Critiques Archives - Page 457 sur 498 - Le Canal Auditif

Jason Collett – Reckon

L’auteur-compositeur-interprète, résident permanent de Toronto, Jason Collett mettait au monde son quatrième album solo intitulé Reckon, qui fait suite à Rat A Tat Tat paru en 2010. Ce membre actif du collectif canadien Broken Social Scene crée un folk-rock alternatif orfévré, intelligible, animé par de somptueux arrangements et par des mélodies opérantes à souhait; et sur Reckon, le musicien poursuit dans la même veine.

Sauf que notre homme s’est trempé avec zèle dans l’actualité, puisqu’il s’est inspiré directement des évènements provoqués par le mouvement de contestation Occupy Toronto et des revendications justifiées qui en découlent. Donc, un album où les textes prennent un grande importance. Si le parti pris de Collett pour les sans voix est explicite, il ne tombe nullement dans la colère malsaine. Un peu comme le ferait un Springsteen ou encore un Dylan, le troubadour se met dans la peau des hommes et des femmes qu’il a côtoyé; comme un témoin vigilant et empathique à la cause des 99%.

Musicalement, Collett demeure dans un registre folk assez classique et traditionnel, mais compte tenu que le monsieur en connaît pas mal sur l’art d’écrire et composer des morceaux de qualité, ce Reckon touche encore une fois la cible. En ajoutant de somptueuses orchestrations de cordes, l’utilisation d’orgues Hammond et B3, des structures chansonnières parfois inventives et une interprétation juste et sentie de la part de Collett, vous avez devant vous une création folk de luxe.

Ce disque regorge de ritournelles bouleversantes et désarmantes. Rien à redire concernant les luxueuses cordes dans Pacific Blue et le changement de rythme inattendu dans Jasper John’s Flag. Rien à ajouter à cette tournure littéraire dans Ask No QuestionsCollett fait dire à un homme infidèle: «Ask no questions/And I tell you no lie». Que dire de plus s’appliquant à la ballade pianistique aux effluves de country-rock titrée Miss Canada, le folk dépouillé dans Talk Radio, l’atmosphérique et prenante Were Things Go Wrong, l’hommage paternel de My Daddy Was A Rock’N’Roller et la magistrale Don’t Let The Truth Get To You qui fait référence à ces financiers floueurs, qui, lorsqu’ils se retrouvent seuls aux prises avec des questionnements moraux, ont de la difficulté à trouver le sommeil… Du moins, j’ose espérer…

Décidément, voilà une offrande colorée par une rébellion mesurée qui se veut à la portée de tous et toutes et qui fait réfléchir sérieusement. Un message qui passe très bien au travers de ces simples et courtes chroniques exécutées par un compositeur de grand talent. Jason Collett est un songwriter qui mériterait qu’une plus forte proportion de mélomanes fasse sa connaissance. Les adeptes de Nick Drake, de Ryan Adams en format acoustique, de Dylan et Springsteen devraient prêter l’oreille attentivement à Jason Collett car ils pourraient tomber pernicieusement en amour avec lui!

Ma note : 7,5/10

Jason Collett
Reckon
Arts And Crafts
42 minutes

www.jasoncollettmusic.com/

Mumford And Sons – Babel

Originaire de Londres, Mumford And Sons est un quartet de folk rock formé de Marcus Mumford (voix, guitare et batterie), Winston Marshall (voix, banjo et dobro), Ben Lovett (voix, piano et accordéon) et Ted Dwane (voix et contrebasse). Le groupe fit une percée avec son premier album Sigh No More en 2009, avec un son beaucoup plus organique que ce que la scène musicale anglaise nous offre en général; faisant un retour aux instruments du passé tout en possédant une approche plutôt alterno au niveau des mélodies. Ils nous arrivent avec leur deuxième opus: Babel.

Dès les premières notes de la première chanson de l’album, on comprend que Mumford And Sons a pris un tournant vers le «stadium rock». Tout est magnifié, expulsé à grand coup de chœurs, de sons majestueux et dynamiques. On entend pratiquement une foule crier les paroles derrière la voix puissante de Mumford. Tout cela est visible dans le clip de la chanson: I Will Wait. Par contre, cela implique aussi que les mélodies sont un peu plus élémentaires que sur le premier opus. La deuxième pièce, Whispers In The Dark confirme l’intuition procuré par Babel. La formation, ayant maintenant connu le succès à grande échelle, est bien déterminée à habiter les arénas et stades de tous genres au cours des deux prochaines années.

