Critiques Archives - Page 467 sur 499 - Le Canal Auditif

Passion Pit – Gossamer

La semaine dernière, la formation américaine Passion Pit mettait sur le marché son deuxième album intitulé Gossamer; la suite de Manners paru en 2009. Ce premier effort avait valu à ces jeunes musiciens, un certaine reconnaissance de la part de la presse musicale spécialisée. Formé autour du chanteur Michael Angelakos, Passion Pit conçoit une musique qui amalgame habilement l’électro, le pop et le rock, afin de le rendre accessible à un maximum de mélomanes possible, et ce, sans perdre une seule once de pertinence. Réalisé à nouveau par Chris Zane, ce Gossamer est sans contredit la continuation logique de Manners.

L’album débute efficacement avec l’excellente Take A Walk; chanson au refrain captivant à souhait. I’ll Be Alright fait irruption avec sa rythmique électro syncopée qui confère au morceau une originalité qui ne fait aucun doute. Solide! Suivent Carried Away et Constant Conventions, deux pièces aux effluves de synth-pop bondissant issu des eighties, qui font leur travail, sans que ce soit transcendant. Surviennent Mirrored Sea et son refrain rock accrocheur, Cry Like A Ghost et ses synthétiseurs dégoulinants, et la quelconque On My Way; pièce dans laquelle la voix de falsetto d’Angelakos agace plus qu’elle ne séduit… L’album s’achève avec les claviers noisy de Hideaway, les infaillibles harmonies vocales de l’intermède Two Veils To Hide My Face, la quasi comptine Love Is Greed, la superbe et touchante It’s Not My Fault, I’m Happy et la non moins désarmante Where We Belong.

Même si l’univers musical de Passion Pit est à cent lieues de mes habitudes auditives, je dois admettre que Michael Angelakos et sa bande savent composer de superbes ritournelles, d’une efficience qui doit faire rougir ses principaux compétiteurs. Gossamer est également l’œuvre d’un artiste embrouillé en quête de sa propre identité, car ce qui différencie Passion Pit de ses semblables, ce sont sans aucun doute les textes sensibles, authentiques et émouvants d’Angelakos; un jeune homme souffrant de troubles découlant d’une personnalité bipolaire et qui a dû être hospitalisé au cours des dernières semaines, forçant l’annulation de plusieurs concerts que devaient donner la formation basée à Cambridge. Bref, Gossamer est tout simplement un disque qui mérite le respect, car c’est une création pop authentique, originale, imaginative et brillamment exécutée! Les fans se délecteront!

Ma note : 7/10

Passion Pit
Gossamer
Columbia Records
47 minutes

gossamer.passionpitmusic.com/

Anais Mitchell – Young Man In America

Aujourd’hui, je vous propose une critique/rattrapage d’un disque paru en février dernier et qui est passé inaperçu sous les radars du Canal Auditif. Il s’agit du cinquième album de la compositrice folk, originaire de Montpellier dans l’état du Vermont, nommée Anaïs Mitchell. Cette figure prisée et respectée du folk indépendant américain a mis sur le marché un disque titré Young Man In America. Longtemps distribuée par Ani Di Franco et son label Righteous Babe, la musique d’Anaïs Mitchell possède de nombreux liens de parenté avec celle de son grand ami Bon Iver, de Joanna Newsom (particulièrement la tonalité de sa voix) et bien entendu avec celle de Miss Di Franco. Young Man In America fait suite à Hadestown, révélé en 2010 et qui avait enchanté la critique internationale.

L’album démarre sur des chapeaux de roues avec Wilderland, une pièce aux accents tribaux qui fait un peu penser à Bon Iver. Efficace! Par la suite, l’auditeur a droit à quatre morceaux folk-pop de haut niveau: la captivante Young Man In America, la ballade pianistique Coming Down (l’une des meilleures ritournelles entendues en 2012), de même que les efficaces et accrocheuses Dyin Day et Venus.

Par la suite deux chansons quelconques surviennent: la très Ani Di Franco intitulée He Did et la folk un peu champ gauche titrée Annmarie; les seules et uniques moments faiblards de cette création. En effet, l’attachant refrain de Tailor, les magnifiques arrangements de cordes dans Shepherd, les superbes cuivres de You Are Forgiven ainsi que la magnifique et émouvante Ships viennent conclure de manière éclatante ce petit bijou d’album.

