Critiques Archives - Page 462 sur 477 - Le Canal Auditif

Ariane Moffatt – Ma

Conçu dans son lieu exclusif de création et aux studios Planète et Hotel2tango de Montréal, la talentueuse multi instrumentiste Ariane Moffatt lançait la semaine dernière son plus récent effort intitulé MA. Sur cette galette Ariane Moffatt a porté tous les chapeaux. Elle a composé, joué de tous les instruments et réalisé cette oeuvre résolument électro-pop aux intonations flirtant parfois avec un univers indie. Avec l’aide de l’ingénieur de son Pierre Girard, Ariane Moffatt signe une production bilingue à la sensualité exacerbée, aux rythmes percutants, faisant appel à des sonorités eighties et mythifiée de chœurs aériens.

Avec cet opus, Ariane Moffatt se rapproche sensiblement des ligues majeures. Pulsatif, groovy, accrocheur, arrangements inventifs, mélodies captivantes, ce disque est musicalement pétillant malgré les ambiances délicatement éthérées qui sont saupoudrées, ça et là, sur l’ensemble des chansons. Les morceaux anglos plus organiques se marient très bien aux chansons francos. La création abonde de titres incassables : Walls Of The World, le crescendo et l’apothéose finale de Hotel Amour, l’utilisation des steel drums et le groove imparable de Too Late, L’Homme Dans L’Automobile, l’excellente ballade acoustique mélangeant habilement électro et cordes titrée Artifacts et la prodigieuse Sourire Sincère. Bref, ça fonctionne adéquatement!

Réalisé de main de maître, des arrangements qui bonifient chacune des chansons, des ritournelles d’une efficience pop redoutable, MA est l’album d’une artiste en contrôle de son indéniable talent. Ceux qui avaient des réserves demeureront sur leurs positions. Les fans de la première heure, eux, ne seront pas déçus. De plus, de nouveaux partisans pourraient venir s’ajouter à la banque d’adeptes déjà bien garnis d’Ariane Moffatt! Une galette délectable concoctée par une musicienne de talent!

Ma note : 7/10

Ariane Moffatt
Ma
Audiogram
44 minutes

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Lambchop – Mr. M

Ces jours-ci, la formation de «alt-country» originaire de Nashville nommée Lambchop, mettait sur le marché son onzième album titré Mr. M. La genèse de cette œuvre remonte au décès du songwriter américain Vic Chesnutt en 2009. Affecté par la mort de son ami, Wagner décide de déserter ses obligations musicales afin de se concentrer sur son talent de peintre. Curieusement, c’est suite à cette décision personnelle et professionnelle que l’aventure prend son envol. Mark Nevers, le maître réalisateur derrière Mr. M, sonde Wagner afin de le convaincre de ressusciter Lambchop

Depuis la naissance du Canal Auditif, j’attendais fébrilement l’œuvre musicale qui allait me chavirer, me foutre les jetons et me renverser cul par-dessus tête. Avec Mr. M, Lambchop a confectionné une oeuvre sophistiquée, indémodable, intemporelle, inépuisable, émouvante, apaisée mais intense, portée par cette voix désarmante qu’est celle de Kurt Wagner. D’un raffinement exceptionnel, d’une maturité exemplaire, d’une beauté à couper le souffle, cette création orfévrée est, sans l’ombre d’un doute, l’un des meilleurs albums aux effluves de folk-country crée au cours des deux dernières décennies. Des cordes à faire pleurer, une exécution où chacune des notes interprétées semblent divinement à leur place, des prises de sons qui donnent l’impression que Lambchop s’exécute chez vous, dans votre salon, et surtout, de remarquables chansons d’une finesse d’écriture et d’une inventivité mélodique insurpassable.

Ce disque, qui se veut un hommage posthume à Vic Chesnutt, est habité par un spleen poignant qui ne verse jamais dans le pathétisme; et c’est ce qui constitue la force d’attraction majeure de cette création. De l’introduction baroquisante de If Not I’ll Just Die, en passant par l’une des meilleures chansons jamais entendues, tout styles musicaux confondus, intitulée Gone Tomorrow, l’instrumentale Gar, les arracheuses de larmes que représentent Buttons et Kind Of, ce quasi monument est hanté par une authentique charge émotive que l’ami Chesnutt n’aurait pas renier. Les aficionados d’americana et de country alternatif seront magnétisés. Les fines bouches avides de création chansonnière de haut niveau seront exaucées. De la grande musique!

Ma note : 8,5/10

Lambchop
Mr. M
Merge/City Slang
54 minutes

www.lambchop.net

Frankie Rose – Interstellar

L’ex-membre des Crystal Stilts, Dum Dum Girls et Vivian Girls, baptisée Frankie Rose, lançait récemment son deuxième opus intitulé Interstellar. Frankie Rose demeure à Brooklyn et crée une musique aux accents synth-pop, jumelant les guitares «curesques» discrètement noisy aux synthétiseurs issus des eighties, magnifiée par une voix aérienne noyée dans la réverbération. Mme Rose avait fait paraître en 2010 un premier disque titré simplement Frankie Rose And The Outs qui avait été assez bien reçu par la critique. Alors qu’en est-il de ce Interstellar?

D’entrée de jeu, avec la pièce titre de l’album, on entre dans un univers planant et immatériel calqué sur la pop cinématographique des Cure, période Disintegration. Il faut particulièrement affectionner cette famille musicale pour apprécier les subtilités sonores offertes par Frankie Rose. L’intérêt d’Interstellar réside dans les inflexions vocales juvéniles mais finement captivantes de la chanteuse plutôt que dans l’enrobage éthéré et quelque peu artificiel qui gouverne cette création. La new-yorkaise a su écrire de ravissants morceaux pop qui envoûtent et garde l’auditeur captif.

