Critiques Archives - Page 442 sur 457 - Le Canal Auditif

Plants And Animals – The End Of That

Après l’acclamé Park Avenue et le un peu moins glorifié La La Land, la formation indie rock montréalaise Plants And Animals revenait à la charge avec son troisième effort intitulé The End Of That. Si Park Avenue donnait dans la pop orchestrale, La La Land dans un rock plus direct, le tout dernier s’associe sans contredit aux sonorités folk rock issues des seventies. Les gars de Plants And Animals ont manifestement bien digéré la musique de ces mentors que représentent les Dylan, Young, Reed, Richards et autres complices de cette légendaire époque.

Sur The End Of That, le trio a fortement mis l’accent sur l’écriture des chansons plutôt que sur la réalisation. De ce point de vue, c’est très bien réussi. Même si Plants And Animals durcit discrètement le ton, le groupe n’a rien perdu de son efficacité chansonnière; les pièces épiques et fédératrices côtoyant habilement les morceaux folk rock efficients. Les chansons marquantes? La Bob Dylan intitulée The End Of That, le riff matraque de Lightshow, la très Lou Reed titrée Crisis!, le rock épique de 2010 et la non moins épique Runaways constituent les pièces maîtresses de cet opus.

Là où le bât blesse, c’est au niveau de la réalisation, qui elle, se veut rêche et trop minimaliste; ce qui empêche ces excellentes ritournelles d’atteindre leur plein potentiel. Plants And Animals s’est simplement satisfait de nous offrir ses agissantes chansons sans artifice et sans effort de réalisation… et c’est bien dommage, car cette création aurait mérité mieux. Une oreille extérieure compétente aurait tombé à pic! Un Danger Mouse, par exemple, aurait su tirer ces titres vers le haut.

Même si cet album n’est pas ancré dans la modernité, The End Of That demeure une création rock à la hauteur car l’envergure des compostions est supérieure à la moyenne. Les amateurs de bon rock sauront déceler la valeur ajoutée qui habite ces titres; mais rien qui permet à Plants And Animals d’effectuer un grand bond en avant. Un calque convenable d’un rock aux exhalaisons des années 70!

Ma note : 6,5/10

Plants And Animals
The End Of That
Secret City
45 minutes

www.plantsandanimals.ca/

Perfume Genius – Put Your Back N2 It

L’auteur-compositeur-interprète Mark Hadreas, dont le nom de scène est Perfume Genius faisait paraître récemment sa deuxième offrande intitulée Put Your Back N2 It. Déménagé de New-York à Everett dans l’état de Washington, Perfume Genius a fait la première partie de Beirut et jouit d’une réputation enviable auprès de certains médias branchés. La musique d’Hadreas se classifie dans un registre indie pop à l’inspiration gospel qui peut s’affilier sérieusement aux ritournelles d’Antony & The Johnsons.

D’une base musicale pianistique, les structures chansonnières de Perfume Genius sont élémentaires. L’enrobage se veut la plupart du temps aérien mais juste assez garni d’artifices permettant de rehausser les pièces spleenétiques du songwriter. Car, il faut l’avouer, cette création est animée d’une mélancolie qui flirte parfois avec une lamentation qui pourrait lasser certains auditeurs. Malgré tout, ça reste captivant, car le ton intimiste de l’album sied très bien aux propos véhiculés. En effet, Mark Hadreas chante son homosexualité avec force et conviction, ce qui confère à cette œuvre une authentique sensibilité qui mérite le respect. Un talent indéniable!

Le disque s’amorce avec AWOL Marine qui rappelle Grandaddy; titre qui donne efficacement le ton. Suivent la folk lancinante, nommée avec justesse, Normal Song et la très Antony & The Johnsons intitulée No Tear. Surviennent la ballade touchante et finement appuyée par des larsens en arrière-plan, 17, la très Mark Hollis Dirge, le piano à la Patrick Watson de Dark Parts, l’extrait All Waters et le morceau le plus rythmé de cette création titré Hood. Ça se conclut dans le recueillement, avec Put Your Back N2 It, l’éthéré Floating Spit et la mélodie aux effluves de gospel de Sister Song.

Il ne fait aucun doute que la musique crée par Mark Hadreas lui sert de catharsis et d’exutoire émotif. Sans verser complètement dans le pathétisme, il réussit, grâce à des chansons simples, concises, transportées par une sincérité attendrissante et une voix admirablement bien modulée, à nous ébranler juste assez pour nous faire réfléchir à l’ostracisme dont est victime, encore aujourd’hui, la communauté homosexuelle. Put Your Back N2 It est un disque affirmé, affligé, feutré et touchant qui porte la forte signature de son auteur. À suivre!

Ma note : 7/10

Perfume Genius
Put Your Back N2 It
Matador Records
31 minutes

www.myspace.com/kewlmagik

Ariane Moffatt – Ma

Conçu dans son lieu exclusif de création et aux studios Planète et Hotel2tango de Montréal, la talentueuse multi instrumentiste Ariane Moffatt lançait la semaine dernière son plus récent effort intitulé MA. Sur cette galette Ariane Moffatt a porté tous les chapeaux. Elle a composé, joué de tous les instruments et réalisé cette oeuvre résolument électro-pop aux intonations flirtant parfois avec un univers indie. Avec l’aide de l’ingénieur de son Pierre Girard, Ariane Moffatt signe une production bilingue à la sensualité exacerbée, aux rythmes percutants, faisant appel à des sonorités eighties et mythifiée de chœurs aériens.

