Critiques Archives - Page 484 sur 498 - Le Canal Auditif

Grimes – Visions

La semaine dernière, j’ai posé mes oreilles sur l’album de Grimes, alias Claire Boucher, intitulé Visions. Originaire de Vancouver et domiciliée à Montréal, la jeune artiste, âgée de 23 ans seulement, avait fait paraître en 2010 Halfaxa sur le label confidentiel Arbutus Records. Fait important : Visions sera distribué par 4AD et aura droit à tout le support médiatique qu’il mérite, car l’œuvre iconoclaste de Claire Boucher en vaut réellement le détour. Visions est un mélange hétéroclite d’électro, de pop psychédélique, auréolé d’une voix vaporeuse et haut perchée rappelant parfois Elizabeth Fraser de Cocteau Twins et agrémenté de mélodies flirtant avec le R & B. Une atmosphère mystérieuse, immatérielle et inquiétante se dégage de l’album. Un ovni, qui j’avoue, m’a quelque peu bousculé à la première écoute.

La première moitié du disque se veut assurément plus captivante et rythmée. Je fais référence aux morceaux suivants : la pop Oblivion, l’électro pop minimaliste de Vowels = Space And Time, l’excellente Visiting Stone et la soufflante Be A Body. Par la suite, la création prend une tangente plus expérimentale qui vient conforter cette perception de participer à une étonnante expédition auditive. De Coulour Moonlight (Antiochus), en passant par la prenante Symphonia (My Wait Is U), l’ambiante Night Music, la quasi soul/R & B titrée Skin et finalement, la courte mais frémissante Know The Way… Incontestablement, ce Visions est un opus d’un avant-gardisme inconditionnel.

Bien entendu, cette œuvre manque de maturité. De plus, certains auditeurs pourraient être radicalement exaspérés par cette voix infantile «auto-tunée» et ces innocentes mélodies quelque peu sirupeuses, mais on ne peut reprocher à Grimes une absence de créativité. Visions est tout sauf lassant et linéaire, et ce, même s’il est conçu exclusivement de machines, claviers et boucles électroniques. Sans contredit, une artiste à suivre qui vient de laisser une empreinte indélébile avec cette galette. Si vous avez envie de vous frotter les oreilles sur un disque unique en son genre et qui exige un effort auditif accru, Visions est pour vous! Un univers musical qui ne laissera personne indifférent!

Ma note : 7/10

Grimes
Visions
4AD
48 minutes

www.myspace.com/boucherville

Sleigh Bells – Reign Of Terror

Sleigh Bells nous arrive avec son deuxième opus Reign Of Terror. Le duo de pop noise américain formé en 2008 est originaire de Brooklyn. Pour reprendre les fameux mots de Claude Rajotte : « Ça sonne comme une tonne de brique! ». L’album s’ouvre sur True Shred Guitar et sur des bruits de foules; d’un bout à l’autre de l’album ça ne dérougit pas. Les guitares puissantes de Derek Edward Miller, accompagnées de la voix parfois agressive, mélodique et aérienne d’Alexis Krauss donnent l’impression qu’ils jouent devant une foule de 50 000 personnes en délire. Tout ça avec un drum machine qui les soutient. Il y a longtemps que je n’ai pas entendu des guitares aussi colorées! Parfois lourdes et appuyées, parfois mélodieuses comme les hair bands des années 80, ça donne envie de battre la mesure constamment.

La pièce Crush vous hantera pendant des jours je vous l’assure. Il y a quelque chose dans le jeu des guitares qui rappelle AC/DC mais sans jamais tomber dans le kitsch, le son étant définitivement moderne. L’album est un feu roulant de hits, et chaque chanson donne l’impression qu’elle pourrait atteindre le sommet des palmarès. Car si la guitare peut appuyer, il reste que leur côté pop fédérateur est indéniable. C’est un heureux mélange qui est particulièrement présent sur Comeback Kid. Écoutez Demon et vous aurez immédiatement le goût de vous faire pousser les cheveux et de les tournoyer en chantant avec Krauss. Deux balades flatteront votre côté émotif: You Lost Me et End Of Line.

