Critiques Archives - Page 475 sur 492 - Le Canal Auditif

Andrew Bird – Break It Yourself

Voilà un disque que la plupart des mélomanes et critiques de disques anticipaient avec enthousiasme ces derniers temps. Bien sûr, je fais référence au dernier opus titré Break It Yourself, du troubadour né dans l’état de l’Illinois et résident permanent de la superbe ville de Chicago, le bien nommé Andrew Bird. Violoniste de formation, Bird crée de merveilleux bijoux de chansons folk aux accents de rock, de rythmes latin, de pop et de jazz; le tout coloré de sifflements et de textes métaphoriques. Le songwriter possède une signature musicale unique en son genre, qui allie une certaine complexité dans les structures chansonnières avec des arrangements parfois sobres, parfois riches mais toujours d’un raffinement certain. Bref, le bonhomme possède un talent exceptionnel!

Et cette aisance est encore mise à contribution sur ce Break It Yourself. Une magnifique œuvre de folk labyrinthique qui incite à la contemplation. Des guitares splendides, des violons somptueux, des mélodies simples chantées par une voix assurée. Une création exigeante qui prend tout son sens après plusieurs écoutes. Des morceaux orfévrés, Break It Yourself en est bourré! Que ce soit les interludes luxueux Polynation et Behind The Barn, ou encore ces longues ritournelles méditatives que représentent Fatal Shore et Hole In The Ocean Floor, la cadencée aux émanations jazzées titrée Give It Away, l’émouvante Lazy Projector, le duo avec Annie Clarke (St.Vincent) nommée Lusitania et finalement la pop sifflante de Eyeoneye, cette création est un impératif point à la ligne!

Andrew Bird est un des trop rares auteurs-compositeurs-interprètes qui met autant de labeur à peaufiner ses textes, qu’à composer ses chansons, ce qui lui confère une réputation qui est loin d’être surfaite. Tout simplement, un grand faiseur de chansons; de la trempe de ceux qu’on voudra réentendre dans dix ou vingt ans… Une autre prouesse à ajouter sur la liste des réussites artistiques d’Andrew Bird. Les apôtres de musique folk intelligente, délicate, aux orchestrations finement ciselées seront aux oiseaux! De toute beauté!

Ma note : 7,5/10

Andrew Bird
Break It Yourself
Bella Union/Mom & Pop
61 minutes

www.giveitaway.andrewbird.net/

The Men – Open Your Heart

J’y vais tout de go en affirmant que le Open Your Heart, de la formation new-yorkaise The Men est un des meilleurs disques de rock que j’ai entendu au cours des dernières années. Je ne passe pas par quatre chemins car ces hommes ne font assurément pas dans la dentelle. Mené par le leader du groupe Chris Hansell, The Men crée une musique qui puise dans le hardcore, le punk, le country, le blues, le shoegaze et le garage rock. Les vieux de la vieille sauront reconnaître dans ces brûlots brillamment exécutés, les sonorités de formations telles que Hüsker Dü, The Replacements, New-York Dolls, Dinosaur Jr. et Sonic Youth.

Chacune des pièces apparaissant sur Open Your Heart détient son caractère distinct. Turn It Around fait penser aux New York Dolls, Animal à Hüsker Dü, Oscillation à Sonic Youth, Please Don’t Go Away à Dinosaur Jr., Candy aux Replacements, Presence à Ride… et même si parfois ces morceaux enflammés constituent des quasi pastiches, je me suis surpris à joyeusement taper du pied et à balancer frénétiquement la tête. Vous savez pourquoi? Parce que ces gamins connaissent parfaitement la généalogie de la musique rock, de même que les ingrédients nécessaires à créer des chansons d’une redoutable efficacité. Structures simples, exécution maîtrisée, salves de guitares explosives, mélodies aux accents parfois punk, parfois shoegaze, ce disque représente un véritable tour de force!

