Critiques Archives - Page 442 sur 498 - Le Canal Auditif

Crabe – Mort de fraîche date

crabeDire que Crabe recherche la mélodie à tout prix et à peu près aussi vrai que Britney Spears cherche à repousser les limites de son art. Le duo de Martin Höek (voix et guitare) et David Dugas-Dion (batterie) originaire de Valleyfield, maintenant installé à Montréal est abrasif, décapant et surtout lo-fi. Oubliez la grosse réalisation, on se demande même si le duo n’a pas enregistré ça dans un placard. Qu’à cela ne tienne, on ne peut pas accuser la paire de manquer de mordant ni de productivité! Depuis 2009, Crabe a fait paraître trois albums.

Mort de fraîche date est paru le 19 janvier dernier. Un album qu’on peut facilement qualifier d’abrasif, discordant et un brin psychédélique. On peut facilement accoler les noms de Melvins, Fantômas et Dillinger Escape Plan comme différentes sources d’inspirations. Le tout est rendu dans un français qui rappelle parfois Les Marmottes Aplaties mais en plus grinçant. L’opus est une suite de onze pièces à rythmiques variantes, aux riffs roulant à toute allure et puis freinant abruptement. On dirait que le duo se baisse la tête pour foncer pendant près de trente-trois minutes.

La galette s’ouvre sur une introduction, très rapidement suivie de En Milan qui attaque à toute vitesse… et malgré tout, voilà probablement le morceau le plus mélodique de Mort de fraîche date. La formation montre son savoir faire en changements rythmiques avec les folles Freddy 13 et Matin soir. La pièce sans doute la plus punk de l’opus est Nouveau document talonnée de près par La vie sauvage est une punk qui commence lentement avec une guitare suave et la voix de Höek, qui, lorsque rejoint par la batterie de Dugas-Dion, se transforme en un défoulement majeur, offrant un son décapant à souhait.

Bref, voilà une galette qui décoiffe et file à vitesse folle. Un groupe à découvrir pour tous ceux qui aiment le punk grinçant et intelligent. Même si la réalisation lo-fi laisse un peu à désirer, on ne peut reprocher à Crabe de ne pas tout donner sur ces onze pièces.

Ma note : 7/10

Crabe
Mort de fraîche date
Cuchabata Records
33 minutes

crabecrabe.tumblr.com

ASAP Rocky – Long.Live.A$AP

asap-rocky-long-live-asap-pochette-300x300Dans l’univers du rap « moins grand public », aucun n’a atteint la célébrité aussi vite que Rakim Mayers connu sous le nom de Rocky, faisant parti du groupe de rappeur ASAP. Âgé de 24 ans, né dans Harlem, ayant eu droit à une enfance prise entre le meurtre de son frère, l’emprisonnement de son père et les incessants déménagements, Rakim a pris la décision d’arrêter de vendre de la drogue dans Harlem pour déménager au New Jersey où il a commencé à rapper. Rapidement repéré par Drake, Rocky fit paraître LiveloveASAP qui, avec ses singles Peso et Wassup, lui permit d’atteindre la popularité rapidement.

Avec Long.Live.A$AP, Rocky appose sa marque fermement sur le monde du rap, à la fois, par la qualité de la production, que de son talent indéniable pour rimer, ou encore pour la liste impressionnante des collaborateurs allant de Drake à Kendrick Lamar, de Skrillex à Santigold. Ce qui est encore plus impressionnant est que Rocky démontre une profondeur renouvelée, où il s’attaque autant à la réalité de la pauvreté et qu’aux soudains changements bouleversant sa vie; passant d’un jeune afro-américain sans avenir (confiné à un rôle de pusher), à la gloire et l’attention des médias.

Rocky ne traîne pas longtemps pour afficher ses couleurs et le tout commence avec la chanson-titre de l’album sur laquelle il se permet de se défouler, tout en envoyant un refrain peu conventionnel à l’auditeur. Ce morceau représente bien la dualité du personnage, mélangeant réflexions et un parlé issu de la pauvreté la plus rude. Alors que certaines chansons représentent bien les clichés superficiels attribués au rap telles que PMW et son refrain : « Pussy, money, weed / is all a nigga need », d’autres montrent un côté plus profond et subtil comme Suddenly : « I only got one vision, that’s for kids in everycolor, religion/ That listen, that you gotta beat the system, stay the fuck out the prisons/ They try to blind our vision, but we all got children and siblings/ You my brother, you my kin, fuck the color of your skin ». Alors que Rocky sait pondre des tubes accrocheurs avec Fuckin’ Problems et Goldie, il sait aussi montrer l’influence du rap plus classique sur son « flow » avec 1 Train et Phoenix.

