Critiques Archives - Page 442 sur 468 - Le Canal Auditif

Japandroids – Celebration Rock

Amateurs de rock, le duo vancouverois Japandroids est revenu à la charge la semaine dernière, avec son deuxième effort, astucieusement titré Celebration Rock. La paire formée de Brian King (guitare, voix) et de David Prowse (batterie, harmonies vocales) qui donne dans une mixture de noise pop et de garage rock est de retour avec ses ritournelles festives, se situant quelque part entre l’univers mélodique rassembleur d’Arcade Fire, la furie sonore de Dinosaur Jr. et l’énergie d’une jeune formation de punk rock incendiaire. Le précédent essai, Post-Nothing paru en 2009, avait reçu plus que sa part de critiques élogieuses.

Celebration Rock démarre sur une série d’explosion de feux d’artifices qui précède le morceau d’introduction intitulé The Nights Of Wine And Roses. Le ton est donné! Festif, inspiré, minimaliste et exécuté avec une énergie qui honore le genre musical, Japandroids nous amène dans un univers qui donne envie de chanter à tue-tête, le poing fermé, avec le cœur chargé d’un enthousiasme débordant. Guitares abrasives, rythmes martelés avec une force décuplée et des refrains fédérateurs qui propulsent l’authentique amateur de rock dans la stratosphère. Rien de moins!

Suivent dans l’ordre, la captivante Fire’s Highway, la punkisante Evil’s Sway, la cow-punk For The Love Of Ivy, la rassembleuse Adrenaline Nightshift, la presque Doughboys nommée Younger Us, l’incendiaire The House That Heaven Built; le disque se termine avec le retour des dispositifs pyrotechniques, et ce, dans une consécration émouvante intitulée Continuous Thunder. Huit morceaux rock incandescents, interprétés et joués la pédale au plancher, ne donnant aucun répit à l’auditeur!

Si sur Post-Nothing, Japandroids carburait à l’énergie du désespoir (la formation flirtant avec la mis à mort du projet), sur Celebration Rock, les canadiens célèbrent la survie du groupe à grands coups de guitares décapantes et de mélodies juvéniles qui atteignent manifestement la cible. Un joyeux vacarme qui réjouira sans conteste l’adepte de rock bruyant en vous. Un album ardent et embrasé comme il s’en fait de moins en moins… À écouter à plein volume!

Ma note : 7,5/10

Japandroids
Celebration Rock
Polyvinyl Records
35 minutes

japandroids.com/

Karkwa – Karkwa live

« On n’est pas sorti d’icitte, je vous avertis. On va passer une belle nuite », dit Louis-Jean Cormier au milieu de l’album Karkwa Live.

Les écouteurs bien vissés sur les oreilles, le volume parfait pour faire frissonner (ou frémir?) les tympans, les deux yeux fermés… Nous voici en plein Métropolis (ou à l’Impérial, si vous êtes de Québec), assistant à l’un des derniers concerts de la plus récente tournée de Karkwa, tournée qui s’est terminée en décembre de l’an dernier. Rock lourd, ambiance de communion, surprises auditives… En se concentrant, on a même cru percevoir le sourire de satisfaction des membres du band! Mais bon, peut-être qu’on rêvait…

En couchant sur disque les deux derniers shows de la tournée entourant le CD Les Chemins de Verre, Karkwa s’offre ici un live comprenant, selon nous, les 13 chansons – 1 h 12m – les plus achevées et aimées du public et, osons croire, du quintette lui-même.

Dès l’ouverture, avec Le Pyromane, on perçoit dans cette sonorité tout en rock lourd une évidente volonté des cinq gars de brasser la cage et d’y aller d’un dernier tour de piste énergique, avant de prendre une pause, disons-le, bien méritée. Cette perception se poursuivra sur l’ensemble des autres compositions, toutes plus rock que les originales.

Grosse, mais alors là, très grosse présence de la batterie de Stéphane Bergeron tout au long de cet enregistrement devant un public conquis, admiratif et participatif. Même chose du côté des guitares, très présentes et souvent «distorsionnées» à fond.