Même si j’ai eu l’impression de revisiter l’histoire du rock d’une chanson à l’autre, ce manque d’homogénéité, au niveau de la direction artistique, ne fait pas office d’entrave à l’appréciation de cette galette. Au contraire, plus j’ai empilé les auditions de ces irrésistibles pièces, plus je suis resté scotché à Open Your Heart. Honnêtement, j’ai longtemps cru, à mon grand désarroi, que le rock agonisait à petits feux. Si The Men ne ressuscite pas le genre musical, il lui redonne sans aucun doute ses lettres de noblesse. Si l’envie de dégraisser vos oreilles vous prend, c’est Open Your Heart qu’il vous faut! Fera partie avec certitude de ma liste des meilleurs albums de 2012!

Ma note : 8/10

The Men
Open Your Heart
Sacred Bones
45 minutes

www.sacredbonesrecords.com/

The Ting Tings – Songs From Nowheresville

Il y a quatre ans, The Ting Tings avait pondu un album, We Started Nothing, que j’avais bien apprécié. Sans être, la révélation du siècle, c’était de la bonne pop, assez accrocheuse. Quatre ans d’attente, quatre années de gestation, quatre ans de création : il fallait s’attendre à quelque chose d’assez bien ficelé et de haut niveau…

Malheureusement, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Ce n’est pas un mauvais album mais ce n’en est pas un qui captive non plus. C’est moyen, un point c’est tout! Un très bon exemple est la chanson Soul Killing, un pseudo-reggae très ordinaire. Malgré tout, il faut donner à Jules De Martino et Katie White une chose, ils savent créer des mélodies opérantes. Cependant, elles sont si simplistes qu’on fait le tour assez rapidement. Une petite surprise: le titre One by One qui ressort comme un vent de fraîcheur, porté par une rythmique et des arrangements vocaux plutôt intéressants. Mais le duo vient tout gâcher avec la chanson suivante, Day to Day, qui est mièvre à mourir.

On s’attendait à beaucoup plus du groupe qui, après avoir terminé une première session d’enregistrement pour l’album, avait décidé de tout mettre de côté car il trouvait le produit trop «pop de l’heure». Finalement, The Ting Tings nous arrive avec une galette tout aussi «pop de l’heure» qui n’amène absolument rien de rafraîchissant sur la place publique. Le groupe semble confus, sans aucune direction artistique, et surtout, ne plus savoir quel son est le leur.

Alors que la première moitié de l’album ressemble beaucoup au ton du premier album avec une Katie White frondeuse et des riffs accrocheurs. Dans la deuxième moitié, le son et l’atmosphère changent radicalement, et ce, à chaque chanson. Help est très aérienne avec son chœur et sonne comme un jingle publicitaire. Puis, avec In Your Life, on a l’impression que The Ting Tings a voulu faire un pastiche de Nancy Sinatra. Bref, c’est un album décevant et qui manque de cohérence. Peut-être que The Ting Tings aurait dû faire appel à un réalisateur qui aurait pu prévenir l’éparpillement… bref, ça reste tout de même de la bonne pop… mieux que Maxime Landry!

Ma note : 4/10

The Ting Tings
Songs From Nowheresville
Columbia Records
33 minutes

www.thetingtings.com/site/

Tindersticks – The Something Rain

Des dizaines d’écoutes plus tard, on ne sait toujours pas s’il faut rire jaune ou s’il vaut mieux passer outre cette intro-narrative de neuf minutes racontant une histoire d’un soir sucrée et coquine… qui tourne au vinaigre.

Chocolate ouvre ce neuvième album du groupe anglais Tindersticks, The Something Rain, et a le mérite de surprendre. D’abord, c’est la voix de David Boulter et non celle de Stuart Staples, leader vocal habituel du trio (l’autre membre étant Neil Fraser), qui raconte cette proposition saugrenue, cette histoire où le comique et la tristesse se côtoient, où la mélancolie prend le dessus sur la surprise.

Ensuite, il y a justement cette idée d’une si longue narration en première plage. Pour ceux qui connaissent l’œuvre de Tindersticks (neuf albums studios et près de 20 ans de carrière), on pense immédiatement à My Sister, troisième pièce de l’album Tindersticks II, paru au milieu des années 1990 ; même chanson-narrative, même simplicité des arrangements, même formule… mais pas du tout la même histoire!

