Critiques Archives - Page 457 sur 468 - Le Canal Auditif

Joseph Arthur – Redemption City

Ne vous y trompez pas: le nouvel opus double de Joseph Arthur, malgré la multitude de solos de guitares, n’est pas un album rock. Redemption City est, avant tout, un disque pop où l’on retrouve à la fois des touches (nombreuses) de rock et d’électro (encore plus nombreuses). La majorité des compositions sont ici ancrées dans une démarche résolument populaire et accessible pour le commun des audiophiles.

24 chansons donc sur cet album double. Après plusieurs écoutes, un sentiment émane; il aurait été préférable de favoriser la qualité et non la quantité dans cette ville de la rédemption, mais pour quiconque connaît le personnage et son empressement musical (5 disques au cours des 5 dernières années, dont trois en 2007!), cette prolifération ne devrait pas surprendre (il est également un peintre remarquable et avait, jusqu’à tout récemment, sa propre galerie d’art à Brooklyn).

Reste qu’on se perd dans cette création musicale. Le fil conducteur du produit n’est malheureusement pas bien défini. On passe d’une chanson au solo « guitaresque » de plus de 6 minutes (sur la première sortie du deuxième disque, Surrender to the Storm) à un tempo que ne renieraient pas les amateurs de l’IglooFest (principalement les chansons Sleepless et It Takes A Lot of Time to Live In the Moment), avant de nous offrir une composition atmosphérique ou alors une autre qui vise la séduction radiophonique (les sur-arrangements de No Surrender Comes for Free sont à pleurer).

Relevons tout de même que Redemption City débute sur de bonnes volontés avec les chansons Travels As Equals et Wasted Days, deux compos qui rappellent les albums précédents du Newyorkais d’adoption : bon goût pour la pop, savant mélange des éléments arthuriens, c’est-à-dire des pédales de distorsion, des claviers, des bidouillages et des bruits d’électro. On retrouve d’ailleurs ces éléments sur bien d’autres compositions de cet album.

C’est pourtant la chanson I Am the Mississippi, véritable incongruité dans le paysage de ce double musical par la simplicité de ses arrangements, qui s’avère la composition la plus réussie. Une simple guitare accompagnée de la voix – chaude et basse – de Joseph Arthur et d’un texte, magnifique, sur la solitude de ce fleuve et de son histoire. Preuve que la simplicité, souvent…

C’est donc malheureux que Joseph Arthur se soit étendu en longueur et en style pour nous offrir ce disque mi-figue, mi-raisin. En espérant qu’il retrouve le bon chemin rapidement… Parce que nous, on l’aime beaucoup, Joseph Arthur!

Ma note : 6/10

Joseph Arthur
Redemption City
Indica Records
112minutes

josepharthur.com/

http://www.youtube.com/watch?v=FhYU1NOH4Co

The Big Pink – Future This

La semaine dernière, la formation londonienne électro-pop aux accents rock nommée The Big Pink lançait sur le marché son deuxième opus intitulé Future This, qui faisait suite au populaire A Brief History Of Love. Formé de Milo Cordell et Robbie Furze, la musique de The Big Pink mélange le rock, l’électro et le pop; le tout basé sur des refrains fédérateurs qu’une foule en délire pourrait fredonner dans un gigantesque stade… Malheureusement sur Future This, la prévisibilité des mélodies ne donne pas nécessairement envie au commun des mortels de vocaliser sur les banales ritournelles de The Big Pink!