J’ai complété l’audition de ce disque et j’ai eu d’instinct le désir d’appuyer de nouveau sur le bouton «play» de mon IPod! Mes chouchous : Interstellar, la sautillante Know Me, Gospel/Grace, Had We Had It, la très Cure Night Swim et la superbe The Fall, qui elle, se distingue par une guitare à la The XX prenant appui sur un violoncelle. Plus on écoute ce disque, plus l’envie d’y revenir agrippe nos oreilles!

Sans être la découverte de l’année, voilà une galette fort comestible. Frankie Rose écrit des chansons simples, des mélodies naïves mais intéressantes, couchées sur des musiques qui amènent l’auditeur en état de délicate apesanteur. Les admirateurs de Slowdive, The XX et de synth-pop brumeux y trouveront assurément leur compte. Une charmante distraction!

Ma note : 6,5/10

Frankie Rose
Interstellar
Slumberland Records
32 minutes

www.missfrankierose.com

Grimes – Visions

La semaine dernière, j’ai posé mes oreilles sur l’album de Grimes, alias Claire Boucher, intitulé Visions. Originaire de Vancouver et domiciliée à Montréal, la jeune artiste, âgée de 23 ans seulement, avait fait paraître en 2010 Halfaxa sur le label confidentiel Arbutus Records. Fait important : Visions sera distribué par 4AD et aura droit à tout le support médiatique qu’il mérite, car l’œuvre iconoclaste de Claire Boucher en vaut réellement le détour. Visions est un mélange hétéroclite d’électro, de pop psychédélique, auréolé d’une voix vaporeuse et haut perchée rappelant parfois Elizabeth Fraser de Cocteau Twins et agrémenté de mélodies flirtant avec le R & B. Une atmosphère mystérieuse, immatérielle et inquiétante se dégage de l’album. Un ovni, qui j’avoue, m’a quelque peu bousculé à la première écoute.

La première moitié du disque se veut assurément plus captivante et rythmée. Je fais référence aux morceaux suivants : la pop Oblivion, l’électro pop minimaliste de Vowels = Space And Time, l’excellente Visiting Stone et la soufflante Be A Body. Par la suite, la création prend une tangente plus expérimentale qui vient conforter cette perception de participer à une étonnante expédition auditive. De Coulour Moonlight (Antiochus), en passant par la prenante Symphonia (My Wait Is U), l’ambiante Night Music, la quasi soul/R & B titrée Skin et finalement, la courte mais frémissante Know The Way… Incontestablement, ce Visions est un opus d’un avant-gardisme inconditionnel.

Bien entendu, cette œuvre manque de maturité. De plus, certains auditeurs pourraient être radicalement exaspérés par cette voix infantile «auto-tunée» et ces innocentes mélodies quelque peu sirupeuses, mais on ne peut reprocher à Grimes une absence de créativité. Visions est tout sauf lassant et linéaire, et ce, même s’il est conçu exclusivement de machines, claviers et boucles électroniques. Sans contredit, une artiste à suivre qui vient de laisser une empreinte indélébile avec cette galette. Si vous avez envie de vous frotter les oreilles sur un disque unique en son genre et qui exige un effort auditif accru, Visions est pour vous! Un univers musical qui ne laissera personne indifférent!

Ma note : 7/10

Grimes
Visions
4AD
48 minutes

www.myspace.com/boucherville

Sleigh Bells – Reign Of Terror

Sleigh Bells nous arrive avec son deuxième opus Reign Of Terror. Le duo de pop noise américain formé en 2008 est originaire de Brooklyn. Pour reprendre les fameux mots de Claude Rajotte : « Ça sonne comme une tonne de brique! ». L’album s’ouvre sur True Shred Guitar et sur des bruits de foules; d’un bout à l’autre de l’album ça ne dérougit pas. Les guitares puissantes de Derek Edward Miller, accompagnées de la voix parfois agressive, mélodique et aérienne d’Alexis Krauss donnent l’impression qu’ils jouent devant une foule de 50 000 personnes en délire. Tout ça avec un drum machine qui les soutient. Il y a longtemps que je n’ai pas entendu des guitares aussi colorées! Parfois lourdes et appuyées, parfois mélodieuses comme les hair bands des années 80, ça donne envie de battre la mesure constamment.

La pièce Crush vous hantera pendant des jours je vous l’assure. Il y a quelque chose dans le jeu des guitares qui rappelle AC/DC mais sans jamais tomber dans le kitsch, le son étant définitivement moderne. L’album est un feu roulant de hits, et chaque chanson donne l’impression qu’elle pourrait atteindre le sommet des palmarès. Car si la guitare peut appuyer, il reste que leur côté pop fédérateur est indéniable. C’est un heureux mélange qui est particulièrement présent sur Comeback Kid. Écoutez Demon et vous aurez immédiatement le goût de vous faire pousser les cheveux et de les tournoyer en chantant avec Krauss. Deux balades flatteront votre côté émotif: You Lost Me et End Of Line.

Reign Of Terror est un album balancé, nuancé avec des riffs rock imparables et des guitares modérément abrasives. Pour l’instant, aucune date de spectacles en vue pour Montréal, leur seul arrêt canadien étant à Toronto le 26 mars. Si Sleigh Bells vient à Montréal, je vous conseille de vous ruer pour acheter des billets. En attendant, vous pouvez vous rabattre sur cet excellent album qui m’a charmé comme un amour adolescent.

Ma note : 8,5/10

Sleigh Bells
Reign Of Terror
Mom & Pop
36 minutes

reignofterror.tv/