Critiques Archives - Page 462 sur 492 - Le Canal Auditif

A Place To Bury Strangers – Worship

Alors que la mode des années 80 refait surface avec une ardeur particulièrement impressionnante: pantalon taille extra-haute, lunette à la Public Enemy; et comment passer sous silence les leggings léopard… J’ai même des amis qui trippent sur Depeche Mode et je dois avouer que j’haïs pas ça moi non plus… Bref, à travers cet amour des sonorités eighties sont nées plusieurs formations musicales qui mélangent le tout avec pas mal de distorsion et une énergie digne des groupes punks. Parmi le lot se retrouve une formation musicale de Brooklyn au nom très sympathique et pas du tout inquiétant: A Place To Bury Strangers. Alors qu’on peut nommer facilement The Smiths, Sonic Youth, Sisters Of Mercy et My Bloody Valentine en tant qu’inspiration, leur son se démarque particulièrement par une saturation d’effets présents dans les instruments utilisés, ainsi que la voix du chanteur et guitariste Oliver Ackermann.

Worship, troisième opus du groupe, s’entame par Alone, un tube nerveux et bruyant. Cela donne un avant-goût honnête de ce qui nous attend sur le reste de la galette. Suit immédiatement, You Are The One, une pièce beaucoup plus tranquille où les effets se font un peu plus discrets. À l’instar de celle-ci, Slide et Dissolved exhibent aussi ce côté plus doux et très atmosphérique de la formation américaine. À l’extrême opposé, Revenge et Leaving Tomorrow sont les porte-étendards des côtés nerveux et saturés du groupe. Autre piste notable sur l’opus: Mind Control, où les effets sont rois et la voix grave d’Ackermann possède un petit quelque chose d’effrayant.

Bref, A Place To Bury Strangers offre une galette intéressante qui ne se campe pas dans une linéarité ennuyante. Par contre, certaines chansons amènent un questionnement: les effets c’est bien beau, mais est-ce que cela a pris toute la place laissant ainsi la composition musicale en second plan? On a parfois l’impression que l’apparat prend le dessus sur le contenu. L’album demeure intéressant et vaut la peine d’y prêter une oreille attentive tout de même, si possible habillé en fluo… c’est encore plus cool!!!

Ma note : 6.5/10

A Place To Bury Strangers
Worship
Dead Oceans Records
45 minutes

aptbs.tumblr.com/

Compilation – Espace Émergence, vol. 2

L’été bat son plein et quoi de mieux qu’une compilation d’artistes en devenir, pour passer les chaudes soirées à écouter de la musique tout en sirotant un daiquiri aux fraises? C’est ce qu’offre, pour une deuxième année, Espace Émergence, une compilation de 24 titres où sévissent une douzaine d’artistes et de groupes indépendants d’ici qui ont participé aux plus récentes Francofolies de Montréal. Écrivons-le tout de suite: comme pour toute compilation, il y a des hauts et des bas sur ce disque, de belles surprises et d’autres, disons, moins heureuses.

Commençons par les fleurs.

La présence de certains artistes «en devenir» assure une vivacité sonore intéressante au disque. On pense à Domlebo, l’ancien des Cowboys Fringants, qui ouvre la porte de cette compilation avec sa chanson Aucune loi, aucun dictateur, également à Francis Faubert et aux Sœurs Boulay, qui donnent un goût country assumé au disque. Belle note également pour Simon Kingsbury, qui offre, avec Feux d’artifices et Spectateur, deux de ses compositions les plus achevées. Un folk rock où la voix cassante du jeune chanteur est mise à l’avant-scène. Autre beau moment avec Grenadine et son Papier carbone. Oui, bon, elle calque Lykke Li, mais elle le fait très bien! On aime également la tournure finale de la compilation, où le rock lourd prend toute la place, avec les histoires de cette fille nommée Gazoline et de cette autre qui chante dans le groupe Propofol. Rock lourd – en français de surcroit – comme on l’aime!

Après les fleurs, vient souvent le pot… et on n’y fera pas exception ici!

