Opinion Archives - Le Canal Auditif

La courte liste du Polaris 2017 : Ce que j’en pense

Bon, on va mettre carte sur table… je suis l’un des jurés (un des 200!) du prix Polaris. J’ai donc eu mon mot à dire dans la composition de la courte liste de l’année. Si vous êtes surpris de l’absence d’album francophone dans la liste, de mon côté, je n’ai même pas sourcillé. Il faut remonter à 2011 pour la dernière nomination francophone pour l’excellent Tigre et diésel de Galaxie. Mais que se passe-t-il?

À qui la faute?

On va s’entendre tout de suite sur une chose, je ne crois pas qu’en majorité les artistes canadiens font du meilleur art que les Québécois. Si vous essayez de me faire croire que The Fate of the World Depends on this Kiss de Whitehorse était meilleur que TOUS les albums québécois en 2013, je vais vous dire qu’un petit traitement au Cerumol serait justifié.

Ce n’est certainement pas la faute de Steve Jordan et son équipe qui tente de motiver le vote francophone de tous les moyens possibles. Après, faut bien que les jurés fassent ce qu’on leur demande : voter à temps! Quand même qu’on dirait qu’un ou deux votes changeraient la donne, ça reste trop mince pour être l’une des réelles raisons pour l’exclusion systématique des albums francophones de la courte liste.

L’une des raisons est certainement le manque de cohésion parmi le vote francophone. Mais bon, la seule solution viable à cela est de voter en bloc en mettant de côté nos opinions. Ce n’est ni démocratique ni juste si vous me demandez mon avis. N’en déplaise aux bonzes du Parti Québécois. J’aime la liberté que chaque juré possède de nommer les albums qu’il considère comme les plus méritants.

Mais voilà… on arrive au cœur du problème. Cette éternelle incompréhension entre les Anglos et les Francos du pays. On va se le dire, le journaliste de Calgary n’en a rien à battre de Fred Fortin. On ne parlera même pas de la secte Drake à Toronto. Et que dire de The Weeknd qui à part nous parler de coke et de sa haine pour la femme, fait de la musique commerciale correcte sans plus. Pourtant, tous deux se retrouvent sur la longue liste à chaque occasion qui se présente. Un peu comme si l’on votait pour Sally Folk.

Les artistes québécois sont en situation minoritaire et ne profitent pas de la même sympathie que les artistes amérindiens. N’allez pas croire que je revendique la même chose, ce sont deux situations bien différentes et loin de moi l’idée d’amenuiser les victoires précieuses que des groupes comme A Tribe Called Red, Tanya Tagaq ou encore Buffy Ste-Marie ont fait dans les dernières années. Leurs voix sont pertinentes et nécessaires.

S’il y a un problème, il doit y avoir une solution

La solution existe. Et ce n’est vraiment pas Justin Trudeau. On va se le dire. La solution est de mieux communiquer ensemble. Et de mieux communiquer avec les enclaves francophones à travers le pays. De plus en plus des concours comme Les Francouvertes et des événements comme Le Coup de Cœur Francophone font leur possible pour faciliter les échanges. C’est aussi notre travail en tant que journalistes (et mélomanes) de partager notre passion pour certains albums francophones. Mais ça reste que la barrière de la langue tiendra toujours et si le Torontois moyen est incapable de comprendre les paroles d’Antoine Corriveau, il ne sera certainement pas capable d’en saisir la poésie et la beauté qui s’y cache. On va s’entendre, même certains « Québécois de souche » n’y voient pas la lumière à travers les atmosphères sombres. Le Canada restera toujours un pays bilingue en théorie, mais unilingue en pratique.

Plutôt que l’indignation ou le repli sur soi, allez donc jaser avec un canadien-anglais de musique franco. Présentez-lui Klô Pelgag, Alaclair Ensemble, Gab Paquet ou encore Chocolat! Va falloir se jaser, c’est pas mal la seule façon de partager notre passion. Et ce n’est pas bon seulement pour les journalistes, mais pour tous les mélomanes. Notre culture, elle est belle et riche, faut la vanter.

La courte liste, pas si vilaine finalement

Finalement, quand on enlève le fait franco de la courte liste, elle n’est pas si vilaine. Entre l’incroyable album d’A Tribe Called Red, le puissant Retribution de Tanya Tagaq et le jazz de Badbadnotgood, on peut se contenter. Les Québécois sont bien représentés quand même. On retrouve Leif Vollebekk qui a offert le sublime Twin Solitude, Lisa Leblanc (Acadienne, mais c’est tout comme) et son album anglo et feu Leonard Cohen avec You Want It Darker. D’ailleurs la courte liste 2017 est riche en émotion avec la nomination de Gord Downie et son album Secret Path.

Voici donc la liste complète:

A Tribe Called Red – We Are The Halluci Nation
Badbadnotgood – IV
Feist – Pleasure
Gord Downie – Secret Path
Leif Vollebekk – Twin Solitude
Leonard Cohen – You Want It Darker
Lido Pimienta – La Papessa
Lisa Leblanc – Why You Wanna Leave, Runaway Queen?
Tanya Tagaq – Retribution
Weaves – Weaves

Et vous votre choix?

HMV Canada : la fin d’une époque

On le sait bien, l’industrie musicale est en constante évolution. Ladite évolution a fait une nouvelle victime. Le vendredi 27 janvier, HMV Canada annonçait sa faillite. En tout, c’est 102 succursales qui fermeront leurs portes au cours des prochains mois. C’est la fin d’une époque.

Bien que la mort de HMV Canada ne signifie pas la mort de la musique – loin de là –, cette nouvelle m’attriste, car ce fleuron anglais aura joué un rôle décisif dans ma vie de mélomane. Je me rappelle encore, j’étais adolescent à l’époque, j’entrais dans la succursale du Fairview Pointe-Claire à la recherche d’un nouvel album à me mettre dans les oreilles. Souvent, j’avais un disque en tête avant de franchir la porte. Mais parfois, j’entrais dans le magasin avec l’intention de découvrir un nouveau truc, un artiste émergent ou bien un vieux groupe obscur oublié aujourd’hui. Je me dirigeais alors vers l’un des conseillers à la vente. La plupart du temps, il rangeait des disques en hochant de la tête ou en tapant du pied au rythme de la musique. C’est comme ça que j’ai découvert des musiciens comme Beirut et Interpol et que je suis tombé en amour avec la musique d’artistes comme Leonard Cohen.

Âgé d’environ 16 ans, j’ai établi que mon emploi étudiant de rêve était de travailler chez HMV. Je suis donc allé porter mon curriculum vitae au magasin. C’est seulement après avoir reçu un troisième exemplaire de mon CV que HMV m’a convoqué en entrevue. Elle s’est très bien déroulée. Je me rappelle encore de la dernière question : « Nomme deux disques que tu apporterais sur une île déserte. » Je me rappelle clairement avoir répondu « Under the Table and Dreaming de Dave Matthews Band et Abbey Road des Beatles ». J’ai eu l’emploi. Pendant trois années, j’ai été le conseiller à la vente qui hochait de la tête ou qui tapait du pied au rythme de la musique.

Ce fut trois merveilleuses années durant lesquelles j’ai côtoyé des passionnés de musique. Grâce à mes collègues, notamment Shane Ring, j’ai découvert une pléthore de groupes et d’artistes que je chéris encore aujourd’hui et dont certains me suivront jusqu’au bout de la vie.

HMV signifie His Master’s Voice. Cette voix résonnera encore longtemps dans mon esprit de mélomane.