la mairie dépense des centaines de milliers (et possiblement des millions) de dollars au recrutement d’une équipe affectée uniquement à l’arrachage des posters sur les poteaux. De plus, cette absence de législation représente un manque à gagner car les contraventions pour ce motif sont illégales.

En bref, le problème soulevé en 2010 revoit le jour sous un contexte légèrement différent. Montréal est, à ma connaissance, la seule grande ville au Canada qui ne fournit pas d’espace public dédié à l’affichage pour ses citoyens. Il y a eu des propositions de la communauté culturelle Montréalaise, dont moi-même. Ma proposition, que je serais prêt à vous présenter, non seulement, c’est à noter, éliminerait des coûts, mais également génèrerait des revenus pour la ville. Or, la ville n’a jamais réglé ce problème en dépit des efforts de la classe créative à le résoudre.

Vous vous demandez peut-être : en quoi cela nous regarde-t-il ? Il y a trois raisons. Premièrement, c’est votre argent qui est utilisé. La ville dépense vos impôts comme bon leur semble et a une responsabilité fiscale. Il y a tellement de personnels de la ville qui s’occupent de nettoyer les poteaux dans les artères majeures des quartiers centraux que les affiches sont arrachées en l’espace d’un jour voir même de quelques heures. Deuxièmement, c’est un risque financier pour la ville et c’est votre argent qui en souffrirait si un groupe de citoyens décidait de poursuivre la ville en justice pour avoir bafoué leurs droits à la liberté d’expression. Dernièrement – et cette raison est peut-être la plus importante – il est primordial de reconnaitre que le public ne peut être informé de l’ensemble de l’offre culturelle présente sur le territoire Montréalais, et sa valeur se retrouve réduite. En effet, des musiciens, humoristes, danseurs et artistes visuels émergents n’ont pas les moyens d’acheter des publicités à la télé, radio, dans le métro ou sur les autobus de la STM. L’affichage agit comme une piste promotionnelle analogue dans un océan de médias numériques qui est accessible pour les créateurs et artistes de notre ville. Il est abordable, démocratique et honnête. J’espère que vous comprendrez mon désarroi et sachez que je reste ouvert pour poursuivre la discussion. Je suis confiant que le gouvernement municipal n’est pas indifférent au sujet, considérant que notre créativité occupe une place essentielle dans l’identité de la ville. J’aimerais trouver des solutions qui renforcent notre communauté artistique et j’invite la ville et ses citoyens à se joindre à la conversation.

Sincèrement,

Jon Weisz
Directeur Fondateur
Indie Montréal
* Écrit avec la contribution de l’équipe d’Indie Montréal

La courte liste du Polaris 2017 : Ce que j’en pense

Bon, on va mettre carte sur table… je suis l’un des jurés (un des 200!) du prix Polaris. J’ai donc eu mon mot à dire dans la composition de la courte liste de l’année. Si vous êtes surpris de l’absence d’album francophone dans la liste, de mon côté, je n’ai même pas sourcillé. Il faut remonter à 2011 pour la dernière nomination francophone pour l’excellent Tigre et diésel de Galaxie. Mais que se passe-t-il?

À qui la faute?

On va s’entendre tout de suite sur une chose, je ne crois pas qu’en majorité les artistes canadiens font du meilleur art que les Québécois. Si vous essayez de me faire croire que The Fate of the World Depends on this Kiss de Whitehorse était meilleur que TOUS les albums québécois en 2013, je vais vous dire qu’un petit traitement au Cerumol serait justifié.

Ce n’est certainement pas la faute de Steve Jordan et son équipe qui tente de motiver le vote francophone de tous les moyens possibles. Après, faut bien que les jurés fassent ce qu’on leur demande : voter à temps! Quand même qu’on dirait qu’un ou deux votes changeraient la donne, ça reste trop mince pour être l’une des réelles raisons pour l’exclusion systématique des albums francophones de la courte liste.

L’une des raisons est certainement le manque de cohésion parmi le vote francophone. Mais bon, la seule solution viable à cela est de voter en bloc en mettant de côté nos opinions. Ce n’est ni démocratique ni juste si vous me demandez mon avis. N’en déplaise aux bonzes du Parti Québécois. J’aime la liberté que chaque juré possède de nommer les albums qu’il considère comme les plus méritants.

Mais voilà… on arrive au cœur du problème. Cette éternelle incompréhension entre les Anglos et les Francos du pays. On va se le dire, le journaliste de Calgary n’en a rien à battre de Fred Fortin. On ne parlera même pas de la secte Drake à Toronto. Et que dire de The Weeknd qui à part nous parler de coke et de sa haine pour la femme, fait de la musique commerciale correcte sans plus. Pourtant, tous deux se retrouvent sur la longue liste à chaque occasion qui se présente. Un peu comme si l’on votait pour Sally Folk.

Les artistes québécois sont en situation minoritaire et ne profitent pas de la même sympathie que les artistes amérindiens. N’allez pas croire que je revendique la même chose, ce sont deux situations bien différentes et loin de moi l’idée d’amenuiser les victoires précieuses que des groupes comme A Tribe Called Red, Tanya Tagaq ou encore Buffy Ste-Marie ont fait dans les dernières années. Leurs voix sont pertinentes et nécessaires.