On se questionne sur la quatrième plage, chantée par une certaine Joëlle. La proprette Cent pas, donne dans la pop-bonbon d’amour, avec des phrases du genre: «Sans toi, je fais les cent pas qui mène à notre prochain rendez-vous» et «Je suis folle de vouloir te rendre fou ». Ouf. Même soupir – ou est-ce un bâillement ? – à l’écoute de Marion et de sa chanson La pluie tombe. Ambiance jazzée, convenue, petite voix chantant l’amour. On n’accroche pas du tout.

Du bon et du moins bon sur cet Espace Émergence, vol. 2. Et entre les deux, des chansons intéressantes, mais qui manquent souvent soit de «punch», soit d’arrangements de haut niveau. Pas grave: on retient le positif et on coche les artistes qui seront, selon nous, les incontournables de demain. On verra bien dans dix ans si on s’était trompé!

Ma note : 6/10

Compilation
Espace Émergence, vol. 2
Gong Communication
90 minutes

www.espace-emergence.com.

Royal Headache – Royal Headache

Je me méfie toujours lorsque quelques médias branchés s’emballent en faveur d’un jeune groupe faisant paraître son premier album; et c’est avec un mélange de scepticisme et de grande hésitation que j’ai entamé l’écoute du tout premier effort de Royal Headache, paru en Amérique du Nord, en mai dernier. Rassemblé autour d’un chanteur surnommé Shogun, la formation, originaire de Sydney en Australie, conçoit un punk rock assez «old school» agrémenté de solides mélodies aux accents de soul. Donc, juste assez abrasif pour plaire aux fanatiques de punk mais pertinemment accessible aux adeptes de pop-rock décapant.

Sur cette première offrande, les jeunes musiciens de Royal Headache nous offrent un album d’une durée de vingt-sept minutes qui respecte à la perfection la tradition punk. La réalisation est absolument «lo-fi»… et ces chansons auraient peut-être mérité un peu plus; car le quatuor australien sait écrire des morceaux produisant l’effet escompté. La principale qualité de Royal Headache réside en la personne de Shogun; un chanteur qui s’exécute avec l’énergie du désespoir et qui y met tout son cœur, comme un Roger Daltrey (vocaliste des Who) dans la fleur de l’âge, mais avec un je-ne-sais-quoi de soul afro-américain dans le timbre de voix. Oui, cette fois-ci, le chanteur fait le groupe… et c’est tout à fait acceptable!

Le disque renferme plus que sa part de pièces opérantes: la nerveuse Never Again, Really In Love, la très Strokes à l’accent soul titrée Surprise, l’accrocheuse Girls, la quasi Arctic Monkeys intitulée Down The Lane, l’excellente Honey Joy et ça se termine avec l’hymne punk nommé Pity. Très peu de ritournelles de routine! C’est simple, concis, juvénile, naïf et ma foi, ça fait étonnamment le travail. Rien de bien avant-gardiste musicalement parlant, mais Shogun fait un travail remarquable derrière le micro, ce qui confère à ce premier effort un charme tout à fait singulier.

Les vieux fanatiques de punk rock vielle école à la The Damned/Buzzcocks apprécieront sans aucun doute cette création. Bien évidemment, ça respire la candeur, les déceptions amoureuses adolescentes et les beuveries de musiciens à la mode, mais Royal Headache possède un talent indéniable; celui de composer de solides chansons «punk rock’n’soul»… et avec un excellent chanteur animé d’une énergie unique, ce groupe pourrait faire un bon bout de chemin. Pas mauvais!

Ma note : 7/10

Royal Headache
Royal Headache
What’s Your Rupture?
27 minutes

www.myspace.com/royalheadache

Dirty Projectors – Swing Lo Magellan

Mardi dernier paraissait le très attendu Swing Lo Magellan de la formation rock Dirty Projectors menée de main de maître par le compositeur émérite Dave Longstreth. La musique de Dirty Projectors constitue un brillant mélange de rock alternatif, de jazz-rock et de musique expérimentale, l’ensemble auréolé des chœurs célestes concoctés par Amber Coffman et Angel Deradoorian de même que la voix distincte et hantée de Longstreth. En 2009, la formation américaine avait mis sur le marché un album chouchouté par la critique et qui avait valu aux Dirty Projectors une certaine reconnaissance internationale: l’excellent Bitte Orca.

