Critiques Archives - Page 457 sur 485 - Le Canal Auditif

The Melvins – Freak Puke

Il y a de ces groupes que l’on découvre sur le tard, un ami nous le fait entendre, on trouve ça étrange, puis on se rend compte que nos bands préférés les citent comme étant une inspiration très importante dans leur carrière. Pour moi, c’est The Melvins. Le groupe hyper-productif, comptant 21 albums studios dans les derniers 25 ans (et que dire des 12 disques en concerts aussi disponibles!) débarque avec sa nouvelle création composée en version légère. En effet, les quatre derniers opus comptaient le groupe Big Business dans les rangs des Melvins. Cette fois-ci, on retrouve Buzz Osborne, Dale Crover et Trevor Dunn sur cette galette, qui comme l’ensemble de l’œuvre du band, compte ses bizarreries et ses coups fumants.

Tout d’abord, l’élément unifiant l’ensemble est un violoncelle dissonant. Celui-ci nous accueille dès les premiers instants de Mr. Rip Off et fait son apparition sur chaque morceau de l’opus. Les Melvins sont toujours aussi lourds: A Growing Disgust faisant l’apanage de la force de la formation avec ses rythmes appuyés. La chanson suivante, l’excellente Leon Vs The Revolution démontre la virtuosité d’Osborne alors que celui-ci fait l’étalage de tout son talent de guitariste. Le groupe se permet même des petites surprises: Let Me Roll It laisse la place à un son beaucoup plus rock’n’roll… évidemment Osborne brise tout cela avec son rythme vocal déphasé. Rien n’est tout à fait normal chez les Melvins! Autre pièce d’importance, la singulière Tommy Goes Beserk qui clôt le bal.

Bref, Freak Puke est un album des Melvins. Parmi les meilleurs du groupe? Non. Parmi les moins écoutables? Non plus. Ok! C’est dans le milieu! T’as tout compris chummy, mais ça vaut quelques écoutes tout de même! Parce que pour Melvins, régurgiter rime définitivement avec musicalité. Et si cet article vous donne la piqûre pour le groupe qui a enseigné à Kurt Cobain à jouer de la guitare, je vous conseille particulièrement l’album Houdini, le plus prisé du groupe de Seattle.

Ma note : 7/10

The Melvins Lite
Freak Puke
Ipecac
42 minutes

themelvins.net/

The Smashing Pumpkins – Oceania

Fondé en 1987 dans la magnifique ville de Chicago, les moins imposants Smashing Pumpkins et leur meneur à l’égo démesuré Billy Corgan ont fait paraître leur huitième album titré Oceania. Pour l’occasion, notre cher Billy a viré tous ses collaborateurs afin de faire place à de jeunes musiciens bien disciplinés et obéissants. Malgré l’arrivée de Jeff Schroeder à la guitare, Mike Byrne à la batterie et de Nicole Fiorentino à la basse, vous n’y verrez que du feu si vous comparez cette version des Pumpkins avec l’ancienne mouture; le même rock alternatif parfois bourdonnant, à certains moments épiques, possédant des ascendants gothiques assumés.

Ça débute avec fracas avec la vrombissante Quasar. Du Smashing Pumpkins en version lourde, abrasive et vitaminée comme je les aime! Survient Panopticon, un bon pop rock efficace au refrain intéressant… et je commence à penser que la nouvelle bande à Corgan pourrait me surprendre! Peine perdue, car l’arrivée de The Celestials et Violet Rays dans mes oreilles, me donne sérieusement l’envie d’ingurgiter quelques cachets de barbituriques. Deux chansons de pop rock orchestral assez pantouflardes merci!

Un léger soubresaut fait irruption avec la captivante My Love Is Winter. Rien pour écrire à sa mère mais voilà un morceau qui fait son job. Ensuite, ça s’enlise dangereusement avec l’ennuyeuse One Diamond One Heat; un synth-pop mièvre et douteux. La débâcle se poursuit avec la quasi U2 nommée Pinwheels, la prétentieuse pièce d’une durée interminable de neuf minutes intitulée Oceania et la moribonde valse titrée Pale Horse. Le périple dans le monde ampoulé de Billy Corgan s’achève avec quatre ritournelles oubliables: le grondement habituel des guitares dans The Chimera, le gros rock commercial et bondissant de Glissandra, la lourdaude Inkless et la ballade pianistique et assommante Wildflower.