Reign Of Terror est un album balancé, nuancé avec des riffs rock imparables et des guitares modérément abrasives. Pour l’instant, aucune date de spectacles en vue pour Montréal, leur seul arrêt canadien étant à Toronto le 26 mars. Si Sleigh Bells vient à Montréal, je vous conseille de vous ruer pour acheter des billets. En attendant, vous pouvez vous rabattre sur cet excellent album qui m’a charmé comme un amour adolescent.

Ma note : 8,5/10

Sleigh Bells
Reign Of Terror
Mom & Pop
36 minutes

reignofterror.tv/

Islands – A Sleep And A Forgetting

Ces jours-ci, la formation originaire de Montréal, mais déménagée à New-York, nommée Islands, lançait sa quatrième galette studio intitulée A Sleep And A Forgetting. Mené par le productif Nick Thorburn, Islands fait dans la pop orchestrale éclectique, parfois infantile, aux arrangements somptueux et grandiloquents. Sur cette dernière offrande, Islands nous offre une agréable surprise en délestant tout ce qu’il y avait de superflu et d’ostentatoire dans leur musique… pour le plus grand plaisir de mes oreilles. A Sleep And A Forgetting est le disque de la maturité pour Islands!

Inspiré par une rupture amoureuse, Nick Thorburn et sa bande ont assemblé onze chansons dépouillées et intelligibles, qui, malgré l’apparente lourdeur du thème abordé, ne tombe jamais dans l’apitoiement et le pleurnichage démesuré. Curieusement, cette œuvre est empreinte d’une tranquillité et d’une sérénité qui fait plaisir à entendre. A Sleep And A Forgetting renferme de merveilleux bijoux pop à faire saliver n’importe quel faiseur de chansons! Parmi les inégalés, je pense à This Is Not A Song, la sautillante Never Go Solo, le cha-cha-cha très «fifties» de No Crying, la cadencée Hallways, la folk Oh Maria, Cold Again et l’attendrissante Same Thing. Composée à partir d’un piano (et ça paraît), cette création est superbement vêtue d’orgues et de claviers, de motifs de guitares aux sonorités issues des années 50 et de mélodies discrètes mais inventives, le tout accompli avec une précision chirurgicale!

Avec ses structures chansonnières boursouflées, Islands pouvait parfois me laisser de marbre, mais sur ce dernier effort, la surprise est totale. Même si l’album contient une part importante de pièces sentimentales, Islands ne tombe jamais dans le piège de la mascarade émotive pénible à supporter. Le côté un peu enfantin de la musique de Islands ayant disparu permet de mettre en relief le talent supérieur de Thorburn à écrire de ravissantes chansons d’une maturité exemplaire. Les amoureux de la première heure pourraient se sentir déconcerter, mais quant à moi, A Sleep And A Forgetting pourrait faire sa niche parmi les bonnes parutions de 2012… mais attendons voir, il est encore tôt!

Ma note : 7/10

Islands
A Sleep And A Forgetting
Anti-Records
38 minutes

www.anti.com/artists/islands/

Sharon Van Etten – Tramp

Elle a fait paraitre en 2009 son premier opus titré Because I Was In Love, suivi en 2010 de Epic. Au début du mois de février dernier, Sharon Van Etten lançait sur le marché son plus récent effort intitulé Tramp. Après avoir lu de biens belles choses à son sujet, je me suis procuré la dernière offrande de la jeune dame originaire du New Jersey. Mon intérêt pour cette galette s’est bonifié en prenant connaissance de la cohorte de musiciens réputés qui ont participé activement à la création de cet album. Réalisé par Aaron Dessner de la formation The National, l’équipage de Tramp est complété par les instrumentistes suivants : Bryce Dessner (le frangin de Aaron), Zach Condon (Beirut) et Julianna Barwick.