Avec cet opus, Ariane Moffatt se rapproche sensiblement des ligues majeures. Pulsatif, groovy, accrocheur, arrangements inventifs, mélodies captivantes, ce disque est musicalement pétillant malgré les ambiances délicatement éthérées qui sont saupoudrées, ça et là, sur l’ensemble des chansons. Les morceaux anglos plus organiques se marient très bien aux chansons francos. La création abonde de titres incassables : Walls Of The World, le crescendo et l’apothéose finale de Hotel Amour, l’utilisation des steel drums et le groove imparable de Too Late, L’Homme Dans L’Automobile, l’excellente ballade acoustique mélangeant habilement électro et cordes titrée Artifacts et la prodigieuse Sourire Sincère. Bref, ça fonctionne adéquatement!

Réalisé de main de maître, des arrangements qui bonifient chacune des chansons, des ritournelles d’une efficience pop redoutable, MA est l’album d’une artiste en contrôle de son indéniable talent. Ceux qui avaient des réserves demeureront sur leurs positions. Les fans de la première heure, eux, ne seront pas déçus. De plus, de nouveaux partisans pourraient venir s’ajouter à la banque d’adeptes déjà bien garnis d’Ariane Moffatt! Une galette délectable concoctée par une musicienne de talent!

Ma note : 7/10

Ariane Moffatt
Ma
Audiogram
44 minutes

//arianemoffatt.com/nouvelles.php

Lambchop – Mr. M

Ces jours-ci, la formation de «alt-country» originaire de Nashville nommée Lambchop, mettait sur le marché son onzième album titré Mr. M. La genèse de cette œuvre remonte au décès du songwriter américain Vic Chesnutt en 2009. Affecté par la mort de son ami, Wagner décide de déserter ses obligations musicales afin de se concentrer sur son talent de peintre. Curieusement, c’est suite à cette décision personnelle et professionnelle que l’aventure prend son envol. Mark Nevers, le maître réalisateur derrière Mr. M, sonde Wagner afin de le convaincre de ressusciter Lambchop

Depuis la naissance du Canal Auditif, j’attendais fébrilement l’œuvre musicale qui allait me chavirer, me foutre les jetons et me renverser cul par-dessus tête. Avec Mr. M, Lambchop a confectionné une oeuvre sophistiquée, indémodable, intemporelle, inépuisable, émouvante, apaisée mais intense, portée par cette voix désarmante qu’est celle de Kurt Wagner. D’un raffinement exceptionnel, d’une maturité exemplaire, d’une beauté à couper le souffle, cette création orfévrée est, sans l’ombre d’un doute, l’un des meilleurs albums aux effluves de folk-country crée au cours des deux dernières décennies. Des cordes à faire pleurer, une exécution où chacune des notes interprétées semblent divinement à leur place, des prises de sons qui donnent l’impression que Lambchop s’exécute chez vous, dans votre salon, et surtout, de remarquables chansons d’une finesse d’écriture et d’une inventivité mélodique insurpassable.

Ce disque, qui se veut un hommage posthume à Vic Chesnutt, est habité par un spleen poignant qui ne verse jamais dans le pathétisme; et c’est ce qui constitue la force d’attraction majeure de cette création. De l’introduction baroquisante de If Not I’ll Just Die, en passant par l’une des meilleures chansons jamais entendues, tout styles musicaux confondus, intitulée Gone Tomorrow, l’instrumentale Gar, les arracheuses de larmes que représentent Buttons et Kind Of, ce quasi monument est hanté par une authentique charge émotive que l’ami Chesnutt n’aurait pas renier. Les aficionados d’americana et de country alternatif seront magnétisés. Les fines bouches avides de création chansonnière de haut niveau seront exaucées. De la grande musique!

Ma note : 8,5/10

Lambchop
Mr. M
Merge/City Slang
54 minutes

www.lambchop.net

Frankie Rose – Interstellar

L’ex-membre des Crystal Stilts, Dum Dum Girls et Vivian Girls, baptisée Frankie Rose, lançait récemment son deuxième opus intitulé Interstellar. Frankie Rose demeure à Brooklyn et crée une musique aux accents synth-pop, jumelant les guitares «curesques» discrètement noisy aux synthétiseurs issus des eighties, magnifiée par une voix aérienne noyée dans la réverbération. Mme Rose avait fait paraître en 2010 un premier disque titré simplement Frankie Rose And The Outs qui avait été assez bien reçu par la critique. Alors qu’en est-il de ce Interstellar?

D’entrée de jeu, avec la pièce titre de l’album, on entre dans un univers planant et immatériel calqué sur la pop cinématographique des Cure, période Disintegration. Il faut particulièrement affectionner cette famille musicale pour apprécier les subtilités sonores offertes par Frankie Rose. L’intérêt d’Interstellar réside dans les inflexions vocales juvéniles mais finement captivantes de la chanteuse plutôt que dans l’enrobage éthéré et quelque peu artificiel qui gouverne cette création. La new-yorkaise a su écrire de ravissants morceaux pop qui envoûtent et garde l’auditeur captif.

J’ai complété l’audition de ce disque et j’ai eu d’instinct le désir d’appuyer de nouveau sur le bouton «play» de mon IPod! Mes chouchous : Interstellar, la sautillante Know Me, Gospel/Grace, Had We Had It, la très Cure Night Swim et la superbe The Fall, qui elle, se distingue par une guitare à la The XX prenant appui sur un violoncelle. Plus on écoute ce disque, plus l’envie d’y revenir agrippe nos oreilles!

Sans être la découverte de l’année, voilà une galette fort comestible. Frankie Rose écrit des chansons simples, des mélodies naïves mais intéressantes, couchées sur des musiques qui amènent l’auditeur en état de délicate apesanteur. Les admirateurs de Slowdive, The XX et de synth-pop brumeux y trouveront assurément leur compte. Une charmante distraction!

Ma note : 6,5/10

Frankie Rose
Interstellar
Slumberland Records
32 minutes

www.missfrankierose.com