Critiques Archives - Page 467 sur 485 - Le Canal Auditif

The Mars Volta – Noctourniquet

Voilà un album qui était très attendu! Après une gestation de trois ans, la plus longue dans l’histoire du groupe, Rodriguèz-Lopez, Bixler-Zavala et leurs compagnons arrivent avec un nouvel opus, toujours aussi conceptuel que les précédents. Né d’une combinaison de la comptine pour enfant Solomon Grundy et du mythe grec de Hyacinthe, tué par la flèche d’Apollon, le groupe nous emporte dans un voyage unique. The Mars Volta livre rarement une musique facile d’approche et cet album n’y fait pas exception.

Alors que la formation a abandonné au fil des ans le côté plus enragé qui dominait des albums comme The Bedlam in Goliath, la complexité de leur création n’a pas du tout diminué. Noctourniquet s’inscrit directement dans la lignée d’Octahedron, l’œuvre antécédente. Le quintet d’El Paso ouvre la marche avec The Whip Hand où l’électro côtoie les guitares légèrement distortionnées et la voix haut perchée de Bixler-Zavala. L’album est peuplé de pistes comtemplatives et Empty Vessels Make The Loudest Sound est un très bon exemple. Ce morceau nous démontre également l’étendue du talent du batteur Deantoni Parks; une véritable machine derrière les fûts.

Autre pièce marquante de l’album, la surprenante In Absentia où les sons programmés nous enveloppent généreusement pendant que le vocaliste propulse l’auditeur dans la stratosphère, transporté par ces magnifiques vocalises. Si c’est un album tranquille pour The Mars Volta, n’allez pas croire qu’eux et Céline Dion seront sélectionnés dans la même catégorie aux Grammys.

Plus que jamais, The Mars Volta exprime clairement la maturité qui les habite et en plus d’être extrêmement créatifs, ils maîtrisent leurs instruments à la perfection. Petite note pour les fans, pour la première fois depuis 2003, John Frusciante n’était pas en studio avec la formation, préférant se concentrer sur ses projets personnels. Bref, Noctourniquet plaira aux fans et sera peut-être la porte d’entrée pour une nouvelle génération d’auditeurs.

Ma note : 8,5/10

The Mars Volta
Noctourniquet
Warner Records
65 minutes

www.themarsvolta.com/

Avec pas d’casque – Astronomie

Quand on entend chanter Stéphane Lafleur – oui, oui, le réalisateur de Continental, un film sans fusil et En terrains connus – on pense tout de suite à Fred Fortin. C’est en effet dans l’univers musical du gars de Dolbeau que plonge tête première Lafleur; pour en ressortir avec ce Astronomie, le troisième disque (déjà!) de son groupe, Avec pas d’casque.

Comme chez l’auteur de Planter le décor, on retrouve chez Lafleur ce même français – québécois – joual du terroir maitrisé. Une ressemblance est aussi perceptible dans les accords colorés de folk-country post-grunge (expression trop souvent utilisée, il est vrai) et dans les arrangements utilisés (notamment la production lo-fi et les grattements audibles des doigts sur les cordes de guitare) par Avec pas d’casque.

L’univers de la bande à Lafleur est cependant beaucoup plus calme que celui de Fred Fortin! Loin, loin le rock garage. On pense davantage à ce que nous propose Beck, surtout dans la texture, le mélange d’instruments (baryton, orgue, ukulele, gazou, etc.) et à l’ambiance que renferme ce CD.

Alors qu’on pourrait croire à un simple effet miroir dans l’apport musical du groupe, c’est à l’écoute des textes entendus sur Astronomie que l’on perçoit cette singularité qui allume nos oreilles. Des textes imagés, portés sur une visualisation facile, marqués par la solitude et la recherche de «l’autre», de même que des remarques saugrenues qui déclenchent le phénomène du sourire.

«Je promets que la journée qui s’en vient est flambant neuve»; «Je réalise que je connais davantage de lesbiennes que de gens de couleur»; «À la vitesse de la lumière, on voit moins clair par les châssis», se veulent trois bons exemples du style Lafleur.