On retrouve aussi un nouveau côté beaucoup plus religieux à la bande. Peut-être est-ce l’effet de la tournée et des voyages à travers le monde? J’en veux pour exemple I’m A Cad, But I’m Not A Fraud, I’ve Set Out To Serve The Lord. Les petites références bibliques sont parsemées ici et là. Peu surprenant cependant pour un groupe qui s’inspire de bluegrass, folk et country. Il faut dire aussi que Mumford vient de parents évangélistes qui ont toujours fricoté avec la musique. Souvent, ces références viennent colorer des pièces comme Lover’s Eyes; pièce qui parle de rupture. D’ailleurs, ce dernier thème est très présent, on le retrouve aussi dans Holland Road et Broken Crown.

Bref, quoi dire de Babel? C’est bien, sans plus. On s’ennuie un peu du son plus intimiste. Tout est magnifié comme si Mumford se cherchait une aura mystique à la Arcade Fire. Il faut dire aussi qu’à la longue on perçoit les limites des musiciens qui sont corrects sans plus. On est loin de la dextérité d’un Old Crow Medicine Show pour le folk et le bluegrass. Ceci étant dit, la troupe doit donner tout un spectacle. Un bon album qui plaira certainement aux fans.

Ma note : 6/10

Mumford and Sons
Babel
Glass Note
60 minutes

www.mumfordandsons.com/

Muse – The 2nd Law

Il existe dans le monde de ces grands groupes; ceux qui sont plus grands que nature. Certains ont réussi à conserver une part d’innovation dans leur musique. D’autres, se sont écrasés… Donc, Muse arrive avec leur sixième album studio intitulé The 2nd Law. Ces trois amis sont maintenant des stars internationales capables de remplir plusieurs fois le Wembley Stadium. Où en sont-ils musicalement?

Depuis Black Holes And Revelations, Muse fait partie des formations importantes qui remplissent des salles gigantesques à la manière de U2, Madonna et autres gros bonnets du genre (non je ne parlais pas de la grandeur de bonnet à Madonna… franchement). Que dire de The 2nd Law? L’album commence de manière grandiose, avec un riff rock génial pour Supremacy. Puis la bande à Bellamy enchaîne avec Madness qui installe quelques doutes quant à la suite des choses… Suit une Panic Station au goût rance de I Want To Ride My Bicycle de Queen; de quoi donner l’envie à plusieurs fans de lancer la galette au bout de leurs bras afin de vérifier la distance qu’elle est capable de parcourir avant de se fracasser au sol. Pour ceux qui, comme moi, auront été assez patient d’écouter la suite, Muse sauve les meubles.

Puisque j’ai eu la nette impression que les trois premières pièces présentées n’appartenaient pas à l’album, j’ai dû patienter après Prelude pour entendre des chansons réellement à la hauteur. Ceci étant dit, ce sont des chansons plus pop et accessibles, mais bon, rien n’est parfait en ce bas monde! Mention à Christopher Wolstenholme qui chante la très aérienne Save Me et la très rock Liquid State qui ont tous les deux un petit quelque chose de Porcupine Tree. Peut-être est-ce le ton de voix? Autre bizarrerie sur l’album, le morceau Big Freeze où le groupe se prend pour U2. Chose qui est incompréhensible étant donné que U2 n’a pas produit un bon album depuis Achtung Baby, il y a de cela vingt ans! Enfin, les deux dernières chansons nous réconcilient vraiment avec le trio: The 2nd Law: Unsustainable et The 2nd Law: Isolated System qui rappellent encore une fois l’intelligence créative que ces musiciens de haut niveau peuvent encore parfois faire preuve.

Bref, Muse l’a encore! Les textes sont toujours aussi engagés et ils sont encore capables du meilleur. Cet album démontre aussi qu’ils commencent à être capables du pire… et c’est très inquiétant. Les fans aimeront et de toute façon, Muse n’est pas le genre de groupe qu’on cesse d’aimer. Un peu comme U2… malheureusement!

Ma note : 6/10

Muse
The 2nd Law
Warner Bros
53 minutes

//muse.mu/

Alt-J – An Awesome Wave

Alt-J est cette commande sur un Mac qui permet de faire apparaître la lettre grecque delta, celle-ci étant synonyme de changement dans une équation mathématique. Rencontré à l’Université Leeds, le quatuor formé de Gwil Sainsbury (guitare et basse), Joe Newman (voix et guitare), Gus Unger-Hamilton (claviers) et Thom Green (batterie) vient de lancer son tout premier album: An Awesome Wave. Contrairement à certains critiques, je ne m’émoustillerai pas au point de les marquer au fer rouge: PROCHAIN RADIOHEAD. Oubliez les comparaisons douteuses. Alt-J possède sa propre personnalité, schizophrénique par moment, je vous l’accorde. Alliant une bonne base d’électro, de rock indépendant, un travail de voix surprenant, à une base de groove presque hip-hop, on se retrouve face à une créature particulière et intéressante.