Avec cette offrande, Anaïs Mitchell s’illustre une nouvelle fois et solidifie sa place parmi les grands du folk américain. Une confection musicale inspirée, brillamment arrangée, qui ne tombe jamais dans la mièvrerie et la facilité. Une instrumentation au service des chansons: violons, piano, mandoline, guitares et percussions utilisés judicieusement, l’ensemble coordonné intelligemment. Tout est à sa place, rien d’ostentatoire et pompeux, c’est subtil et brillant! Un très très bon disque de folk pop! Les apôtres de ce style musical seront ravis et comblés!

Ma note : 7,5/10

Anais Mitchell
Young Man In America
Wilderland Records
45 minutes

anaismitchell.com/

Twin Shadow – Confess

Twin Shadow est le nom de scène de George Lewis Jr., un musicien qui a grandit en Floride et qui réside présentement à New York. L’écriture ce deuxième album en carrière fût inspirée par un accident de motocyclette que le chanteur expérimenta à Boston. Confess puise assurément dans les sonorités des années 80: synthétiseurs dégoulinants, «drum machine» simple, rapide et appuyé, guitare électrique nerveuse et voix qui vous donne envie d’aller vous entraîner comme Rocky dans les rues de Philadelphie.

L’album s’entame sur Golden Light qui donne un bon aperçu de ce à quoi il faut s’attendre pour le reste de l’écoute de Confess. Du gros pop 80 (excessivement pop) avec parfois de petites surprises à la guitare. Il y a quelque chose de tragique dans la voix de Lewis et il sait très bien se servir de son organe vocal. Run My Heart, aux accents à la The Police, est un excellent exemple de sa capacité vocal. Il fait parfois penser à un Gotye un peu plus limité. L’américain nous propose une Five Seconds qui aurait pu faire partie d’un album de Duran Duran. Vous remarquerez aussi sur I Don’t Care, on peut entendre la même progression d’accords vocaux que dans Total Eclipse Of The Heart. Par contre, l’album s’essouffle rapidement et passé la cinquième chanson, Twin Shadow nous surprend un peu moins avec ses inflexions vocales maniérées et ses rythmes électroniques assez rudimentaires.

Bon ma confession… car j’ai un lourd secret… Twin Shadow… ce n’est assurément pas ma tasse de thé. Oui l’album est bien. Oui Lewis a du talent; mais si j’avais vécu mon adolescence dans les années 80, j’aurais sans doute été de ceux qui riaient de ceux qui adoraient Roxette. J’aimerais vous dire que mon univers musical couvre aussi la techno-pop des années 80, mais j’en suis incapable. Confess sera pour moi rien de plus qu’une compilation de chansons drôles à chanter dans un karaoké parce que c’est tellement mauvais que ça en devient bon… comme du Lady Gaga… ou du Céline Dion. Par contre, une chose est sûre, Lewis a un talent certain, compose bien et ses arrangements sont bien ficelés. Fanatiques des années 80, vous serez comblés!

Ma note : 7/10

Twin Shadow
Confess
4AD
43 minutes

//twinshadow.net/

Frank Ocean – Channel Orange

On peut dire que Frank Ocean est un prodige en son genre. Né à la Nouvelle-Orléans, le chanteur âgé de 24 ans se trouva dans l’obligation de déménager à la suite de l’ouragan Katrina qui transforma son studio en aquarium géant. Il a alors abandonné les études et a déménagé à Los Angeles. Après un premier démo enregistré avec un ami, il devint un compositeur fantôme pour Brandy, John Legend et Justin Beiber. De nouveau, il abandonna le tout pour se concentrer sur sa musique. C’est alors qu’il a rejoint le collectif rap Odd Future Wolf Gang Kill Them All regroupé entres autres, autour de Tyler The Creator. Bref, voici qu’il signe son premier album solo Channel Orange.