Sharon Van Etten progresse dans un registre musical indie folk rock assez convenu, mais sur Tramp, une franche odeur de The National amène ce disque à un niveau artistique séduisant. Les trois premiers morceaux sont sublimes : la très PJ Harvey Warsaw, la monumentale ballade Give Out et la très The National Serpents. Par la suite, le disque emprunte un sentier plus «folkisant» que rock, ce qui ne diminue en rien l’envergure des chansons de Sharon Van Etten. L’intimiste Kevin’s, la presque Beirut titrée Leonard et la quasi country In Line s’enchaînent délicatement pour nous transporter vers la redoutable All I Can, caractérisée par une montée dramatique magnifiquement amplifiée par la réalisation de Dessner. D’une grande beauté! Ça se conclut avec le combo fédérateur Van Etten/Condon de We Are Fine, Magic Chords, Ask, l’éthérée bourrée de larsens de I’m Wrong et la désarmante Joke Or A Lie.

Sur Tramp, Sharon Van Etten a su s’entourer d’un réalisateur et d’un collectif d’artistes ultra compétents et imaginatifs car, il faut bien l’avouer, la jeune dame évolue dans une catégorie musicale déjà garnie de solides pointures. Avec l’aide de la splendide réalisation de Dessner, Sharon Van Etten réussit à se hisser au niveau des colosses de ce genre musical, ce qui constitue un exploit en soi, dans un marché aussi saturé que le indie folk rock. Fans de Feist, PJ Harvey, Cat Power et The National, ne faites pas la fine bouche car cette dame en vaut vraiment la peine!

Ma note : 7,5/10

Sharon Van Etten
Tramp
Jagjaguwar Records
46 minutes

sharonvanetten.com/

Band Of Skulls – Sweet Sour

Le sept février dernier, la formation anglaise originaire de Southampton nommée Band Of Skulls lançait son deuxième album intitulé Sweet Sour, qui faisait suite à l’excellent Baby Darling Doll Face Honey. Formé de Russel Marsden (chant et guitare), d’Emma Richardson (chant et basse) et de Matt Hayward (batterie), Band Of Skulls se consacre musicalement à créer un rock vitaminé aux émanations «zeppeliniennes» possédant quelques relents de bon vieux southern rock issu des seventies. C’est franc, simple, direct et sans fioritures, et ce, malgré les quelques ballades vaporeuses, enjolivant ça et là, le corpus chansonnier de Band Of Skulls.

Départ canon avec quatre morceaux rock vivifiants : le simple bien réussi Sweet Sour, la suave Bruises, l’efficace Wanderluster et la coqueluche titrée The Devil Takes Care Of His Own. Électrisant! Suit une des nombreuses ballades de la galette en Lay My Head Down. Pas une grande chanson mais un répit acceptable après ces brûlots énumérés précédemment. La formation reprend du poil de la bête avec le riff matraque de You Aren’t Pretty But You Got It Going On. Infaillible! Retour au repos avec une douce ritournelle intitulée Navigate. Chanson convenable sans plus… Après le repos émerge la somnolence avec Hometowns; une pièce banal, sans relief, sans soubresaut autant sur le plan mélodique qu’au niveau musical. Raté! Ça se poursuit dans la même veine assoupissante avec les motifs de guitares ampoulés, mille fois entendus, de Lies. Fin de la galette avec deux énièmes ralentis inintéressants : Close To Nowhere (titre approprié) et Such A Fool.

Sur Baby Darling Doll Face Honey, Band Of Skulls avait su écrire de magnifiques ballades aux accentuations captivantes qui faisaient frissonner. Sur Sweet Sour, les chansons sentimentales sont totalement linéaires, monotones et assommantes. Le deuxième effort de Band Of Skulls n’est pas un mauvais disque en soi, mais son écoute laisse une désagréable sensation de frustration; l’excellence côtoyant l’ennui mortel. Une création en dent de scie qui manque cruellement d’inspiration. Rien à redire sur la réalisation, ni sur l’exécution musicale, mais j’ai quelques réserves sur la qualité d’écriture de certaines pièces de cet opus. Lors du prochain chapitre, Band Of Skulls devra se montrer beaucoup plus inventif sinon… Une galette mi-figue mi-raisin!

Ma note : 5/10

Band Of Skulls
Sweet Sour
Vagrant Records
41 minutes

bandofskulls.com/