Bref, voilà un très bon album de rap crée par un jeune homme bourré de talent. Évidemment, les féministes auront les oreilles charcutées quant à l’impressionnante quantité de «bitch», mais à ce chapitre Rocky n’est pas mieux ou pire qu’un autre. Et certains découvriront ce qui est du «purple juice» (un mélange de sirop à la codéine et de Sprite) mais une fois qu’on s’acclimate au langage provenant de la réalité de la pauvreté, le réel plaisir des rimes intelligentes, de la production pratiquement sans failles, prend aisément le dessus.

Ma note : 8.5/10

ASAP Rocky
Long.Live.ASAP
RCA records
49 minutes

www.asapmob.com

Yo La Tengo – Fade

Yo-La-TengoLa formation américaine, chouchou de la critique depuis près de trente ans, Yo La Tengo, mettait sur le marché son treizième album studio simplement intitulé Fade. Yo La Tengo s’articule principalement autour de Ira Kaplan (guitare, piano, voix) et de Georgia Hubley (batterie, piano, voix). Depuis 1992, James McNew tient la basse au sein du trio originaire de Hoboken dans l’état du New-Jersey. Voilà des vétérans du rock indépendant qui sont passés par toute la gamme des styles musicaux, alternant du rock noisy à la pop maniérée, de la musique expérimentale au country. Bref, un groupe qui ne se repose jamais sur ses lauriers…

Donc, ils sont de retour avec Fade. Un disque rock, aux accents pop intellectualisant, un tantinet éthéré et finement réalisé par John McEntire (Tortoise, Sea And Cake). Sur cette conception sonore, Yo La Tengo adopte un son plus épuré, élabore des compositions juste assez audacieuses qui transportent l’auditeur dans une atmosphère contemplative; une création paisible, pleine de fragilité.

Encore une fois, le triumvirat nous offre un album d’une adéquation parfaite, honnête, sans prétention et envoûtant. Pas aussi innovateur que dans ses belles années, Yo La Tengo délaisse la complexité, tant au niveau des arrangements qu’au niveau des compositions élaborées, afin de délester sa musique de tout effet de superflu. Un album homogène, qui respire, de la part de ces doyens du rock made in U.S.A.

Fade débute rondement avec la pop-noisy titrée Ohm : des guitares grinçantes à la Velvet Underground appuyées par un rythme martelé efficacement et une mélodie simple mais opérante. Excellent morceau! Suit Is That Enough, pièce qui amalgame le côté pop du groupe à des orchestrations de cordes remémorant le meilleur de Tindersticks. La randonnée pop-rock champ gauche se prolonge avec les claviers animant Well You Better et la très shoegaze/Sonic Youth nommée Paddle Forward.

Ensuite, Yo La Tengo emprunte une tangente méditative qui n’enlève absolument rien au charme enveloppant de cette œuvre. Parmi les plus significatives, nous avons noté la folk vaporeuse I’ll Be Around, l’émouvante Cornelia And Jane, la folk-country The Point Of It et la grandiose (qui conclut superbement l’album) Before We Run.

Voilà du travail soigné et orfévré de la part d’une formation en parfaite maîtrise de son art! Malgré la linéarité évidente des mélodies vocales, Fade fait son chemin aisément dans le cortex cérébral tant l’instrumentation, la réalisation et l’exécution s’imbriquent impeccablement les uns aux autres. Nous avons souvent mésestimé le travail de Yo La Tengo, mais cette fois-ci, rien à signaler de véritablement irritant. Les adeptes de Real Estate, Beach House et Grizzly Bear devraient apprécier. Réconfortant!

Ma note : 7,5/10

Yo La Tengo
Fade
Matador Records
47 minutes

//www.yolatengo.com/

Femme Accident – Shiver

safe_imageLa semaine dernière, le groupe montréalais Femme Accident faisait paraître son premier album : Shiver. Actif depuis près de trois ans déjà, la formation formée de Sophie Montpetit (basse et voix), Benjamin Deshaies (guitare) et Jonathan Guilbeault (batterie et synthétiseurs) avait lancé un EP intitulé Charms en 2011. Ils sont de retour, avec cette fois, une galette de onze morceaux. Coulé dans un shoegaze qui est non sans rappeler My Bloody Valentine (qui revient avec un nouvel album cet année) et The Jesus Mary And Chain, mais avec un côté mélodique qui fait penser à un groupe comme Chromatics.