Que dire de l’album? Le mot « génial » vient rapidement en tête. Le jeune musicien est très doué. Très. L’opus débute sur Thinkin Bout You (après un intro intitulé Start), une chanson au rythme chaud et enveloppant. Celle-ci s’inscrit dans un R&B plus traditionnel à l’instar de Sweet Life. Voilà où s’arrête le côté classique. Les étranges Pilot Jones et Forrest Gump nous surprennent par leur dépouillement au niveau de l’instrumentation. Toute la place est laissée à la voix sensible d’Ocean. Celui-ci nous montre aussi son côté plus funk avec Crack Rock et Monks, qui sont des pièces plus entraînantes et qui donnent le goût de se déhancher. Que dire de l’incroyable Pyramids qui du haut de ses dix minutes fait voir tout le talent de l’auteur-compositeur. Il nous prend par la main et nous guide dans un voyage de versatilité vocale et musicale. Mais le clou de l’album demeure la touchante Bad Religion qui avec ses cordes, son orgue et sa batterie légère ne peut laisser indifférente. De plus, tout comme dans Pink Matter, il aborde de front sa bisexualité, un sujet tabou dans un monde musical très hétérosexuel. Le jeune homme fait preuve de courage; une audace qui fût saluée par les Jay-Z, Kanye West, Beyonce et, son bon ami, Tyler The Creator. Notez aussi les contributions d’Andre 3000 (Outkast), John Mayer et Pharrell Williams.

Enfin, c’est un album intelligent, varié, surprenant et touchant qui mérite que vous lui portiez une oreille attentive. Une œuvre qui nous montre l’étendue du talent de ce jeune auteur-compositeur-interprète. Un opus où même l’enchaînement des chansons est lié conceptuellement. Allez écoutez et jouissez-en tous, ceci est son âme livrée pour vous!

Ma note : 9/10

Frank Ocean
Channel Orange
Def Jam
56 minutes

//frankocean.com/

http://www.youtube.com/watch?v=F15IjgyHd60

Jeff The Brotherhood – Hypnotic Nights

C’est l’été, l’alcool coule à flots, l’envie de vous éclater la tronche en écoutant du rock vraiment pas compliqué vous prend; voilà qu’au même moment le duo fraternel originaire de Nashville, formé de Jake et Jamin Orrall, et nommé Jeff The Brotherhood, met sur le marché son septième album intitulé Hypnotic Nights. Jeff The Brotherhood se veut une mixture de garage et de punk rock aux accents pop assez prononcés, comprenant quelques sonorités psychédéliques. Réalisé par Dan Auerbach des Black Keys, Hypnotic Nights ne fait pas exception à la règle…

Des progressions d’accords efficaces mais convenues, des mélodies captivantes mais prévisibles, une exécution sans reproche, une réalisation à la hauteur des attentes… mais quelque chose de difficilement perceptible m’empêche d’embarquer de plein pied dans la proposition artistique offerte par ces deux musiciens. Est-ce la trop grande similitude avec le grand frère Weezer? Est-ce le côté franchement accessible des compositions des frères Orrall? Ou est-ce encore la linéarité des structures chansonnières que créent le duo américain? Difficile de répondre clairement et concrètement à ces interrogations…

Qu’à cela ne tienne, quelques ritournelles bien tournées ont réussi à piquer ma curiosité; entres autres, la conclusion psychédélique de Mystic Portal II, l’amalgame claviers et guitare acoustique de Wood Ox, la nirvanesque Leave Me Out, l’utilisation de la sitar et du saxophone dans Region Of Fire et l’irruption des guitares abrasives et d’un clavier décapant dans Hypnotic Winter. Par contre, j’aurais très bien pu me passer de ces pièces quelconques qui font beaucoup trop penser à la bande à Rivers Cuomo, tels que les soporifiques Hypnotic Mind, Staring At The Wall et Dark Energy… mais rien n’arrive à la cheville de l’insupportable reprise de la ballade Changes; à mon humble avis, l’un des pires morceaux écrits par les mythiques Black Sabbath.

Hypnotic Nights est un album conforme à la norme mais qui n’a pas su satisfaire pleinement mes oreilles. Bien sûr, il faut écouter Jeff The Brotherhood pour ce qu’il représente véritablement; un groupe rock moyen qui donne le meilleur de lui-même, comme le quatrième trio d’une équipe de hockey; et si le désir d’écouter un bon album de pop-rock décapant vous prenait… je vous conseille fortement de ressortir vos vieilles galettes de Weezer. Pas mal plus jouissif!

Ma note : 5,5/10

Jeff The Brotherhood
Hypnotic Nights
Warner Brothers
41 minutes

www.jeffthebrotherhood.com/