Critiques Archives - Page 442 sur 451 - Le Canal Auditif

The Pains Of Being Pure At Heart – Belong

Au printemps dernier, la formation new-yorkaise The Pains Of Being Pure At Heart lançait dans les bacs leur deuxième effort nommé Belong. TPOBPAH fait une musique au vernis «noisy/shoegaze» à la My Bloody Valentine possédant un soupçon de pop romantique bon enfant; surtout dans les textes. Alors que le premier album éponyme paru en 2009 sonnait un peu «lo-fi», sur Belong, le groupe américain se donne les moyens de ses ambitions. En effet, TPOBPAH a fait appel à deux grosses pointures de la musique populaire : Flood à la réalisation et Alan Moulder au mixage.

Les guitares demeurent grasses, les mélodies/comptines du chanteur et meneur de TPOBAH, Kip Berman, restent diablement infaillibles, les structures chansonnières toujours aussi conventionnelles et les refrains fédérateurs tiennent toujours la route. À la différence que cette fois-ci, la réalisation puissante de Flood accompagne les inoffensives ritournelles de TPOBPAH dans un registre plus pop que rock. Rien de mal à ça, car ce qui a été perdu en spontanéité, Belong le gagne en efficacité. TPOBAH a tout simplement changé de camp, cherchant à viser un public plus large. Le disque contient plus que sa part de petits brûlots power-pop : Heavens Gonna Happen Now, Heart In Your Heartbreak, Even In Dreams pour en nommer quelques-uns.

Belong se situe très loin de l’oeuvre qui révolutionnera votre vie mais si vous désirez positionner votre cerveau sur le pilote automatique, ce disque vous est dédié. Innocent, presque mignon, pas mal répétitif, vous vous surprendrez à fredonner candidement ces airs, la tête dans les nuages. Pour apprécier ce Belong, il faut laisser tomber les exigences futiles et ne pas bouder son plaisir. Les vieilles moppes nostalgiques de Jesus And Mary Chain auront un faible pour et les jeunots n’y verront que du feu!

Ma note : 2,5/5

The Pains Of Being Pure At Heart
Belong
Slumberland
39 minutes

thepainsofbeingpureatheart.com

The Black Keys – El Camino

Le duo de blues rock américain The Black Keys lance aujourd’hui le fort attendu El Camino, qui fait suite au très populaire et encensé Brothers. Le chanteur guitariste Dan Auerbach et le batteur Patrick Carney ont une nouvelle fois retenu les services du réputé réalisateur Danger Mouse. Puisque Brothers s’est vendu à plus de 500 000 copies, pourquoi changer la recette de ce blues rock sudiste, aux accents soul, un peu dansant? Donc, sur El Camino, les Black Keys font du Black Keys et c’est parfait comme ça!

Ça démarre avec le simple de l’année (du moins, en ce qui me concerne) la fringante Lonely Boy. Une ritournelle à la ZZ Top qui met le feu aux poudres et qui donne envie de se bouger les fesses. Du solide! Après la soul pop Dead And Gone, survient Gold On The Ceiling qui fait penser à un glam rock issu des seventies sauce Gary Glitter. Encore du solide! Ça ne dérougit pas avec la ballade qui se métamorphose en gros rock crade, Little Black Submarines. Jubilatoire! S’enlignent les Money Maker, Run Right Back et Sister, de bons morceaux rock bleusy proprement Black Keys. Davantage de guitares et modérément moins groovy que Brothers, El Camino laisse une impression d’un desserrement des brides tenus par Danger Mouse au profit d’une approche plus instinctive et plus vitaminée; ce qui est loin de me déplaire il va s’en dire. L’album se conclut de belle manière avec Hell Of A Season, la très «motown» Stop Stop, Nova Baby et la costaude Mind Eraser.

Ceux qui avaient eu un faible pour Brothers pourraient être désappointés par ce El Camino car cette galette constitue un retentissant retour aux sources pour les Black Keys. Moins entraînant que le précédent effort, ce que perd El Camino en groove, il le gagne en énergie brute. L’emprise de Danger Mouse est toujours présente mais le réalisateur se fait plus discret que sur Brothers et ce, malgré sa participation active à l’écriture des chansons. Finalement, El Camino est un disque qui amalgame le meilleur des Black Keys. Vient semer la confusion dans mon top 10 des meilleures albums de 2011!

Ma note : 4/5

The Black Keys
El Camino
Nonesuch Records
38 minutes

theblackkeys.com

Smith Westerns – Dye It Blonde

Petite bombe larguée en tout début de 2011, le deuxième album des jeunots Smith Westerns titré Dye It Blonde est un disque sur lequel je suis revenu régulièrement poser mes oreilles. Ce pop rock indie, un peu bonbon, et réalisé de superbe manière par Chris Coady (Beach House et Yeah,Yeah,Yeahs) a meublé mes froides journées d’hiver maintes et maintes fois! Smith Westerns est un trio rock qui amalgame, le glam, le brit pop, les harmonies vocales beatlesques et les claviers eighties. Dye It Blonde est un opus contagieux, bourré de motifs de guitares à la Marc Bolan de T-Rex et contenant des ritournelles aux refrains imparables.