On déplore, un peu, mais pas trop tout de même, la formule utilisée en intro de certaines compositions. Le «fade in» guitare ou vocal, accompagné par une batterie au tempo d’un cardiaque de bureau, se répète sur quatre des neuf compositions qui forment le CD. On dénote ce petit élément pour ceux qui sont du genre à écouter un album en boucle, du début à la fin, de façon répétitive. Ça peut agacer.

Mais outre cela, disons-le, Astronomie est un disque qui, comme dit l’expression consacrée, «s’écoute tout seul», avec ou sans casque d’écoute… Mais de préférence avec!

Ma note : 8,5/10

Avec pas d’casque
Astronomie
Grosse Boîte
37 minutes

www.avecpasdecasque.com/

Lee Renaldo – Between The Times And The Tides

Mardi dernier, le vieux loup de mer nommé Lee Renaldo, cofondateur de Sonic Youth, lançait sur le marché Between The Times And The Tides. L’homme âgé de 56 ans, et l’un des guitaristes les plus innovateurs de son époque, nous offre son dixième album solo, et c’est sans compter les dix-sept œuvres crées avec Sonic Youth. Le dernier né est le résultat d’une coréalisation entre Renaldo lui-même et John Agnello (Kurt Vile, Thurston Moore, Dinosaur Jr.). De plus, de grosses pointures, tels que Steve Shelley (Sonic Youth), le virtuose Nels Cline (Wilco) et le bassiste réalisateur Jim O’Rourke se joignent au vétéran sur cet opus.

Au début de la gestation de ce Between The Times And The Tides, Lee Renaldo désirait créer un disque solo intimiste et acoustique, mais de cette intention initiale ne subsiste que les pièces Stranded et Hammer Blows. Chassez le naturel et il revient au galop! Cette remarque, loin d’être dépréciative, met en lumière les inévitables contorsions musicales de Lee Renaldo. Bruitiste, délicatement dissonante, truffée d’excellents riffs, enjolivée de mélodies accessibles d’une efficacité redoutable, cette production est absolument méritoire.

La principale force de ce disque réside dans la qualité des compositions de Renaldo. Aucune chanson ne fait office de remplissage car notre homme s’est appliqué systématiquement à écrire des ritournelles d’une exemplaire efficience. Entre autres, la pièce d’ouverture à la signature très Sonic Youth titrée Waiting On A Dream, le riff typiquement Lee Renaldo de Xtina As I Knew Her, les très R.E.M. intitulées Angles et Lost, l’adorable refrain de Shouts et le clin d’œil beatlesque nommé Tomorrow Never Comes.

Même si la facture sonore (située entre un R.E.M. à son meilleur et un Sonic Youth accessible) paraîtra quelque peu anachronique aux yeux de certains mélomanes, force est d’admettre que ce disque contient de nombreux morceaux qui donnent envie d’y revenir. Between The Times And The Tides est un album de garage rock mature de premier ordre! Puisque l’avenir de Sonic Youth semble en suspens suite à la séparation du couple Thurston Moore/ Kim Gordon, voilà un album que les adeptes de l’illustre formation new-yorkaise sauront apprécier à sa juste valeur. Une agréable surprise!

Ma note : 7/10

Lee Renaldo
Between The Times And The Tides
Matador Records
47 minutes

www.sonicyouth.com/symu/lee/

The Shins – Port Of Morrow

Formée en 1997 à Albuquerque dans l’état du Nouveau-Mexique, la formation américaine The Shins, menée par l’excellent chanteur James Mercer, lançait mardi dernier, sa quatrième offrande nommée Port Of Morrow. Disque qui fait suite à l’acclamé Wincing The Night Away paru en 2007 et au fort intéressant projet Broken Bells (en duo avec Danger Mouse) révélé en 2010. The Shins est un groupe franchement pop, qui flirte parfois avec le rock, à certains moments avec le country, et qui ornemente ses chansons de quelques claviers aux sonorités issues des années 70 et 80.