On salut l’idée de ce flashback. Par contre, et cette question nous revient à chaque fois qu’on réécoute l’album : pourquoi placer Chocolate en ouverture et non pas en conclusion ?
N’ayant pas encore trouvé de réponse – y en a-t-il seulement une ? – attardons-nous plutôt à l’ensemble de l’œuvre composé par les huit autres éléments de ce nouvel opus.

Au fil des écoutes, on perçoit un changement majeur. Il est clair qu’un glissement s’est effectué depuis les débuts de Tindersticks; outre quelques éléments rock saupoudrés en petite dose ici et là sur tous les disques du groupe, tout comme sur ce nouvel opus, la trame de fond sonore a évolué.

Alors que l’on misait au départ sur une influence de la musique classique dans les arrangements et la structure, c’est vers le jazz-lounge qu’on se tourne sur The Something Rain : les trompettes en sourdine, la batterie battue aux pinceaux, le roulement des doigts sur la basse et les doux maracas accompagnent plus souvent qu’autrement la voix de Stuart Staples.

Si le musical a changé, l’instrument vocal du «baryton-crooner» demeure encore et toujours «LA» pierre angulaire des chansons noires de Tindersticks. Ici, moins en puissance que sur d’autres albums, mais toujours aussi lourde et poignante au cœur. Il y a donc dans ce The Something Rain une continuité… dans le changement. Une évolution qui sera intéressante à suivre, pour voir et entendre où se poursuivra le chemin de Tindersticks.

Ma note : 7/10

Tindersticks
The Something Rain
City Slang
50 minutes

www.tindersticks.co.uk/intro.php

Bruce Springsteen – Wrecking Ball

Mardi dernier, The Boss, Bruce Springsteen lançait sur le marché Wrecking Ball, son septième album studio depuis 2002. Le vétéran songwriter américain, qui n’a plus besoin de présentation, nous offre un disque caractérisé par une colère justifiée à l’endroit d’un rêve américain qui a perdu passablement de plumes depuis le 11 septembre 2001. Une création courageusement politique où le Boss prend position, et ce, sans aucun compromis, en faveur d’une classe moyenne ouvrière qui a amplement goûté à la médecine du libéralisme économique.

Avec une authentique énergie, Springsteen nous offre le meilleur de lui-même; des hymnes gonflés à l’hélium qui donnent envie de chanter à tue-tête, amalgamés à une musique aux accents de folk, de country, de rock et de gospel, bonifiés de rythmes électroniques et d’une incursion dans le hip-hop. Réalisé conjointement avec Ron Aniello, ce Wrecking Ball, s’il se situe à gauche du spectre politique, est sans l’ombre d’un doute au centre; musicalement parlant…

Et c’est ce qui constitue l’écueil principal de cette galette. Les structures musicales sont convenues, les mélodies sont fédératrices mais prévisibles, la réalisation est somme toute conservatrice, et ce, malgré le court passage dans l’univers du hip-hop lors du morceau Rocky Ground. Si le discours tenu par Springsteen est décapant et rageur, la musique reste foncièrement dans la tradition de ce qui a toujours constitué la marque de commerce du Boss.

Qu’à cela ne tienne, l’opus renferme son lot d’excellentes chansons, qui sans être mémorables, font facilement leur chemin dans le cortex cérébral et dans le cœur. Je pense, entre autres, à l’hymne accrocheur We Take Car Of Our Own, la ballade This Depression, le rock martial de Wrecking Ball, l’inventive Rocky Ground, l’épique Land Of Hope And Dreams et la folk irlandaise We Are Alive.

Bien sûr, il y a ce côté prêchi-prêcha qui sévit tout au long de Wrecking Ball mais la propagande libertarienne est tellement répandue et omniprésente, que cette création sert de contrebalancier à ce courant de pensée, et encore plus important, de baume aux âmes et aux cœurs de tous ces nouveaux laissés pour compte meurtris et désenchantés. Pas certain que ce soit une oeuvre historique mais Wrecking Ball est un album essentiel, en cette époque où l’individualisme crasse règne en roi et maître…

Ma note : 6,5/10

Bruce Springsteen
Wrecking Ball
Columbia Records
53 minutes

brucespringsteen.net/