Aux premières écoutes de Swing Lo Magellan, trois évidences frappent l’auditeur: la voix de Longstreth est définitivement à l’avant-plan dans le mix, le groupe inclut des sonorités folk issues des sixties et les structures chansonnières sont sans l’ombre d’un doute, beaucoup plus intelligibles et moins labyrinthiques que les précédentes productions. Une création qui délaisse quelque peu la virtuosité afin de laisser respirer les chansons, ce qui confère aux compositions de Dirty Projectors une accessibilité accrue, et ce, sans laisser en plan l’inventivité. Tout simplement, moins désordonné et plus rassembleur, comme si Longstreth avait voulu nous montrer sa vulnérabilité… mais pas exagérément.

Mais le petit génie, âgé de 29 ans seulement, reste un incorrigible perfectionniste et les morceaux offerts sur cette galette demeurent sinueux malgré le flagrant désir d’authenticité et d’honnêteté qui a habité le créateur lors de l’enregistrement. Swing Lo Magellan contient très peu de moments anémiques et renferme plus que sa part de chansons lumineuses. Le refrain rock de Offspring Are Black, la pièce titre Swing Lo Magellan, le motif de guitare acoustique purement démentiel de Just For Chevron, la dissonante et déstructurée Maybe That Was It, la désarmante simplicité musicale de Impregnable Question, les magnifiques cordes alliées aux rythmes électros de See What You Seeing, la fédératrice Unto Ceasar et la folk jazzée, dépouillée, quasi Fleet Foxes, titrée Irresponsible Tune représentent les morceaux significatifs de cette œuvre.

Swing Lo Magellan est un périple musical anormalement déchiffrable, plus ramassé, demandant quand même un effort auditif important, car la musique de Longstreth demeure somme toute complexe… Ce disque se veut un pas de plus vers une reconnaissance universelle pour les Dirty Projectors, et avant tout, vient confirmer hors de tout questionnement, le talent démesuré et indéniable de Dave Longstreth en tant que compositeur de génie. Un exceptionnel! Si vous aimez être dérouté génialement, voilà probablement l’un des albums gastronomiques, les plus délectables de 2012. Audacieux sans être rebutant!

Ma note : 8/10

Dirty Projectors
Swing Lo Magellan
Domino Records
42 minutes

dirtyprojectors.net/home

Gojira – L’enfant sauvage

Gojira (prononciation japonaise de Godzilla) est un groupe de heavy métal français. Très peu connu du grand public, Gojira jouit d’un grand respect à l’intérieur de la communauté métal. Née en 1996, la formation n’a connu aucun changement de membres depuis sa création, ce qui est un fait d’arme étonnant pour un groupe de métal. Le chanteur Joe Duplantier a aussi participé au projet post-Sepultura des frères Cavalera: The Cavalera Conspiracy.

Gojira se démarque de la scène métal pour sa façon d’allier la technique, la rapidité, les rythmes, la progression et la mélodie. De même, leurs influences sont très diverses; on reconnaît à la fois du Metallica, du Sepultura, du Tool et du Neurosis. L’Enfant Sauvage était très attendu, puisqu’il s’agissait du premier album de la formation française sous l’importante étiquette américaine Roadrunner Records.

La galette s’entame sur les rythmes évocateurs d’Explosia, qui avec ses changements de rythmes sur une pièce de dix cennes, donne le ton de ce qui attend l’auditeur sur le reste de l’opus. Le groupe fait la démonstration de sa capacité à créer des mélodies qui défilent à cent milles à l’heure tout en demeurant clair net et précis avec The Axe. The Wild Healer laisse place au travail des guitares qui ont réussit à me réconcilier avec le «taping», une technique de guitare que je trouvais surutilisée dans ce genre musical. Quant à elles, The Gift Of Guilt et Pain Is A Master exhibent le talent du batteur Mario Duplantier, alors qu’il multiplie les subtilités dans son jeu. Autre piste notable de l’album, la très belle Born In Winter qui fait entendre la voix de Joe Duplantier dans un registre plus mélodique et chanté.

Bref, L’Enfant Sauvage est un excellent album métal où les chansons ennuyantes sont complètement exclues. D’un bout à l’autre, le groupe français fait preuve d’une ingéniosité et d’une intelligence musicale redoutable. Un incontournable pour les fans de rock lourd!

Ma note : 8/10

Gojira
L’Enfant Sauvage
Roadrunner Records
52 minutes

www.gojira-music.com/