Encore une fois, une formation vieillissante, dont la date de péremption est périmée depuis un bon bout de temps et qui n’a pas su s’arrêter au bon moment. Oceania est un disque en dent de scie comportant sa part de bons moments mais pas assez pour changer ma perception de ce musicien surévalué que représente, du moins à mes yeux, Billy Corgan. Rarement palpitant, souvent monotone et inintéressant, Oceania est à classer dans la catégorie «perte de temps». Les citrouilles sont vraisemblablement écrabouillées… pour de bon!

Ma note : 4/10

Smashing Pumpkins
Oceania
Martha’s Music/Prospect Park Music
60 minutes

www.smashingpumpkins.com/

Fiona Apple – The Idler Wheel

La semaine dernière Fiona Apple a mis sur le marché son quatrième album titré The Idler Wheel Is Wiser Than The Driver Of The Screw And Whipping Chords Will Serve You More Than Ropes Will Ever Do. Voilà! C’est écrit! Cette création fait suite au respecté Extraordinary Machine paru il y de cela sept ans. L’auteure-compositrice-interprète à la personnalité trouble, marquée par une enfance laborieuse (la jeune femme fut victime d’un viol à l’âge de 12 ans), revient à la charge avec un album de chansons désarticulées, claustrophobes, inquiétantes et minimalistes.

Je ne prendrai aucun détour, cette œuvre frise la perfection. Toujours pianistique, envolées jazzy à la Thelonius Monk, vocalises menaçantes, Fiona Apple y va de ses meilleures intentions artistiques. Dépouillées sans être soporifiques, ces ritournelles animées de percussions discrètes et inventives sont en parfaites symbioses avec un jeu de piano saccadé et surtout, avec cette voix hantée par une émotion franche et authentique. Fiona Apple possède une signature musicale unique et singulière et la musicienne âgée de 34 ans est parvenue à atteindre l’échelon supérieur.

Tous les morceaux regroupés dans ce The Idler Wheel sont à classer dans un registre créatif de haut niveau. Les Daredevil, Valentine, le piano dissonant de Jonathan, la superbe Left Alone et son imparable refrain, l’émouvante ballade et la plus accessible de l’album nommée Werewolf et la quasi comptine typiquement Fiona Apple titrée Periphery, forment un ensemble chansonnier homogène et percutant. L’opus se conclut avec Regret, à faire pleurer le plus insensible des mélomanes, avec Anything We Want, un vibrant plaidoyer en faveur d’être réellement soi-même dans la vie, et en compagnie des voix superposées de Hot Knife; chanson construite comme un fabuleux chant de travail… et le souffle coupé devant tant de talent et d’intégrité!

Voilà le monument d’une artiste qui remplit ses promesses. Une voix, un piano… et pas grand chose d’autre. Tout simplement magistral! Oui, une autre création dont le sujet principal est l’amour, mais avant tout, un disque portant sur la conviction et l’urgence d’aimer sans ménagement, même si de nos jours, aimer avec intrépidité peut sembler à contre-courant… Une œuvre anti superficielle, d’une vérité à faire rougir 90% des musiciens pataugeant dans cette industrie carburant à la saveur du moment. Voulez-vous entendre une véritable artiste au sommet de son art? C’est ce disque qu’il faut écouter! Impératif!

Ma note : 9/10

Fiona Apple
The Idler Wheel Is Wiser Than The Driver
Of The Screw And Whipping Chords Will
Serve You More Than The Ropes Will Ever
Do
Epic Records
43 minutes

www.fiona-apple.com/

K-Holes – Dismania

Au début du mois de mai, paraissait le deuxième album de la formation new-yorkaise nommée K-Holes, intitulée Dismania. Ce quintet crée une musique que je pourrais qualifier de rétro punk, amalgamant des éléments de garage rock et de «psych rock» à la Cramps. Assemblée autour de Jack Hines (ex-Black Lips) et de Vashti Windish (ex-Golden Triangle), les K-Holes possèdent un son unique amplifié par l’utilisation judicieuse d’un saxophone, appuyé par des textes faisant référence à des rongeurs, des cadavres et des pluies acides… Assez sordide merci…