Réalisée par Paul Epworth (Adele, Bloc Party, Florence + The Machine), la deuxième offrande du duo anglais endort plus qu’elle ne dégourdit. Les chansons sont linéaires, les refrains sont fédérateurs mais facilement oubliables et les structures conventionnelles, combinées à une réalisation sans nuances, font que Future This est une création quelconque. Une perception de redite et de redondance anime l’album du début à la fin. Trop à cheval entre l’indie rock et l’électro-pop radiophonique, la musique de The Big Pink manque cruellement d’identité artistique pour plaire à mes aventureuses oreilles. Quelques chansons ont attiré mon attention. Je pense à Stay Gold, Hit The Ground (Superman) et Give It Up; mais pour ce qui est du reste…

Tout est lisse, léché, farouchement conservateur et la réalisation ronflante de Paul Epworth n’est pas étrangère à cet état de fait. Le duo Cordell/Furze est tout à fait en mesure d’écrire de bonnes chansons pop, mais malgré tous les efforts consentis à séduire, ce n’est manifestement pas suffisant pour créer un intérêt soutenu pour ce disque. Future This est un modèle parfait de disque superbement enrobé, contenant très peu d’instants valables, et surtout, aucune chanson réellement captivante. Puisque The Big Pink ne possède pas le talent brut d’un Primal Scream, par exemple, le tandem anglais doit alors compenser par une imagination débordante et une créativité hors du commun et sur Future This, ces attributs sont visiblement défaillants. Meilleure chance la prochaine fois!

Ma note : 4/10

The Big Pink
Future This
4AD
45 minutes

musicfromthebigpink.com

Philippe B. – Variations Fantômes

Puisque l’amorce de 2012 se veut moins riche en parutions de qualité, je me suis permis de poser mes oreilles sur quelques disques qui sont passés inaperçus sous le radar du Canal Auditif. Entre autres, grâce au collaborateur Phil Beauchemin, je me suis penché sérieusement sur l’album Variations Fantômes de Philippe B. L’auteur-compositeur-interprète originaire de Rouyn, qui fut également l’ancien meneur de la formation Gwenwed, est actuellement le frère de son de Pierre Lapointe. Sur Variations Fantômes, Phlippe B. utilise des particules sonores tirées d’œuvres de musique classique. Un processus casse-cou qui donne un résultat ébahissant; d’une beauté à couper le souffle!

Destinés aux cœurs esseulés et démantibulés, Variations Fantômes est un disque qui combine l’indie-folk, la pop, la chanson française et la musique classique de manière efficace et convaincante. Une œuvre magnifiquement triste et désarmante, superbement arrangée, chantée d’une voix nonchalante mais juste, dont les textes poétiques (sans être hermétiques) sont en parfaites osmoses avec la musique. Le disque déborde de brillantes chansons. Hypnagogie, La Ballerine, Petite Leçon De Ténèbres, Mort Et Transfiguration (D’un Chanteur Semi-Populaire), Nocturne #632, Ma Photographe et Chanson Pathétique sont sans contredit mes pièces préférées!

Variations Fantômes progresse dans des sentiers déjà foulés par des artistes de renoms tels que Nick Drake, Beck (période Sea Change) et Eels (époque Blinking Lights And Other Revelations). Sans aucun doute, un disque majeur et résolument contemporain qui, à mon avis, fera époque dans l’histoire de la musique francophone d’Amérique. Par conséquent, je suis dans l’obligation de me rétracter… N’en déplaise à Olivier Langevin et à sa formation Galaxie, le Variations Fantômes de Philippe B. s’installe désormais confortablement au-dessus de Tigre Et Diesel en tant que meilleur album québécois de 2011. Une galette dont l’appréciation se bonifie à chacune des écoutes. De la plus haute importance!

Ma note : 8,5/10

Philippe B.
Variations Fantômes
Bonsound Records
41 minutes

philippeb.ca

Wesli – Liberté dans le noir

Deux années ont passé depuis la parution de l’album Kouraj, et voilà que la Révélation Radio-Canada 2009-2010, Wesli Toussaint lançait sur le marché, il y a quelques semaines déjà, un disque titré Liberté Dans Le Noir. Wesli c’est une mixture surprenante et vitaminée d’afrobeat, de reggae enrichie de quelques perles de rock ici et là. Fait à noter: sur certaines pièces, Wesli s’est ligué avec quelques pointures importantes. Je fais référence à Mes Aïeux, Radio Radio, Tiken Jah Fakoly et Paul Cargnello, pour ne nommer que ceux-là.