Au fil des écoutes, il est drôle de constater qu’au-delà de la lourdeur musicale offerte par le groupe, c’est la voix de Louis-Jean Cormier qui nous reste en tête. Audible et mise à l’avant, cela permet de bien entendre les textes des chansons. On saisit, comme jamais, les propos, les messages, les idées, les tournures de phrases et le chemin (de verbe) de Louis-Jean Cormier. Il s’agit là de l’atout principal de ce disque qui se veut, au final, être un «best of» très agréable à se mettre en oreille, beau temps, mauvais temps.

On écoute donc ce Karkwa Live, en attendant le retour du groupe sur scène… On a hâte!

Ma note : 8,5/10

Karkwa
Karkwa Live
72 minutes
Audiogram

www.karkwa.com/nouvelles.php

Public Image Limited – This Is PiL

Qui ne connaît pas John Lydon et son Public Image Limited? Formé en 1978, suite au démembrement des légendaires Sex Pistols, P.I.L fut l’un des groupes les plus novateurs et désinvoltes de la période post-punk. Un court résumé… Lydon, accompagné de Bruce Smith, Lu Edmonds et Scott Firth, reforme P.I.L en 2009, pour une tournée fructueuse, ce qui inspire le quatuor à retourner en studio afin d’enregistrer de nouvelles chansons. Les voilà de retour avec un nouvel album titré This Is PiL! Toujours significatif?

À ma grande surprise, cette création, qui constitue une distrayante mixture de rage et de nostalgie, est à la hauteur de mes faibles attentes; car je dois avouer qu’un retour de la bande à Lydon me laissait particulièrement perplexe. Vingt ans après la sortie de leur dernière offrande studio titrée That What Is Not, le dernier né de P.I.L est loin d’être imbuvable! Le groupe n’a pratiquement rien perdu de son inventivité; toujours cette musique parfois dansante, souvent rock, assez dub et qui se situe quelque part entre le punk, le new-wave et l’électro. L’univers musical de P.I.L a toujours été difficile à saisir et ce disque ne fait pas exception à la règle.

Cet effort renferme de nombreux morceaux de haut niveau. La typique P.I.L titrée judicieusement This Is PiL, la rock aux accents dub nommée One Drop, la new-wave aux relents de punk intitulée Terra-Gate et l’arabisante et menaçante It Said That. Les adeptes de la formation britannique ne seront pas étonnés de constater que le penchant expérimental et aventurier de P.I.L n’a absolument pas disparu de leur démarche artistique. La singulière récitation de Lydon dans The Room I Am In, ou encore, la performance vocale saugrenue mais qui fait sourire, du mythique chanteur, dans Lollipop Opera représentent sans aucun doute deux exemples fort à propos.

Par contre, j’aimerais souligner un important bémol au tableau. En effet, quelques pièces faisant office de garnitures superflues viennent entacher ce This Is PiL. Je fais référence à Human, It Must Be Dreaming et Fool; tous des ritournelles ennuyantes qui auraient dû demeurer dans les tiroirs! Qu’à cela ne tienne, This Is PiL, comme la majorité des parutions du groupe, demandera aux mélomanes un effort auditif accru, mais pour un groupe existant depuis près de 35 ans, Lydon et ses musiciens peuvent dire mission accomplie. Pas l’album de l’année, loin s’en faut, mais ça demeure pertinent, bien fait, et ce, malgré les années qui s’accumulent au compteur! Étonnant!

Ma note : 6,5/10

Public Image Limited
This Is PiL
PiL Official
64 minutes

www.pilofficial.com/

Sigur Ros – Valtari

La formation islandaise Sigur Ros, qui n’a plus besoin de présentation (puisque que votre humble critique avait écrit à leur sujet dans le cadre d’une rubrique Histoire du rock!) a mis sur le marché la semaine dernière son sixième album studio titré Valtari; création qui fait suite au plus accessible Meo Suo I Eyrum Vio Spilum Endaulaust paru en 2008. Si Meo Suo I Eyrum Vio Spilum Endaulaust avait laissé les purs et durs du groupe sur leur appétit, qu’en est-il de ce Valtari?