Le voyage dans le « wild side » débute avec le riff matraque de Child. Rythmique minimaliste, guitares saturées, saxophone trituré, voix noyée dans la réverbération, la recette musicale brutale, noire, féroce et sinistre de K-Holes apparaît dans toute sa splendeur. S’ensuivent la punk macabre titrée Rats, la très Cramps nommée Frozen Stiff, la cauchemardesque Acid et la vaporeuse Window In The Wall. Par la suite, surviennent Nightshifter, Mosquito, pièce qui évoque un Sonic Youth en mode surf rock, puis ce superbe motif de guitare soutenu par ce saxophone inquiétant que constitue Dirty Hax. La pièce maîtresse de cette création. L’album se conclut avec l’explosive Nothing New.

Je pourrais reprocher à ce disque une certaine redondance au niveau de l’écriture chansonnière mais le climat sonore est tellement chargée de souillures et de cacophonies contrôlées que l’expérience fut des plus stimulantes. Si le but de K-Holes était de susciter la crainte, l’angoisse et l’instabilité affective, et bien, c’est parfaitement réussi! Ce Dismania constitue, sans l’ombre d’un doute, un déstabilisant périple dans un univers musical menaçant réunissant le minimalisme des Jesus And Mary Chain, le rock psychopathe remémorant habilement les Cramps, les guitares dissonantes de Sonic Youth et les textes provocateurs de Lou Reed, période Velvet Underground bien entendu. Les adeptes de films d’horreurs de série B seront ravis, pour ce qui est des mélomanes plus conventionnels, vous risquez d’être bousculés par ce rock lugubre…

Ma note : 7/10

K-Holes
Dismania
Hardly Art
33 minutes

hardlyart.com/kholes.html

El-P – Cancer4cure

Il y a un peu plus de deux semaines est paru le cinquième album du rappeur de Brooklyn, El-P. Ce dernier, un pionnier du hip-hop alternatif, arrive avec un bijou finement ciselé et éclatant à souhait. Bien que certains éléments de rap plus populaire puissent être retracés à travers l’opus, ceux-ci sont submergés par les essais et les procédés audacieux du new-yorkais. Pour cette première galette sous l’étiquette Fat Possum, qui représente entre autres les Black Keys, El-P offre une création très intéressante.

Cancer4Cure possède dans son ensemble un son riche et rassembleur. L’utilisation massive de vrais instruments donne un cachet authentique que plusieurs albums de hip-hop ne possèdent malheureusement pas. De plus, El-P montre l’étendue de son talent musical dans la pièce Drones Over BKLYN où il ralentit un rythme pour enchaîner avec un silence et le ramener par la suite. Le genre de procédé que l’on rencontre très peu dans ce type de musique. Le rappeur contrôle ses rimes comme pas un et attaque le micro avec une agressivité et un débit contrôlé à la perfection, Request Denied et True Story en sont des bons exemples. Celui-ci démontre aussi qu’il peut bien appuyer une mélodie et faire respirer un texte avec The Jig Is Up et Sign Here. Il faut dire que les sujets des textes sortent de l’ordinaire dans un monde largement dominé par le gangsta rap et l’idéologie qui l’anime…

El-P sort des sentiers battus en basant certains textes sur des œuvres de science-fiction et en utilisant la métaphore comme moyen d’expression. Autre petit bijou de la galette, Stay Down, qui met en vedette le chanteur Nick «Diamonds» Thorburn du groupe montréalais Islands est très accrocheuse et jouera certainement en boucle dans votre tête.

Bref, le rappeur de Brooklyn nous offre un album bien équilibré qui démontre l’étendue de l’intelligence musical et la richesse de ses textes. Le type d’album qui plaira aux fans de rap alternatif et à tous ceux qui sont curieux musicalement, car El-P ratisse beaucoup plus large que le hip-hop. Bonne écoute!

Ma note : 8/10

El-P
Cancer4cure
Fat Possum Records
49 minutes

www.fatpossum.com/search?query=EL-P