D’entrée de jeu, ce qui frappe à l’écoute de Port Of Morrow est sans contredit le mixage à l’avant-plan de la voix de Mercer qui rappelle la plupart des créations musicales de nos faiseurs de chansons d’ici… Je comprends que le leader des Shins chante divinement bien mais pas au point d’écraser outrageusement l’instrumentation! Dérangeant! De plus, la réalisation trop irréprochable, surtout pantouflarde; qui aurait mérité quelques souillures sonores, laisse une impression de conformisme soporifique.

En ce qui concerne les chansons, ces titres sont tellement impeccables, confortables, soigneusement arrangés et habilement construits que j’ai perdu mon précieux temps à patienter, en souhaitant ardemment qu’un soubresaut sonore, ou encore qu’un moment d’émotion intense fasse irruption. Une obsession de perfection caractérisée par la monotonie traverse ce disque du début à la fin. Irritant! De marbre tout au long de l’audition, j’ai à peine broncher à quelques rares exceptions; entre autres, à la pièce titre Port Of Morrow, la folk country For A Fool et peut-être It’s Only Life

Port Of Morrow est un opus convenable, gentil, propret, assemblant des morceaux conformes à la norme comme si The Shins avait remplacé le labeur qui catalyse l’inspiration, par l’option «pilote automatique». Ce qui vient sauver la mise est l’indéniable talent de mélodiste que possède James Mercer, sans quoi cette création serait vite reléguée aux oubliettes. Un disque décevant compte tenu de la compétence éprouvée et de la réputation pratiquement sans tache des Shins, à concocter des petites merveilles de ritournelles pop. Vraiment dommage!

Ma note : 5/10

The Shins
Port Of Morrow
Columbia Records/Aural Apothecary
40 minutes

www.theshins.com/ca/portofmorrow

Akido – Undark

aKido est le pseudonyme du producteur et compositeur montréalais Kim Gaboury. Ce dernier peut se vanter d’un certain nombre de réussite à son actif. Tout d’abord, il a composé la musique pour plusieurs émissions et publicités, dont la série Vices Cachés qui mettait en vedette Luc Picard. De plus, Gamechanger, son album précédent a été mis en nomination aux Independant Music Awards et à l’ADISQ dans la catégorie électronique. Gaboury, alias aKido, arrive à présent, avec son quatrième opus titré Undark.

Les premières notes de A Day In The Afterlife donnent immédiatement l’atmosphère du disque. L’album est un très beau mélange de musique planante et d’électronique un peu sombre. D’ailleurs, Gaboury compose tout et majoritairement seul. Les deux contributions à l’album sont au niveau des voix et il s’agit d’Alexandre Désilets et Christina Musacchio. Désilets est fidèle à lui-même sur cet album, toujours aussi planant et doux. De son côté Musacchio embarque dans ce vol de nuit en livrant des harmonies et des mélodies fort intéressantes.

Deux chansons détonnent quelque peu de l’ensemble (et ce n’est pas un reproche), New Years Eve et Evermore, qui démontre une influence certaine de Sufjan Stevens et son album The Age Of Adz. On retrouve le même type de changement de rythme et surtout la grandiloquence des sonorités qui ont fait la renommée de l’américain. Par contre, aKido abuse un peu moins des effets de délai que Stevens affectionne tant. L’opus nous amène aussi dans des recoins plus électro avec Thirteen et All Your Fears. Il faut dire que Gaboury, sans réinventer la roue, compose très bien et l’album s’écoute bien d’un bout à l’autre.

Petite déception, la durée du disque: à peine plus de trente minutes. Par contre, l’album coûte ce que vous voudrez bien payer sur le site du compositeur… un trente minutes bien investi! Vous pouvez d’ailleurs aller faire un tour sur le site pour tester la marchandise avant de l’acheter à l’adresse mentionnée au bas de l’article.

Ma note : 7/10

Akido
Undark
Indépendant
30 minutes

akidomusic.com/

http://www.youtube.com/watch?v=ryI3O356lNE