D’entrée de jeu, avec le morceau Eg Anda, Sigur Ros renoue avec son post-rock planant auquel le quatuor nous avait familiarisé. C’est un retour aux sources marqué par une atmosphère glaciale, une mélancolie prenante et un dépouillement sonore étonnant, malgré ces salves d’orchestrations magistrales et grandioses, qui elles, viennent rehausser adroitement les pièces de ce disque. Sigur Ros fait du Sigur Ros

Que ce soit Ekki Mukk et son lent fondu sonore accompagné d’un bruit de phonographe rouillé, ou encore, le crescendo remarquable de Varuo (LA pièce maîtresse de cette création), de même que les trois instrumentaux, qui concluent en beauté cette oeuvre, intitulés respectivement Varoeldur, Valtari et Fjögur Piano, cet effort est, pour moi, à la hauteur des expectatives. Certains pourraient reprocher aux islandais de faire du surplace au niveau créatif, mais en ce qui me concerne, n’est pas Sigur Ros qui veut!

Probablement prisonnier d’une catégorie musicale qu’ils ont eux-mêmes mis au point, Sigur Ros revient à ce qu’il sait faire de mieux; de la musique pourvoyeuse de frissons et qui amène l’auditeur en état de paisible contemplation. Rien n’a changé dans le monde de Sigur Ros… et ça demeure fort convenable!

Au bout du compte, Valteri est une offrande confortable qui plaira indubitablement aux inconditionnels, mais qui laissera indifférents les détracteurs du groupe. Pas de nouveaux adhérents en vue, mais pas de fugues majeures à l’horizon. Valteri fait appel au cœur plutôt qu’à la tête, et par les temps qui courent, les musiques qui ont de l’âme sont les bienvenus! Encore une fois, en ce qui me concerne, un disque réussi; pas aussi renversant et puissant que les oeuvres de la première heure… mais ça demeure Sigur Ros, et ce n’est franchement pas insatisfaisant!

Ma note : 7,5/10

Sigur Ros
Valtari
XL
55 minutes

www.sigur-ros.co.uk/

Mount Eerie – Clear Moon

Mount Eerie, c’est Phil Elverum! Installé à Anacortes, petit bled de 20000 âmes situé dans l’état de Washington, notre homme est le seul maître à bord de son projet musical. Ancien membre d’une formation nommée The Microphones, Elverum a mis sur le marché, mardi dernier, la première de deux œuvres (la deuxième paraitra d’ici la fin de 2012) intitulée Clear Moon. Le musicien possède quatre autres créations parues sous le pseudonyme Mount Eerie; la dernière en liste, révélée en 2009, s’intitule Wind’s Poem.

Comment décrire convenablement ce Clear Moon? Voilà un album animé d’une quiétude singulière, au vaste spectre sonore, à l’atmosphère quasi religieuse et aux mélodies discrètes. Les guitares acoustiques et électriques côtoient les claviers vaporeux et les rythmes effacés, de même que les trompettes nerveuses; l’ensemble se mariant admirablement à la voix tranquille mais harmonieuse d’Elverum. D’une grande beauté sonore et mélodique, cette création nous offre de magnifiques paysages musicaux à couper le souffle!

Par contre, ce Clear Moon vous demandera un effort d’audition accru. En effet, l’effet «mystique» de certaines pièces pourrait rebuter quelques mélomanes plus conventionnels. Parmi les morceaux de choix de cet opus, j’ai noté la touchante et post apocalyptique The Place I Live, la superbe Lone Bell, la mélodie robotique de House Shape, la monastique Over Dark Water, la chaotique pièce titre Clear Moon et la poignante Yawning Sky. Phil Elverum vient tout simplement de signer une parution d’un niveau artistique inégalé!

Touchant, portant à la contemplation, voilà un disque qui sort des sentiers battus et qui, en ces temps de turbulences sociales, constitue une accalmie musicale fort appréciable. Sincèrement, cette galette représente un sublime émerveillement pour mes oreilles! Les adeptes de shoegaze à la Slowdive, et de ravissement spirituel à la Dead Can Dance, affectionneront particulièrement cette réalisation. Ce Clear Moon est assurément un album où mes oreilles voudront et viendront se poser… et se reposer à plusieurs reprises. Superbe!

Ma note : 7,5/10

Mount Eerie
Clear Moon
P.W. Elverum & Sun
42 minutes

www.pwelverumandsun.com/