La galette s’entame sur une Intro qui saura vous faire taper du pied instantanément. La formation suit avec un Interlude 1 a capella. On voit la vraie couleur du groupe avec Tessellate, une pièce qui possède une rythmique entraînante, une basse à l’avant-plan et des claviers à la fois présents et aériens. Voilà où la schizophrénie se fait sentir, le groupe oscille entre le pop, l’indie et l’alternatif constamment. Loin d’être décousu, le mélange est tout simplement surprenant pour l’oreille. D’ailleurs, ils sont comparés à un ensemble de groupes disparates: Radiohead pour le côté composition rythmique et pour les sons qui s’incorporent aux chansons; Coldplay pour le côté pop, mais en beaucoup moins fade que le matériel récent et même à Fleet Foxes pour certaines mélodies. Outre cela, il faut noter la finale incroyablement entraînante de Breezeblocks, l’accrochante Dissolve Me et l’intime Matilda. Le groupe fait voir son côté plus givré avec Fitzpleasure, une pièce plus lourde et la sombre Bloodflood.

Bref, Alt-J en est à ses balbutiements avec An Awesome Wave. Ce sera à voir si le côté alternatif ou le côté pop prendra plus de place avec le temps. Peut-être sauront-ils garder ce mélange efficace bien qu’éclectique? En attendant, cette galette saura titiller votre oreille et intéresser un large éventail d’auditeur.

Ma note : 8/10

Alt-J
An Awesome Wave
Infectuous
41 minutes

altjband.com

The Killers – Battle Born

Qui ne connaît pas The Killers? Cette formation originaire de Las Vegas, faussement indépendante, et menée par le charismatique chanteur Brandon Flowers, de même que par le guitariste Dave Keuning, lançait Battle Born; leur quatrième album studio. Faisant dans un pop-rock alterno aux références musicales criantes, tirant son origine d’importantes pointures telles que les U2, The Cars, Queen, Duran Duran et Bruce Springsteen de ce monde, The Killers ont conservé, su ce Battle Born, la méthodologie qui leur a value tant de succès; pour le grand bonheur de certains mélomanes… mais malheureusement cet enthousiasme est loin d’être partagé par l’auteur de ces lignes!

Ouf! Par où commencer? Cette création démesurément ambitieuse ne produit absolument pas l’effet escompté. Pompeux, prétentieux, une réalisation boursouflée, une utilisation abusive de synthés issus des eighties, des guitares invisibles, des mélodies abusivement fédératrices plaquées sur des progressions d’accords prévisibles, bref, un disque manquant brutalement de sobriété et d’humilité.

Battle Born est un album résolument pop, destiné aux radios commerciales, qui rate franchement sa cible, tant les chansons offertes sont tout simplement médiocres, sans substances, et surtout, ne renfermant aucun moment émotionnel valable. Une offrande racoleuse, qui cherche tellement à plaire au plus grand nombre, que j’ai cherché vainement l’authenticité et l’ardeur que le groupe a déjà su faire preuve par le passé; du moins sur Hot Fuss!

Exceptionnellement, pour cette galette, j’éviterai délibérément de vous faire la nomenclature de toutes ces ritournelles ringardes et imbuvables qui font partie de ce non-disque. Tout ce que je dirai concernant ces morceaux, c’est qu’ils s’apparentent sérieusement à une mixture douteuse du pire des légendaires Queen et du corpulent Meat Loaf… déjà que je n’affectionne pas particulièrement le pain de viande! Bon! Je serai bon joueur! Deux pièces ont trouvé grâce à mes oreilles; il s’agit du succès Runaways et de la conclusive Battle Born. Du travail honnête sans plus!

Finalement, ça donne un retour carrément inutile pour la bande à Brandon Flowers, et qui, n’en déplaisent aux fanatiques du quatuor, n’arrivera jamais à dépasser les aspirations fondées en eux. The Killers est un groupe compétant mais tellement aveuglé par le succès, que les gars en sont venus à oublier de composer de bonnes chansons. Un très mauvais disque crée par une formation nettement surévaluée! Une véritable platitude! Une perte de temps monumentale!

Ma note : 3/10

The Killers
Battle Born
Island Records
51 minutes

www.battleborn.fm/

http://www.youtube.com/watch?v=eI_K7cMU6rU