Sur Liberté Dans Le Noir, ce natif d’Haïti et arrivé à Montréal en 2001, nous en met plein les oreilles! Le ton est donné avec l’engagée Colonisation, en duo avec Tiken Jah Fakoly. Une chanson réussie, brillamment exécutée par des musiciens de fort calibre. Vient ensuite la bigarrée Danse Baila Danse en compagnie de Mes Aïeux. Une ritournelle festive qui allie à la perfection le trad québécois à la world music sauce Wesli : l’une des meilleures de l’album. Très peu de relâchement sur cette galette! Même les légères incursions dans le rock sont justifiées. Je pense ici au vaillant solo de guitare électrique dans Bye Bye Daomé. Bref, Wesli Toussaint possède un talent éléphantesque!

Notre homme est le meilleur artiste de world music que le Québec puisse offrir au reste du monde. Un talent hors du commun qui mérite de dépasser nos frontières. Je vous mets au défi, que cette musique soit votre tasse de thé ou non, de ne pas remuer vos fesses sur ces rythmes endiablés et ces mélodies irrésistibles! Adeptes de musique du monde, cet opus est tout simplement inévitable. De plus, la réalisation est irréprochable : une authentique tonne de brique.

Un seul petit bémol : le disque (d’une durée de 75 minutes) peut laisser une impression de redite mais Wesli réussit le tour de force de nous garder captif de sa création du début à la fin… et c’est le plus beau compliment que je puisse présenter à ce musicien, arrangeur et réalisateur de calibre international. Un disque ardent à écouter durant nos froids sibériens… en attendant impatiemment le printemps à venir!

Ma note : 7,5/10

Wesli
Liberté dans le noir
Wes Urban Productions
75 minutes

wesliband.com

Anna Calvi – Anna Calvi

Une découverte en 2010, celle qui représente l’amalgame parfait entre le jeu de guitare de Jeff Buckley, la superbe voix de Siouxsie Sioux et le rock teinté de blues de PJ Harvey, lançait un premier album éponyme au mois de mars dernier. Je ne connaissais rien d’Anna Calvi mais la londonienne de 28 ans m’a carrément jeté sur le cul avec cet opus de haut niveau. Réalisé subtilement par Rob Ellis (ancien batteur de PJ Harvey époque Rid Of Me), Anna Calvi nous invite dans un univers au climat orageux, sombre, inquiétant et tendu.

Un premier disque tourmenté, aux ambiances magnifiquement maîtrisées et chanté d’une voix maniérée qui ne valse jamais dans une interprétation exagérée. Une œuvre habitée où le silence joue un rôle prépondérant. Ces îlots de tranquillité constituent une bouffée d’air frais en cette époque de production ampoulée où l’auditeur doit être stimulé constamment! Une guitariste aguerrie, une chanteuse exceptionnelle, une authentique sensibilité rock; une artiste qui se résume en un seul mot : TALENT! Plus on écoute ce petit bijou d’album, plus l’envie nous prend d’y revenir. Desire, Suzanne & I, First We Kiss, The Devil et Blackout composent les pièces maîtresses de ce disque.

Je pardonnerai à Anna Calvi quelques maladresses ici et là; surtout cette perception « d’inachevé » qui réside dans quelques morceaux, mais elle est jeune et saura sûrement corriger le tir. Le premier album d’Anna Calvi est une création intemporelle, hors du temps, qui aurait pu paraître à n’importe quelle période de l’histoire du rock. La jeune femme joue et chante avec une intensité naturelle et surtout, avec une maturité que je n’ai pas souvent entendue chez une musicienne de son âge. Aux côtés de l’américaine Annie Clark (St.Vincent), la britannique Anna Calvi symbolise tout simplement l’avenir du rock au féminin! Ce disque est d’une beauté absolue. Je le répète : TALENT!

Ma note : 4/5

Anna Calvi
Anna Calvi
Domino Records
40 minutes

annacalvi.com