Que dire de Shiver? La formation réussit à bien marier sonorités saturées et mélodies, ce qui donne un résultat éthéré, psychédélique, accrocheur et un brin mélancolique. D’ailleurs, l’ambiance sonore grandiose est tellement lourde et enveloppante qu’on en perd parfois la voix douce et nonchalante de Montpetit. Ceci constitue le petit défaut de la galette. Par contre, Femme Accident pond un opus facile d’écoute et qui fera certainement plaisir aux fans de shoegaze.

Le tout commence en douceur avec Sweet Touch qui n’hésite pas à faire étalage de sa distorsion enveloppante et chaude. Parmi les rares morceaux un peu plus rapides, on note les séduisantes Heart Surgery et Train. Cette dernière risque d’ailleurs de vous rester en tête longtemps. Femme Accident sait aussi être bien noisy et la formation le démontre avec Creative Decline et Beauty.

Au final, Femme Accident vise juste avec un Shiver qui se veut noisy, psychédélique et très mélodique. Pour les amateurs de shoegaze, vous serez servis et pour les autres, ce disque pourrait être une belle porte d’entrée dans ce genre musical.

Ma note : 7/10

Femme Accident
Shiver
39 minutes
Indépendant

//femmeaccident.bandcamp.com/

Ron Sexsmith – Forever Endeavour

RonSexsmithForeverEndeavourNouvelle année qui débute sous les airs de cordes pincées d’une guitare sèche accompagnant la voix — si claire — du canadien Ron Sexsmith. Bon, d’accord, le 13e album studio du chanteur folk n’est attendu que le 5 février, mais déjà nous avons pu l’écouter (encore et encore) en exclusivité au cours des dernières semaines pour ainsi vous en parler avant même son arrivée dans les bacs des disquaires.

Pour quiconque connaît le style préconisé par Ron Sexsmith depuis ses débuts dans les années 1990, Forever Endeavour ne surprendra aucunement. Le nouvel opus marque même le retour vers une sonorité plus folk-classique pour Sexsmith, après avoir pris un court détour sur le chemin de la pop-rock avec l’album Long Player Late Bloomer, paru en 2011 et réalisé par Bob Rock (!).

Facile à comprendre : c’est au réalisateur de ses trois premiers disques, de même qu’à l’album Time Being (paru en 2006), Mitchell Froom, que Ron Sexsmith a confié cette fois ses nouvelles compositions. Résultat : nous voici de retour au temps des Other Songs et Whereabout, sortis et appréciés tout juste avant l’arrivée du désormais célèbre bogue de l’an 2000.

Côté musical, on retrouve sur ce disque une formule appréciée et convenue. En excluant She Does My Heart Good et Snake Road, deux pièces où quelques accords (minimes) d’une guitare électrique s’extirpent de l’ensemble musical, le reste des 14 compositions de Forever Endeavour (douze plus deux chansons bonus) met plutôt de l’avant la voix pure et précise de Ron Sexsmith.

Et c’est sans aucune improvisation que le tout est réalisé par M. Froom, alors que les accords musicaux de chacune des pièces, tant pour les musiciens invités (le batteur Pete Thomas, le joueur de basse Bob Glaub et le spécialiste de la « pedal steel » Greg Leisz) que pour le quatuor à corde derrière les airs entendus de violons, violoncelle, trompettes et cor français, ont été écrits à l’avance, avant même l’entrée en studio de l’auteur-compositeur.

C’est donc dans cette ambiance d’une grande précision que la poésie de Ron Sexsmith prend son envol. Encore plus mélancolique et noire ici, elle s’inspire notamment de la peur de la mort (on a récemment retiré une bosse non cancéreuse dans la gorge de Ron Sexsmith), des souvenirs de jeunesse oubliés et du sens à trouver à la vie. Pas joyeux, on en convient!

Au final, Forever Endeavour se veut un retour en arrière sans nostalgie pour Ron Sexsmith. Ses fans ne seront certes pas déçus.

***Sortie de l’album Forever Endeavour le 5 février***

Ma note: 7/10

Ron Sexsmith
Forever Endeavour
Warner Music
42 minutes

www.ronsexsmith.com