Enfin, un jeune groupe rock indie qui fournit un bel effort pour écrire des chansons palpitantes qui vous accrochent un gros sourire juvénile en pleine face. Des tounes, en voulez-vous? Weekend, All Die Young et son refrain immanquable, la vitaminée End Of The Night, la pianistique Smile, la dansante Dance Away et ça se conclut avec Dye The World. Dye It Blonde est un album homogène réalisé de façon polie et raffinée et cette cohésion permet à l’auditeur de s’attarder aux chansons; et uniquement aux chansons. Pas de fioritures, ni d’effets de studio masquant la faiblesse du « songwriting ».

Ces ti-culs originaires de Chicago nous ont pondus un album dynamique, sensible, naïf, énormément addictif et gonflé d’une amusante insouciance. Les fans de glam rock à la Bowie et possédant une grande ouverture d’esprit affectionneront ce Dye It Blonde. Par contre, mon ami You Tube vous conseille de ne pas investir un sous, du moins pour l’instant, sur une prestation de Smith Westerns… un groupe à l’assurance scénique insuffisante et un chanteur manquant cruellement de justesse. Contentez-vous de la galette!

Ma note : 3/5

Smith Westerns
Dye It Blonde
Fat Possum Records
34 minutes

smithwesternsmusic.com

Kurt Vile – Smoke Ring For My Halo

Kurt Vile ça vous dit quelque chose? Signé sous étiquette Matador, il a lancé sur le marché en mars dernier Smoke Ring For My Halo. Kurt Vile, c’est le croisement entre un folk rock à la Neil Young, la nonchalance vocale d’un Jay Mascis de Dinosaur Jr. ou encore d’un Bob Dylan et une réalisation un peu « noisy » et brumeuse à la Deerhunter. Le bonhomme est originaire de Philadelphie et a fait parti de la formation rock indépendante The War On Drugs.

Ça débute avec Ghost Town et son introduction presque calquée sur I Am Trying To Break Your Heart du classique Yankee Hotel Foxtrot de la formation américaine Wilco. Dès les premières mesures, je me suis laissé séduire par cette voix paresseuse, cette réalisation noyée de réverbération, ces guitares électriques à la Neil Young et surtout, cette ambiance brumeuse, langoureuse et hypnotique. Society Is My Friend (titre qui me fait sourire), la très «cool man» Jesus Fever, la folk légèrement dissonante Peeping Tom, la très jolie Baby’s Arms, Runner Ups et la lancinante On Tour sont tous des chansons qui, sans être révolutionnaires, amènent assurément l’auditeur dans une transe assoupissante; pas besoin de fumer un gros pétard pour apprécier ce disque. Smoke Ring For My Halo est un album aux vertus narcotiques! Une galette que j’ai écoutée et réécoutée car une fois l’audition terminée, on a juste envie de recommencer le voyage.

La voix de Vile peut en laisser plus d’un perplexe mais la surprise passée, vous vous surprendrez à appuyer une nouvel fois sur le bouton « play » de votre IPod ou de votre système de son. Voilà, un excellent disque de folk rock avec un je-ne-sais-quoi qui donne envie d’y replonger à maintes reprises. Si vous aimez le vieux stock à la Dylan ou Young, mais qui sonne résolument contemporain, procurez-vous rapidement ce disque! Inévitable!

Ma note : 4/5

Kurt Vile
Smoke Ring For My Halo
Matador Records
46 minutes

kurtvile.com

P.J. Harvey – Let England Shake

En début d’année, P.J. Harvey mettait sur le marché Let England Shake qui faisait suite à l’expérimental White Chalk paru en 2007 et A Woman Walked By révélé en 2009 et crée en compagnie de son fidèle acolyte John Parish. La « blues woman » anglaise, qui n’a plus besoin de présentation, a senti le besoin de remanier son style et surtout, de retravailler sa voix. Auparavant guttural et presque masculin, l’organe vocal de Polly Jean Harvey s’est métamorphosé en une voix de tête aérienne, presque vaporeuse.

Musicalement, les structures chansonnières demeurent élémentaires mais le son, antérieurement bleusy et abrasif de P.J. Harvey, est devenu plus éthéré et plus folk. L’utilisation de l’autoharpe, jouée et sonnant comme une guitare acoustique, est le parfait exemple de cette évolution musicale; ce qui confère à ce Let England Shake une atmosphère quasiment angélique, malgré le patriotisme lucide et clairvoyant qui colore les textes de l’album. Let England Shake est une œuvre qui souligne intelligemment et curieusement, avec beauté, les traits trop souvent belliqueux de ses compatriotes et ce, en faisant référence aux guerres dans lesquelles les Anglais ont participé directement ou implicitement dans leur histoire. Let England Shake est un disque politique qui revendique la beauté, la lucidité et l’amour dans un monde qui prône le profit, la cupidité et la haine, le tout sur un ton qui se veut apaisant.

La grande dame du rock anglais nous a pondu un grand disque! Toutes les chansons, sans aucune exception, forment un ensemble homogène, touchant et puissant. En ce qui me concerne, Let England Shake est mon disque favori dans la discographie de Mme Harvey. Meilleur que Rid Of Me? Sans aucun doute! Meilleur que Stories From The City, Stories From The Sea? Oui! Meilleur que To Bring You My Love? Probablement! C’est du moins, son disque le plus mature et le plus lumineux de tout son corpus. Un grand cru de 2011!

Ma note : 4,5/5

P.J. Harvey
Let England Shake
Vagrant/Island Def Jam
41 minutes

pjharvey.net