S’il y a un problème, il doit y avoir une solution

La solution existe. Et ce n’est vraiment pas Justin Trudeau. On va se le dire. La solution est de mieux communiquer ensemble. Et de mieux communiquer avec les enclaves francophones à travers le pays. De plus en plus des concours comme Les Francouvertes et des événements comme Le Coup de Cœur Francophone font leur possible pour faciliter les échanges. C’est aussi notre travail en tant que journalistes (et mélomanes) de partager notre passion pour certains albums francophones. Mais ça reste que la barrière de la langue tiendra toujours et si le Torontois moyen est incapable de comprendre les paroles d’Antoine Corriveau, il ne sera certainement pas capable d’en saisir la poésie et la beauté qui s’y cache. On va s’entendre, même certains « Québécois de souche » n’y voient pas la lumière à travers les atmosphères sombres. Le Canada restera toujours un pays bilingue en théorie, mais unilingue en pratique.

Plutôt que l’indignation ou le repli sur soi, allez donc jaser avec un canadien-anglais de musique franco. Présentez-lui Klô Pelgag, Alaclair Ensemble, Gab Paquet ou encore Chocolat! Va falloir se jaser, c’est pas mal la seule façon de partager notre passion. Et ce n’est pas bon seulement pour les journalistes, mais pour tous les mélomanes. Notre culture, elle est belle et riche, faut la vanter.

La courte liste, pas si vilaine finalement

Finalement, quand on enlève le fait franco de la courte liste, elle n’est pas si vilaine. Entre l’incroyable album d’A Tribe Called Red, le puissant Retribution de Tanya Tagaq et le jazz de Badbadnotgood, on peut se contenter. Les Québécois sont bien représentés quand même. On retrouve Leif Vollebekk qui a offert le sublime Twin Solitude, Lisa Leblanc (Acadienne, mais c’est tout comme) et son album anglo et feu Leonard Cohen avec You Want It Darker. D’ailleurs la courte liste 2017 est riche en émotion avec la nomination de Gord Downie et son album Secret Path.

Voici donc la liste complète:

A Tribe Called Red – We Are The Halluci Nation
Badbadnotgood – IV
Feist – Pleasure
Gord Downie – Secret Path
Leif Vollebekk – Twin Solitude
Leonard Cohen – You Want It Darker
Lido Pimienta – La Papessa
Lisa Leblanc – Why You Wanna Leave, Runaway Queen?
Tanya Tagaq – Retribution
Weaves – Weaves

Et vous votre choix?

HMV Canada : la fin d’une époque

On le sait bien, l’industrie musicale est en constante évolution. Ladite évolution a fait une nouvelle victime. Le vendredi 27 janvier, HMV Canada annonçait sa faillite. En tout, c’est 102 succursales qui fermeront leurs portes au cours des prochains mois. C’est la fin d’une époque.

Bien que la mort de HMV Canada ne signifie pas la mort de la musique – loin de là –, cette nouvelle m’attriste, car ce fleuron anglais aura joué un rôle décisif dans ma vie de mélomane. Je me rappelle encore, j’étais adolescent à l’époque, j’entrais dans la succursale du Fairview Pointe-Claire à la recherche d’un nouvel album à me mettre dans les oreilles. Souvent, j’avais un disque en tête avant de franchir la porte. Mais parfois, j’entrais dans le magasin avec l’intention de découvrir un nouveau truc, un artiste émergent ou bien un vieux groupe obscur oublié aujourd’hui. Je me dirigeais alors vers l’un des conseillers à la vente. La plupart du temps, il rangeait des disques en hochant de la tête ou en tapant du pied au rythme de la musique. C’est comme ça que j’ai découvert des musiciens comme Beirut et Interpol et que je suis tombé en amour avec la musique d’artistes comme Leonard Cohen.

Âgé d’environ 16 ans, j’ai établi que mon emploi étudiant de rêve était de travailler chez HMV. Je suis donc allé porter mon curriculum vitae au magasin. C’est seulement après avoir reçu un troisième exemplaire de mon CV que HMV m’a convoqué en entrevue. Elle s’est très bien déroulée. Je me rappelle encore de la dernière question : « Nomme deux disques que tu apporterais sur une île déserte. » Je me rappelle clairement avoir répondu « Under the Table and Dreaming de Dave Matthews Band et Abbey Road des Beatles ». J’ai eu l’emploi. Pendant trois années, j’ai été le conseiller à la vente qui hochait de la tête ou qui tapait du pied au rythme de la musique.

Ce fut trois merveilleuses années durant lesquelles j’ai côtoyé des passionnés de musique. Grâce à mes collègues, notamment Shane Ring, j’ai découvert une pléthore de groupes et d’artistes que je chéris encore aujourd’hui et dont certains me suivront jusqu’au bout de la vie.

HMV signifie His Master’s Voice. Cette voix résonnera encore longtemps dans mon esprit de mélomane.